‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 91 sur 217 · Du Louvre, que M. Dureau de La Malle habitait alors · texte numérisé non relu

Du Louvre, que M. Dureau de La Malle habitait alors

« au-dessous d'eux, ces apprentis maladroits « manquaient presque toujours de l'attraper.

« Alors les pères fondaient sur la proie, et la « ressaisissaient toujours avant qu'elle eût « touché terre; puis ils s'élevaient de nouveau « pour faire répéter la leçon, et ne laissaient « manger la proie à leurs petits que lorsque « ceux-ci l'avaient saisie.

« Je puis même assurer, tant le lieu et les « circonstances étaient propres à ce genre « d'observations , que l'enseignement était «gradué;.., car, une fois que les jeunes (( oiseaux de proie avaient appris à rattraper « dans l'air des souris mortes, les parents « leur apportaient des oiseaux vivants , et « répétaient la même manœuvre que j'ai dé- « crite, jusqu'à ce que leurs petits fussent « capables de saisir un oiseau au vol d'une « manière sûre , et par conséquent de pour- « voir eux-mêmes à leur nourriture et à leur « conservation 1 . »

\ . Mémoire sur le développement des facultés intellectuelles des aniMaux.

« L'instinct, dit Buffon, n'est que le pro- « duit de toutes les facultés tant intérieures « qu'extérieures de l'animal 1 . »

Cette définition de Vinstinct conviendrait beaucoup mieux au naturel.

L'instinct est une faculté primitive et simple.

L'instinct est une industrie, un talent, un art inné.

« La plupart des animaux, comme les « abeilles , les araignées , les castors , ont « chacun, dit spirituellement Fontenelle, un «art particulier, mais unique, et qui n'a « point, parmi eux, de premier inventeur. »

Vinstinct entre dans le naturel.

J'ai déjà parlé des observations faites sur les castors.

Je n'y reviens ici que pour faire mieux sentir, par un exemple détaillé , ce qui constitue le caractère précis de Y instinct.

Le castor, que F. Cuvier a étudié avec le plus de suite, avait été pris tout jeune sur les

4, Histoire de l'éléphant, t, HI, p, 173.

bords du Rhône; il avait été allaité artificiellement ; il n'avait donc pu rien apprendre , même de ses parents. On l'avait placé dans une cage grillée. On le nourrissait habituellement avec des branches de saule, dont il mangeait l'écoree; et Ton s'aperçut bientôt qu'après avoir dépouillé ces branches de leur écorce,, il les coupait par morceaux et les entassait dans un coin de la cage. Il rassemblait des matériaux pour bâtir. •

On l'y aida. On lui fournit de la terre, de la paille, des branches d'arbre; et dès lors on le vit former de petites masses de cette terre avec ses pieds de devant, puis les pousser en avant avec son menton, ou les transporter avec sa bouche , les placer les unes sur les autres , les presser fortement avec sa queue jusqu'à ce qu'il en résultât une masse commune et solide, enfoncer alors un bâton avec sa gueule dans cette masse ; en un mot, bâtir et construire.

Or, deux choses sont ici de toute évidence :

Tune, que cet animal ne devait rien à la société des siens, source première, selon Buffon,

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de l'industrie des castors ; et l'autre, que cet animal travaillait sans utilité , sans but, machinalement , poussé par un besoin aveuglé; car, dit F. Cuvier, « il ne pouvait résulter « aucun bien-être pour lui de toutes les « peines qu'il se donnait. »

Buffon veut que les castors solitaires ne sacheqj plus rien entreprendre ni rien construire 1 . Le castor de F.' Cuvier entreprenait, construisait, bâtissait, et cependant il était solitaire.

A en croire Buffon : « Les castors sont « peut-être le seul exemple qui subsiste « comme un ancien monument de cette es- « pèce d'intelligence des brutes qui, quoique « infiniment inférieure par son principe à « celle de l'homme , suppose néanmoins des « projets communs et des vues relatives 2 . » « — La société des castors n'étant point, dit-il, « une réunion forcée, se faisant par une es-

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