‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 120 sur 217 · T. II, p · texte numérisé non relu

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bizarre de ce grand esprit, voulant expliquer, par la forme que prennent sous une pression réciproque des pois qu'on fait bouillir dans un vase clos , la forme hexagone des cellules des abeilles, également produite , selon Buffon, par une pression réciproque.

Huber nous apprend donc comment l'abeille tire les plaques de cire de dessous les arceaux de son abdomen au moyen de la pince que forme avec la jambe le premier article du tarse, comment elle les porte à sa bouche , comment elle les rompt avec le bord tranchant de ses mandibules ; comment elles les hache, les broie, les enduit d'une liqueur écumeuse, blanchâtre; et comment enfin cette cire, si patiemment et si activement préparée, est appliquée contre la voûte de la ruche, travail pour lequel Y abeille fondatrice (c'est le nom qu'Huber donne à l'abeille qui a posé le premier bloc et, si l'on peut ainsi dire, la première pierre de l'édifice) est bientôt aidée par toutes les autres.

Le travail des fondements achevé, le travail des cellules commence, et lorsque certaines

BANS l'ÊTUBË ÛËS INSTINCTS. !297

abeilles ont mis, chacune pour ce qui la concerne, la dernière main à l'œuvre, on en voit d'autres qui viennent, qui entrent dans chaque alvéole, pour en polir, pour en raboter les parois, etc., etc. — Comme nous sommes loin de Buffon , de ses pois bouillis et de sa pression réciproque !

Ne voit-on pas, guidé par Huber, tout le merveilleux édifice se faire pièce par pièce, morceau par morceau, et, si on l'ose dire, conception par conception? « Si l'ouvrier, » dit très-bien Huber, « n'a pas un modèle d'après « lequel il opère ; si le patron sur lequel il « taille chaque pièce n'est pas hors de lui- « môme et de nature à frapper ses sens, il « faut admettre en lui quelque chose d'intel- « lectuel qui dirige ses opérations 1 . »

Le mot intellectuel paraîtra hardi; mais ici il ne s'agit pas de termes définis et de sens précis ; et certainement l'animal tire de lui-même, de son sensorium* de sa tête, tout ce qu'il met d'industrieux dans son œuvre.

i. T. Iï> p. 96.

<( On ne peut se faire d'idée claire de l'instinct « qu'en admettant , » dit avec un sens profond Georges Cuvier, « que ces animaux (les « abeilles ; les guêpes 3 etc.) ont dans leur jk sensorium des images ou sensations iniiées « et constantes qui les déterminent à agir « comme les sensations ordinaires et accise dentelles déterminent communément. C'est « une sorte de rêve ou de vision qui les « poursuit toujours; et, dans tout ce qui a « rapport à leur instinct, on peut les regarder « commes des espèces de somnambules 1 . »

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