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A QUELLE CAUSE SURNATURELLE DOIT-ON ATTRIBUER LES PHÉNOMÈNES OBSERVÉS

L'arbre est connu par son fruit. Par conséquent les protestants qui affirment que le Saint- Esprit est l'auteur de tout 1 ce qui se faisait chez les inspirés, affirment implicitement que tous, leurs actes portent l'empreinte du caractère de l'Esprit-Saint. Or , l'Esprit-Saint étant la source de toutes les vertus, il faut, si les protestants disent vrai, que l'histoire des Camisards offre des exemples non interrompus de la plus parfaite édification.

Assurons - nous seulement si la charité, la pureté, l'esprit d'ordre, qui sont comme le sceau de l'action divine, ont régné parmi eux. La certitude que nous en acquerrons permettra de conclure, par voie de conséquence, à la pratique de toutes les autres vertus.

Mais auparavant ne serait-il pas utile d'être

1 Voir plus haut, p. 25.

bien fixé sur un point essentiel? Les agitations, les convulsions, les chutes par terre, témoignaient la présence de l'Esprit chez les prophètes camisards : ces mêmes signes se retrouvaient-ils chez les prophètes du Seigneur lorsqu'ils étaient animés de son bon Esprit?

Ouvrons l'Ecriture , # et lisons la.

Lorsque la prophétesse Débora juge le peuple d'Israël et le délivre de la main de ses ennemis, on ne voit pas qu'elle tombe à la renverse, qu'elle ait des convulsions 1 .

Lorsque Gédéon est rempli du bon Esprit du Seigneur et délivre Israël des Madianites et des Amalécites, l'Écriture nous le montre calme, sans convulsions, sans agitations, sans chutes à terre*.

Lorsque le bon Esprit du Seigneur s'empare de Samson , il n'est pas dit qu'il éprouve aucune agitation extérieure 3 .

Lorsque Samuel devient prophète, il n'a point d'agitations, de convulsions, mais toute sa personne respire un calme parfait 4 .

i Juges , IV et V.

32 Juge», chap. vi, ver». 34, et chap. vu.

3 ldem s chap. xv, ver». 14.

* I Rois, chap m, vers. 20.

CAUSE DES PHÉXOMKXKS. 149

Lorsque Saùl (obéissant alors encore à Dieu) est oint par Samuel, V Esprit du Seigneur se saisit de lui, et il commença de prophétiser au milieu des autres prophètes; mais l'Ecriture ne nous le montre nullement agité 1 .

Lorsque le bon Esprit de Dieu passe d'EIie à Elisée , celui-ci n'a pas de convulsions, il demeure calme*.

Que dit le Nouveau Testament lorsque le Saint-Esprit se répand sur les apôtres? Est-il question de convulsions, de chutes par terre, d'agitations 3 ? Loin de là! Quel calme délicieux règne dans cette sainte assemblée ! Comme on y sent bien la présence du bon Esprit du Seigneur, et c'est pourquoi les langues de feu se reposèrent sur chacun des apôtres.

Mais nous lisons en revanche dans l'Evangile, que lorsque Jésus-Christ voulut chasser l'esprit immonde du corps d'un enfant, le démon jeta cet enfant par terre et le rrisa 4 .

1 I Rois, chap. x, vers. 10.

2 IV idem y chap. u, vers. 9 à 12.

* Actes des Apôtres , II, i à 4.

* Saint Luc, IX, 42. — « Quant à la nature de l'at gent inspirateur, nous lui demanderons (à M. Bost) , t pourquoi ce qu'il appelle le Saint-Esprit de ses coreli- » gionnaires , revint précisément les Caractères opposés à

Ces rapprochements, qui dispensent de toute réflexion , étant faits , reprenons notre démons* tration.

Comme généralité Sabord, et pour avoir une idée de F ensemble du tableau, voici ce qu'on trouve dans la correspondance du maréchal de Villars. Il partage les Camisards en trois classes , la troisième composée de « gens « sans religion, mais accoutumés au liberti- » nage, aux meurtres, à se faire nourrir par » les paysans, et enfin à ne plus faire que » voler, et mesme beaucoup de débauches 1 . »

Ailleurs il parle encore de Vextrcme brigandage des Camisards*, et il qualifie volontiers de voleurs les révoltés des Cévenncs; voir no-

» ceux du Saint-Esprit des catholiques? Pourquoi, chez » les Camisards, comme chez tous les sectaires du monde, > chez les quakers ou trembleurs , chez les sckakers ou t pirouetteurs, chez les spiritaux, les anabaptistes , les » méthodistes anciens et modernes , etc., nous retrou-» v vons presque toujours cet envahissement du système v nerveux, ces contorsions , ces convulsions, ces coups * » et secousses enrayantes dont nous ne voyons pas la i> moindre trace dans nos pieuses réunions catholiques? • Pourquoi donc ces dernières sont-elles les seules excepi tecs? t (M. dcMirville, p. 156.)

1 Arch. de la guerre, vol. 4796, lettre de Villars du 23 juin 1704.

* Vie de Villnrs, I, p. 306.

CAUSE DES PHENOMENES. . 15i

tamment ses lettres des 5 , 20 , 22 et 27 septembre 1 704 1 .

Voilà pour la valeur morale prise en masse.

Passons aux faits particuliers.

