‹ De l'inspiration des CamisardsChapitre 16 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DISCUSSION DES THÉORIES AU MOYEN DESQUELLES ON A PRÉTENDU EXPLIQUER LES PHÉNOMÈNES.

Nous examinerons successivement chacun des systèmes émis sur la cause dos phénomènes observés dans le Dauphiné et dans les Cévennes, et dont nous avons rapporté les plus intéressants dans le chapitre ni.

Commençons par exposer les théories de .

deux auteurs catholiques.

Opinions de Flrchier et de Brueys. — Fléchiêr nous dit qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de la multiplication des prophètes et prophétesses dans le raidi de la France, a Ces pauvres » gens, ajoute t- il, n'entendaient parler que îi de ces sortes de dévotions, leur imagination en était remplie ; ils voyaient dans les » assemblées ces représentations, dont ils s'enn tretenaient sans cesse en eux-mêmes. On leur » ordonnait déjeuner plusieurs jours, ce qui » leur affaiblissait le cerveau, et les rendait

» plus susceptibles de ces visions creuses et de » ces vaines créances. Les courses qu'ils fai- » saient de paroisse en paroisse, de montagne » en montagne, pour y passer les jours et les » nuits , sans prendre d'autre nourriture que » quelques pommes ou quelques noix; les spec- » tacles et les exhortations continuelles de tout » quitter, pour se trouver dans rassemblée des »élus et des fidèles, et d'y faire, comme les » autres, des prédictions imaginaires; la petite » gloire d'être élevé sur un théâtre, d'être écouté » comme un oracle, de faire tomber d'un seul » mot mille personnes à la renverse, de consa- » crer, pour ainsi dire, ses extravagances, et » rendre sa folie vénérable par le mélange de » quelques textes mal appliqués de 1 Ecriture, « c'étaient autant de causes de cette corruption » presque générale. Les ignorants sont disposés » à suivre et à imiter. On leur soufflait l'erreur » et dans le cœur et dans la bouche; il se faisait » une génération spirituelle de prophètes et de » prophéties par les yeux et par les oreilles, » plutôt que par l'esprit et par la foi ; en sorte » qu'ils devenaient tous ou trompeurs ou trora- » pés par contagion. Voilà ces communications v de l'esprit de Dieu , et ce prodige dont on a

EXPLICATIONS DES PHÉXOUÈXKS 113

» voulu faire tant de bruit. Il n'y a rien de si » naturel que l'ignorance et la vanité, et la suite » du mauvais exemple 1 . »

Avant de nous arrêter sur ce qui précède, citons d'abord Brueys.

Cet historien raconte que du Serre s'était fait donner de jeunes garçons et de jeunes filles pour les rendre prophètes, et îl ajoute « qu'il » leur fit entendre que Dieu lui avait donné son » Saint-Esprit, qu'il avait la puissance de le com- » muniquer à qui bon lui semblait, et qu'il les » avait choisis pour les rendre prophètes et » prophétesses , pourvu qu'ils voulussent se » préparer à recevoir un si grand don de la » manière que Dieu lui avait prescrite. Ces en- » fants, à qui la faiblesse de l'âge, la rusticité du m naturel et le défaut d'éducation ne permet- » taient pas de pénétrer l'artifice du séducteur, » crurent sans peine tout ce qu'il voulut leur » persuader, et tout joyeux d'être quelque jour » ce qu'il leur promettait, se soumirent aveu- » glément à tout ce qu'il voulait faire d'eux.

» Alors ce docteur de mensonges qui tournait » à ses malheureux usages ce que la religion

1 Lettres choisies y I, p. 370.

» enseigne pour exciter les hommes à la piété , m leur dit que la plus sainte préparation pour » plaire à Dieu et recevoir le don de prophétie » était de se priver de nourriture, et leur imïî posa des jeûnes de trois jours entiers, qu'il » leur faisait même réitérer de temps en temps » avec beaucoup d'exactitude.

» Il savait que rien n'était plus propre à leur » troubler l'esprit; que le cerveau se trouvant » desséché par le défaut des vapeurs dont il a « besoin, et que les aliments lui envoient (sic), - les jeûnes excessifs et réitérés le mettent insen-

* siblement hors d'état d'exercer librement ses » fonctions : à mesure qu'il s'appliquait avec •? soin h chasser la raison de ces jeunes têtes, •î il les remplissait des chimères et des visions ^ fanatiques qui devaient servir au grand projet » de révolte qu'on avait formé '. *

Il leur fit ensuite apprendre par cœur divers passages de l'Apocalypse. « Ce ne fut pas tout, » continue Brueys; du Serre ne se contenta •? pas de mettre au pli qu'il souhaitait l'esprit » de cette malheureuse jeunesse, et de remplir

* leur mémoire de tout ce qui lui sembla propre

i Brueys, I, p. 104 à 107.

EXPLICATIONS DES PHÉXOMÈXES. 115

«> h ses desseins, il voulut encore façonner leur » corps, et leur apprendre à faire des postures » qui imposassent aux yeux des simples, afin » que comme le démon il fût en toutes choses » le singe, ou pour mieux dire le destructeur » des lois de Dieu , qui nous ordonne de le » glorifier en nos corps et en nos esprits.

