‹ De l'inspiration des CamisardsChapitre 8 sur 23 · CERTAINS INSPIRÉS FONT DSS EXHORTATIONS EN DORMANT · texte numérisé non relu

CERTAINS INSPIRÉS FONT DSS EXHORTATIONS EN DORMANT

Isabeau Charras', parlant d'une jeune fille, dit a qu'on fut tout étonné dans sa famille de « l'entendre parler en dormant. Ce qu'elle disait y> était bien suivi, et c'étaient presque toujours » des exhortations à l'amendement de la vie.

» Elle continuait de dormir après avoir parlé; » et quand elle était réveillée elle ne se souvenait » de rien de ce qu'elle avait dit, ni ne savait pas » môme que sa bouche eût rien prononcé*. »

Fléchier, dans ses Lettres choisies*, cite un fait analogue : « Gabriel Aslier, dit- il, était n connu dans le Vivarais, au lieu de Bressac, où » il avait entretenu un commerce scandaleux » avec une fille. Ce fut là qu'il alla s'établir pro- » phète.... Il ouvrit incontinent la scène par » des assemblées nocturnes qu'il convoqua.... » Quand l'auditoire fut formé, Astier se leva pour » parler, et tomba tout d'un coup évanoui. Les » assistants le prirent avec respect et le por-

1 Théâtre sacré des Cêvennes, p. 49.

3 Idem, p. 98.

3 Tome I, p. 354 et 355.

» tèrcnt sur un lit, où étant étendu il s'agitait » de temps en temps, comme s'il eût souffert » des douleurs et des convulsions; ensuite il » demeurait sans mouvement, après quoi il » parlait , et toute rassemblée à genoux révé- » rait sa personne et recueillait avidement ses » oracles.... Quelquefois il s'écriait: Gardez- » vous d'aller à la messe, car elle est abomi- » nable devant Dieu. » Astier se faisait ensuite éveiller et congédiait l'assemblée après les avoir embrassés et baisés à la bouche en leur disant dévotement : a Allez , mon frère ; allez , » ma sœur ; je vous donne le Saint-Esprit. »

Isabeau Vincent, la prophétesse de Crest, visitée et interrogée par l'avocat Gerlan, lui répondit dans le langage du pays qui est le seul qu'elle parle en veillant, dit Fléchicr 1 . Or un jour, cette fille, après s'être endormie, u chanta les commandements de Dieu, puis un » psaume d'une voix basse et languissante; » après quoi s'étant un peu reposée , comme » les ministres en chaire avant qu'ils com- » mencent leur prêche, elle prononça d'une » voix forte ces paroles de l'Évangile : Si quel-

1 Lettres choisies, t. I, p. 403.

y> qiïun vous dit : Voici le Christ, il est ici , » ou voici, il est là, ne le croyez point. Et » là-dessus elle fit un discours 1 . »

LES INSPIRES IGNORENT CE QU'ILS ONT OIT DANS i/lNSPIRATION.

Lorsque l'extase avait cessé, les inspirés ne * pouvaient répéter ce qu'ils avaient dit dans l'inspiration. •

« Quand je demandais , dépose Jacques Bres- » son, aux personnes plus avancées en âge » si elles se souvenaient de ce que leur bouche » avait prononcé pour le répéter, ou pour en » faire entendre toute la substance, elles me » répondaient qu'elles ne s'en souvenaient pas » assez*. »

Déposition de Caladon : ce La plupart des in- » spirés étaient des jeunes gens et des per- » sonnes grossières : c'étaient ceux qui par- » laient le mieux quand ils révélaient. Les uns me » disaient qu'ils ne se souvenaient de rien de ce d qu'ils avaient prononcé; les autres se souvent naientde quelque chose , mais de fort peu'.

Mademoiselle M. P... cite, comme nous ve-

* Lettres choisies, t. I, p. 405.

2 Théâtre sacré des Cèccnr.cs , p. 23.

3 Idem, p. 142.

nons de le rappeler , une pauvre fille de quatorze ou quinze ans qui prophétise que les Camisards se battent avec les troupes et qu'ils vont vaincre. « Quand la jeune fille fut revenue » à elle-même, ajoute-t-elle, je lui demandai » si elle pourrait bien me répéter ce qu'elle » avait dit, elle me répondit que non 1 . »

Déposition de Jean Cabanel : « J'ai entendu » dire à plusieurs de ceux qui venaient de par- « 1er dans l'extase qu'ils ne pouvaient pas ré- » péter les choses qu'ils avaient dites*. »

Déposition de Jacques Mazel : « J'ai demandé » à plusieurs de ceux qui venaient de parler » dans l'inspiration s'ils pourraient bien dire » une seconde fois ce qu'ils avaient prononcé » pendant l'extase , ils m'ont répondu qu'ils ne » le pouvaient pas * . »

Déposition de M... : «Ils ne se souviennent » nullement de ce qu'ils ont dit quand ils sont » dans leur sang-froid , et ils ne savent donner » aucune raison de rien 4 . »

Ainsi, pour nous résumer : les personnes

1 Théâtre sacré des Cèvennes , p. 126.

1 Idem , p. 20.

3 Idem, p. 26.

4 Idem, p. 137.

grossières sont celles qui parlent le mieux quand elles révèlent 1 ; les idiots sont maîtres de leur enthousiasme, c'est-à-dire qu'ils V obtiennent quand ils le demandent a ; les dons des langues ou de l'éloquence sont répandus sur l'enfant à la mamelle comme sur les gens d'un âge mûr; les imbéciles font des discours pathétiques; les inspirés sont éloquents dans le sommeil; mais ils n'ont pas la faculté de se rappeler ce qu'ils ont dit dans le temps de l'extase.

Quand l'Esprit s'est emparé de quelqu'un, et tant qu'il réside en lui, son corps acquiert parfois des qualités qu'il n'a pas dans l'état normal. L'inspiré est-il jeté à terre d'une hauteur plus ou moins grande, il ne se fait aucun mal. Essaye-t-il de se percer avec des instruments tranchants, son corps est de fer et ne peut être entamé. Demeure-t-il dans un bûcher allumé, le feu ne le consume pas. L'Esprit fait verser des larmes de sang à point nommé ; il produit dans

1 Voir page 86.

2 Voir page 80.

les airs des lumières pour guider ses adeptes, ou bien encore il leur fait entendre des cantiques et des mélodies chantés par des voix invisibles. Citons les faits.

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