ÉTUDE POSITIVE DE L’INSTINCT
Mais écoutons Buffon, lorsqu’il oublie, du moins en partie, son système. « Un naturel ar- » « dent, colère, même féroce et sanguinaire, rend • ' « le chien sauvage redoutable à tous les animaux,
« et cède, dans le chien domestique, aux senti- . « ments les plus doux, au plaisir de s’attacher et
* « au désir de plaire ; il vient, en rampant, mettre
« aux pieds de son maître son courage, sa force,
«ses talents; il attend ses ordres pour en faire « usage ; il le consulte, il Yinten'oge, il le sup~
« plie; il entend les signes de sa volonté; sans « avoir, comme l’homme, la lumière de la pen- « sée, il a toute la chaleur du sentiment ; il a de « plus que lui la fidélité, la constance dans ses « affections; nulle ambition, nul intérêt, nul dé- * « sir de vengeance, nulle crainte que celle de « déplaire ; il est tout zèle, tout ardeur et tout ± « obéissance ; plus sensible au souvenir des bien-
« faits qu’à celui des outrages, il ne se rebute
idées. Ainsi, les bêtes ont le sentiment, la sensation, la conscience de leur existence, la réminiscence de leurs sensations ; c’est-à-dire qu'aux mots près, elles ont une véritable intelligence, mais infiniment au-dessous de la nôtre Bans contredit, et qui sûrement ne va pas jusqu’à réfléchir, puisque réfléchir est, pour Uuffon, la puitsance des idées générales et l'intelligence d:s choses abstraites. La question de l'intelligence des bêtes n'est donc, au fond, que celle de la limite de l’intelligence des bêtes, question de faits et non de mots, et sur laquelle je reviendrai plus loin.
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« pas par les mauvais ttaitemeats ; il les subit,
« les oublie , ou ne s en souvient que pour s’atta- * « cher davantage ; loin de s’irriter ou de fuir, il « s’expose de lui-même à de nouvelles épreuves; a il lèche cette main, instrument de douleur qui « vient de le frapper; il ne lui oppose que la . « plainte, et la désarme enfin par la patience et la soumission *. » «
' 11 est vrai que, jusque dans cet admirable ta-
bleau, Buffon refuse au chien la lumière de la pensée. Mais comment, sans une certaine pensée , c’est-à-dire sans une certaine intelligence, le chien peut-il consulter, interroger, supplier son maître, entendre les signes de sa volonté? Comment peut-il entendre sans intelligence l Comment peut-il surtout, s’il n’a pas la mémoire, ainsi que * Buffon l'assurait tout-à-l’heure, se souvenir des bienfaits .oublier les mauvais traitements ? Buffon reconnaît comme historien ce qu’il nie comme philosophe. D’où vient donc une contradiction si étrange, et qui se fait sentir jusque 1 dans les termes? Ne serait-ce pas que Buffon, malgré son grand sens, se laisse influencer par la nature du * travail auquel il se livre; qu’historien, il est plus près des faits, et que, philosophe, il est plus près du système?