‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 34 sur 217 · LEIBNITZ · texte numérisé non relu

LEIBNITZ

Leibnitz s'était posé, comme Àristote , comme Descartes , le problème sérieux de l'intelligence des bêtes.

Jamais philosophe n'a eu de philosophie qui fût plus une. Ce vaste génie semble avoir vu les liaisons de tout. En philosophie, sa première loi est la loi de continuité; en histoire naturelle, son premier principe est le principe de la gradation des êtres.

« Il est malaisé de voir, dit Leibnitz , où « le sensible et le raisonnable commencent... « 11 y a , continue-t-il , une différence exces- « sive entre certains hommes et certains ani- « maux brutes ; mais si nous voulons com-

« parer l'entendement et la capacité de « certains hommes et de certaines bêtes , « nous y trouverons si peu de différence « qu'il sera bien malaisé d'assurer que l'en- « tendement de ces hommes soit plus net et « plus étendu que celui des bêtes. 1 . »

Leibnitz porte si loin ses idées de continuité, de suite,, que, quand la continuité lui manque sur cette terre, il va la chercher ailleurs. Il suppose, « dans quelque autre « monde, des espèces moyennes entre l'homme « et la bête 2 ; » il suppose aussi, « quelque « part, des animaux raisonnables qui nous « passent. »

Venons à Leibnitz parlant avec plus d| rigueur. Alors il déclare nettement que le plus stupide des hommes est infiniment supérieur à la plus spirituelle des bêtes.

L Nouveaux essais sur l'entendement humain , livre iv, chap. xvi.

%. La Fontaine a dit :

Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu

Chez les païens, et qui tient le milieu

Entre l'homme et l'esprit, comme entre l'huître et l'homme

Le tient tel de nos gens, franche bête de somme

LÈIBNIT2. 81

« Le plus stupide des hommes, dit-il, est « incomparablement plus raisonnable et plus « docile que la plus spirituelle de toutes les « bêtes, quoiqu'on dise quelquefois le con- « traire par jeu d'esprit û . »

Leibnitz cite et approuve ces paroles de Locke : « Nous ne saurions nier que les bêtes « n'aient de la raison dans un certain degré. « Et , pour moi , il me paraît aussi évident « qu'elles raisonnent qu'il me paraît qu'elles « ont du sentiment. Mais c'est seulement sur « les idées particulières qu'elles raisonnent, « selon que les sens les leur présentent 2 . »

Là se trouve, en effet, la limite des bêtes : elles sont purement empiriques 3 ; elles ne font que se régler sur les exemples à ; elles n'arrivent jamais à former des propositions nécessaires 5 ; tout s'y réduit aux sens 6 . Leib-

4. Nouveaux essais sur l'entendement humain, livre vr, chap. xvi.

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