Court , racontant l'expédition des Camisards sur Chambourigaud , dit que ce village fut en particulier le théâtre où Joanny joua ses plus sanglantes scènes 3 . Mais il se garde bien de les raconter. Suppléons à son silence :

u Ils firent brûler le cuisinier de l'hôtellerie du » sieur Cliabert avec le logis ; ayant vu une femme » qui fuyait à travers champs avec cinq petits « enfants, ils la poursuivirent, et quand elle fut » entre leurs mains , ils martyrisèrent ces inno- » cents en sa présence. Ils arrachèrent la langue » au premier qui voulut se plaindre, après lui » avoir fendu et ouvert la bouche avec une » baïonnette. Ils crevèrent les yeux à un autre. m Ils écarlèrent le troisième. Ils remplirent la » gorge d'un autre de charbons ardents. Ils » assommèrent le plus jeune de coups de bflii ton à la tète. Ils poignardèrent la mère, la

1 Arch. de la «pierre, vol. 1797.

2 Court , t. I , p. 233.

152 CAUSE DKS PHÉNOMÈNES.

» jetèrent sur un lit avec tous ses cinq enfants, » et les y brûlèrent ensemble 1 . »

Les Caraisards se ruèrent sur Frayssinet de Fourques, village catholique. Ils y trouvèrent une résistance qui valut aux habitants de faire une triste expérience , dit Court*.

Veut-on savoir en quoi consiste cette expérience, qui valut entre autres aux personnes sans défense d'être passées au fil de l'épée 5 ? Le voici :

« Cette résistance inespérée les fit entrer (les » Camisards) dans une rage qui les porta aux » derniers efforts de la vengeance la plus in- « humaine. Ils mirent le feu à toutes les mai- » sons. Ils tuèrent trente-quatre personnes, » femmes ou enfants. Ils assommèrent l'épouse » du sieur André Roussel, celle de Jean Valez, n ci celle de Jean Portalier à coups de crosse v de fusil ; ils partagèrent la femme du sieur » Olivier Mazauric , enceinte d& huit mois; ils » poignardèrent d'autres femmes grosses, et » grillèrent de petits enfants. Ils fendirent la » tète et coupèrent le cou à l'épouse de Jean

1 Lou vreleuil , I, p. 126.

2 Court, t. I, p. 235 el 236.

;{ Idem.

CAUSE DES PHÉNOMÈNES. 153 » Gout, et égorgèrent sa fille; ils blessèrent » mortellement sept autres personnes; le reste » des femmes s'étaient sauvées dans les bois avec » leurs enfants. Ils n'épargnèrent pas même » deux vieillards, qui avaient quatre-vingt-dix » ans chacun. Ils fusillèrent l'un dans son lit » et l'autre sur sa chaise >«

Qu'on ne croie pas qu'il y ait de l'exagération dans le récit de l'auteur catholique à qui nous l'empruntons : un auteur protestant s'est chargé de le confirmer en le complétant. « Olir vier Mazauric, lieutenant des miliciens contre ^ qui combattaient les Camisards, dit-il, vit » un Camisard féroce nommé Liron , de Meyn rueys, saisir sa malheureuse femme enceinte, » arracher de son sein son enfant, et le plan- » ter au bout d'un pieu. Trente-trois autres » personnes périrent avec elle. Cette horrible » boucherie ne finit qu'à quatre heures du » soir*... »

Quand on voit un auteur protestant faire un pareil aveu, on est bien obligé de croire que Jes auteurs catholiques du temps ne se sont pas plu à charger le tableau des cruautés dont ils

1 Louvrcleuil, I, p. 440.

2 Poyrat, I , p. 413.

nous ont conservé la mémoire. Citons-les encore; après ce qu'on vient de lire, tout est croyable.

« Puis ils portèrent le fer et le feu h Salindres, » qui était un joli bourg appartenant à M. le » baron d'Alais. Ils renversèrent vingt et une » maisons avec l'église, et tuèrent neuf habi- » tants, parmi lesquels ils fendirent un homme » en vie, et après lui avoir arraché les boyaux » du ventre , ils en ceignirent sa femme en façon y» de ceinture 1 . »

«On compta, dit Brueys, des femmes en- » ceintes, des enfants à la mamelle ou sortant » du ventre de leurs mères, contre lesquels ces » barbares s'acharnaient principalement par » les ordres de leurs cruels prophètes*. »

Ces atrocités revêtaient un caractère si épouvantable, elles dépassaient tellement les bornes de ce que la fureur humaine peut inventer de plus cruel, qu'elles remplissaient d'horreur le cœur même des officiers qui commandaient dans les Cévennes 3 .

1 Lou vreleuil , 1, p. 137.

2 Brueys, II, p. 83. — • Il a M homicide dès le commencement. » (S.Jean, vin, 44.)

a Voir Pièces justificatives C.

M. Peyrat raconte que le meurtre de Parcliiprêtre du Chayla ftrt à la fois un acte d« vindicte publique et de vengeance personnelle*.

Le prieur de Saint-Martin dé Boubans est tué dans la cour de son presbytère pour quelque motif de vengeance personnelle* par des hommes de la bande de Laporte. Et plus loin nous lisons ce touchant aveu : Cavalier « fait mettre » à mort, on ne sait pourquoi, le curé de Cais- » sargues 3 . » Tout commentaire est superflu.

Du reste, Cavalier était coutumier du fait; combien de fois fit-il « main basse sur nombre » de catholiques dont il prétendait avoir lieu » de se plaindre 4 ?» Demandez à Court, il vous citera le nom des villages où Cavalier exerçait ses prétentions. Les Camisards, on le pense bien, ne se faisaient pas faute d'appliquer un principe aussi commode, et nous lisons dans le même historien qu'à leur tour « ils firent main » basse sur nombre de personnes de qui ils » prétendaient avoir reçu de mauvais traite*

1 Tome I, p. 298, note.

2 Peyrat, I, p. 323.

3 ldem y p. 339. ^Leur Saint-Esprit aurait été bicri bon de donner ses raisons.

4 Court, II, p. 101.

» mente 1 . » Ici le principe est généralisé, il ne s'agit plus de catholiques seulement; du resle, les femmes elles-mêmes étaient aussi massacrées par les révoltés 2 .

