‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 109 sur 217 · À Amsterdam · texte numérisé non relu

À Amsterdam

de l'art expérimental, etc. 243 publiait pas même ses propres travaux? Nous avons, encore inédites, à la Bibliothèque de l'Institut, ses recherches sur les mollusques, dont j'ai entendu M. Cuvier parler avec grande estime. Enfin, le précieux manuscrit passa de Duverney à Boerhaave , et le Biblia naturœ parut en 1737. Voici le titre complet : Biblia naturœ, seu historia insectorum in certas classes reducta, necnon exemplis et anatomico variorum animalculorum examine œneisque tabulis illustrata. (Leyde, 2 vol. in-fol.)

On sent, dès le début du livre, un homme d'une trempe nouvelle, à la Ibis observateur et penseur. « La nature nous étonne, » dit Swammerdam, « par la grandeur des ouvra- « ges qu'elle a produits, en déployant, pour « ainsi dire, toute sa puissance sur la ma- « tière;... mais elle ne nous est pas moins « incompréhensible, lorsque, travaillant à la « formation du plus petit insecte, elle concentre « toutes ses forces dans un seul point... On « n'admire jamais plus les animaux appelés « parfaits (c'est-à-dire que l'homme a jugés

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« les plus semblables à lui) que lorsque, en « les décomposant dans leurs plus petites « parties, l'on découvre que, dans une masse « vivante, tout est organisé, tout est vivant; « et dans ce sens le petit est l'élément du « grand, il est partout, il pénètre la nature « entière, et devient un objet digne de la phi- « losophie.

« D'ailleurs, qu'est-ce que le petit, qu'estce ce que le grand, sinon des quantités rela- « tives à l'homme qui se fait le centre de tous « les mondes et l'unité de mesure de tous les « êtres ? Et, pour nous borner à la classe des « êtres animés, qu'a de plus aux yeux du « philosophe un éléphant, une baleine, que « le plus petit animalcule? L'un et l'autre est « vivant, et c'est le vivant qui étonne et qui « confond le philosophe ; l'un et l'autre est « pourvu de toutes les parties solides et de « toutes les liqueurs nécessaires à sa conser- « vation, à son accroissement et à sa repro- « duction; l'un et l'autre a son instinct, ses « inclinations, ses mœurs : tout cela même « semble plus à l'aise dans l'éléphant que

dans l'étude des instincts. 245 « dans la fourmi, dont la petitesse est une « merveille de plus 1 . »

Le plus beau chapitre du Biblia, celui qui a exercé le plus d'influence sur les idées, je ne dis pas seulement des naturalistes, mais des philosophes, est le chapitre où Fauteur nous explique le mystère, jusque-là si profondément caché, des métamorphoses des insectes. Jusqu'à Swammerdam on croyait que , lorsqu'un insecte se métamorphose, c'était un corps qui se changeait en un autre, un corps de chenille en un corps de chrysalide, un corps de chrysalide en un corps de papillon.

Le papillon, la chrysalide, la chenille, c'étaient autant d'êtres nouveaux, distincts, ayant chacun son existence à part, sa vie propre.

Swammerdam montra que le papillon est contenu tout entier dans la chrysalide, la chrysalide tout entière dans la chenille; que tous ces corps, si différents en apparence, ne sont que le même corps, que tous ces êtres ne sont que le même être; qu'il n'y a point, à la rigueur, de métamorphose au sens popu- 1 . Collection académique, t. V, p. 1 ,

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laire, au sens poétique, mais une simple évolution de parties qui successivement se forment et se manifestent.

Pour en venir là, Swammerdam n'avait fait que désenvelopper^ que désemboîter les différentes parties du papillon déjà formées dans la chrysalide, et celles de la chrysalide déjà formées dans la chenille.

Ces résultats frappèrent Leibnitz, et c'est des expériences de Swammerdam , qui lui montraient Y emboîtement du papillon dans la chrysalide et celui de la chrysalide dans la chenille, qu'il déduisit Y emboîtement^ Y enveloppement infini des germes.

« C'est ici, dit Leibnitz, que les transfor- « mations de M. Swammerdam, qui est l'un « des plus excellents observateurs de notre « temps, sont venues à mon secours et m'ont « fait admettre plus aisément que l'animal « ne commence point lorsque nous le croyons, « et que sa génération apparente n'est qu'un « développement et une espèce d'augmenta- « tion 1 ... »

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