Étail-ce le véritable aegagre
gère pour nous apprendre à tirer tout le parti possible des nôtres. -
Lë bélier est, après le chien , l’animal dont la main de l’homme a le plus profondément modifié la nature. Et les modifications, les variations, portent sur la plupart des organes. La qüeue devient monstrueuse par deux énormes masses de graisse dans les béliers à grosse queue de Barbarie. La queue du mouton de cette race, décrit par F. Cuvier, était assez longue pour traîner à terre, et surpassait le corps en largeur.
L’accumulation de la graisse sur certains points est, au reste, tin caractère général de modification , de variation, de race, dans les animaux ruminants. Le bélier de Barbarie a cette accumulation de graisse à la queue. Le bélier cT Abyssinie , à tête noire sur un corps blanc, n’a qu’une petite aocümulation de graisse à la queue, mais il en a une beaucoup plus considérable sur la partie antérieure de la poitrine. La boSse du dromadaire, les deux bosses du chameau , ne sont que des dépôts graisseux. C’est encore un dépôt graisseux qui forme le renflement des hanches du gnou , la bosse du zébu , etc.
Une variation qui Re s’est montrée jusqu'ici que sur les espèces du bouc et du bélier , est celle qui double les cornes. Il y a des béliers et des boucs à quatre cornes. Dans le bœuf, dans le
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buffle, les cornes grandissent, diminuent, se détachent des os pour nè rester attachées qu’à la peau, disparaissent; mais on ne yoit jamais leur nombre s’accroître.
La variation la plus singulière dans l’espèce dû bélier est celle qu’y présente le poil. Tous les animaux* à l’état sauvage, ont deux sortes de poils, comme nous avons avons vu : les poils soyeux et les poils laineux: Or,- nos chiens domestiques ét nos béliers offrent, sous ce rapport, les deux cas extrêmes et opposés. Le chien n’a que des poils soyeux ; il a perdu jusqu’au germe des poils laineux ; et le bélier , au contraire, a perdu tous ses poils soyeux , et n’a conservé que là laine.
- Buffoifjugeait très bien , lorsqu’il a dit que. le . mouflon est la souche de nos béliers domestiques. Une espèce sanvage peut, dès l’abord (et si je puis m’exprimer ainsi, âpriori), êtreregardée comme la souche d’une race domestique, toutes les fois qù’on passe de l’une à l’autre par des intermédiaires suffisants. Or, entre 1 Q ihouflon et nos béliers , ces intermédiaires existent. D’abord toutes nos races domestiques se mêlent et produisent ensemble. On le savait pour celles d’Europe; et F. Cuvier s’en est assuré ponr les plus étrangères. On peut toujours , d’un autre côté, en
s’aidant tour à tour de l’une ou l’autre de ces races, rapprocher le mouflon de celles de ces races qui en sont les plus éloignées. Il, y. en a de plus grandes, de plus petites, de plus trapues, de plus sveltes, à chanfrein plus ou moins arqué, à cornes plus ou moins fortes, etc. ; presque toutes diffèrent du moxflon par leurs poils. Le mouflon semble n’avoir que des poils soyeux ; il n’a presque pas de laine : pour découvrir cette laine, il faut écarter les poils soyeux qui la cachent. La distance entrele mouflon, qui n’a du poil laineux que le germe, et nos béliers qui ont perdu jusqu’au germe du poil soyeux, parait donc aussi grande qu’elle puisse être. Mais ici même des intermédiaires viennent se placer entre le mouflon et le bélier à laine pure, et les rapprocher l’un de l’autre. Le morvan semble n’avoir que des poils soyeux , comme le mouflon : le bélier d'Afrique , à longues jambes, n’a pendant l’été qiie des poils soyeux ; un duvet laineux , pareil à celui du mouflon , réparait chaque hiver en petite quantité; et, chaque printemps, ce duvet » tombe.
Le mouflon habite les parties les plus élevées de la Corse ; il y vit en troupes nombreuses, conduites parles individus les plqs forts et. les plus , expérimentés. C’est un animal grossier, farouche , qui ne demande aucun soin particulier ,
qui produit avec nos brèbis, et qui, par conséquent, constitue le type, la souche de nos béliers domestiques.
Leqpel de notre taureau, ou du zébu, du bœuf à bosse, est-il plus près de la souche primitive? l’une de ces variétés provient-elle de l’autre? On l’ignore. Le zébu se reproduit dans notre ménagerie,, et doaiîe des individus féconds avec nos races de taureaux domestiques.
Je disais tout & l’heure que le cochon ést peutêtre le seul de nos animaux domestiques dont la raoe soit eneore à l’état sauvage ; j’ajoutais pourtant que le bélier, que le bouc ont très probablement la' leur dans le mouflon, dans Yœgagre ; et je ne parlais d’ailleurs que des grandes espèces. Ndtre lapin domestique a sa souche dans notre lapin sauvage; le cochon d’Inde a la sienne dans Yapètèa, petit animal des parties méridionales de l’Amérique, etc.
F. Cuvier a publié, sur les dents des mam- •. mifè/'es, un ouvrage qui est devenu .classique en zoologie, et que je dois au moins indiquer ici, car il contient plusieurs résultats d’un intérêt général et physiologique.
On a reconnu, de bonne heure, que c’est l’étendue du canal digestif qui détermine le régime de l’animal.
«On trouvera toujours, dit Buffon, que c'est « de la capacité totale de l’estomac et des intes- « tins que dépend, dans les animaux, la diver- « sité de leur manière de se nourrir; car les « ruminants , comme le bœuf, • le bélier , le «chameau, etc., ont quatre estomacs et dés « intestins d’une longueur prodigieuse; aussi vi-r « vent-ils d’herbe, et l’herbe seule leur suffit : les « chevaux, les ânes, les lièvres, les lapins, les «cochons d’Inde,. eto., n’ont qu’un estomac, « mais ils ont’ un cæcum qui équivaut à. un se- « cond estomac , et ils vivent d’herbe et de « graines; les sangliers, les écureuils, etc., dont « l’estotqac et les boyaux sont d'une moindre «capacité, ne mangent que peu d’herbe, et «vivent de graines, de fruits et de racines; « et ceux qui, comme les loups, les renards, les « tigres, etc., ont l’estomac et les intestins d’une « plus petite capacité que tous les autres, rela- « tivement au volume de leur corps, sont obli— « gés, pour vivre, de choisir les nourritures les « plus succulentes, et de manger de la chair et du «sang... 1 »