» II leur apprit donc à battre des mains sur « la tête, à se jeter par terre à la renverse, à * fermer les yeux, à enfler l'estomac et le go- » sier, à demeurer assoupis en cet état pendant » quelques moments, et à dire ensuite, en se » réveillant en sursaut, tout ce qui leur vienr (Irait à la bouche »

a Lorsque quelqu'un des aspirants au don de » prophétie, de l'un ou de l'autre sexe, avait r l'esprit assez renversé par les jeunes, et savait « bien jouer son rôle, le maître prophète assein- . » blait le petit troupeau, plaçait au milieu le n prétendant, lui disait que le temps de son v inspiration était venu, après quoi, d'un air » grave et mystérieux , il le baisait, lui soufflait d dans la bouche et lui déclarait qu'il avait reçu

l'esprit de prophétie; tandis <|ue les autres,

1 Rnirys, I, p. 1 10 et 111.

il fi EXPLICATIONS DtS PHKXOMÈNES.

5> saisis d'admiration et d'étonnement , atten- » daient avec respect la naissance du nouveau » prophète, et soupiraient en secret après le mo- » ment de leur installation. — Ce fut ainsi qu'il » les reçut tous , filles et garçons 1 ... »

Plus loin, il ajoute qu'Astier, dans le Vivarais, recevait au nombre des inspirés, dans des conciliabules nocturnes, ceux qu'il y avait préparés «en la manière qui lui avait été prescrite, et » surtout par le jeûne exact de trois jours con- » sécutifs et réitéré de temps en temps : épreuve » terrible, et à laquelle peu de têtes étaient » capables de résister*. »

Il dit encore , relativement aux chutes à la renverse « sans qu 9 aucun en fût blessé, que la » merveille n'était pourtant pas fort grande; car » comme on avait mis dans la tête de ces iny> sensés que c'était une marque de réprobation » de demeurer debout quand les autres tomy» baient, ou de se blesser en tombant, il n'y en » avait guère parmi eux qui voulussent passer y> pour réprouvés : tous tombaient, la plupart » en se laissant emporter à la folie commune,

1 Brueys, I, p. 112.

3 Idem, p. 140.

EXPLICATIONS DES PHÉNOMÈNES. 117 » plusieurs pour ne pas s'exposer aux repro- » ches que leur auraient fait, en présence de » tous, les prophètes et les prophétesses, qui r ne manquaient jamais d'appeler des damnés, y> des impies et des démons ceux qui demeu- » raient debout; et quelques-uns par feintise » seulement pour se moquer d'eux, -ou afin de » n'être pas découverts pour étrangers de leur » corps, ainsi que fit un jour un catholique » nommé Comble, à l'assemblée de Saint-Cierge : » cependant aucun de. ceux qui se blessaient en » tombant n'osait se vanter des coups qu'il se » donnait, de peur de s'attirer les huées de celte » canaille, et les injures des inspirés 1 . »

Ainsi Fléchier et Brueys assignent, comme origine des phénomènes, le jeûne, la petite gloire de parader sur un théâtre, l'habitude de vivre dans un cercle de personnes où l'on ne parlait pas d'autre chose que d'inspiration.

Quel que soit le respect dû à la mémoire de Fléchier, on ne peut s'empêcher de remarquer la faiblesse de son argumentation. Quoi! le jeûne, le jeûne prolongé, peut conduire à parler une langue étrangère? C'est par le jeûne

1 Brneys, I, p. 151.

qu'un idiot se verra orné des dons de l'intelligence ? Comment la petite gloire de parader sur un théâtre peut-elle communiquer le don de la parole à une personne endormie? S'il suffit de Thabitude d'entendre parler constamment d'un même sujet pour recevoir des dons spirituels , pourquoi ce phénomène ne se répète-Nil plus de nos jours ?

La nature de la contagion qui rendait des peuples entiers ou trompeurs ou trompes paraîfra-t-eïïe suffisamment déterminée par les explications que nous venons de rappeler?

Sera-t-on de l'avis de Fléchier lorsqu'il trouve qu'un phénomène moral de cette nature n'offre rien d'étonnant? et, s' appuyant sur les considérations qu'il invoque pour donner sa raison d'être, conclura-t-on comme lui qu'il n'y a rien de si naturel que T ignorance et la vanité, et la suite du mauvais exemple ? Nous ne le pensons pas; caf ce n'est pas par suite du mauvais exemple, de l'ignorance ou de la vanité, qu'une maladie contagieuse étend ses ravages. Comment admettre aussi que les ignorants sont disposés à suivre et à imiter > lorsqu'il s'agit, par exemple, de l'éloquence? On aura beau être disposé à suivre et à imiter un

orateur, le deviendra-t-on soi-même par celte seule bonne volonté, surtout si Ton est ignorant?

Ces objections, Fléchier et Brueys ne se les sont pas failes. On ne pourra jamais croire qu'ils aient sérieusement pensé que les dons de l'esprit deviendraient l'apanage de tout individu qui se nourrirait de quelques pommes ou de quelques noix, qui jeûnerait et qui courrait dans les montagnes , ou à qui on aurait renversé l'esprit par les jeûnes.

