DU NATUREL DES ANIMAUX
rait un chien ; et cependant la destination de ces deux animaux est loin d’être la même : l’un vit dans les forêts, l’autre vit près de l’homme; J’un vit à peu près solitaire , l’autre est essentiellement sociable; l’un est resté sauvage, et l’autre est devenu domestique. Rien ne ressemble dope plus au loup que le chien par les formes et par les organes, et rien n’en diffère plus par les penchants, par les mœurs, par l’intelligence. Lelièvre et le lapin se confondent presque à la vue , et cependant le lièvre prend son gîte à la surface du sol, et le lapin se creuse un terrier; notre écureuil se construit un nid au sommet des arbres , et l’écureuil d’Hudson cherche un abri dans la terre entre les racines des pins dont les fruits le nourrissent, etc.
Ainsi donc, à ne considérer même les choses que sous le point de vue de la distinction positive $gs ggpèces, l’étude des qualités intellectuelles n’importe guère moins que l’étude des qualités organiques; et la raison en est simple : c’est par ses qualités intellectuelles que l’animal agit, c’est des actions que dépend le genre de vie ; et, par conséquent, la conservation des espèces ne repose pas moins, au fond, sur les qualités intellectuelles des animaux que sur leurs qualités organiques. - ' '
Les deux hommes qui ont le mieux réussi à peindre le naturel des animaux sont Aristote et Buffon.
Georges Leroy et Frédéric Cuvier, pour les mammifères, Réaumur, Bonnet, De Geer, pour les insectes, ont admirablement observé et décrit les mœurs des animaux ; mais ils n’ont que décrit, ils n’ont pas su peindre.
J’ai déjà cité, d’Aristote , quelques passages • singulièrement remarquables 1 .
C’est dans la peinture du moral des animaux que Buffon excelle. *
Ici c’est le renard : « Fameux par ses ruccses,... fin autant que circonspect, ingénieux « et prudent môme jusqu’à la patience.... 2 . »
Là c’est le chat : « Avec sa malice innée ,
« son caractère faux , son naturel pervers que « l’âge augmente encore, et que l’éducation ne « fait que masquer.... Le chat ne paraît sentir « que pour soi, ne se prêter au commerce que k pour en abuser, et , par cette convenance de « naturel, il est moins incompatible avec l’homme « qu’avec le chien dans lequel tout est sin- « cère.... 3 . »