C'est-à-dire qu'on commettait le meurtre pour le plaisir de le commettre 3 . Donnons-en quelques autres exemples.

A Cendras, Cavalier brûle l'abbaye et dix ou douze maisons du voisinage. - Une fille de treize - à quatorze ans souffrit un cruel martyre par v, les mains de ces impies : car ils lui brûlèrent

* le sein avec une pelle rougic au feu, ils lui » arrachèrent la langue, lui coupèrent les doigts » et les poignets, et la firent ensuite brûler*.

t. Un jeune homme de Saint- Julien, près

1 Court, I, p. 220.

- Idem y I, p. 350. — Caslanct, en se mariant-, fil jjrdcc à des prisonniers. Ce mariage, dit Court, sauva la vie à vingt-cinq hommes ou femmes qui venaient d'être arrêtés.

3 A propos du manifeste public par Cavalier après l'assassinat de madame de Miramon par les Camisards... on lit dans Court : * Les Camisards n'ont pu parler ainsi

* sans pocher contre la vérité (ils disaient qu'ils n'avaient » tué que pour se défendre): Combien de fois n'ont ils « pas attaqué et tué des gens qui kk leur disaient rikx , « mais contre lesquels ils avaient des préventions , ou

* dans le dessein d'inspirer la terreur et de se faire » craindre! * (lilcm, II, p. 147, w ;>//'.)

4 I.ottvrrh , I , p. l.'ÎV.

CAUSE DUS PHÉNOUÈXES. 137 » d'Alais, étant tombé entre les mains des Ca^ . » misards de la troupe du nommé Saint- Jean , » ils le condamnèrent à être égorgé sur le grand » chemin de Vezenobre, et parce qu'au premier » coup qu'il reçut il invoqua la Mère de Dieu, » on affecta de le percer avec un poignard » aux endroits de son corps qui n'étaient pas » mortels, pour le faire souffrir plus long?

» temps E . w

"Au combat de la Roche d'Aubais, trente « dragons périrent avec un jeune lieutenant de » l'illustre maison de Rambouillet, réfugiés en » Danemark.... Un nommé Grasset, de Vauvert, » l'abattit d'un coup de fronde, et, pour Tache- » ver, bondit aussitôt sur lui comme une hyène. •> Je suis de la foi, u disait le malheureux officier » mourant, je suis de la foi ! » — « De la foi ou » non, répondit Y impitoyable Camisard , tu n'y » passeras pas moins ! •> Et il l'assomma avec » son bâton coiffé d'une grenade de fer*. -

Après l'expédition sur Sumène, les Camisards s'êtant ravitaillés à Ganges, « firent en chemin » quelques expéditions, brûlant des églises et » passant par les armes quelques personnes

* Louvreleuil, ï, p. 136.

2 Pcyrat , I, p. 53.

158 CAUSE DKS PHÉNOMÈNES.

» dont ils n'étaient pas contents \ » Quel motif!....

Les femmes n'étaient pas les dernières à suivre de si beaux encouragements. Les prophétesses ordonnaient Tégorgement des catholiques avec le plus grand enthousiasme 8 . Une d'entre elles, Lucrèce, ne dédaignait môme pas de mettre la main à l'œuvre. Au combat des Roches d'Aubais, à mesure que les dragons blessés tombaient de cheval, la belliqueuse Lucrèce se jetait sur eux et achevait de les expédier avec son sabre*.

Il serait trop long de citer tou3 les actes de barbarie commis par les Camisards; mais le récit de ceux qui précèdent peut faire juger si leurs inspirations venaient du ciel ou de l'enfer 4 .

1 Court, I, p. 291.

- Idem , I, p. 397 , noie.

3 Idem, II, p. 177. — Peyrat, II, p. 55.

4 Les protestants haranguant le maréchal de Villars à Mimes, lui dirent à propos des Camisards :

«... Car enfin , il faudrait avoir perdu tout sentiment » de religion et d'humanité pour seconder une troupe de > scélérats qui joignent à leur révolte l'impiété , les » sacrilèges, les meurtres, les incendies et mille autres * cruautés dont les démons seuls peuvent être capables, t (Court, II, p. 435.) Voir Pièces justificatives D.

Est-on curieux maintenant de connaître quelques-uns des chers de ces rebelles 1 ? Voici leur portrait tracé par des mains protestantes.

Roland : chef sacerdotal* des Camisards; » nature à double face, le calme s'unissait en » lui à Y emportement , Y astuce à l'intrépidité, » le calcul à l'enthousiasme 3 . »

Esprit Séguier : grande figure qui domine magnifiquement le soulèvement des Camisards \ A l'appui de cette appréciation, citons un fait de la vie de Séguier : Un jour Esprit Séguier demande les armes déposées au château de Ladevèze. Le seigneur refuse de les livrer.

a Le prophète (Esprit était prophète ) furieux, * enfonce les portes et ordonne un massacre r - général; toute cette famille infortunée périt : > le châtelain, sa vieille mère, sa sœur, son - frère, son oncle, l'intendant, les domestiques; » puis il mit le feu au manoir et se retira emy> portant les armes, la vaisselle d'-étain 5 »

Joanny, lui, nous est représenté comme portant partout la terreur et V effroi, et dévouant

* Cocrt, I, p. 71 et 81.

2 Peyrat, I, p. 345.

3 Idem, II, p. 227.

* Idem, I, p. 305.

5 Idem, I, p. 302.

a son ressentiment TOiT ce qu'il trouvait sur ses pas 1 .

Laportc : < successeur de Séguier, il ranima

- l'insurrection défaillante, lui inspira son âpre ^ courage, et apprit au lionceau à déchirer sa

- proie 2 . ?»

