Histoire du chat, tome VI, page
. Buffon. se plaît à retracer, dans les animaux, toutes les nuances des passions des hommes, par où il nous intéresse bien plus encore aux animaux eux-mêmes, mais par où aussi il introduit quelque chose d’artificiel dans ses admirables peintures. •
L’observation nue donne le fait tel qu’il est,
et pose les seules bases solides de la science.
On sait tout ce que Buffon a dit de la magnanimité du lion, de sa fierté, de son courage, et de la violence du tigre, de son insatiable cruauté, de sa férocité aveugle. F. Cuvier a toujours vu dans ces deux animaux le même caractère : tous deux également susceptibles d’affection, de reconnaissance,, et tous deux également terribles dans leur fureur.
On suppose communément aux animaux carnassiers un caractère moins affectueux, moins traitable, qu’aux animaux herbivores. L’observation montre que tous les ruminants adultes, surtout les mâles, sont des animaux grossiers, farouches, qu’aucun bienfait ne captive, reconnaissant à peine celui qui les nourrit, ne s’attachant point à lui, et toujours prêts à le frapper, dès qu’il cesse de les intimider.
Le tigre , le lion, Y hyène, etc., sont, au con-
traire, sensibles aux bienfaits; ils reconnaissent celui qui les soigne ; ils s'attachent à lui d’une affection sûre. « Cent fois, dit F. Cuvier, a l’apparente douceur d'un herbivore a été suivie « d’un acte de brutalité; presque jamais les si- « gnes extérieurs d'un animal carnassier n’ont (tété trompeurs; s’il est disposé à nuire, tout « dans son regard et dans son geste l’annonce ;
« et il en est de même si c’est un bon sentiment « qui l'anime. »
Les animaux herbivores (du moins certains d’entre eux, surtout les ruminants ), quand ils ont la force, sont donc, au fond, d’une nature plus intraitable que les carnivores; c’est que leur intelligence est beaucoup plus grossière, beaucoup plus bornée, et que, pour agir sur les qualités intérieures de l’animal, nous n’avons qu’un moyen ; son intelligence.
Plutarque, dans un de ces moments, il est vrai, où il exalte un peu les bêtes aux dépens des hommes 1 , prétend qu’une bête ne s’asservit jamais à une autre.
« Ny ne vit-on jamais, dit- il, que un lion s’as- « servist à un autre lion, ny un cheval à un autre « cheval à faute de cœur, comme fait un homme