‹ De l'instinct et de l'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 105 sur 170 · Voyez, «-devant, page 11 S · texte numérisé non relu

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DES ESPÈCES. i 57

dans notre ménagerie. Le métis, né du mélange de ces deux espèces , était couvert en naissant d’une sorte de duvet ou de poil laineux. Ce duvet , ce poil laineux, recouvrait aussi les petits du renard rouge , espèce de l’Amérique septentrionale, qui a produit dans notre ménagerie.

La civette et le zibetk forment-ils deux espèces distinctes? Buffon n’avait osé prononcer, .et l’hésitation a duré jusqu’au moment où notre ménagerie,, réunissant les deux espèces, a permisde les comparer immédiatement l’une à l’autre. H ne Sera plus désormais possible de les confondre. La civette a des bandes noires transversales ; le zibeth a des taches noires au lieu de bandes, etc. La civette est d’Afrique, le zibeth est des Indes orientales.

On ne peut douter que le sanglier ne soit la souche de nos cochons domestiques ; car toutes nos races de cochons domestiques produisent avec cet animal des individus féconds, et d’une fécondité qui se perpétue. Chose singulière, c’est qu’il est le seul pachyderme que nous ayons rendu domestique. Le cochon présente enoore aujourd’hui dans le sanglier, et, par conséquent, jusque dans nos climats, sa race à l’état primitif et sauvage. Lechien, le cheval, le taureau, ont depuis longtemps perdu leurs types; nous verrons bientôt que tout

semble nous montrer la souche du bélier dans le

mouflon , et celle du bouc dans Y œgagre.

Le rhinocéros unicome , ou des Indes, est le seul qu'on ait amené vivant en Europe. Celui que décrit F. Cuvier, et qu’on montrait à Paris en 4800, n’était même que le septième animal de cette espèce qu’on y eût vu. Le premier y avait paru en 4513.

Nous avons, en ce moment, un jeune rhinocéros des Indes. 11 est assez doux, paraît fort intelligent; il aime à jouer avec son gardien; et, malgré sa tournure massive, il est singulièrement leste et vif à la course.

Notre ménagerie possède, depuis quelque temps, les deux éléphants, celui d’Asie et celui ^Afrique. Rien n'est plus facile que de comparer les traits qui les distinguent. Sans parler de la différence essentielle, celle des dents molaires, présèntant des rubans transverses dans l’éléphant d’Asie et des losanges dans celui d’ Afrique , le premier a le front concave et le dos convexe, le second a le front convexe et le dos concave ; le premier a des oreilles relativement petites, le second en a de très grandes ; le premier a de longs poils en plusieurs endroits, le second a la peau nue, etc.

L 'éléphant dAsie a été vu très souvent en

Europe, et de très bonne heure. Pour Y éléphant d'Afrique, l’individu qué décrit F. Cuvier n’est que le second qu’on y ait amené vivant. Le premier était celuiqui mourut à Versailles en 1681 , et dont Perrault et Duverney ont donné l’anatomie dans les Mémoire s- de V Académie dés Sciences. Celui que nous avons aujourd’hui est le troisième. -

J’ai déjà 'fait remarquer que tous les sotipèdes pourraient devenir domestiques, comme le cheval , comme Y âne. Notre ménagerie a eu successivement toutes ces belles espèces : le couagga , décrit par G. Cuvier 1 ; Yhémione, le zèbre, Je daw, décrits par F. Cuvier. On y a vu plusieurs fois le daw, le zèbre produire ; et, ce qui est toujours plus curieux que la production directe, ou y a vu la prôduotion croisée du zèbre avec le cheval, et de ce même zèbre avec Y âne. .

L'hêmione vient d’y produire avec Y âne. Le métis , résultant de l’union Aq Yhémione mâle avec Yânesse, est un mâle. Il a la couleur isâbelle de Yhémione, et le braiment de l’âne. L'hêmione hennit. " •

1. Dans La Ménagerie du Muséum d Histoire naturelle, ouvrage dont \‘ Histoire naturelle des mamriifères de F. Cuvier fait en quelque sorte la soi te. C‘

L’espèce du c/tameav ne parait pas plus.exister aujourd'hui dans l’état dénaturé que celle du chien, que celle du cheval, que celle du taureau. Le dromadaire et le chameau produisent ensemble, mais des métis inféconds.. Le chameau se nourrit de plantes très communes ;.il mange à proportion moins que le cheval, et fait beaucoup plus de travail. Les dromadaires de notre ménagerie ont tiré pendant fort longtemps toute l’eau dont on se servait au Jardin-des-Plantes ; et l’on s’y est assuré qu'un seul dromadaire équivaut, pouf le travail, à deux forts chevaux.

Voilà donc encore une espèce dont notre agriculture, pourrait s’enrichir, comme eUe pourrait s’enrichir de la vigogne et de Valpaca, dont je parlais dans un précédent chapitre. Tout le monde connaît la finesse de la laine de la vigogne . - La laine de Valpaca est presque aussi fine que celle des chèvres de Cachemire et beaucoup plus longue. Sa chair passe d'aiJUeurs pour très bonne ; et, si l’on arrive jamais à le naturaliser parmi nous, il pourra tout à la fois nous nourrir et nous vêîir, comme le mouton.

Le bouquetin était généralement regardé comme la souwhp de notre bouc domestique , avant que Vœgagre nous fût conuu. L'œgagre, décrit par Pallas et Gmelin, est uh animal du centre de l’Asie; l’animal qu’a possédé notre ménagerie, etque

F. Cuvier décrit sous le nom d'œgagre nous venait des Alpes. ’L'œgagre ressemble plus au bouc que le bouquetin ; il a d’ailleurs tout le naturel, toutes les habitudes de nos boucs domestiques. L'analogie semble donc indiquer cette sorte de bouc sauvage comme la souche des nôtres ; et il serait curieux de voir si l’expérience directe, c’est-à-dire le mélange fécond, et d’une fécondité continue , confirmerait ce qu’indique l’analogie. '

A l’occasion de la chèvre de Cachemire , F. Cuvier distingue avec détail les deux espèces de poils que la nature semble avoir départis à tous les mammifères terrestres : les uns lins, crépus* sorte de duvet plus ou moins épais; les autres plus gros, lisses, donnant leurs couleurs à l’animal, et constituant, dans un grand nombre de cas, l’organe d’un toucher particulier et fort délicat. C’est le poil crépu, c’est le duvet des chèvres de Cachemire , qui fait tout le prix de ces animaux. Nos chèvres domestiques ont aussi un duvet comme celles de Cachemire , seulement il est moins fin; et, quoique moins lin, il serait infiniment supérieur à la plus belle laine de nos moutons. Il aura fallu l'introduction d’une race étran-

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