‹ De l'inspiration des CamisardsChapitre 4 sur 23 · SIGNES QUI INDIQUENT LA PRÉSENCE DE L ESPRIT · texte numérisé non relu

SIGNES QUI INDIQUENT LA PRÉSENCE DE L ESPRIT

L'inspiration se manifestait par des agitations ou des convulsions du corps plus ou moins violentes, plus ou moins prolongées, qui n'aiferaient pourtant pas la santé des inspirés non plus que leur esprit *, et par des chutes à la renverse. Voici ce qu'on lit dans le Théâtre sacré des Cévenncs :

Déposition de Jacques Bresson \ « J'ai vu » dans les Cévennes un grand nombre de per-

1 Lettres choisies , t. I, p. 361.

2 Théâtre sacré des Cévennes , p. 70.

3 Le Théâtre sacré des Cévennes étant un recueil de dépositions concernant les prodiges opérés au sein de la population camisarde , nous rappellerons en tête de chaque citation le nom de l'individu par qui la déposition est faite.

DES MANIFESTATIONS SPIRITUELLES. 49 » sonnes de Vun et de Vautre sexe qui recc- » vaient les inspirations. Je suis persuadé que » j'en ai vu autour de quatre à cinq cents, ou » dans les diverses assemblées où je me suis » trouvé, ou ailleurs. Quand ils étaient saisis » de l'Esprit, ils avaient tous des agitations, » les uns d'une manière, les autres d'une autre, » plus ou moins; mais les mouvements de la v tête, de la poitrine et de l'estomac, étaient » les plus ordinaires. Quand ils commençaient » à parler, l'Esprit qui les animait leur faisait » presque toujours prononcer ces paroles : Je » te dis, mon enfant, etc., et ils parlaient tou- * jours français dans le temps de l'extase \ » Déposition de M***. « Il faut que je vous dise » que dans le Languedoc et dans les Cévennes » il y a une multitude de gens de tout âge et » sexe qui sont comme autrefois ces pauvres » gens du Dauphiné qu'on appelait prophètes.

» Vous en avez ouï parler, sans doute , car ces » gens-là firent grand bruit, il y a quelques an- » nées. C'est presque la même chose aujour- » d'hui. H y a des enfants de neuf, dix, onze n ans et autres, qui tombent tout à coup dans

1 Théâtre sacré des Cérenues, p. 22.

9 de certaines contorsions et agitations, et qui, » dans cet état, se mettent à exhorter à la re- » pentance, à n'aller plus à la messe, et autres » choses, citant quelques passages de rÉcriturc » sainte et parlant bon français 1 . »

Suivant Sarra Dalgoiie, lorsqu'ils sont dans cet état, ils exhortent à une a sérieuse réforman tiôn de mœurs, à l'horreur pour l'idolâtrie » papistique et pour toutes sortes de supersti- » tions f . » "

Déposition de Caladon. <t Ces gens-là

» (les inspirés) avaient de certains saisisse-

» ments extraordinaires qui les faisaient sou-

« vent tomber à terre , et pendant lesquels on

» lies voyait dans des agitations de tête, de poi-

» trine, et quelquefois de tout le corps, qui

» avaient quelque chose de surprenant.... Après

» qu'ils avaient été quelque peu de temps agités,

» ils se mettaient à parler, les uns d'une ma-

» nière interrompue, en sanglotant, d'autres

D fort couramment, avec beaucoup de feu et de

» facilité.... *. »

Du même. « Avant de commencer son dis-

1 Théâtre sacré des Cévennes , p. 137.

2 Idem. , p. 70.

a Idem. , p. 67.

» cours (la paysanne Jeanne, femme extrê- » mement grossière) , je crois vous l'avoir dit, » elle tombait dans une espèce d'extase, son es- » tomac se gonflait; elle se débattait la tête et » s'agitait tout le corps. Revenue de ces agita- » tions, qui finissaient par quelques sanglots, » elle commençait son action »

Déposition de Jacques Dubois. « J'ai souvent m et généralement remarqué que plusieurs de » ceux qui tombaient dans leurs extases devenaient pâles; que d'autres changeaient diver- » ses fois de couleur, et que plusieurs avaient » les entrailles bruyantes, etc. \ »

Quand l'Esprit saisissait le frère de Guillaume Bruguier, « il tombait ordinairement à » terre et devenait tout à fait pâle \ » Une fille emmenée chez le père de mademoiselle de Brozet fut saisie tout d'un coup de l'Esprit et devint extrêmement pâle \ Astier tombait comme évanoui quand l'Esprit le visitait \ .

Un pauvre imbécile , saisi de l'Esprit , tomba

1 Théâtre sacré des Cévennes, p. 141.

- Idem, p. 35.

3 Idem y p. 37.

* Idem , p. 65.

* Fléchier, Lettres choisies, t. ï, p. 355..

comme mort; ensuite tout son corps fut beaucoup agité 1 .

Isabeau Charras déclare que, « lorsque ces » inspirés prêchaient ou exhortaient en public, » leurs agitations de corps n'étaient pas fort » grandes et ne duraient pas longtemps; et » alors ils parlaient avec beaucoup de feu , de » courage et de facilité, en sorte qu'on les au- » rait pris pour des prédicateurs savants, élo- » (juents et remplis de zèle, quoique bien sou- » vent ce ne fussent que des enfants ou de » pauvres simples paysans qui ne savaient seu- » lement pas lire. Mais quand ils prédisaient » les jugements de Dieu, et qu'ils disaient cer- » taines choses touchant l'avenir, il arrivait » presque toujours qu'ils tombaient d'abord à » terre. La tête , les bras , la poitrine et le corps » entier souffraient quelquefois de grandes se- » cousses; une certaine difficulté qu'ils sem- » blaient avoir de respirer ne leur permettait » pas de parler avec facilité. Dans le temps de » l'inspiration, ils parlaient toujours français, » encore qu'ils ne fussent pas capables de le » faire dans un autre temps. Quand ils re-

i Théâtre sacré des Cérennes , p. 31.