Ravanel : maigre, trapu, noir, à mufle

- de boule-dogue, toujours hérissé et gromme- » lant. .. ne vivait que (Vcau-de-vie , de tabac ; » de combat et de psalmodie 3 . »

Que penser du Saint-Esprit qui choisissait de pareils ambassadeurs ?

Les Camisards étaient des sacrilèges. Ce ne

sont pas les catholiques qui l'ont dit, mais bien leurs coreligionnaires 4 contemporains t vivant à

* Court I, p. 233.

* Peyrat , I , p. 325.

: » Idem, p. 370.

4 Voir plus haut, p. 158. tiofe. — La scène suivante est-elle une dérision de l'Évangile? Après la bataille de tîaverne, Cavalier étant à dîner avec plusieurs des siens, l'Ksprit saisit son parent Jean Cavalier, lequel parla ainsi : « Je le dis, mon cn r ant, qu'un de ceux qui sont i assis ù cette table et qui a trempé la main dans le * même plat avec mon serviteur, a dessein de Tempoi- » sonner, t L'Esprit fait dire ensuite à un autre prophète qu'à cette même table est assis un homme qui a vkndl son serviteur (Cavalier) pour une somme d'argent. (Théâtre sacré des Grenues, p. 47 et 48.)

CAL' SE DES l'HÉXOMÈNES. ICI

coté, au milieu d'eux, témoins journaliers de tous leurs crimes, par conséquent bien au fait de leurs actions; ce n'est donc pas sans de bonnes raisons qu'ils les ont qualifiés ainsi, et nous les croyons volontiers, sans plus ample information.

A ce propos, il ne sera pas inopportun de revenir sur leur acbarnement contre tout ce qui était catholique. On a pu remarquer, en lisant le chapitre I or , que cet acharnement n'avait pas le caractère de la vengeance, mais d'un système de destruction poursuivi sans relâche à chaque pas, à chaque instant. Les acles de destruction ne constituaient pas des faits isolés qu'on aurait pu considérer comme des accidents de la rébellion cévénole; point du tout. Jls étaient eu\-mêmes le but de la révolte, et rien ne le prouve mieux que ce laissez-aller dans le crime par suite duquel les massacres avaient lieu on ne sait pourquoi 1 , ou bien parce que les victimes déplaisaient à leurs meurtriers. Raisons suffisantes, il est vrai, pour des scélc-* rats* qui prétendaient s'être soulevés au nom de la liberté religieuse, mais dont tous les efforts

1 Voir plus haut.

2 Voir pnjfe 158, vote.

162 CAUSE DES PHÉNOMÈNES, tendaient à anéantir, à abolir l'Église qui fait avaler le basilic 1 à ses enfants.

« Leur fureur, raconte un de leurs histo- » riens , croyait disposer des éléments ; leur

* anathème consumait comme la foudre. Nous » n'avions, dit l'un d'eux, qu'à crier : Au feu ! » Au feu Babylone ! et soudain l'église et la » bourgade s'embrasant d'elles-mêmes, mon- » taient en fumée dans le ciel : » — «Où est « donc le Dieu de ces églises? s'écriaient-ils , v S'il existe, qu'il paraisse ! qu'il arrache son

* temple aux flammes et son peuple àlamort 1 ! ^ Les païens ne parlaient pas autrement jadis

contre le temple de Jérusalem et le Dieu d'Israël. Mais qui, en songeant aux atrocités rap-

1 Théâtre sacre des Cèvennes, p. 24. — * Dépos. do t Jacques Mazel : Alexis... étant dans l'inspiration , repro- » cha aux femmes qui étaient présentes qu'elles avaient

* avale le morceau du basilic, et me tendant la main il » me dit : Toi, mon frère, tu ne Tas pas avalé. 1 M. Bost (Prophètes protestants , p. 144, note), s'ingénie à voir là une double allusion au basilic ou serpent comme représentant le mensonge et le péché , ou à Judas qui reçut de la main de Jésus- Christ un morceau de pain pour le signaler comme traître. Cette explication est fausse : il s'agit ici de l'hostie consacrée et M. Peyrat n'a pas hésité à le reconnaître dans son Histoire des Pasteurs dit désert. Tome I, p. 266. — Voir aussi Louvreleuil, I, p. 27.

^ Peyrat, II, p. 13.

portées plus haut, pourrait croire à une assistance divine en faveur de scélérats dans cette œuvre de dévastation?

«Les églises et les maisons fcuriales, dit » Court, n'étaient pas épargnées *, * aussi les Camisards brûlèrent toutes celles qu'ils purent, celles du Bousquet, de Cassagnas, du Prunet, de Saint-Andioi de.Clerguemorte , de Montlezon, de Moissac, de Saint-Martin deCorconac, de Sainte-Croix de Caderle, de Saumane, de Peyroles, de Gabriac, de Saint-Roman, de Genoillac, etc., etc. 1 . Celles-ci sont données à titre de simple renseignement, car on ne peut les mentionner toutes.

Lors de la prise de Sauve par Cavalier, ils massacrèrent trois ecclésiastiques et brûlèrent l'église *.

Le jour où un nommé Dortial, prophète, parut publiquement, les Camisards brûlèrent neuf églises, tuèrent deux curés, blessèrent à mort le vicaire, et renversèrent l'autel de l'église Saint-Maurice sous Chalencon 4 .

1 Court, I, p. 101.

2 Idem, p. 117 et 219.

: * Idem, p. 150.

* Idem, II, p. 2S2.

m CAUSE DKS PHÉNOMÈNES.

ti Tout le village de Groupières éprouva Tirn- < pétuosité de leurs emportements, car de qua- - tre-vingts maisons ils n'y en laissèrent que

sept. Le fru détruisit entièrement les autres, v et ce qui fait horreur à la piété des âmes

fidèles, ils brûlèrent l'église paroissiale avec

le tabernacle et le très-saint sacrement qui y *• était renfermé \ »

Esprit Séguier, ce ministre plénipotentiaire du Saint-Esprit, dont la grande Jigure domine magnifiquement le soulèvement des Cévennes, Esprit Séguier avait résolu le massacre gênébal des prêtres 2 . Partout sur son passage il détruisait les églises, les croix et tous les insignes du catholicisme* .

