Voyez ci-devant, p
en naissant d'une sorte de duvet ou de poil laineux. Ce duvets ce poil laineux, recouvrait aussi les petits du renard rouge, espèce de l'Amérique septentrionale , qui a produit dans notre ménagerie.
La civette et le zibeth forment-ils deux espèces distinctes? Buffon n'avait osé prononcer, et l'hésitation a duré jusqu'au moment où notre ménagerie, réunissant les deux espèces, a permis de les comparer immédiatement l'une à l'autre. Il ne -sera plus désormais possible de les confondre. La civette a des bandes noires transversales ; le zibeth a des taches noires au lieu de bandes , etc. La civette est d'Afrique, le zibeth est des Indes orientales.
On ne peut douter que le sanglier ne soit la souche de nos cochons domestiques, car toutes nos races de cochons domestiques produisent avec cet animal des individus féconds, et d'une fécondité qui se perpétue. Chose singulière, c'est qu'il est le seul pachyderme^
h. Proprement dit : c'est-à-dire sans compter lesso- Upèdes qu'on place parmi les pachydermes.
que nous ayons rendu domestique. Le cochon présente encore aujourd'hui dans le sanglier, et, par conséquent, jusque dans nos climats, sa race à l'état primitif et sauvage. Le chien, le cheval, le taureau, ont depuis longtemps perdu leurs types; nous verrons bientôt que tout semble nous montrer T& souche du bélier dans le mouflon , et celle du bouc dans Yœgagre.
Le rhinocéros unicorne , ou des Indes , est le seul qu'on ait amené vivant en Europe.
Celui que décrit F. Cuvier, et qu'on montrait à Paris en 1800, n'était même que le septième animal de cette espèce qu'on y eût vu.
Le premier y avait paru en 1513.
Nous avons, en ce moment, un jeune rhinocéros des Indes. Il est assez doux, paraît fort intelligent ; il aime à jouer avec son gardien ; et, malgré sa tournure massive, il est singulièrement leste et vif à la course.
Notre ménagerie possède , depuis quelque temps, les deux éléphants, celui d'Asie et celui à' Afrique. Rien n'est plus facile que de
comparer les traits qui les distinguent. Sans parler de la différence essentielle, celle des dents molaires, présentant des rubans transverses dans l'éléphant d'Asie et des losanges dans celui d'Afrique,, le premier a le front concave et le dos convexe, le secoûd a le front convexe et le dos concave ; le premieiia des oreilles relativement petites, le second en a de très-grandes ; lé premier a de longs poils en plusieurs endroits, le second a la peau nue, etc.
L'éléphant d'Asie a été vu très-souvent en Europe, et de très-bonne heure. Pour Y éléphant d'Afrique, l'individu que décrit F. Cuvier n'est que le second qu'on y ait amené vivant. Le premier était celui qui mourut à Versailles en 1681, et dont Perrault et Duverney ont donné l'anatomie dans les Mémoires de V Académie des sciences. Celui que nous avons aujourd'hui est le troisième.
J'ai déjà fait remarquer que tous les solipèdes pourraient devenir domestiques, comme le cheval* comme Y âne. Notre ménagerie a eu
successivement toutes ces belles espèces : le couaggâ, décrit par G. Cuvier 1 ; Yhémione, le zèbre y le davo, décrits par F. Cuvier. On y a vu plusieurs fois le daw, le zèbre produire; et, ce qui est toujours plus curieux que la production directe , on y a vu la production croisée du zèbre avec le cheval, et de ce même zèbre avec Yâne.
Vhémione vient d'y produire avec Yâne.
Le métis > résultant de l'union de Yhémione mâle avec Yânesse, est un mâle. Il a la couleur isabelle de Yhémione, et le braiment de l'âne. Vhémione hennit.
L'espèce du chameau ne paraît pas plus exister aujourd'hui dans l'état de nature que celle du chien, que celle du cheval, que celle du taureau. Le dromadaire et le chameau produisent ensemble , mais des métis inféconds. Le chameau se nourrit de plantes très - communes ; il mange à proportion moins que le cheval, et fait beaucoup plus
1. Dans la Ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle, ouvrage dont l'Histoire naturelle des mammifères àe F. Cuvier Fait en quelque k>rte la suite.
de travail. Les dromadaires de notre ménagerie ont tiré pendant fort longtemps toute l'eau dont on se servait au Jardin des Plantes , et Ton s'y est assuré qu'un seul dromadaire équivaut, pour le travail, à deux forts chevaux.
Voilà donc encore une espèce dont notre agriculture pourrait s'enrichir, comme elle pourrait s'enrichir de la vigogne et de Yalpaca, dont je parlais dans un précédent chapitre. Tout le monde connaît la finesse de la laine de la vigogne. La laine de Yalpaca est presque aussi fine que celle des chèvres de Cachemire et beaucoup plus longue. Sa chair passe d'ailleurs pour très-bonne; et, si l'on arrive jamais à le naturaliser parmi nous , il pourra tout à la fois nous nourrir et nous vêtir, comme le mouton.