DES MANIFESTATIONS SPIRITUELLES. 53 » cevaient des avertissements de l'Esprit, ils » s'exprimaient comme si ce même Esprit divin » eût parlé en eux, en disant : Je te dis, on je » te déclare, mon enfant, etc., ou quelque » chose de semblable V »

Un auteur protestant moderne a résumé en ces termes ce qui précède : a Plusieurs de ces n extatiques tombaient comme morts, d'autres » restaient debout, haletants, quelques-uns » étaient à peine agités , mais presque tous » éprouvaient de violents transports accompan gnés de soupirs, de sanglots, de gémisse- » ments parfois, et même de ruisseaux de » larmes. On eût dit une lutte où le prophète » se débattait sous l'étreinte de l'Esprit, qui, » victorieux enfin, le domptait, le maîtrisait, > et le forçait à prononcer l'oracle.... Il s'a- » dressait directement au prophète , et toujours v ainsi : Je te dis, mon enfdnt! Je t'assure, r> mon enfant! C'était la formule consacrée de » toute révélation, toujours rendue en français, » qui était comme la langue sainte. L'inspira- » Uon passée, le prophète reprenait l'idiome » roman des Cévennes *. »

1 Théâtre sacré des Cévennes , p. 95.

MYyrat, t I,p. 262.

5fr DES MANIFESTATIONS SPIRITUELLES.

Rapportons encore ce que dit Brueys sur ce sujet. Nous citons cet auteur malgré l'horreur qu'il inspi/e aux protestants 1 , parce que le Théâtre sacré des Cévennes * , lui-même , a invoqué son témoignage comme devant faire autorité pour la constatation des phénomènes qui nous occupent.

uÇeux qui étaient cjisposés à recevoir le don » de prophétie, dit Brueys, ne tombaient pas » seulement dans l'assemblée quand on criait » miséricorde ; mais à la campagne et dans n leurs maisons.... *. n

a . ... La plupart disaient qu'ils avaient senti » que l'esprit prophétique commençait à se » communiquer lorsqu'ils tenaient sur leurs » genoux ceux qui étaient tombés ; c'est pour- » quoi ils s'empressaient à s'en saisir des pre- » miers, et c'étaient ordinairement les bons of- » fices que les garçons rendaient aux Jilles, et » les filles aux garçons. Quelques-uns ont dit r » comme fit Pierre Cheynet, que cet esprit com- » mençait à s'introduire en eux par la cuisse f

1 Brueys avait abjuré le protestantisme pour se faire catholique.

2 Page 4.

3 Tome I, p. 156.

n qui leur semblait être de fer, et de là par tout » le corps avec un frisson. Il s'en est trouvé » d'assez fous pour soutenir à leurs juges qu'ils » étaient eux-mêmes le Saint-Esprit l . »

a Ces chutes à la renverse, et sans se faire de » mal y étaient regardées par ces fous comme un n pouvoir extraordinaire du prophète principal, » qui, par sa parole, renversait souvent tout à » la fois trois ou quatre mille personnes , sans » qu'aucun, disaient-ils, en fût blessé f . »

« Lorsque toute la congrégation avait fait » le saut périlleux, et que la terre était jon- » chée de ces imbéciles, ceux qui se troun vaient le plus près de leur grand prophète « le mettaient sur leurs genoux , où ils le rou- » laient et le dorlotaient jusqu'à ce qu'il fût » revenu de son assoupissement ef des faiblesses » de sa chute ; là , après s'être agité quelque » temps comme un possédé, il commençait à » prêcher et à prophétiser :

» Mes frères, leur disait-il ordinairement, » amendez-vous; faites pénitence, la fin du » monde approche ; le jugement général sera

1 Brueys, t. I, p. 158.

2 Idem, t. I, p. 151.

» dans trois mois. Repentez-vous du grand pc- » ché que vous avez commis d'aller à la messe. » Cest le Saint-Esprit qui parle par ma bouche.

» Il se levait après ce beau sermon , et, d'un » pas grave, il s'approchait de ceux ou de celles » qui avaient passé par les épreuves qu'il fallait » faire pour être reçu , c'est-à-dire qui avaient » assisté souvent aux assemblées, réitéré autant » de fois le jeûne exact de trois jours consécu- » tifs, et reçu sur leurs genoux les prophètes ou » les prophétesses qui y avaient présidé.

» Quand il était auprès de celui des aspirants » qui était le mieux préparé, il lui soufflait dans » la bouche, en disant : Reçois le Saint-Esprit. » Alors, il cédait sa place au nouveau reçu , qui i) commençait en même temps à parler en pu- » blic, à prêcher, à prophétiser, et à communi- » quer aux autres ce même don qu'il venait de » recevoir, et ceux-là, à d'autres encore, jus- » qu'à ce que tous les bacheliers en prophétie » eussent été mis dans le catalogue des pro- » phètes; et tout ce que disaient en ce moment » ces fanatiques était écouté et reçu avec res- » pect et vénération , comme autant d'oracles » du Saint-Esprit \ »

1 Brueys, t. I, p. 153.

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