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Histoire du chien, tome V, page *I8(! S

18 ÉTUDE POSITIVÉ 1)E L’INSTINCT

Je continue l’exarnen des propositions dans lesquelles il a lui-même résumé, comme on vient de voir, son système. Tl refuse aux bêtes la ré- * flexion, et avec grande raison sans doute; Car il entend par réflexion « cette opération par laquelle « nous nous élevons il des idées générales néoes- « saires pour arriver à l’intelligence des choses « abstraites 1 . « Mais toute espèce <îe réflexion peut-elle être refusée aux bêtes? Ce chien qui, tenant une proie dans sa gueule, résiste au désir actuel de la dévorer, le fait non-seulement parce qu’il se souvient du châtiment reçu, mais parcequ’il prévoit qu’une nouvelle faute sera suivie d’un châtiment nouveau ; il résiste, parce qu’il se souvient et parce qu’il prévoit ; et, s’il y & prévoyance, n’y a-t-il pas une sorte de réflexion ?

Enfin Buffon refuse aux bêtes jusqu’à \d,facuîtè % (le comparer des sensations. Cependant ce chien qui, placé entre le souvenir d'un châtiment passé et l’excitation d’un plaisir présent, hésite, délibère, doute et ne se détermine qu’après tout c8 long débat, ce chien compare. Mais Buffon ne veut pas qu’il en soit ainsi ; il ne voit, dans tout*, ce débat intérieur de l’animal, que des apparences et du mécanisme. « Quelque grandes que soient « ces apparences, dit-il, je crois qu’on peut dé-

« montrer qu’elles nous trompent '. » De simples ébranlements mécaniques lui suffisent pour tout expliquer. « Si le nombre des ébranlements pro- « près à faire naître l’appétit surpasse, dit-il, ce- « lui des ébranlements propres à faire naître 1» « répugnance, l’animal sera nécessairement dé- « terminé à faire#un mouvement pour satisfaire «cet appétit; et si le nombre ou la force des « ébranlements d’appétit sont égaux au nombre « ou à la force des ébranlements de répugnance, « l’animal ne sera pas déterminé, il demeurera en « équilibre entre ces deux puissances égales, et il « ne fera aucun mouvement ni pour atteindre, ni « pour éviter 2 . » Ainsi, point de comparaison; point de délibération, point de doute ; tout se réduit à de simples ébranlements d’ appétit et de répugnance. Tel est le mécanisme de Buffon : mécanisme où, par un arbitraire assez singulier, on admet comme réalités toqg les faits qui tiennent au sentiment , et où l’on rejette comme apparences tous les faits qui tiennent à Y intelligence; mécanisme où tout se combat et se contredit, et qui,

* 1. Discours sur la nature des animaux , tome IV, page 55.

2. Discours sur la nature des animaux, tome IV, page 29. Je substitue dans cette citation le mot ébranlement à celui d'image, parce qu'en effet, dans le système de Buffon, le mot générique est ébranlement, et que je ne cite ici cet exemple particulier que pour faire entendre le système général.

20 ÉTUDE POSITIVE DE L’iNSTINCT

comme l’a fort bien dit Georges Cuvier, « est plus « inintelligible que celui de Descartes 1 2 . »

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