Fléchier, dominé par la conviction que ce qui s'était passé dans le Dauphiné et dans les Cévennes élait le résultat d'une œuvre perverse, a voulu établir que tout l'édifice reposait sur le mensonge, que tout était le résultat d'un artifice habilement combiné, et dans ce but il n'a pas hésité à se faire l'historien de Gabriel Astier et à donner le récit d'un certain nombre de faits dignes d'attention, pensant avec raison qu'il suffisait de les raconter pour que le bon sens le plus simple put juger s'ils étaient le produit de la sainteté. Mais il n'a pas pris garde que, du moment où il voulait exposer la raison d'être de ces faits, il ne fallait pas tendre à les infirmer en prétendant que

120 EXPLICATIOXS DES PHlL\OMÈ\T8.

leurs auteurs usaient de supercherie. Bien loin de là, il fallait laisser entière la certitude des phénomènes en question, puisqu'elle ne pouvait pas être mise en cause, et se borner à prouver la perversité de l'œuvre par la différence existant entre le but de sainteté que Ton prétendait poursuivre et la nature des actes auxquels poussait l'inspiration.

Ce que Brueys écrit touchant les chutes à la renverse, où il prétend que l'imitation et la complaisance auraient joué le principal rôle, n'est pas discutable. Quelle que feoit la dose de simplicité qu'on suppose répandue sur tout un pays, on ne trouvera jamais des populations entières qui, par complaisance ou par imitation, consentent à risquer de se rompre les membres. Les chutes étaient donc réelles, mais involontaires et forcées.

De plus, Brueys se trompe lorsqu'il ajoute que les inspirés, en se réveillant, disaient tout ce qui leur venait à la bouche. Nous avons vu que certains d'entre eux faisaient des discours pathétiques, ce qui suppose la réflexion, la suite dans les idées, l'élévation de la pensée. D'un autre côté, de Irès-jeuncs enfants prétendaient souffrir pour les péchés de leurs mères,

prédisaient la ruine de Babylone. Or, ces expressions, qui étaient au-dessus de la portée de leur intelligence, ne pouvaient pas leur venir naturellement à la bouche, il fallait qu'elles leur fussent soufflées. Qu'on se rappelle encore les exhortations à la repentance faites par ces . mêmes enfants, et que Ton dise si elles constituent ce que Ton est convenu d'exprimer par tout ce qui vient à la bouche; que Ton dise si on eût pu attendre de pareils discours d'enfants dont le naturel était rustique, l'intelligence inculte. Il fallait donc qu'il y eût en eux quelque chose d'extraordinaire.

Ainsi les théories de Fléchier et de Brueys ne peuvent expliquer l'origine ni l'exisfenoe des phénomènes prodigieux observés dans les Cévennes et dans le Dauphiné.

Opinion de Court. Cet historien protestant 1 n'attache aucune importance aux phénomènes observés chez les Camisards, il n'en parle pour ainsi dire pas. Nous rapportons dès lors ce qu'il a dit non<pour le discuter, ce qui est inutile, mais pour ne point laisser de lacune dans la tâche que nous nous sommes imposée.

1 Court élait un savanl ; c'est pourquoi peut-être il ne voulait rien voir hors de la physique.

iU EXPLICATIONS DES PHÉNOMÈNES.

Après avoir mentionné partiellement les dépositions de Durand Fage et d'Elie Marion, que nous avons données pages 25 h 33 , Court ne raconte que ¥ épreuve du feu subie par Clary 1 , mais c'est pour établir qu'il n'y croit pas*, ce qui est curieux, car il ajoute : « Je » l'ai entendu décrire moi-même, à quelque » petite différence près, par nombre de per- » sonnes qui m'assuraient en avoir été té- * moins. » De quel droit récusait-il les témoins de ce fait , puisqu'il admet leur témoignage sur d'autres points?

Opinion de M. Peyrat. — Nous avons déjà vu que M. Peyrat a parlé de l'extase comme moteur xle la révolte des Cévénols. Il convient de rapporter ici ce qu'il dit touchant cette partie spirituelle de la question.

« Tel était l'état extraordinaire des protes- » tants du Midi. Ils avaient rejeté la raison » vulgaire pour se conduire par Y imagination, » raison divine et merveilleuse au moyen de » laquelle, fuyant les hommes pervers, ils » pouvaient se consoler avec les anges. Ils » s'égaraient dans cette région mystérieuse

1 Voir plus haut, p. 97.

2 Court, I, p. 437.

» où I'àme éperdue trouve l'extase, la vision » du monde invisible , la contemplation de Dieu n même 1 . »

A propos de l'observation d'Élie Marion dans le Théâtre sacré, qu'on ne faisait rien sans avoir préalablement consulté l'Esprit, M. Peyrat dit :

« Ce témoignage d'Elie Marion est confirmé » par d'autres contemporains, qui, dans les « moindres hasards propices,* reconnaissaient -i la protection visible de l'Esprit et son cour- » roux dans leurs infortunes. Ils le consultaient » pour tout; c'était leur appui, leur guide, » leur conseiller , leur consolateur ; ils sacri- » fiaient leur raison à cette intelligence qui * leur semblait la sagesse éternelle, et son v apparition était pour eux une ère de béné- » diction et de triomphes 5 ... »

a Les chagrins domestiques influaient beau- » coup sur l'exaltation des Cévénols 3 ... «

a A cette époque expirent aussi les dernières » convulsions de l'insurrection camisarde et de

1 Peyrat, I, p. 190.

2 Wwi., I, p. 273.

:i Idem, p. 274, note. — On pourrait demander à ce sujet depuis quand les chagrins domestiques procurent le don des langues ou de l'éloquence.

