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DES USAGES DU POLLEN

Les expériences précédentes nous ont appris que le miel suffit à la production de la cire et que le pollen n'y sert point. Mais alors à quoi sert-il donc? A la nourriture des petits, avait dit John Hunter. L'habileté d'Huber dans l'art des expériences va transformer cette conjecture en démonstration.

Dans les expériences précédentes où il ne s'agissait que d'un seul point , savoir si le miel suffit, ou i||É, à la production de la cire, on était aux abeilles captives toute la cire qu'elles produisaient à mesure qu'elles la produisaient. Si on leur eût laissé leurs gâteaux,

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leurs rayons de cire, la reine aurait pondu dans les cellules de ces rayons , et la question de Y origine de la cire se serait compliquée de celle de la nourriture des petits. Il valait mieux traiter ces deux questions Tune après l'autre.

La question actuelle est celle de la nourriture des petits. Le miel suffit-il à leur nourriture? Pour le savoir, il fallait placer dans une ruche, pourvue de miel et d'eau, des abeilles avec des gâteaux et du couvain^ et il fallait ensuite tenir ces abeilles soigneusement renfermées, pour qu'elles ne pussent pas aller dans les champs recueillir du pollen.

Les deux premiers jours, les abeilles continuèrent à prendre soin des petits ; mais, dès le troisième, le couvain était abandonné, et les abeilles, toutes les abeilles de la ruche se précipitaient vers la porte pour sortir. On les retint encore pendant deux jours , malgré leur impatience toujours croissante. On leur ouvrit enfin le cinquième. Aussitôt, l'essaim tout entier s'envola. On profita de ce moment pour examiner les cellules de leurs gâ-

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teaux ; ces cellules étaient désertes : point de couvain» pas un atome de bouillie; tous lèS vers étaient fioorts de faim. En supprimaftt le pollen, on avait ôté aux abeilles tout moyen de les nourrir.

Que fallait-il encore ? Il fallait confier aux mêmes ouvrières d'autre couvain à soigner, et, cette fois-ci, leur accorder du pollen avec abondance. C'est ce qu'on fit; et l'on vit aussitôt les abeilles se jeter avidement sur le pollen, s'en gorger en quelque sorte et le porter à leurs nourrissons.

Rien n'est donc plus indépendant, plus distinct , en soi , que la production de la cire et le nourrissage des petits ; mais voici quelque chose de plus décisif encore : c'est qu'il y a deux variétés, deux races d'abeilles, une race pour chaque fonction : les unes destinées à produire la cire, Huber les appelle les abeilles cirières; et les autres destinées à soigner les petits, Huber les nomme les abeilles nourrices.

« Mes observations, dit Huber, sont fouet dëes sur un fait assez remarquable qui n'a

« point été connu de mes devanciers ; c'est « qu'il existe deux espèces d'ouvrière^ dâ'ftS « tiftè même ruche; les unes, susceptibles « d'acquérir un volume considérable lors- « qu'elles ont pris tout le miel que leur es- « tomac peut contenir, sont destinées à l'élaboration de la cire; les autres, dont « l'abdomen ne change pas sensiblement de « dimension , ne prennent ou ne gardent que <( la quantité de miel qui leur est nécessaire « pour vivre, et font part à l'instant à leurs « compagnes de celui qu'elles ont récolté;... « leur fonction particulière est de soigner les « petits 1 . »

Pour observer plus sûrement leur conduite, Huber peint de couleurs différentes les abeilles de l'une et de l'autre classe, et il ne les voit point changer de rôle. Dans un autre essai il donne aux abeilles d'une ruche, privée de reine, du couvain et du polteu ; et il voit aussitôt les petites abeilles, c'est-à-dire les abeilles nourrices , s'occuper de la nourriture

i. T. II, p. 66.

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des larves, tandis. que les civières n'en prennent aucun soin 1 .

« On croit peut-être, dit Huber, que lors- « que la campagne ne fournit pas de miel les « abeilles civières peuvent entamer les pro- « visions* dont la ruche est pourvue; mais il « ne leur est pas permis d'y toucher; une « partie du miel est renfermée soigneusement, « les cellules où il est déposé sont garnies « d'un couvercle de cire qu'on n'enlève que « dans les besoins extrêmes, et lorsqu'il n'y « a aucun moyen de s'en procurer ailleurs; « on ne les ouvre jamais pendant la belle « saison; d'autres réservoirs, toujours ou- « verts, fournissent à l'usage journalier de la « peuplade; mais chaque abeille n'y prend « que ce qui lui est absolument nécessaire « pour satisfaire au besoin présent 2 . »

Que dirait ici Fontenelle, lui qui disait déjà à propos du Mémoire de Maraldi : « Quelque

1. Les petites abeilles produisent aussi de la cire, mais toujours en quantité bien moindre que les véritables cirières.

dans l'étude des instincts. 293 « ancienne et quelque établie que soit la ré- « putation des abeilles, on ne les croyait « point encore aussi parfaites qu'elles le sont, « et on peut dire d'elles ce qu'on dit quel- « quefois des personnes de mérite, qu'elles « gagnent à être connues 1 . »

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