BEAU MUR
Je dirai encore un mot sur Buffon. C'est avec Réaumur et avec lui que commence, relativement aux facultés intérieures des animaux, l'étude positive et d'observation. Le génie de ces deux hommes célèbres était nonseulement très - différent , il était opposé. Réaumur porte la sagacité la plus ingénieuse dans l'observation des détails; on sent partout, dans Buffon, l'habitude de voir en grand et le besoin de remonter aux causes. On devinerait aisément Réaumur à cette phrase : « Dé- « crivons le plus exactement qu f il nous est « possible les productions de la sagesse
a divine : c'est la manière de la louer qui « nous convient le mieux 1 . » Si Buffon cherche à se faire une idée de l'Etre suprême, il le voit « créant l'univers , ordonnant les « existences, fondant la nature sur des lois « invariables et perpétuelles 2 . » Il se moque de Réaumur, qui veut « le trouver attentif à « conduire une république de mouches , et « fort occupé de la manière dont se doit plier « l'aile d'un scarabée 5 . »
Réaumur avait clit, à proposées insectes en général : « Nous voyons dans ces ani- « maux, autant que dans aucun des autres 3 « des procédés qui nous donnent du pena chant à leur croire un certain degré d'in- « telligence 4 . » À propos des abeilles, il avait parlé de leur prévoyance, de leurs affections, etc., en termes qui se ressentaient un
i. .Mémoires pour servir à V histoire des insectes, t. I, p. 25.
%. Discours sur la nature des animaux, t. II, p. 358.