JEUNES ET SILENCE
L'Esprit se complaisait quelquefois à imposer le jeûne ou le silence.
Le Théâtre sacré des Cévennes en rapporte quelques exemples dignes d'attention.
a Le soir du 4 novembre 1706, dit Elie 7) Marion, étant à Londres, je reçus ordre, par » une inspiration secrète, déjeuner trois jours y> à commencer le lendemain. Je pensai que n pour obéir au commandement je devais » seulement m'abstenir de nourriture chaque » jour, jusqu'au soir, pendant trois jours. De
» sorte que le lendemain, le cinquième, je ne n mangeai que vers les huit heures du soir. Mais » le sixième au matin, comme je faisais ma » prière, je fus saisi de l'Esprit, qui m'ordonna » précisément d'être trois jours entiers, con- » sécutivement , c'est-à-dire trois fois vingt- * quatre heures, comme je l'entendis , sans » manger ni boire. Ce même jour donc je com- » mençai le jeûne qui m'était ordonné , et je » fus dans une abstinence totale de nourriture î> jusqu'au soir du 8. Pendant ces trois jours » j'assistai soir et matin aux exercices publics » de dévotion, qui se font dans les diverses » églises françaises de cette ville, et j'agis » comme à l'ordinaire hors des heures de mes » prières et méditations particulières , sans que » dans tout ce temps-là je sentisse en moi » aucune faiblesse , ni désir de boire ou man- » ger, ni altération à ma santé. Le soir du » huitième, qui était la fin de mon jeûne, je » soupai comme à l'ordinaire 1 . » Jew Cavalier nous apprend , de son côté , que pendant trois fois vingt quatre heures il fut toujours sous V opération de V Esprit en différent degré,
1 Théâtre sacré des Cévennes, p. 82.
sans boire, ni manger, ni dormir ; et qu' ciprès ce jeûne il n'eut ni faim ni soif 1 .
- Enfin Isabeau Charras cite l'exemple d'une de ses amies à qui l'Esprit ordonna d'être neuf jours consécutifs sans donner aucune nourriture à son corps : Et tu ne parleras point, avait ajouté l'Esprit, si je n'ouvre ta bouche. Mais ne crains point, je serai avec toi, et je te rassasierai* . « Je sais certainement , continue n Isabeau Charras, qu'elle ne but ni ne mangea » pendant les neuf fois vingt-quatre heures du w jeune qui lui fut ordonné; car je ne la quittai » ni jour ni nuit, pendant ce temps-là. Et la » liberté avec laquelle elle continua d'agir » comme à l'ordinaire, d'un air aise et con- » tent, était une marque assez visible de ce » quelle assurait, qu'elle n'avait ni aucun » besoin ni aucun désir de manger ou de boire. » Elle fréquentait les assemblées comme au- » paravant, et il s'en faisait presque tous les » jours. Je ne me souviens pas bien si ce fut y) la nuit du quatrième ou du cinquième jour v de son jeûne , qu'étant dans une de ces as- » semblées, elle tomba soudainement à t.erre,
1 Théâtre sacré des Cévennes, p. 45.
2 Idem , p. 102.
» comme étant en faiblesse , ce qui lui arrivait
» ordinairement; elle fut aussi saisie de ses
» tressaillements , et ensuite l'Esprit lui fit faire
» une exhortation dont on fut extraordinaire- » ment édifié. Comme elle n'avait pas parlé
» avant ce temps-là , depuis le commencement
» du jeûne, elle ne parla pas non plus après,
v jusqu'au terme fixé. Et quoiqu'elle ne sentit
y> aucun empêchement en sa langue, et que ses
» amies la sollicitassent quelquefois en riant de
» répondre aux demandes qu'elles lui faisaient,
» elle protesta avec sincérité, à la fin des neuf
» jours, qu'elle n'avait pas eu le moindre désir
» de parler. »