» l'esprit prophétique. L'extase était inhérente » à ce soulèvement purement populaire et par » conséquent enclin de sa nature au merveil- » leux; elle lui était même nécessaire; il fallait » à cet effort gigantesque un ressort prodigieux, » presque surnaturel. L'enthousiasme ordinaire » n'y eût pas suffi. L'extase fut donc le prin- » cipe vital du soulèvement cévénol : il naît , » grandit, s'organise énergiquement avec elle; » avec elle il décline, se dissout, et meurt en- » fin. Elle revêt ces tragiques événements d'une ) couleur primitive, d'un reflet d'épopée et de « théogonie orientale; elle en fait un épisode » assurément unique dans l'histoire de France. » Du reste, cette insurrection eut les vices et » les qualités de son origine populaire; elle fut » âpre, violente, fougueuse, parfois féroce, et » presque toujours empreinte , jusque dans ses « bizarres égarements , d'une certaine grandeur » biblique. Ajoutons qu'elle était légitime, mais » qu'elle devait succomber 1 ... »

Nous doutons fort que ces appréciations paraissent suffisantes. M. Peyrat a tenté d'expliquer ce qui s'était passé dans les Cévennes,

i Peyrat , II , p. 280.

EXPLICATIONS DES PHÉXOUÊ.YES. 125 mais il n'a pas sérieusement recherché l'origine de l'exaltation spirituelle qui produisait les miracles ; car attribuer des phénomènes prodigieux à l'extase, sans définir l'extase , sans expliquer sa cause, c'est, nous l'avons dit, reculer la difficulté, ce n'est pas la résoudre.

Opinion de M. Calmeil — M. Calmeil , médecin de la maison des aliénés de Charenton, a longuement étudié la question des Camisards dans son ouvrage intitulé : De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique j historique et judiciaire , etc. Après avoir recueilli de nombreux matériaux, M. Calmeil les a réunis, coordonnés, analysés, on peut même dire disséqués, dans le but de rapporter tous les phénomènes observés chez les inspirés des Cévennes ou du Dauphiné, à la manie, à l'hystérie et à l'épilepsie.

Examinons la valeur de cette interprétation.

Mais d'abord citons M. Calmeil :

a Dans la mélancolie dite d'inspiration , les v aliénés sont persuadés qu'il existe en eux une » lumière qui participe de l'essence divine, qui

n les illumine, et les incite à prophétiser

v Les fanatiques drs Cévennes croyaient ferme-

m ment que leurs propbétesses étaient illuminées < par l'Esprit-Saint et que leurs prédictions » étaient infaillibles. On sait que ces folles n'éprouvaient le besoin de prophétiser qu'au * sortir des accès convulsifs qui les tenaient ?? plus ou moins longtemps étendues sur le » sol 1 ... »

« Sauvage range à for* parmi les èpilepsies « simulées les attaques convulsives survenues

- chez les jeunes prophètes et sur les prophé-

- tesses des Cévennes a ... »

a La monomanie prophétique gagna en

- France des milliers de calvinistes sous le

- règne de Louis XIV. Quand elle s'était dé- > clarée avec le plus d'intensité parmi les par-

tisans de Muncer, parmi certains anabap-

tistes, ces sectaires étaient réduits aux abois; » quand elle s'empara des Drabicius, des Kuhlv mann, des Kotterus, la maison d'Autriche » poursuivait sans rémission tout ce qui. tenait

aux principes de la réforme.

v L'excès du malheur produisit sur nos com-

- patriotes huguenots le môme genre de ma- ^ ladie s . *

* Calmcil, t. II, p. 230.

2 Idem , p. 234.

3 Idem, p. 262.

Celle idée est reproduite plus loin sous une autre forme. u Quand chez tous, dit notre aur teur , l'extravagance des actions est en rap- ?i port avec l'extravagance des sensations et « des idées, on ne peut que* s'apitoyer sur le » sort d'une population que le malheur avait » jetée dans un tel excès de délire et qu'on ne * peut qu'immoler, parce qu'elle n'est plus sus- » ceptible de prêter l'oreille à aucun raisonne* « ment et qu'elle se rend formidable par la v hardiesse de ses coups 1 . a

Kotre auteur explique ensuite le phénomène d'inspiration constaté chez des enfants à la mamelle :

« Les premières démonstrations de l'enfance

- ne sont le plus souvent que le reflet des dé- " monslrations qui la frappent chaque fois " qu'elle promène ses regards sur ceux qui ? veillent avec sollicitude sur chacun de ses " besoins; les premiers mots qu'elle essaye de *ï bégayer ne sont aussi que la répétition des

- mots qu'elle entend le plus souvent retentir à

- son oreille; il est arrivé, à ce qu'il paraît, ^ que des enfants à peine sortis du berceau

i Calmcil, Iï, p. 270.

128 EXPLICATIONS DES PHÉiYOMKYES.

» ont éprouvé, dans les Cévennes, des attaques ) de spasmes suivies d'une sorte de transport de » l'entendement *. *

Une idée analogue est exprimée encore par M. Calmeil à propos de la visite faite à l'époque parla faculté de médecine de Montpellier, pour déterminer le genre de maladie des inspirés des Cévennes. On lit, en effet, page 273 du même tome . ce Les parents, que Ton punissait aussi , » parce qu'on supposait qu'ils contribuaient à » développer sur ces enfants l'exaltation des » centres nerveux, finissaient souvent par les » remettre entre les mains des administrateurs, » en disant, etc. ?