Le bouquetin était généralement regardé comme la souche de notre bouc domestique, avant que Yœgagre nous fût connu. Uœgagre, décrit par Pallas et Gmelin , est un animal du centre de l'Asie; l'animal qu'a possédé notre ménagerie, et que F. Cuvier décrit sous le
nom d'œgagre 1 , nous venait des Alpes.
Vœgagre ressemble plus au bouc que le bouquetin; il a d'ailleurs tout le naturel, toutes les habitudes de nos boucs domestiques.
L'analogie semble donc indiquer cette sorte de bouc sauvage comme la souche des nôtres; et il serait curieux de voir si l'expérience directe, c'est-à-dire le mélange fécond et d'une fécondité continue, confirmerait ce qu'indique l'analogie.
A l'occasion de la chèvre de Cachemire, F. Cuvier distingue avec détail les deux espèces de poils que la nature semble avoir départis à tous les mammifères terrestres : les uns, fins, crépus, sorte de duvet plus ou moins épais; les autres plus gros, lisses, donnant leurs couleurs à l'animal, et constituant, dans un grand nombre de cas, l'organe d'un toucher particulier et fort délicat. C'est le poil crépu, c'est le duvet des chèvres de Cachemire, qui fait tout le prix de ces animaux. Nos
1 , Était-ce le véritable œgagre ?
chèvres domestiques ont aussi un dubêtùomïM celles de Cachemire , seulement îl est moins fitt; et, quoique moins fin, il serait infiniment supérieur à la plus belle laine de nos moutons. Il aura fallu l'introduction d'une Mcë étrangère pour nous apprendre à tirer tout le parti possible des nôtres.
Le bélier est, après le chien, l'animal dont la main de l'homme a le plus profondément modifié la nature. Et les modifications, les variations, portent sur la plupart des organes. La queue devient monstrueuse par deux énormes masses de graisse dans les béliers à grosse queue de Barbarie. La queue du mouton de cette race, décrit par F. Cuvier, était assez longue pour traîner à terre, et surpassait le corps en largeur.
L'accumulation de la graisse sur certains points est, au reste, un caractère général de modification, de variation, de race, dans les animaux ruminants. Le bélier de Barbarie a cette accumulation de graisse à la queue. Le bélier d'Abyssinie, à tête noire sur un corps blanc, n'a qu'une petite accumulation de
graisse à la queue, mais il en a une beaucoup plus considérable sur la partie antérieure de la poitrine. La bosse du dromadaire, les deux bosses du chameau, ne sont que des dépôts graisseur. C'est encore un dépôt graisseux qui forme le renflement des hanches du gnou, la bosse du zébu, etc.
Une variation qui ne s'est montrée jusqu'ici que sur les espèces du bouc et du bélier est celle qui double les corries. Il y a des béliers et des boucs à quatre cornes. Dans le bœuf, dans le buffle, les cornes grandissent, diminuent, se détachent des os pour ne rester attachées qu'à la peau, disparaissent ; mais on ne voit jamais leur nombre s'accroître.
La variation la plus singulière dans l'espèce du bélier est celle qu'y présente le poil. Tous les animaux, à l'état sauvage, ont deux sortes (Je poils, comme nous avons vu : les poils soyeux et les poils laineux. Or, nos chiens domestiques et nos béliers offrent, sous ce rapport, les deux cas extrêmes et opposés. Le chien n'a que des poils soyeux; il a perdu jusqu'au germe des poils laineux; et le bélier,
au contraire, a perdu tous ses poils soyeux, et n'a conservé que la laine.
Buffon jugeait très-bien, lorsqu'il a dit que le mouflon est la souche de nos béliers domestiques. Une espèce sauvage peut, dès l'abord (et si je puis m' exprimer ainsi, à priori) , être regardée comme la souche d'une race domestique, toutes les fois qu'on passe de l'une à l'autre par des intermédiaires suffisants. Or, entre le mouflon et nos béliers > ces intermédiaires existent. D'abord toutes nos races domestiques se mêlent et produisent ensemble.
On le savait pour celles d'Europe, et F. Guvier s'en est assuré pour les plus étrangères. On peut toujours, d'un autre côté, en s'aidant tour à tour de l'une ou l'autre de ces races, rapprocher le mouflon de celles de ces races qui en sont les plus éloignées. Il y en a de plus grandes, de plus petites, de plus trapues, de plus sveltes, à chanfrein plus ou moins arqué, à cornes plus ou moins fortes, etc.; presque toutes diffèrent du mouflon par leurs poils. Le mouflon semble n'avoir que des poils
soyeux; il n'a presque pas de laine : pour découvrir cette laine, il faut écarter les poils soyeux qui la cachent. La distance entre le mouflon, qui n'a du poil laineux que le germe, et nos bélie?*s, qui ont perdu jusqu'au germe du poil soyeux, paraît donc aussi grande qu'elle puisse être. Mais ici même des intermédiaires viennent se placer entre le mouflon et le bélier à laine pure, et les rapprocher l'un de l'autre. Le morvan semble n'avoir que des poils soyeux, comme le mouflon :
le bélier d'Afrique, à longues jambes, n'a pendant l'été que des poils soyeux; un duvet laineux, pareil à celui du mouflon, reparaît chaque hiver en petite quantité ; et , chaque printemps., ce duvet tombe.