Ailleurs on voit les Camisards brûler quelques églises *, comme qui dirait à titre de passe temps.

D'un autre côté, Roland quand il « se ruait » dans la vallée du Gardon d'Alais, abolissait les insignes du catholicisme 5 .

C'est-à-dire que partout et toujours, au nom

1 Louvreleuil, I, p. 118.

* Peyrat, I, p. 301.

a Idem , p. 302.

4 Voir ci-dessus, p. 157.

« Peyrat, î, p. 3*1.

CAUSE DES PHÉNOMÈNES. 165 de la liberté religieuse, on détruisait ce qui était catholique.

Du reste, la fureur des Camisards contre les prêtres catholiques ne se traduisait pas constamment par leur massacre immédiat; ils aimaient d'abord à les mutiler.

Ainsi ils fir.ent souffrir, dit Louvrclenil 1 , Y opération honteuse d'Origène k un ecclésiastique, régent d'école, nommé Paran , qui en mourut au bout de neuf jours. Ce fait doit être tenu pour authentique, et Court lui-même le rapporte d'après Louvreleuil , sans le commenter et sans le démentir 2 .

Le curé de Saint-André de Lancise est précipité du haut du cfocher de son église, où il était allé sonnerie tocsin, et on l'achève après lui avoir coupé le nez et les lèvres 3 .

C'est à l'occasion de ces mutilations que Fié chier, dans une lettre pastorale du 6 septembre 1703, citée par Brueys (H, page 190) et par Court (II, page 12), dit que les Camisards infligeaient ces supplices aux prêtres catholiques, pour avoir u le plaisir de les dégrader inhu-

* Tome I , p . 45

2 Tome I , p. 60 , note.

* Louvreleuil, I, p. 45. — Rrtieys, I, p. 308.

^ mainement et de leur ôter , avec la vie , tout * ce qui pouvait avoir servi à exercer les fono vl tions de leur prêtrise. »

Au surplus ils en voulaient tellement aux prêtres, qu'ils s'en prenaient aux populations dans le cas où elles ne les livraient pas entre leurs mains ou ne les chassaient pas. Voici , en effet, ce que Roland écrivait aux habitants de Saint- André de Valborgne :

« Nous, comte et seigneur Roland, généralisai simedes protestants de France 1 , nousordon- » nons que vous ayez à congédier dans trois » jours tous les prêtres et missionnaires qui « sont chez vous, sous peine d'être brûlés tout » vifs, vous et eux*. »

On ne peut se méprendre sur le but poursuivi par l'Esprit qui poussait les Camisards. Il ne s'agit pas ici de vengeance. Destruction du catholicisme, abolition de la messe, qu'ils appelaient la mère du diable 1 , tel était

1 Le titre fastueui pris par Roland, qui n'était qu'un pauvre chef de bande (Peyrat , I, p. 331), prouve combien l'orgueil , cette vertu qui procède éminemment du Saint-Esprit, était étrangère au cœur du chef sacerdotal des Camisards.

2 Court , I , p. 219.

a Fléchier, I, p. 363.

le mot d'ordre, et on voit comment il était suivi.

S'il est une vertu qui soit l'apanage exclusif de ceux qui vivent sous l'inspiration permanente de l'Esprit-Saint, c'est bien la pureté. Les Camisards doivent donc nous en donner de suaves exemples I Recherchons avec avidité tout ce qui dans leur histoire pourra exciter notre zèle et notre admiration sur ce point délicat.

Écoutons d'abord le maréchal de Villars « Avec cela peut-être trouvera-t-on moyen d'en » faire sortir (de la province) de bonne volonté y* un assez grand nombre , que les pères mesme » nous donneraient, plusieurs craignant les « malheurs que leur attire le libertinage de n leurs enfants, car il y a une grande débau- » che parmy les Caniisards. La plupart de » leurs chefs ont leurs demoiselles 1 . »

Et plus loin :

« La maîtresse ou la fiancée de Ravanel fut » prise hier; elle nous promet son amant, car r> on n'a jamais veu en mesme temps tant » d'apparence de religion et de vice dans les v mesmes gens 8 . »

1 Arch. de la guerre , vol. 1797. Lettre du 9 août 1704. 3 Idem. Lettre du 24 août 1704.

168 CAUSE DES PHÈ.V0MÉXE3.

Kt plus loin encore :

« J'ai eu l'honneur de vous mander aussy » <juc vous ne devez pas compter qu'il n'y ait » toujours des troupes de voleurs en ces pays- » cy, et de gens accoutumés au meurtre, et à y> un très-grand libertinage, mêlé à leur esprit » de religion 1 . »

Du reste, les auteurs protestants n'ont pu nier le fait d'immoralité reproché aux Caniisurds. Ainsi, lorsqu'une fraction des Camisards quitta la France, la Baume, cité par Court, sans commentaire et sans réticence, dit d'une de ces troupes : « ils partirent le 2 décembre » pour Genève avec huit femmes, qui n'étaient » que leurs bonnes amies*. » Or, il n'est pas douteux que si c'était une calomnie, Court ne l'eût relevée , puisqu'il a soin de nous assurer ailleurs 3 : ci La vérité est si embrouillée dans » toute celte histoire, que je la recherche même » jusque dans les moindres bagatelles. »

Xous citerons encore d'après lui , et sur le sujef qui nous occupe, une pièce* curieuse à

1 Areli. de la «juerre , vol. 1797. Lettre (lu 5 septembre 1704.

- Court , Jll , j). 9 V.

a Tome 1 , p. 301.

