PLUTARQUE
On connaît le petit Traité de Plutarque : Que les bestes usent de là raison. •
Dans ce petit Traité , Gryilus , changé en pourceau par Circé , et dont le raisonnement , comme le remarque très bien ïjlysse 1 2 , se sent un peu de sa condition ,' Gryilus prétend que « l’âme des animaux est mieux disposée et plus « parfaite que celle de Fhomme pour produife « la vertu... » 11 prétend qu’il n’est pas de vertu dont les animaux ne soient capables* « voire et
1, Œuvres de Descnrtes, lopie I, page 189.
2. « It semble, Gryilus, que ce breuvage-là ne ta pas seu- « lemcnt corrompu la forme du corps, mais aussi lé discours « de l'entendement, ou il faut direqtiele plaisir que tu prends « à ce corps, pour le long temps qu'il y a déjà que tU-y es, * t’a ensorcelé. » (Traduction d'Amjot.)| . *
« davantage que le plus sage des hommes, etc. » Ulysse répond par ces paroles , très dignes en effet de sa réputation de sagesse : « Prends garde, .
« Gryllus; qu’il ne soit bien estrange, et que ce cc ne soit forcer toute vérisimilitude, de vouloir « concéder l’usage de raison à ceux qui ft’ont « aucun^ intelligence ne pensement de Dieu. »
On se trompe souvent en citant Plutarque. Plutarque fait dire le pour et le contre à ses personnages; mais, entre ces personnages, il y en a toujours un qui a plus de réserve, de raison'pratique, de bon sens que les autres; et celui-là,* u’est Plutarque.. • ' . .*
D’ailleurs, pour ce qui est des bêtes, Plutar- • que n’est pas Aristote. Il n’est ni observateur, ni naturaliste ; il est plus moraliste que philosophe ; et par là son point de vue est vrai ; car, s’il exalte les bêtes, c’est, comme lui-même le dit, pour faire honte aux hommes 1 ; et cependant il distingue partout la raison de l’homme des instincts , des inclinations des brutes.
« Et quant aux bestes brutes, dit-il, elles n’ont « pas ny beaucoup de discours de raison qui « adoucit les raçeurs, ny beaucoup de subtilité