Plus loin, on lit à propos de la déclaration faite par Durand Fage (voir plus haut, II, p. 14) que dans les combats la grêle de plomb n'inquiétait pas plus les Camisards qu'aurait fait une grêle ordinaire , lorsque Y Esprit avait dit de ne rien craindre :

« Evidemment les Camisards, tout en croyant » déférer à l'impulsion d'un être divin, comme n ils le répètent continuellement eux-mêmes, » en étaient le plus souvent réduits à n'avoir

* Calmeil, II, p. Î76.

EXPLICATIONS DES PHÉYOMKYES. 129

v plus, pour ainsi dire, d'autre gouverne que » celle d'un puissant délire ! . »

Enfin plus loin on lit encore :

« Le transport prophétique constitue

» réellement un état pathologique particulier » que les Camisards savaient très-bien distin- » guer du somnambulisme proprement dit. Les » somnambules, disaient-ils, parlent et gesti- » culent comme une personne qui est dans la » rêvasserie. Les inspirés se sentent saisis par » une puissance invisible, inconnue, qui s'em- » pare de leur langue et de leurs lèvres, et qui » leur fait prononcer des choses qui ne viennent » pas d'eux. S'ils oublient quelquefois ce que » l'Esprit leur a fait dire, il leur reste la con- » science des sensations qu'ils ont éprouvées t> quand l'Esprit a pris possession de leur » corps *. »

Ainsi , d'après M. Calmeil :

1° Les Camisards étaient inspirés parce qu'ils étaient persuadés qu'il existait en eux une lumière qui participait de l'essence divine, qui les illuminait et les incitait à prophétiser;

2° C'est l'oppression dont ils furent l'objet

1 Calmeil, II, p. 294.

2 Idem , p. 301 .

de la part du gouvernement de Louis XIV qui détermina leur monomanie prophétique ;

3° Les enfants à peine sortis du berceau prophétisaient en parlant une langue étrangère, parce qu'ils avaient éprouvé des attaques de spasmes suivies d'une sorte de transport de l'entendement, ou parce que leurs parents contribuaient à développer sur eux X exaltation des centres nerveux;

4° L'hystérie et l'épilepsie peuvent seules produire des accidents pareils à ceux qui ont été signalés chez les Camisards;

5° Les Camisards n'obéissaient qu'à un puissant délire.

Si l'on veut bien se rappeler la nature des phénomènes spirituels et physiques constatés pendant tant d'années chez les Camisards, on conviendra que M. Calmeil en donne une enrieuse explication. Pour ne parler que des phénomènes spirituels seulement, c'est la première fois, croyons-nous , que l'on assure que l'excès du malheur procure le don de l'éloquence ou des langues. D'un autre côté, qui croira que des idiots, des imbéciles, des enfants , font des discours pathétiques ou touchants, qu'ils ont le don des langues, uniquement parce qu'ils sont

persuadés qu'il existe en eux une lumière qui participe de l'essence divine. Nous avouons ne pas pouvoir nous expliquer comment des idiots parviennent à se persuader qu'il existe en eux une lumière qui participe de l'essence divine ; car, pour se persuader une idée , il faut d'abord la concevoir. Mais comment un idiot peut-il la concevoir, puisqu'il en est incapable?

M. Calmeil, tenant à établir que les inspirés des Cévennes étaient atteints de folie, expose que * ce qui devra toujours faire dire que les » prophètes calvinistes étaient des monomay> niaques, c'est que la violence du mouvement » ressenti au moment du raptus par les instruis ments de la sensibilité physique et morale î> concourait par sa répétition à maintenir ces -» fanatiques dans la persuasion qu'ils étaient » favorisés par la présence de l'Esprit-Saint, et « â entretenir indéfiniment chez eux la fermen- » tation d'idées et de sentiments que n'éprouvent v pas les personnes bien organisées 1 . « C'està-dire , si nous comprenons bien , qu'ils prophétisaient parce qu'ils prophétisaient.

En ce qui touche les enfants, on remarquera

1 Calmeil, II, p. 302.

qu'ils ne bégayaient pas, comme le prétend M. Calmeil. Loin de là, ils parlaient couramment , ils faisaient des exhortations, ce qui exclut toute idée de bégayement d'un enfant à la mamelle. Ici nous demanderons à M. Calmeil s'il y a des fous parmi les enfants à la mamelle, si Ton en compte aussi parmi les enfants en bas âge? D'un autre côté encore, les enfants à la mamelle parlenUils , et depuis quand? Que si Ton affirme sérieusement que des enfants prophétisaient (en langue étrangère pour eux), parce qu'ils avaient éprouvé des attaques de spasmes suivies d'une sorte de transport de V entendement, il faut regretter de ne pas voir appliquer la même méthode d'enseignement pour doter les élèves des langues étrangères. Car enfin , s'il suffit d'avoir des spasmes suivis dune sorte de transport de Ventendement qui n'altèrent en rien la santé 1 , ne l'oublions pas, pour parler latin ou grec ou pour devenir orateur, il est vraiment dommage que la faculft de médecine n'indique pas le moyen de remettre en pratique cette sorte de transport, qui constitue une méthode fort simple de savoir sans apprendre.