Le mouflon habite les parties les plus élevées de la Corse; il y vit en troupes nombreuses, conduites par les individus les plus forts et les plus expérimentés. C'est un animal grossier, farouche, qui ne demande aucun soin particulier, qui produit avec nos brebis, et qui, par conséquent, constitue le type, la souche de nos béliers domestiques.
Lequel de notre taureau , ou du zébu [bœuf à bosse), est-il plus près de la souche primitive? l'une de ces variétés provient-elle de l'autre? On l'ignore. Le zébu se reproduit dans notre ménagerie, et donne des individus féconds avec nos races de taureaux domestiques.
Je disais tout à l'heure que le cochon est peut-être le seul de nos animaux domestiques dont la race soit encore à l'état sauvage; j'ajoutais pourtant que le bélier, que le bouc ont très-probablement la leur dans le mouflon, dans Yœgagre; et je ne parlais d'ailleurs que des grandes espèces. Notre lapin domestique a sa souche dans notre lapin sauvage; le cochon d'Inde a la sienne dans Yapéréa, petit animal des parties méridionales de l'Amérique, etc.
F. Cuvier a publié, sur les dents des mammifères, un ouvrage qui est devenu classique en zoologie, et que je dois au moins indiquer ici, car il contient plusieurs ré-
sultats d'un intérêt général et physiologique. On a reconnu de bonne heure que c'est l'étendue du canal digestif qui détermine le régime de l'animal.
« On trouvera toujours, dit Buffon, que « c'est de la capacité totale de l'estomac et « des intestins que dépend, dans les animaux, « la diversité de leur manière de se nourrir; « car les ruminants, comme Je bœuf, le bé- « lier, le chameau, etc., ont quatre estomacs « et des intestins d'une longueur prodigieuse; « aussi vivent-ils d'herbe, et l'herbe seule leur <( suffit : les chevaux, les ânes, les lièvres, « les lapins, les cochons d'Inde, etc., n'ont « qu'un estomac, mais ils ont un cœcum qui « équivaut à un second estomac, et ils vivent « d'herbe et de graines ; les sangliers , les « écureuils, etc., dont l'estomac et les boyaux « sont d'une moindre capacité , ne mangent « que peu d'herbe, et vivent de graines, de « fruits et de racines ; et ceux qui, comme les « loups, les renards, les tigres, etc., ontl'es- « tomacet les intestins d'une plus petite capa- « cité que tous les autres , relativement au
« volume de leur corps , sont obligés , pour « vivre, de choisir les nourritures les plus suc- « eulentes, et de manger de la chair et du « sang 1 ... »
La capacité de Y estomac et des intestins donne donc le régime de l'animal : cette capacité de Y estomac et des intestins est, à son tour, donnée par les dents.
F. Cuvier a vu que tous les rongeurs à dents molaires pourvues de racines proprement dites ont un intestin cœcum très -volumineux, et qu'ils sont tous herbivores : au contraire, tous les rongeurs à dents molaires dépourvues de racines n'ont pas de cœcum , ou n'en ont qu'un petit, et ils sont tous omnivores.
Dans les animaux carnivores , ces rapports des dents, du canal digestif, du régime, sont plus remarquables encore : le régime de l'animal s'y calcule, avec une précision presque mathématique, d'après la seule forme, tuberculeuse ou tranchante, des dents molaires,
4, Histoire du bœufj t. H, p, 4$8,
Les chats, par exemple (le lion, le tigre, la panthère, etc.) , se nourrissent exclusivement de chair, et presque toutes leurs dents sont tranchantes. Ils n'ont qu'une dent tuberculeuse * à la mâchoire supérieure, la tuberculeuse inférieure avorte. Les chiens ont deux tuberculeuses à chaque mâchoire, et ils peuvent se nourrir en partie de substances végétales. Le raton, le coati, Y ours, etc., ont presque toutes leurs dents tuberculeuses, et leur régime peut être entièrement frugivore. J'ai fait nourrir, pendant plusieurs années, un ours avec du pain bis et des carottes seulement, sans aucune substance animale ; et il a parfaitement vécu. Un autre ours, que je fis nourrir de la même manière pendant trois ans , en était venu au point de ne plus vouloir toucher à la chair.
Ces lois sont simples, claires, et tout le monde en sent la portée. Un seul caractère extérieur, la forme tuberculeuse ou tranchante
4. Tuberculeuse, c'est-à-dire à couronne hérissée de tubercules mousses.