‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 10 sur 46 · TENDANCES DE LA TIGE ET DE LA RACINE · texte numérisé non relu

TENDANCES DE LA TIGE ET DE LA RACINE

coupaient une fois l'an, en grande cérémonie. C'est une plante parasite, c'est-à-dire qui vit sur d'autres plantes et à leurs dépens. — Eh bien, lorsqu'une graine de gui transportée par quelque oiseau est fixée sur l'écorce de l'arbre où elle va vivre, sa racine se dirige non de haut en bas, mais vers l'intérieur du tronc ou de la branche dont elle fait son sol!... et la tige s'avance en sens contraire.

Cependant, malgré des manières de vivre si différentes, tige et racine sont en quelque sorte un organe unique et peuvent mutuellement se remplacer. C'est ainsi que Duhamel, ayant arraché des saules, les planta en sens inverse, c'est-à-dire les branches en terre et les racines en l'air. La métamorphose fut bientôt accomplie : les racines devinrent des rameaux et les rameaux se transformèrent en racines.

Si rinslinct est une tendance à laquelle obéit involontairement l'animal, s'il y est soumis comme son corps l'est à la pesanteur , en quoi ce penchant inné et fatal diffère-t-il de ce que nous observons dans les mouvements de la racine et de la lige? La plante a de moins que l'animal les facultés mentales, soit ; mais précisément dans les actes instinctifs ces facultés n'interviennent pas. L'animal ne paraît pas

les Utiliser et se trouve dès lors réduit au rôle de plante."

Tel est le raisonnement naturel qui conduit à assimiler les mouvements des plantes à des phénomènes instinctifs.

Mais poursuivons ; voyons d'autres exemples : Une graine emportée par le vent s'en vient par un soupirail tomber dans une cave. Là, elle trouve un peu de terre humide, de l'air vicié et une faible lumière ; en un mot tous les éléments nécessaires à la germination, mais de qualité inférieure, si l'on ose parler ainsi. Sur ce sol ingrat, dans ce lieu obscur où manque l'air vivifiant, elle va pourtant germer et donner naissance à une plante; mais tandis qu'à l'air libre, dans un milieu normal et dans des conditions favorables, la tige eût été courte, trapue, colorée, dans la cave, au contraire, la tige est longue, grêle et pâle. Elle s'amincit, s'effile pour ainsi dire, tout en se dirigeant vers le soupirail par où lui vient l'air et la lumière. On n'observe pas impunément tant d'efforts silencieux et continus ; on s'intéresse à cet être vivant qui montre les apparences de la souffrance. Parviendra-t-elle à sortir de sa prison, à gagner l'air pur du dehors, à recevoir quelques rayons de ce soleil vers lequel elle aspire et qu'elle semble voir ou deviner? Est-elle dirigée par quelque sens exquis

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