1 Voir plus haut , |>. 48.

EXPLICATIONS DES PHÉXOUÈXKS. 133 Que dire encore des parents qui envoient leurs enfants à l'école au lieu d'exalter leurs centres nerveux ? Ils sont vraiment dépourvus de sens, puisque la simple exaltation des centres nerveux suffirait pour rendre les enfants prophètes, orateurs, habiles à parler toutes les

langues! Mais n'embarrasserait-on pas

M. Calmeil si on lui demandait le procédé d'exaltation desdits centres nerveux?

On reconnaîtra, au surplus, que dans le système de M. Calmeil la partie spirituelle n'est pas celle qui prévaut : nous voulons dire que M. Calmeil s'évertue à expliquer les phénomènes physiologiques observés sur les individus; quant aux phénomènes spirituels , il les laisse dans l'ombre. Pourquoi? Qu'un idiot soit éloquent, qu'un imbécile soit pathétique dans ses discours, le docteur en est peu touché. Il n'y voit rien d'extraordinaire. Mais si avant de discourir cet idiot sue, si cet imbécile a des convulsions, o prodige! voilà qui est surprenant.

Citons un exemple.

On se souvient d'avoir lu (page 80) l'aventure du nommé Bernaud, ce pauvre imbécile qui , saisi par l'Esprit, tenait des discours pathétiques, s' exprimant en français, chose fort

notable en ce pauvre simple paysan. Tout le inonde penserait avec raison que cela est merveilleux , que cela vaut la peine d'être signalé, apprécié. Point. Bernaud a sué, Bernaud a eu des spasmes , et le docteur vous dira qu'il était atteint d'un simple accès hystérique 1 .

Il est vrai que M. Calmeil a cru devoir passer sous silence ce que nous venons de rapporter de l'histoire de Bernaud, et ne parler que des mouvements convulsifs de cet inspiré, afin de pouvoir avancer que sa' maladie paraît se rapprocher beaucoup de la nature de Vépilepsie*.

Pourquoi cette suppression? N'est-ce pas induire en erreur le jugement du lecteur?...

Puisque nous sommes sur ce point, nous demanderons aussi le motif de l'addition de certains mots, quand rien ne l'exige pour la clarté du texte cité.

Prenons pour exemple l'histoire de Bruguier (voir plus haut, page 89). Bruguier vit tomber son frère d'un arbre, de la hauteur de plus de douze pieds , ayant été soudainement saisi DE SES ATTAQUES, ajoute M. Calmeil

* Calmeil, II, p. 285.

2 Idem, p. 286.

EXPLICATIONS DES PHÉNOMÈNES. 135 entre parenthèses. Quelle nécessité d'ajouter ces trois mots? Est-ce que dans le Théâtre sacré des Cévennes , il est question d'attaques lorsqu'on dit qu'un individu est saisi? On sait trèsbien , chaque fois que cela n'est pas explicitement énoncé, que l'interlocuteur entend dire par là que l'individu est saisi par l'Esprit. Pourquoi substituer ainsi sa pensée à celle de l'auteur? Et, d'ailleurs, rencontre-t-on Vinvulnérabilité dans les cas de folie? M. Calmeil en a-t-il vu des exemples?

A l'appui de sa thèse en faveur de l'hystérie et de l'épilepsie, M. Calmeil rapporte le fait cité par Jean Vernet, dans le Théâtre sacré des Cévennes, et relatif à Jacques Reboux, qui avait reçu les grâces, et qui ayant été soudainement saisi de l'Esprit, et non de ses attaques, tomba du haut d'un arbre dans le chemin sans se faire de mal ; puis il dit : ce Je ne connais que l'hysté- » rie et l'épilepsie qui puissent produire de pa- » reils accidents 1 . »

L'invulnérabilité existe-t-ellc dans l'hystérie et dans l'épilepsie? Encore une fois M. Calmeil en a-t-il vu des exemples?

i Cnlmril, II, p. 285.

Mais notre docteur, qui admet l'invulnérabilité, qui à elle seule proteste contre toute hypothèse d'une prétendue hystérie ou d'une prétendue épilepsie, garde un inconcevable silence sur certains faits tout aussi authentiques que les autres. Ainsi il ne dit pas que Jacques Reboux, après les plus grandes agitations, se mit à parler et fît de grandes exhortations a la repentance *. Or, l'hystérie ou l'épilepsie peuvent-elles produire de pareils accidents ?

Pour ce qui est du délire, il y a lieu de remarquer qu'on paraît malvenu à l'invoquer comme motif de la folie des Camisards, puisqu'en vertu de ce même délire ils poursuivaient sans relâche la réalisation du projet qui était le but de tous leurs désirs, de tous leurs efforts, et qu'ils avaient réduit* Louis XIV, eux une poignée de gens de la lie du peuple, à les combattre avec ses meilleures troupes et ses plus vaillants capitaines. Un calme suivi leur était nécessaire pour apprécier la situation politique, développer leurs plans de campagne et profiter de toutes les chances favorables à leur cause.

Par conséquent, dire que les Camisards en

t Voir plus haut, p.* 88.

2 Court. Déjà cité.

EXPLICATIONS DES PHÉXOMÈXES. 1S7

étaient le plus souvent réduits à n'avoir plus pour ainsi dire d'autre gouverne que celle d'un puissant délire , c'est nier la raison et la persistance de leur lutte , que l'histoire atteste cependant d'une manière bien précise.

