Voyez le principe posé, page
3, Voyez, ci-devant, p. 162.
bEâ espèces. 165
devenu domestique , le chacal sera le chien demeuré sauvage; nous aurons retrouvé la souche de nos chiens, comme nous avons celle de nos cochons, de nos moutons, de nos lapins, etc.
Ainsi donc, toujours origine simple, pure ; jamais origine mêlée. Tous nos cochons viennent du sanglier seul, et non du sanglier croisé avec quelque autre pachyderme ; tous nos lapins, du lapin sauvage seul, et non de ce lapin croisé avec le lièvre i 9 etc., etc.
Nos animaux domestiques ont donc une origine simple , pure , naturelle et non artificielle, en un mot, une; et c'est parce que leur origine est une, qu'ils ont une fécondité continue, une succession constante.
Tous nos animaux domestiques sont donc des espèces simples; et tout y reste simple : les variétés, les races ne sont, dans chaque
4. Le lièvre et le lapin sont deux espèces distinctes, et qui, dans mes expériences, n'ont jamais produit en*, semble. S'ils viennent jamais à produire, leur produit sera un métis d'espèce, c'est-à-dire un individu à fécondité bornée.
espèce, que des modifications déterminées de cette espèce même.
Je dis modifications déterminées. En effet, les modifications qui donnent les races sont toujours superficielles , bornées ; le fond de Y espèce n'est point altéré, ce fond subsiste; toutes les races d'une espèce, quelque variées, quelque nombreuses qu'elles soient, ne s'écartent jamais assez les unes des autres pour cesser d'être fécondes entre elles, et c'est là le grand fait : leur fécondité commune est la preuve la plus directe, la marque la plus sûre de la permanence de leur unité première.
Rien n'a plus d'intérêt, rien n'est, en soi, d'une étude plus philosophique, plus haute, que ce qui touche au grand mystère de la parenté des espèces.
« En général, dit Buffon, la parenté d'es- (( pèce est un de ces mystères profonds de la « nature que l'homme ne pourra sonder qu'à « force d'expériences aussi réitérées que lon- « gués et difficiles. Gomment pourra -t-on a connaître, autrement que par les résultats
« de l'union mille et mille fois tentée des ani- ■■« maux d'espèce différente, leur degré de pa- « rente? L'âne est-il parent plus proche du « cheval que du zèbre? le loup est-il plus « près du chien que le renard ou le chacal l ? » Mes expériences répondent à cette dernière question : 1° le loup et le chacal sont plus près du chien que le renard, car le loup et le chacal produisent avec le chien , et le renard et le chien ne produisent point ensemble ; 2° le chacal est plus près du chien que le loup puisque la fécondité des métis de chacal et de chien a plus de durée que celle des métis de chien et de loup.
Buffon continue : « L'union des animaux « d'espèces différentes , par laquelle seule on « peut reconnaître leur parenté, n'a pas été « assez tentée. Les faits que nous avons pu re- « cueillir au sujet de cette union , volontaire « ou forcée , se réduisent à si peu de chose « que nous ne sommes pas en état de pronon- « cer sur l'existence réelle des jumarts 2 . »