CAUSE DES PHÉNOMÈNES. 1ÔU plus d'un titre. C'est une lettre adressée aux

Camisards par un synode protestant étranger, lettre (jui fut publiée et qui courut dans toutes les. CcvcnnesK Le caractère d'authenticité de celte pièce n'est pas douteux, au témoignage de Court lui-même qui affirme que : « Ces avertis- » sements ou autres semblables Jirent d'abord » cesser les massacres et furent la véritable * itAisoN pour laquelle les Camisards donnèrent » alors la vie à quatre ou ciuq curés qu'ils » avaient eus à leur discrétion 2 . »

Voici celte lettre :

a Mais, hélas, mes très-chers frères! nous » apprenons avec douleur, qu'après avoir com- » mencé par l'esprit vous Jinissez par la chair, » et que vous vous mettez en danger de perdre » tout le fruit de vos souffrances. Un bruit » public et eertain nous a fait savoir qu'il y a » parmi vous des incendiaires cl des meurtriers, » mais tels qu'on ne voit pas parmi les idolâtres n et les infidèles. On nous confirme de toutes

i Louvrc!cuil , I , p. 202. — La copie d'une partie de clic pièce se Ironie aux Archives imp., sectiou adm , TT. 284. — Voir aussi Arcb. de la guerre, vol. 1514. Lettre de Basvillc du 6 octobre i 702.

- Court , I , p, 225. — Mémoires de la sœur l)eu:crez ; lettre du G mai 170V.

» parts que vous tolérez parmi vous, non-seule- » ment des filles libertines travesties en gar- » çons, qui contrefont les fanatiques d'Ecosse, » mais encore des troupes de furieux, qui » osent se vanter d'être inspirés du Saint-Esprit » et de professer notre sainte religion, et qui /> cependant courent toutes les nuits le fer et » le feu à la main , pour se venger eux-mêmes » de ceux qu'ils regardent comme leurs enne- » mis; qu'ils les égorgent dans les bras du » sommeil, qu'ils brûlent leurs maisons; en » sorte qu'au lever du soleil on ne trouve sur » leurs traces qu'édifices embrasés, et que sang » humain impitoyablement répandu 1 .

» Mais ce qui nous afflige le plus, mes très- » chers frères , ce qui alarme pour vous toutes » nos Églises, ce qui nous fait craindre que » Dieu ne se retire entièrement de vous, c'est » qu'on nous assure que non -seulement vous » tolérez ces filles et ces femmes qui imitent y> les bacchantes, et ces furieux , mais que vous

n LES AIDEZ SECRÈTEMENT EN TOUT CE QUE VOUS

1 Court n'a pas donné le paragraphe suivant. — Louvreleuil, I, p. 204, rapporte la lettre dont il est ici question. II l'avait reçue, dit-il, d'un avocat religionnaire. (Idem, p. 201)

» pouvez, que vous vous réjouissez de leurs » crimes, que vous vous glorifiez de leurs atten- » tats, au lieu que vous devriez en pleurer et » dire anathème à celles qui profanent les » choses saintes par leurs fictions sacrilèges, » et à ceux qui commettent des actions si bar- » bares, si contraires aux lois du christianisme, » qui déshonorent la pure religion que nous » professons, et l'exposent aux médisances des v hommes de toutes les nations. »

Enfin cette lettre se termine par l'admonition suivante :

« N'ayez aucun commerce avec les snpersti - » tieux et les idolâtres; mais aussi n'ayez au- » cune communication avec les coureuses, » avec les incendiaires elles meurtriers, pour y> n'être point participants de leur iniquité... »

Il est permis de penser, d'après un langage aussi clair , que les auteurs catholiques n'ont pas calomnié les Camisards, lorsqu'ils ont raconté leurs désordres généraux ou particuliers 1 . Et ce n'est pas sans motif que Louvreleuil a pu écrire ce qui suit :

i Nous ne citerons qu'un exemple de ces désordres particuliers : < Le prophète Esprit Seguier avait été con- • damné dans sa jeunesse à être pendu pour avoir viole

172 CAUSE DES PHKXOMKVES.

« L'égarement de l'esprit et la corruption « des mœurs des fanatiques faisaient voir qu'ils » étaient du nombre de ceux de qui le roi-pro- » phète a dit qu'ils ont reçu leur âme en vain, » accepcrunt in rano animant suam, puisqu'ils - n'en avaient que comme les bêtes, pour se

laisser aller h toute sorte de brutalité chary> nelle, leurs assemblées ne servant que de î rendez-vous et de lieu de prostitution. Les •> incestes, les adultères, les fornications, et la » grossesse d'un très-grand nombre de Jilles •> de toutes les paroisses , devenues enceintes en v même temps dans ces sabbats nocturnes , en * furent des preuves manifestes 1 ... »

Le Saint-Esprit ne se montrait d'ailleurs pas plus rigide vis-à-vis de ses interprètes directs que vis-à-vis de la foule du peuple; ainsi les prophétesses* jouissaient de certaines licences. Ecoulons encore le maréchal de Villars :

» une petite fille , et aux galères depuis quelques année» t pour ses larcins, concubinaire public d'une coureuse t appelée Catherine Doux. » (Louvreleuil , I, p. 34.) * Idem, p. 200.

