T. IT, p
2. Fille de Louis Jurine, médecin et naturaliste de Genève, connu par quelques travaux estimables de physique, de médecine et d'histoire naturelle. Il était né en 1751 et mourut en 1819, ayant perdu cette jeune fille si distinguée, dont Huber nous fait ici un si noble éloge.
dans l'étude des instincts. 307 exception, ce signe caractéristique du sexe femelle, ces deux ovaires qui avaient échappé au scalpel et au microscope du grand Swammerdam. Une jeune fille devait aller plus loin que les Swammerdam et les Réaumur !
Tout était donc résolu, et Tétait définitivement. Puisque les abeilles ouvrières sont toutes femelles, elles sont donc toutes du même sexe que la reine ; elles peuvent donc toutes pondre des œufs comme elle.
Et de combien de difficultés , de combien d'obscurités, la science n'était-elle pas enfin débarrassée ! Plus à' individus sans sexe, plus de neutres (mot qui physiologiquement n'a aucun sens) , mais seulement des femelles plus ou moins développées; plus d'œufs spéciaux , plus de vers royaux 3 mais seulement des vers diversement nourris; en un mot, deux seuls sexes tranchés : des mâles et des femelles ; et deux seules sortes d'œufs, également tranchées : des œufs femelles et des œufs mâles.
DE FRANÇOIS HUflEK.
Après avoir tant parlé des travaux d' Huber, je crois devoir dire un mot d' Huber luimême.
François Huber était né à Genève le 2 juillet 1750.
Son père, Jean Huber, était un homme d'esprit , que distinguaient des talents aimables : musicien, peintre, sculpteur, « il « excellait tellement dans Fart des décou- « pures de paysage, dit M. de Candolle, « qu'il semble avoir créé ce genre 1 . » Jean
4. Voyez l'excellente Notice de M. de Candolle sur François Huber {Bibliothèque universelle de Genève, xvn e année, p. 188).
DE L*ARf EXPERIMENTAL, ETC. 309
Huber visitait souvent Ferney, et le maître du lieu le goûtait beaucoup. « Puisque vous « avez vu M. Huber, écrit Voltaire à M me Du « Deffant, il fera votre portrait; il vous « peindra en pastel, à l'huile, en mezzo- « tintOj, il vous dessinera sur une carte avec « des ciseaux, le tout en caricature. C'est « ainsi qu'il m'a rendu ridicule d'un bout de « l'Europe à l'autre. Mon ami Fréron ne me « caractérise pas mieux pour réjouir ceux « qui achètent ses feuilles 1 . »
Jean Huber avait tellement l'habitude de faire le portrait de Voltaire en découpant une carte, qu'il le faisait, dit-on, les mains derrière le dos. On raconte même qu'il s'amusait à faire ronger par son chien un morceau de pain de telle sorte que ce qui restait était le profil de Voltaire 2 .
Le jeune Huber avait hérité de tous les goûts heureux de son père , entre lesquels il faut compter le goût pour l'histoire naturelle.