DÉCOUVERTES SUR LES ABEILLES
Les anciens n'ont pas connu l'art expérimental. Aussi n'ont-ils rien démêlé. L'expérience seule démêle, et des expériences multipliées seules confirment.
Pline nous parle d'un Aristomaque de Soles, qui, pendant cinquante-huit ans, ne fit autre chose que d'étudier les abeilles, et d'un Philiscus de Thasos, qui se retira dans les
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déserts pour s'y consacrer tout entier à cette unique étude 1 . Nous n'avons ni Aristomaque ni Philiscus, mais nous avons mieux; nous avons Aristote et Pline. Et cependant qu'est-ce qu'Aristote et Pline nous enseignent sur les abeilles? Beaucoup d'erreurs populaires et trèspeu de faits précis. Voici, par exemple, comment Aristote nous raconte ce qu'on savait de son temps, et ce que lui-même savait ou croyait savoir touchant la génération des abeilles :
« Par rapport à la génération des abeilles, » dit-il, « les sentimeats sont partagés. Il yen « a qui prétendent que les abeilles ne s'accou- « plent point et ne font point de petits, mais a qu'elles apportent d'ailleurs la semence qui « doit les reproduire. Dans ce système, on « est encore partagé sur le lieu où les abeilles « font cette récolte. C'est, suivant les uns, « sur les fleurs du calamus. D'autres disent « que c'est sur la fleur de l'olivier, et ils se « fondent sur ce que plus la fleur de l'olivier « est abondante, plus il sort d'essaims. D'au- « très conviennent que les abeilles recueillent, 4. Histoire naturelle , liv. XL
dans l'étude des instincts. 235
« sur quelques-unes des fleurs qui viennent « d'être nommées, la semence qui reproduit « les bourdons , mais ils disent que , pour les « abeilles, elles sont reproduites par les rois « de la ruche. Il y a deux espèces de rois, « l'un est roux, c'est le meilleur; l'autre est « noir et tacheté. Leur grosseur est double « de celle de l'abeille ouvrière, et la partie de « leur corps qui est au-dessous de l'incision « a une fois et demie la longueur du reste.
« Quelques-uns les appellent les mères, à « cause de la fécondité qu'ils leur attribuent. « Pour appuyer ce sentiment, on dit qu'il « naît des bourdons dans une ruche sans « qu'il y ait de rois, mais qu'il n'y naît point « d'abeilles. D'autres prétendent que ces in- « sectes s'accouplent, les mâles étant les bour- « dons et les abeilles les femelles. Les abeilles « ordinaires naissent dans les cellules du gâ- « teau de cire, mais les rois, au contraire, nais- « sent sous le gâteau, auquel ils sont attachés « et suspendus séparément, au nombre de six « ou sept, etc., etc. d . »