2 Les prophétesses • étaient des malheureuses , con- » nues d'un chacun pour les plus grandes coureuses du » pays, t (SaMir Demerez , lettre du 17 août 1703. )

C A L* S K DES PHKVOXIKVES. 173

l ne prophétesse âgée de vingt-sept à vingt-

* huit ans, fut arrêtée, dit-il, il y a dix-huit ?» mois, et menée devant M. d'AIais. Il l'intcrr> rogca en présence de plusieurs ecclésias- » tiques. Cette créature, après l'avoir écouté , v lui répond d'un air grave et modeste, et » l'exhorte à ne plus tourmenter les véritables » enfants de Dieu , et puis lui parle une heure

* de suite une langue étrangère...

v Vous croyez bien, Monsieur, que M. d'A- » lais fit enfermer la prophétesse. Après plu- » sieurs mois, cette fille paraissant revenue de « ses égarements, et par les soins et avis du •ï sieur de Mandajors (maire d'Alais), qui la » fréquentait, on la laissa en liberté. De celte

* liberté, cl de celle que le sieur de Alandajors » prenait avec elle, il s'en est ensuivy que » cette prophétesse est grosse 1 . »

M. Poyrat dans son Histoire des Pasteurs du désert raconte, qu'une jeune châtelaine conçut pour Roland, le prophète-roi, le chef sacerdotal des Camisards, une passion romanesque et mystique 3 . Le maréchal de \ illars, qui avait

1 Arcli. <lc la «juerre , vol. 1797. Leflreclu maréchal Je Villars du 14 novembre 1704.

* Tome 1, p. 329, ei lome II, p. 223.

eu occasion de s'occuper de cette passion de Roland , en parle ainsi :

a II y a plus de six semaines qu'un nommé » Maltar me vint trouver icy, et me fit espérer » de faire surprendre Rolland. Il a suivy son » projet, et à mon dernier voyage d Uzès peu » s'en est fallu qu'il ne réussît. Il y a deux » filles de condition , nommées mesdemoiselles » Cornely, très-bien faites, et qui honorent de » leurs bonnes grâces Rolland et Maillé son » lieutenant. Ces deux filles estoient dans le » château de Castelnau depuis quinze jours, et » Rolland, ainsy que j'en estois informé par ses » lettres , leur promettoit de les venir voir à la » première occasion. Il y vint dans la nuit du » 13 au 14, avec six de ses principaux officiers » et deux valets. M. de Paratte, averty sur le » champ par ledit Maltar et un nommé Rouvîère » qui agissoit de concert pour nous livrer Rol- » land , y envoya 1 le sieur de Gastelladi, comn mandant le second bataillon de Charolais, avec » tous les officiers de son bataillon à cheval et i trente dragons. Ils allèrent à toute bride. Roi-

1 M. de Paratte rendant compte de son expédition , dît que Roland s'est venu brûler à la chandelle. (Lettre dn 15aoiït 170*. Airh. de la cjnprre, vol. 1798 )

» land, averti par une sentinelle 1 au haut du » château, sortit du lit*, et n'eut que le temps » de descendre dans la cour et monter à » cheval à poil avec ses gens. Ils sortirent par » une porte de derrière du château , dans le » temps que les officiers y entroient; mais la » troupe de dragons, qui avoit fait le tour, les » coupa dans la plaine , et les arrêta dans un » chemin creux. J'avois fort recommandé que » Ton prît Rolland vif, s'il estoit possible; mais » un dragon Ta tué, et cinq des autres parmy - lesquels sont Maillé, Raspal et Caularet 3 . »

Hâtons-nous de rappeler, que c'est de la main de ce même Roland que les populations » accouraient recevoir « la cène , le baptême, la » bénédiction nuptiale \ »

L'esprit d'ordre a-t-il pu faire défaut aux Camisards, si, en effet, ils ont été inspirés en

1 C'était un Anglais fort affectionné au service de Roland. (Court, II, p. 469.)

2 En chemise, (Court, II, p. 469.)

3 Arch. de la guerre, vol. 1797. Lettre de Villars du 16 août 1704. Ailleurs le maréchal de Villars répète que Rolland ètoit en grand commerce avec mademoiselle Cornely; même vol., rapporta Louis XIV, en date du même jour.

♦ Peyrat, I, p. 345.

toutes choses par le Saint-Esprit? Pour répondre à cette question, rappelons seulement, à titre d'exemples, deux circonstances de leur histoire.

Le baron d'AigalIiers avait entrepris de ramener les Cévénols révoltés à faire leur soumission à Louis XIV. Dans ce but, s'étant rendu àDurfort, il s'apprêtait à haranguer la foule du haut du balcon du château, lorsque «au v môme instant, un prophète, debout sur une « éminence à l'extrémité du pré, en face du r balcon, la réclame aussi; la multitude se » tourne aussitôt, la moitié vers le baron, et v l'autre vers le prophète. Celui-ci, sans doute * scandalisé que la conférence fût ouverte sans

- une prière ou un cantique, entonna aussitôt un psaume, que tout le peuple continua en

•î chœur. D'Aigalliers fâché, dit à Roland : u II » y a temps pour tout , pour chanter les louan- » ges de Dieu et pour songer à ses affaires. Je

- vois qu'on abuse de la Parole de Dieu pour " m'interrompre, et je m'en vais. •> Un habitant ^ de Durfort, nommé Ollivier, voulut faire ob- » server au prophète qu'il devait laisser parler

- le baron, obligé de s'en retourner le soir,

- et qu'il était déjà tard. Ravanel, à cheval au v milieu de la foule , entendant cette obser-

v vation , s'écria furieux : « Comment, j'adore

- Dieu , on veut m'empêcher d'entendre la r Parole de l'Éternel ! » Et tirant son sabre, il •> en asséna un grand coup sur le bras du ma-

- lencontreux Ollivier. La vieille baronne d'Air> galiers, qui avait accompagné son fils, s'é- * pouvante ; un tumulte horrible se fait dans « l'assemblée; plusieurs brigadiers camisards •> s'élancent sur Ravanel , qui les renverse sous

- son cheval. Ils se relèvent, le poursuivent, ci

- le ramènent désarmé. Enfin, comme la nuit », approchait, d'Aygaliers put commencer son « discours 1 ... •?

