DE L'INSTINCT ET DE L HABITUDE
Il manquerait quelque chose à mon exposition des phénomènes de Y instinct , si je ne disais un mot de la comparaison qui en a été faite avec les phénomènes de Y habitude.
l'habitude d'une action consiste en ce que
Y acte corporel* par lequel s'opère cette action, finit par se reproduire sans le concours de
Y acte intellectuel qui, primitivement, était •nécessaire. Il semble donc que, par Y habitude, il s'établisse entre nos organes , d'une part , et nos penchants, nos besoins, nos appétits, BQg idées, d'autre part, une dépendance
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immédiate et telle que l'intermédiaire de notre esprit devienne inutile.
« Ces deux ordres de phénomènes , les « phénomènes de Y instinct et ceux de Yhabi- « tude, pourraient tellement se confondre, »
dit F. Cuvier, « qu'on ferait en quelque sorte « de l'instinct avec de l'habitude : une perce sonne qui se serait exercée, dès son en- « fance, à ramasser et à cacher tout ce qui « lui reste de ses repas, finirait par le faire « aussi machinalement et aussi inutilement « que le chien domestique, et la comparaison « du tisserand et de l'araignée est bien plus « exacte et plus juste qu'on n'a pu le penser. »
Nous avons vu , dans notre premier chapitre , que Condillac a voulu rattacher aussi les phénomènes de Y instinct aux phénomènes de Y habitude. Pour lui, Y instinct n'est que Y habitude privée de réflexion. Sa distinction entre le moi d'habitude et le moi de réflexion est ingénieuse.
« Lorsqu'un géomètre, dit-il, est fort oca cupé de la solution d'un problème, les
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« objets continuent encore d'agir sur ses « sens. Le moi d'habitude obéit donc à leurs « impressions : c'est lui qui traverse Paris, « qui évite les embarras , tandis que le moi « de réflexion est tout entier à la solution « qu'il cherche 1 . »
Mais une différence essentielle entre la manière de voir de Condillac et celle de F. Cuvier, c'est que Condillac ne se sert de Y habitude que pour ramener Y instinct à Y intelligence; c'est qu'il veut que Y instinct soit un commencement de connaissance. F. Cuvier montre , au contraire, que toute action instinctive est dépourvue d'intelligence et de connaissance.
En un mot, Condillac compare Y instinct et
Y habitude par leur origine , qu'il croit commune ; et F. Cuvier les compare , malgré leur diversité d'origine, et par cela seul que,
Y habitude une fois acquise, tout s'y passe comme dans Y instinct, c'est-à-dire sans intelligence.
t. Traité des animaux, deuxième partie, chap. v.
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Condillac dit non -seulement que « Y instinct n'est que Y habitude privée de réflexion; » mais il veut expliquer par là comment les bêtes, « n'ayant que peu de « besoins, et répétant tous les jours les « mêmes choses, doivent n'avoir enfin que <( des habitudes , et être bornées à Fince stinct *. » U instinct est antérieur à tout; on ne peut donc le faire dériver de Y habitude.
D'un autre côté, on peut croire que toute intelligence n'est pas exclue de Yhabitude; c'est ce que je pense, et alors l'analogie, supposée par F. Cuvier, n'existerait pas. Encore une fois, il ne compare Y instinct à Y habitude que parce que, à ses yeux, Yhabitude est, comme Y instinct^ dépourvue de connaissance.