A Klein-Baulzen
%. Ouvrage traduit en français en 1787, par Blanière. Le lhre original avait été publié à Dresde, en 1768.
Î)Ë l'àRT EXPERIMENTAL, ETC. 261
Réaumur avait cru que la mère-abeille pondait, ainsi que je viens de le dire, des œufs particuliers pour la production des abeilles-mères, et qu'il n'y aurait point eu d'abeille-mère sans cela. « Outre les deux « sortes d'œufs, dit-il, dont nous venons de « parler, » les œufs des ouvrières et ceux des mâles, ceux-ci toujours plus gros que les autres, « on doit penser que la mère mouche « a encore à en pondre d'une troisième sorte. « Ce ne serait pas assez qu'elle donnât nais- « sance' à plusieurs milliers de mouches ou- « vrières et à plusieurs centaines de mâles ; u elle doit la donner à d'autres mouches pro- « près à devenir des mères, à d'autres mou- « ches qui perpétuent l'espèce. Il faut qu'elle « ponde au moins un œuf, d'où naisse « l'abeille qui conduira hors de la ruche trop « peuplée une colonie, qui ne subsisterait pas « sans cette mouche. La mère doit donc ponte dre et pond des œufs d'où doivent sortir des « mouches propres à être mères à leur tour.
« Elle le fait, continue Réaumur... Elle n'a,
« pour l'ordinaire, qu'à en pondre quinze à
« vingt par an; quelquefois elle n'en pond « que trois ou quatre, et quelquefois elle «n'en pond point du tout, et, dans ce « dernier cas, la ruche ne donne point « d'essaim l . »
Sur presque tout cela Réaumur se trompait. La première découverte de Schirach fut de montrer qu'il n'est point nécessaire qu'il y ait des œufs particuliers, distincts , pour la reproduction des abeilles - mères ; que les abeilles-mères peuvent sortir des mêmes œufs que les abeilles ouvrières, et que ce sont ces abeilles ouvrières qui savent, quand elles veulent, transformer un œuf ordinaire, ou plutôt le ver qui en naît, en ver royale en lui construisant une cellule plus grande, une cellule royale,, et en portant dans cette cellule royale^ en donnant à ce ver royal une espèce particulière de nourriture toute différente de celle qui doit servir à la nourriture des autres vers.
Mais Schirach ne s'en tint pas là. Ayant
4 . Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, t. Y, p. 477.
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découvert que les abeilles se font autant de reines qu'elles le veulent, il imagina de leur en faire faire autant que lui-même le voudrait, et, par des méthodes très-simples, il y parvint. Il enfermait, à part et sans reines, dans des boîtes, disposées pour cela, à couvercles percés de trous pour le passage de l'air, etc., des abeilles ouvrières avec de la cire, du miel et du couvain.
Ayant du couvain, c'est-à-dire des œufs, des vers, des nymphes, en un mot une postérité assurée, les abeilles ouvrières, ainsi séquestrées, travaillent, et n'ayant point de reine, elles s'occupent aussitôt à s'en faire une qui puisse leur donner, ô son tour, du nouveau couvain.
On obtient ainsi autant de reines, et par suite autant d'essaims que l'on veut; car, autant de reines, autant d'essaims.
Ces essaims artificiels, cet art de les multiplier à volonté, cet art de procréer une reine, des reines , tout cela fit la plus vive sensation et beaucoup de bruit. On critiqua, on loua, on nia ; enfin on se rendit auprès de Schirach
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et l'on observa; on essaya bientôt de l'imiter et Ton réussit. La méthode nouvelle fut adoptée, transportée dans la Saxe, dans le pays de Gotha, dans le Palatinat, etc. ; il se forma des Sociétés particulières pour la culture des abeilles ; le succès de Schirach fut complet.
La seconde découverte de Schirach fut celle qui lui apprit que les abeilles ouvrières étaient des femelles. « J'avouerai franche- « ment, dit-il à cette occasion, que je n'ai « parlé qu'avec beaucoup de réserve de ma « première découverte, parce que je n'osais « presque m'élever contre le sentiment du « grand Réaumur, qui a fait pendant plus « de dix-huit ans les plus soigneuses re- « cherches sur l'économie des abeilles; et « c'est encore avec peine que je me vois « ici contraint à combattre cet illustre aca- « démicien i . »
« Depuis ma première découverte, » continue-t-il, « il me paraissait contradictoire de
1 , Histoire naturelle de la reine des abeilles, p, 65,
dans l'étude des instincts. 265
« supposer trois genres dans les abeilles, « puisqu'il est avéré que ces mouches peuce vent se former en tout temps une reine « au moyen du couvain 1 . »
Et, en effet, le grand résultat, le grand fait, découvert et constaté par Schirach, est celui-ci : c'est que tout ver d'abeille ouvrière peut devenir une reine 2 . Cela posé, Schirach conclut avec raison qu'il faut nécessairement « que les abeilles ouvrières soient du genre « féminin. »
Mais en histoire naturelle, en physique, ce n'est pas assez que de conclure par voie de raisonnement , de déduction ; il faut voir, il faut montrer; et Schirach ne vit ni ne montra.
Une autre découverte, que Schirach n'acheva pas non plus, est celle dont il crut pouvoir conclure (car rien n'est plus capable de tromper qu'un fait incomplet), que « les faux bourdons ne doivent pas