Lorsque Cavalier eut fait sa soumission, on crut que tout allait rentrer dans l'ordre. Ce fut une erreur. Les autres chefs camisards étant, ainsi que Cavalier, inspirés par le même Saint- Esprit de paix et de concorde, ils commencèrent à se diviser, chacun voulant pousser les siens à la continuation de la guerre. Cavalier désorienté au milieu de cette confusion générale, tenta de ramener Roland au parti qu'il avait pris de se soumettre, mais celui-ci ne fut pas d'une humeur accommodante, a Ils eurent

i Pcyrat, II, p. 218

v sur cela, dit Brueys 1 , une contestation assez » vive, sur laquelle leurs prophètes furent con- » sultés; Daniel, qui était celui de Cavalier, fut » d'avis d'obéir au roi; Moyse, qui était celui « de Roland, fut d'un sentiment contraire; et » ayant tiré au sort, pour savoir auquel il » fallait s'en rapporter, le sort décida en faveur » de celui de Cavalier. » Le Saint-Esprit tirant au sort entre deux opinions pour savoir laquelle choisir!...

Court 1 confirme le récit de Brueys : car il constate que les prophètes se jetèrent entre Cavalier et Roland, les séparèrent 3 , et obligèrent Roland à consentir.

L'esprit d'ordre ne se manifestait pas sein lement dans la vie politique des Camisards, il régnait aussi au milieu de leurs assemblées religieuses \ On lit dans le Théâtre sacré des Cévennes 5 : Déposition de Jeanne Castanet.

1 Tome II, p. 356.

2 Court, II, p. 4Î0.

3 Preuve d'entente cordiale.

4 «Outre l'inspiration , plusieurs d'entre eux s'étaient t érigés en prédicateurs ou en ministres ; mais il n'y m » avait point qui eussent été établis dans les règles. • (Court, I, p. 175.)

5 Page 21.

CAUSE DES PHÉNOMÈNES. 179 « Il arriva un jour dans une des assemblées, » que plusieurs inspirés commençaient à parler » ensemble, de sorte que l'un de ceux de la » compagnie dit à quelques-uns : Taisez-vous, » de la 'part de Dieu 1 / et ils cessèrent de par- » 1er ensemble ; mais ensuite ils parlèrent l'un » après l'autre. Je crois que celui qui commanda » ainsi avait lui-même reçu de don. » (l Cor. 14, 31, 32, 33.)

Que Ton mette ce récit en regard de celui où rÉcriture nous montre Tordre admirable qui régnait dans le Cénacle , après que le Saint* Esprit se fut répandu sur les apôtres, et que l'on juge de la ressemblance des actes à dixsept cents ans de distance ! Quel calme , quelle simplicité , quelle grandeur d'un côté ! De l'autre, quel désordre, quelle situation ridicule ! En comparant ces deux scènes si différentes, ne reconnaitra-t-on pas dans le récit du Théâtre sacré des Cévennes, la singerie de l'Esprit de vérité? N'est-ce pas avec une irrévérence grossière que le nom de Dieu y est invoqué comme

* Cavalier menaçait aussi de la part de Dieu le maré* chai de Montrevei, à propos des ekâtiments qu'il infligeait aux protestants. (Arch. de la guerre» vol. 1708. Lettre du 16 septembre 1T03.)

IhO CAUSK DKS PHÉNOMÈNES.

principe d'autorité? Le lait rapporté ici par le Théâtre sacré des Céccnnes, constate une confusion, confusion palpable, dont l'Ecriture n'offre jamais de trace dans les circonstances où l'Esprit-Saint manifeste son action. C'est que Tordre étant avant tout, par excellence, le signe de la présence de Dieu, là où Dieu n'est pas, Tordre ne peut régner. Avant tout aussi, ajouterons-nous, le respect accompagne toujours les paroles de ceux qui , dévoués au Seigneur, nous parlent en son nom et de lui.

Or ces deux conditions d'ordre et de respect ne se rencontrent pas dans le passage cité du Théâtre sacré , et c'est pourquoi Ton est amené à y voir tout le contraire de ce que les possédés des Cévenncs ont cru sur ce point.

Nous n'irons pas plus loin dans l'élude que nous avons entreprise sur leur histoire. Il serait superflu de chercher d'autres témoignages que ceux réunis dans ce dernier chapitre, de l'absence de l'Esprit-Saint au milieu d'une population qui s'est glorifiée d'en être inspirée.

Notre dessein était d'en réunir un certain nombre et de les grouper sous une forme qui rendit cette démonstration plus saisissablc. Si Ton \cul bien se reporter au récit de la niilulio

spirituelle qui ravagea le Dauphiné et les Cévennes au commencement (hi dix -huitième siècle, si Ton veut bien se rappeler l'origine de cette épidémie, son développement, l'immoralité qui l'accompagna , la longue suite de crimes qu'elle provoqua, on sera édifié sur le mérite de la croyance des Cévénols à une assistance céleste toute spéciale à cette époque. «. Notre travail dès lors est fini , et il ne nous reste qu'à le résumer par une conclusion générale.

Cette conclusion la voici :

Des phénomènes prodigieux se sont manifestés chez les Camisards % ;

Ces phénomènes sont certains;

La médecine est impuissante à les expliquer ;

Ils sont dus par conséquent à une cause surnaturelle ;

Mais à coup sûr le Saint-Esprit n'eu est pas l'auteur 1 .

* « Les fait* surnaturels de cette histoire sont si bien » constatés y que si Ton ne veut pas y voir le doigt de » Dieu, il faudra y reconnaître l'agence de Satan, t (Bost, Les Prophètes protestants, p. 48, note.)

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