Traité des animaux, chap. i, deuxième partie
C0ND1LLAC. [|1
« tent moins que nous, si elles perfectionnent « moins, ce n'est pas quelles manquent tout « à fait d'intelligence , c'est que leur intelli- « gence est plus bornée 1 . » Mais il a tort quand il dit que c'est par une sorte d'invention, c'est-à-dire parce qu'il compare, parce qu'il juge, parce qu'il découvre, que le castor bâtit sa cabane ou que l'oiseau construit son nid 2 . Et toute sa théorie sur les facultés des animaux est ainsi radicalement vicieuse, par cela seul qu'elle confond partout deux faits essentiellement distincts : Y instinct et Y intelligence.
t. Traité des animaux* chap. h, deuxième partie. t. Ibidem.
Là est aussi, quoique à un moindre degré, le vice de la théorie de G. Leroy.
G. Leroy confond, comme Condillac, Y instinct avec Y intelligence. Il s'agit de voir, dit-il dès son début, « comment, par l'action « répétée de la sensation et de l'exercice de « la mémoire , l'instinct des animaux s'élève « jusqu'à l'intelligence 1 . »
Presque partout il cherche l'origine des instincts particuliers des animaux dans quelquecirconstance générale de leurs facultés ordi-
4 . Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux, p. 5.
GEORGES LEROY. fi3
naires : dérivant l'industrie de la faiblesse 4 , la sociabilité de la crainte 2 , l'instinct de faire des provisions de la faim précédemment sentie 3 , il va jusqu'à dire que les voyages des oiseaux « sont le fruit d'une instruction qui « se perpétue de race en race 4 . »
Or, la vérité est que les industries particulières des animaux , du castor qui se bâtit une cabane, du lapin qui se creuse un terrier, de l'oiseau qui se construit un nid , tiennent à des instincts primitifs et déterminés. La vérité est que c'est par instinct que certaines espèces sont sociables ; que d'autres font des provisions; que d'autres, dans la classe des oiseaux, émigrent ou voyagent.
Mais, cette confusion d'un certain nombre de phénomènes de Y instinct avec les phéno-
1. Page 53. « On fait peut-être honneur à son indus- « trie ( il s'agit du lapin qui se creuse un terrier) de ce « qui n'est dû qu'à sa faiblesse. »
%. Page 64. « Les animaux qui paraissent vivre en « société sont rassemblés par la crainte, etc.. » Page 65. « Tous les frugivores qui vivent en société paraissent « uniquement rassemblés par la frayeur, etc. »