‹ De l'inspiration des CamisardsChapitre 12 sur 23 · ÉPREUVES PAR LE FEU · texte numérisé non relu

ÉPREUVES PAR LE FEU

Le feu a joué un certain rôle dans l'histoire des Gamisards. Quand ils mettaient le feu f souvent il prenait en un instant au premier attouchement. Cette merveille a été plusieurs fois observée et particulièrement quand on criait : A sac! à sac! contre les temples de Babylonc (les églises catholiques) \

1 Théâtre sacré des Cvuennes, p. 53.

Quant aux épreuves par le feu, le Théâtre sacré en rapporte un exemple qu'il faut citer en entier, pour pouvoir le faire apprécier.

« Un jour que Cavalier avait fait^une assem- » blée , joignant les tuileries de Cannes proche » de Sérignan, après les exhortations, la lec- » ture et le chant des psaumes, Clary , qui avait y> reçu, dit Court, des grâces excellentes, et » dont les révélations fréquentes étaient, avec » celles de Cavaliej, les guides ordinaires de » la troupe camisarde, fut saisi de l'Esprit au » milieu de l'assemblée. Ses agitations furent » si grandes, que tout le monde en fut extrême- » ment ému. Lorsqu'il commença à parler, il » dit plusieurs choses touchant les dangers » auxquels les assemblées des fidèles se trou- » vaient ordinairement exposées, ajoutant que » Dieu était celui qui veillait sur elles , et qui » les gardait. Ses agitations augmentant, FEs- » prit lui fit prononcer à peu près ces mots : » Je t'assure , mon enfant , qu'il y a deux » hommes dans cette assemblée qui n'y sont » venus que pour vous trahir; ils ont été cn- » voyés par vos ennemis, pour épier tout ce .5 qui se passe entre vous, et pour en instruire n ceux qui leur ont donné cette commission;

» mais je te dis que je permettrai qu'ils » soient découverts, et que tu mettes toi- » même la main sur eux. Tout le monde était » fort attentif à ce qu'il déclarait, et alors le- » dit Clary, étant toujours dans l'agitation de * tête et de poitrine, marcha vers l'un des » traîtres... et mit la main sur son bras... » L'autre traître se découvre; ils demandent grâce, on les lie, et on les garde. « Alors Pin- » spiration de Clary continuant avec de grandes y> agitations, l'Esprit lui fit dire à fort haute » voix que plusieurs murmuraient sur ce qui » venait d'arriver, comme si la facilité et la » promptitude avec laquelle les deux accusés » avaient confessé était une marque qu'il y » avait eu de l'intelligence entre Clary et eux » pour supposer un miracle. 0 gens de petite » foi! dit l'Esprit, est-ce que vous doutez » encore de ma puissance, après tant de mer- » veilles que je vous ai fait voir ? Je veux » qu'on allume tout présentement un feu, et » je te dis, mon enfant, que je permettrai que » tu te mettes au milieu des flammes , sans » qu'elles aient de pouvoir sur toi, etc.

» Sur cela le peuple s'écria , particulièrement » les personnes qui avaient murmuré Sci-

» gneur, retire de nous le témoignage du feu! » nous avons éprouvé que tu connais les 3> cœurs. Mais comme Clary insistait avec des » redoublements d'agitations de tout son corps, » M. Cavalier, qui ne se pressait pas trop dans » une affaire de cette conséquence, ordonna » enfin qu'on allât chercher du bois sec pour » faire promptement un feu. Comme il y avait » tout auprès de là des fourneaux à tuile, on » trouva dans un moment quantité de branches v sèches de pin , et de cet arbrisseau piquant * qu'on appelle en Languedoc argealas, et n peut-être quelques sarments. Ce menu bois, » mêlé de grosses branches, fut entassé au » milieu de l'assemblée, dans un endroit un » peu bas, de sorte que tout le monde était » élevé tout autour. Alors Clary , qui , pour le » dire en passant, avait une camisole blanche » (habit de la saison que sa femme lui avait -n apporté le jour même), se mit au milieu du » tas de bois, se tenant debout et levant les » mains jointes au-dessus de la tête. Il était » toujours dans l'agitation, et parlait par inspi- » ration... Toute la troupe , en armes, environ- » nait l'assemblée entière, qui était générale- » ment en pleurs et en prières, les genoux en

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» terre , faisant un cercle à l'entour du feu ; la » femme de Clary était là qui faisait de grands » cris ; chacun le vit au milieu des flammes » qui l'enveloppaient et qui le surmontaient de » beaucoup. Ceux qui avaient eu soin de ra- » masser le bois eurent aussi celui de repousser » les restes des branches qui étaient un peu » écartées , afin qu'il n'en restât rien. Clary ne « sortit donc du milieu du feu que quand le » bois eut été tellement consumé qu'il ne » s'éleva plus de flammes : l'Esprit ne l'avait » point quitté pendant ce temps-là , qui , autant » que j'en puis juger aujourd'hui, fut pour » le moins dun quart d'heure, et il parlait »• encore avec sanglots et mouvements de poi- » trine quand il fut sorti. M. Cavalier fit la » prière générale pour rendre grâces à Dieu » de la grande merveille qu'il avait daigné » faire pour fortifier la foi de ses serviteurs. Je » fus des premiers à embrasser le digne frère » Clary, et à considérer son habit et ses » cheveux, que le feu avait tellement respectés » qu'il était impossible d'en apercevoir aucune » trace. » •

Nous savons bien que Court en reproduisant le récit de cet événement, d'après le Théâtre

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sacré des Cévennes, prétend que la vérité du fait serait ici altérée. Mais outre que rien ne garantit la sincérité de Court dans les informations prises par lui pour contester la vérité de l'histoire de Clary, nous ferons observer qu'aux termes de son enquête l'événement avait eu quelque chose de miraculeux. D'un autre côté, Court lui-même atteste quil fit grand bruit dans la province 1 ; n'est-ce pas confirmer le récit du Théâtre sacré des Cévennes? Car si cet événement n'avait présenté un caractère extraordinaire, qui s'en serait ému?

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