‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 41 sur 217 · Préface de Y Essai analytique , etc., t. VI, p. vij · texte numérisé non relu

Préface de Y Essai analytique , etc., t. VI, p. vij

Les idées nous viennent des sens 1 ; la partie principale du sens est le nerf; le nerf se compose de fibres ; le cerveau lui-même , origine de tous les nerfs, n'est qu'un faisceau de fibres.

Or, de ces fibres du cerveau , les unes sont sensibles y les autres intellectuelles 2 : par les premières, l'âme sent; par les secondes, elle pense.

Le mouvement, la vibration de chaque fibre intellectuelle donne une idée : si une seule fibre est en mouvement , on n'a qu'une idée ; on a plusieurs idées si plusieurs fibres se meuvent.

Enfin l'association des fibres donne l'association des idées; l'association des idées donne celle des fibres ; et rien, par conséquent, n'est plus simple que la mécanique de nos idées.

C'est qu'en effet rien n'est simple comme une hypothèse, quand on le veut bien. Mais, que fait l'hypothèse à la chose ? Bonnet ex-

4 . Non pas toutes assurément ; mais suivons Bonnet. 2. Expressions de Bonnet.

plique nos idées par ses fibres *-, comme Gall explique nos facultés par ses petits cerveaux 2 : mais Bonnet a-t-il jamais prouvé la liaison d'une fibre et d'une idée? Gall a-t-il jamais prouvé la liaison d'une faculté et d'un petit cerveau ? Ils se perdent tous deux : en physiologie , parce qu'ils ne voient que les parties de l'organe et ne voient pas l'organe ; en philosophie, parce qu'ils ne voient que les parties de l'esprit, et ne voient pas l'esprit, l'esprit m, essentiellement un, Y unité du moi, Y unité de l'âme.

\ . L'hypothèse de Bonnet est tirée d'Hartley. Mais , dans Hartley comme dans Bonnet, la doctrine des vibrations , du mouvement des fibres, n'est qu'une double méprise. On s'imagine, deux fois, expliquer un mot par un autre : d'abord , le mot idée par le mot vibration, et puis le mot vibration par le mot idée.

% Voyez mon livre intitulé : Examen de la phrénologie.

KEIMARUS»

Reimarus, professeur à l'Académie de Hambourg, publia, en 1760, un livre sur l'instinct des animaux 1 . Ce livre est plein d'intérêt.

Reimarus distingue très-nettement, dans les animaux, l'instinct de l'intelligence.

« Toutes les opérations, dit-il, qui précèdent « l'expérience , et que les animaux sont por- « tés à exécuter de la même manière immé- « diatement après leur naissance, doivent « être regardées comme un pur effet de Vin-

\ . Observations physiques et morales sur l'instinct des animaux j leur industrie et leurs mœurs. La traduction française, par Reneaume de La Tache, est de

ce stinct naturel et inné , indépendant du des- « sein, de la réflexion et de l'invention 1 . »

« Quelques animaux , ajoute-t-il , ont par- « dessus d'autres une analogie plus ap- « prochante des facultés de l'intelligence « humaine... La plupart des animaux car- « nassiers, et même ceux qui sont exposés « à leur servir de proie, manifestent quelque « chose de ressemblant à l'esprit , à la ruse « et à l'invention. Plusieurs sont disposés à « l'imitation ou sont susceptibles d'être ap- « privoisés, instruits et dressés à diverses « sortes de tours d'adresse â . »

Une philosophie douce règne partout dans ce livre. Les merveilles des animaux y parlent sans cesse de l'auteur de tant de merveilles; c'est là ce qui fait le charme du livre; tout, dans la nature, est entendement, art, sagesse, prévision et fin : à chaque pas, la perfection de l'ouvrage nous révèle l'industrie de l'artisan.

\. Observations, etc., tome I, p. \%'è.

I, Ibidem, p. 448.

Aristote se borne à dire que quelques animaux « sont capables d'entendre les sons, et « de discerner la variété des signes 1 . »

Plutarque reconnaît aussi que « les ani- « maux n'ont que des voix, et point de lan-

gage 2

Montaigne n'est pas aussi sage. Il veut

1. « Quelques animaux participent à une sorte de « capacité d'apprendre et de s'instruire, tantôt en pre- « nant des leçons les uns des autres , tantôt en les re- « cevant de l'homme; ce sont ceux qui sont capables « d'entendre : je ne veux pas dire seulement d'entendre « les différents sons, mais, de plus, de discerner la « variété des signes. » {Histoire des animaux, livre xi, p. 533.)

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