Quant au don des langues, M. Calmeil ne pouvait évidemment pas l'admettre en partant du principe auquel il a voulu rattacher tout ce qui s'est passé dans les Gévennes. Aussi, pour prouver qu'il n'avait pas existé, qu'a-t-il fait? Au lieu de s'arrêter devant les innombrables exemples d'élocution en langue française de la part des inspirés qui, en dehors de l'inspiration, ne l'entendaient pas plus que si leur province n'avait pas fait partie du royaume de France, et de chercher à s'en rendre compte, il a cité un fait, que nous n'avons pas voulu donner, précisément parce qu'il n'est pas concluant et qu'il ne saurait en aucune manière établir que le don des langues ait été répandu chez les Camisards. Le voici : Déposition de J. Dubois... u J'ai vu plusieurs personnes de l'un et de » l'autre sexe qui, dans l'extase, prononçaient » certaines paroles que les assistants jugeaient » ôlre une langue étrangère. Ensuite, celui » qui parlait déclarait quelquefois ce que

» signifiaient les paroles qu'il avait pronon-

» cées 1 . »

Ce qui donne à notre auteur sujet de faire la réflexion suivante :

a On est habitué, dans plusieurs espèces de » délires , à entendre des malades proférer des » mots baroques et vi3es de sens ; les monoma- » niaques qui se disent possédés par quelque » esprit croient surtout donner une très-haute » idée de la puissance de cette essence surna- » turelle en créant des expressions qui n'appar- » tiennent à aucun idiome connu; mais cette » marque de folie ne peut en imposer à per- » sonne * . »

Cette explication est-elle sérieuse , est-elle sincère?... Comme si les inspirés des Cévennes avaient créé des expressions baroques et vides de sens! Ils parlaient le français, ils le parlaient couramment, bien qu'ils ne l'entendissent point. La langue française, nous dit-on, était la langue sainte, et, l'inspiration passée, l'idiome roman des Cévennes redevenait la langue du Cévénol. Et les enfants à la mamelle, en parlant français,

1 Théâtre sacré des Cérenne^ p. 3 5.

SGalmoil, II, p. 298.

croyaienM'ls donner une très-haute idée de la puissance de l'Esprit qui les possédait?

En admettant donc, au point de vue de l'auteur, que Ton pût inférer de la déposition de J. Dubois que, dans le cas spécial qu'il cite, les inspirés ne parlassent pas une langue étrangère, ce qu'il faudrait d'abord démontrer, il restera toujours ce fait constant, que la langue française était une langue étrangère pour l'inspiré qui la parlait pendant l'extase. De plus l'inspiré ne croyait pas, en s'en servant, donner une très- haute idée de la puissance surnaturelle qui l'agitait; il la parlait parce qu'il ne pouvait passV/i empêcher % le Théâtre sacré des Cévennes le répète assez souvent.

Ne fermons donc pas les yeux à la lumière, et surtout ne disons pas que parler la langue française, puisque c'est bien d'elle qu'il s'agit, est une marque de folie qui ne peut en imposer à personne.

Opinion de M. Bertrand. — Quoiqu'il se fût placé à un point de vue tout autre que M. Calmeil, le docteur Bertrand s'est exposé aux mêmes objections que le médecin de Charenton. On pourra en juger par les extraits suivants de son ouvrage intitulé : Du magnétisme animal

en France , etc. , suivi de considérations sur l'apparition de l'extase dans les traitements magnétiques :

ce Après la révocation de l'édit de Nantes , » dit-il, les protestants se trouvèrent soumis, » en France, à toutes sortes de persécutions; et » comme il arrive toujours dans les crises reli* v gieuses ou politiques, ce fut dans Jes pro- » vinecs, et principalement dans les campagnes, » qu'ils eurent surtout à se plaindre des vexa- » tions de l'autorité. On allait jusqu'à leur en- » lever leurs enfants, pour les élever dans la » religion catholique. Une persécution aussi in- » juste eut le résultat qu'on devait en attendre: y> elle ne fit qu'enflammer le zèle des malheu- * » reux protestants, et enfin produisit chez eux » une épidémie d'extase, devenue célèbre par » les moyens atroces qu'on mit en usage pour .» la faire cesser.

» Quelques paysans plus fortement affectés r> que les autres des mauvais traitements qu'ils » avaient à supporter, plus zélés pour leur reli- * gion , ou plus éminemment doués de cette » disposition organique qui favorise la produc- » tion de l'extase, furent atteints d'un état qui » se manifestait par des mouvements convulsifs,

» et pendant lequel ils se mirent à prêcher et à » faire des prophéties qui roulaient toutes sur » le triomphe prochain de leur sainte cause.

» Il n'en fallut pas davantage, dans les circonn stances où se trouvaient alors les protestants, îî pour qu'une multitude d'entre eux, contractant » la même affection par imitation, se misî> sent à prêcher et à prophétiser comme les » autres.

» On peut citer comme une circonstance uni- » que dans l'épidémie en question que la pres- » que totalité des individus atteints de l'extase » était composée d'hommes; circonstance qui » s'explique au surplus naturellement quand on » fait attention que les femmes assistaient peu ^ à ces réunions périlleuses qui se terminaient * souvent par des massacres.

