Traité des sensations, troisième artie, chap. m
3. Ibidem, première partie, chap. xi. La vue , dit « Condillac, ne s'étend pas au delà de la prunelle. » [Traité des sensations, troisième partie, chap. m).
Cependant, dès que le poulet voit le grain, il le voit où il est, et non sur sa prunelle.
Dès que l'enfant suit des yeux un objet, il le suit où il est, et non sur sa prunelle.
L'expérience de Cheselden, sur laquelle se fonde Condillac (d'un jeune aveugle-né à qui l'on abaissa la
Chacun sait pourtant que les petits poulets becquètent au sortir de F œuf : ils ne rencontrent pas toujours, il est vrai ; mais ce n'est pas faute de voirjustej, c'est faute d'un équilibre assez ferme dans leur petit corps.
« Le poulain, une heure après sa naisa sance, dit d'Arcussia, suit la jument sa a mère, et se conduit parmi les précipices 1 . »
Je trouve, dans F. Guvier, les deux observations suivantes :
« Dès que le petit vit le jour » , dit-il , ( il s'agit d'un petit singe , d'un Rhésus), « il « parut distinguer les objets et les regarder « très -réellement; il suivait des yeux les « mouvements qui se faisaient autour de lui, « et rien n'annonçait qu'il eût besoin du tou- « cher pour apprécier la plus ou moins grande
« distance où ces corps étaient de lui
« Au bout de quinze jours environ, le petit
cataracte, et qui, dans le premier moment où il vit, crut que les objets touc fiaient ses yeux), aurait grand besoin d'être répétée.
4, Lettres de Philoierax, etc., Lettre xxiv.
RoLé des Sens» 11?
« commença à se détacher de sa mère, et dès « ses premiers pas il montra une adresse et « une force qui ne pouvaient être dues ni à « l'exercice ni à l'expérience, et qui mon- « traient bien que toutes les suppositions « qu'on a faites sur la nécessité absolue du « toucher pour l'exercice de certaines fonctions « de la vue sont illusoires. »
Il dit ailleurs, en parlant d'un jeune bison : « A peine fut-il né, qu'il se leva sur ses ujambes et alla, presque en courant, sur « tous les points de son écurie, sans se « heurter, et en se conduisant comme s'il « eût connu les lieux par expérience. »
Or, il est à remarquer que tous les animaux dont je viens de parler, les poulets, les chevaux, les singes, les ruminants, etc., naissent les yeux ouverts. D'autres animaux, au contraire, naissent les yeux fermés, par exemple, le chien, etc. L'homme naît avec les yeux ouverts, mais qui n'ont pas encore toutes les conditions requises pour une vision nette et distincte,
Dans la question, d'ailleurs si compliquée, des rapports de la vue et du toucher, il faut donc faire entrer un élément de plus, celui des espèces, ou, plus exactement, celui de Fétat où se trouve Y organe de la vue, selon les espèces, dans les premiers moments où la vision s'opère.
« Nous apprenons à voir, » dit Dupont de Nemours, « comme nous apprenons à lire 4 . »
Dupont de Nemours confond ici deux choses très-distinctes. Lire, c'est appliquer un sens convenu à un signe. Voir, c'est tout simplement apercevoir, distinguer ce signe. Lire, c'est appliquer un fait primitif donné, le fait de voir, à un usage particulier. Et cejt usage s'apprend. Nous apprenons à lire, comme nous apprenons à danser, à sauter sur une corde-; mais apprenons-nous h voir ?
On peut en douter.
« Je ne dirai pas comme tout le monde, et « comme j'ai dit jusqu'à présent moi-même