‹ De l'instinct et de l'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 95 sur 170 · Histoire de l'éléphant, tonie XI, page · texte numérisé non relu

Histoire de l'éléphant, tonie XI, page

par un exemple détaillé ce qui constitue le caractère précis de Y instinct.

Le castor , que F. Cuvier a étudié avec le plus de suite, avait été pris tout jeune sur les bords du Rhône ; il avait été allaité par une femme ; il n’avait done pu rien apprendre, même de ses parents. On l’avait placé dans une cage grillée.

On le nourrissait habituellement avec des branches de saule, dont il mangeait l’écorce; et l’on s’aperçut bientôt qu’après avoir dépouillé * ces branches de leur écorce, il les coupait par morceaux et les entassait dans un coin de la eage. Il rassemblait des matériaux pour bâtir.

On l’y aida. On lui fournit de la terre, de la paille, des branches d’arbre ; et dès lors on le vit former de petites masses de cette terre avec ses pieds de devant, puis les pousser en avant avec son menton, ou les transporter avec sa bouche, les placer les unes sur les autres, les presser fortement avec sa queue jusqu’à ce qu’il en résultât une masse commune et solide, enfoncer alors un bâton avec sa gueule dans cette masse ; en un mot, bâtir et construire.

Or, deux choses sont ici de toute, évidence : l’une, que eet animal ne devait rien à la société des siens , source première, selon Bufîon, de l’industrie des castors; et l’autre, que cet animal travaillait sans utilité, sans but, machinalement.

poussé par un besoin aveugle; car, comme le dit F. Cuvier, «il ne pouvait résulter aucun bien-être « pour lui de toutes les peines qu’il se donnait. »

Buffon veut que les castors solitaires ne sachent plus rien entreprendre ni rien construire'. Le castor de F. Cuvier entreprenait , construisait, bâtissait, et cependant il était solitaire.

A en croire Buffon : « Les castors sont « « peut-être le seul exemple qui subsiste comme

« un ancien monument de cette espèce d’in- « telligence des brutes qui , quoique infini- « ment inférieure par son principe à celle de « l’homme, suppose néanmoins des projets com- • « muns et des vues relatives 1 2 . » — « La société

«des castors notant point, dit-il, une réunion « forcée, se faisant par une espèce de choix, et « supposant au moins un concours général et des « vues communes dans ceux qui la composent, « suppose au moins aussi une lueur d’intelli- « gence qui, quoique très différente de celle de « l’homme par le principe, produit néanmoins « des effets assez semblables pour qu’on puisse « les comparer 3 . »

Ainsi Buffon , qui refuse l’ intelligence au

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