» Une chose non moins remarquable, c'est » qu'on vit un grand nombre d'enfants, même » en assez bas âge , tomber en extase et dev.enir n capables de prêcher et de prophétiser comme les autres; cette circonstance mérite une sé- » rieuse attention , et il serait très-curieux de » constater à partir de quel âge l'état d'extase » peut devenir contagieux. »

Quant aux citations de passages de l'Ecriture

sainte faites fort à propos par des imbéciles, M. Bertrand écrit :

« On voit combien ce dernier phénomène, » qui dépend évidemment du développement de » la mémoire, est identique avec le don de parler » les langues étrangères, tel qu'on V observait » chez les possédés. *

Plus loin on lit encore :

« Outre ces facultés dont les trembleurs affi-

< chaient la prétention, ils en possédaient d'au-

< très qu'on remarquait beaucoup moins , parce

* qu'ils ne les manifestaient que dans quelques

> circonstances particulières. Ainsi l'insensibi-

* lité extérieure paraissait portée chez eux à un » haut degré. On en cite plusieurs qui sont » tombés d'une grande hauteur au moment où, n saisis par l'Esprit, ils perdaient subitement » connaissance, et cela sans se faire le moindre » mal ! . . . »

Enfin M. Bertrand termine son chapitre sur les Camisards par ces mots :

« Ce que je viens de dire suffira, j'espère,

> pour donner une idée de l'état des inspirés v protestants, et montrer combien ils présen-

* tarent de ressemblance avec les possédés 1

1 Bertrand, pa^es 351 i\ 365.

EXPLICATIONS DES PHKXOMKKES. U3 Telle est la pensée de M. Bertrand. On peut lui demander où il a vu que la presque totalité des inspirés était composée d'hommes.

Le maréchal de Villars cite une ville dont toutes les femmes prophétisaient, et d'ailleurs le nombre des prophétesses prouve que les femmes subissaient l'influence de l'Esprit tout aussi bien que les hommes. Il y a donc de la part de M. Bertrand erreur manifeste sur ce point.

Quant à Yimitation en vertu de laquelle notre docteur prétend que les protestants contractèrent la maladie spirituelle, nous ne reviendrons pas sur la faiblesse d'une pareille théorie, déjà invoquée par d'autres historiens. .

Pourquoi M. Bertrand glisse-t-il si légèrement sur l'invulnérabilité ? N'a-t-il pas reconnu dans ce phénomène quelque chose de digne de remarque ?

En ce qui touche les enfants inspirés , nous ignorons s'il serait très-curieux de constater à partir de quel âge l'état d'extase peut devenir contagieux chez l'enfant, mais nous croyons qu'il est très-curieux de voir des enfants au berceau faire un discours et s'exprimer dans un langage qui n'est pas ctelui de leur nourrice.

144 EXPLICATIONS DhS PHÉNOMÈNES.

Opinion de AL de M ii ville. — Dans son ouvrage intitulé : Des esprits et de leurs manifestations ftuidiques, M. de Mirville a consacré un chapitre à l'examen des phénomènes observés chez les Camisards. Nous citons quelques passages de son argumentation :

« Qu'on relise attentivement les relations » historiques, qu'on remonte jusqu'aux sources, » et Ton restera convaincu que, bien loin d'exi- » ger une disposition organique, le véritable » début, le mode d'importation était, comme » l'a dit l'abbé Grégoire, Y imposition des mains d ou bien un souffle qui saisissait d'abord celui » qui le recevait, et puis tous ceux qui se le # « transmettaient. Voilà la vérité. Comment peut- » on d'ailleurs expliquer par un organisme n plus ou moins favorisé une trombe qui brise tout ce qu'elle touche, hommes, femmes, en- » fants, etc.? Prenons-y donc bien garde, et ne v faisons pas d'un envahissement une question » de tempérament , puisque la seule prédispov sition était une adhésion morale.

» La Revue indépendante de mars 1 8 44 en «jugeait plus sainement lorsque, en rendant » compte d'un ouvrage publié récemment sur n ce sujet, par M. Peyral, protestant, elle s'ex-

EXPLICATIONS DES PHÉNOMÈNES. 145 » primait ainsi : A coup sûr un voyageur ino- » pinément témoin de pareilles scènes aurait » fort bien pu se croire transporté hors de ce ? monde, parmi les lutins et les démons! lit r. ceux qui supposent que les facultés des cxla- » tiques ne sont autre chose que l'exagération * de celles que présente un homme fortement » passionné, nous semblent bien éloignés de la ^ vérité >

Kn effet, si chez les inspirés des Cô venues les phénomènes n'étaient que l'expression, la manifestation d'une puissance à laquelle les Camisards ne faisaient que prêter leurs organes sans pouvoir s'en défendre, leur état ne présentait rien de commun avec l'excitation produite dans nos organes par une passion.

.M. de Mirville démontre encore que les phénomènes dont il s'agit doivent être attribues à une puissance inconnue, envahissante et possédante*, et que cette puissance exerçait sur les Camisards un entraînement tyrannique.

D'après tout ce qui précède, on doit conclure que la médecine, malgré les prétentions des .

1 Page 150.

* Puges 153 et 155. Voir Pièces jusfilicalives B.

1V6 EXl'LÎCAflOXS DES PHÉXOMfcXES.

médecins, reste muette devant les phénomènes qui nous occupent. Mais si pourtant ces phénomènes sont certains, que faudra-t-il en conclure? Qu'ils sont dus à une cause d'un autre ordre, c'est-à-dire à une cause de Tordre surnaturel.

Page 1