TENDANCES DE LA RACINE ET DE LA TIGE
propre aux végétaux ou obéit-elle à une loi générale qui porterait tout être à rechercher les conditions favorables à son développement et à sa perfection? Mais alors, en quoi ces actes différeraient-ils des actes instinctifs ?
Passons à d'autres faits. Voici une plante qui a poussé sur la faible couche de terre qui recouvre un roc. Rien ne semble moins favorable au développement des racines; cependant celles-ci ont pris un développement tout à fait inattendu et même anormal ; elles se sont insinuées dans les fissures du rocher, et là lentement mais avec continuité, par une suite inhnie d'efforts presque insensibles, cette racine de nature délicate, dont le tissu est mou, spongieux, sans résistance, sans force, sans élasticité, est devenue un coin puissant qui écarte les parties du roc. Elle a pu accomplir ce travail gigantesque grâce à la persistance de sa faible action, tant il est vrai que pour triompher d'un obstacle, ce qui importe, c'est bien moins un effort violent et subit, qu'une action lente et continue.
Pourquoi tant d'efforts ont-ils été dépensés? Dans quel but un résultat relativement si considérable a-til été obtenu? Voulez- vous le savoir, suivez les racines à la piste : elles vont droit, à travers le roc, à une source que le roc les empêchait d'atteindre.
Elles n'ont pas tourné l'obstacle, elles l'ont brisé ! Ces frêles organes ont-ils un tlair subtil, un toucher délicat qui leur permet de se diriger si sûrement, ou bien un instinct les a-t-il conduits à la source désirée? Leur marche n'est-elle pas fatale, sûre et de plus nécessaire, car allant à la source, elles vont à la vie...
Nous n'en finirions pas avec la nature végétale, et, de plus en plus, la variété, l'abondance et l'étrangeté des faits nous sollicitent à accorder aux plantes l'instinct sous ses deux formes les plus saisissantes, dans la conservation de l'individu et dans celle de l'espèce.
Les voyages du pollen. — La renoncule aquatique. — La vallisnérie. La sensitive. — Les mouvements des plantes.
Les voyages du pollen sont plus extraordinaires encore : on sait qu'une fleur complète contient deux organes essentiels, le pistil et les étamines, destinés à^^assurer la perpétuité de l'espèce. A la base du pistil se trouve l'ovaire qui renferme les ovules ou graines futures; les étamines portent, à leur extrémité libre, des sortes de petits sachets ou anthères remplis de poussière fécondante ou pollen. Pour
LES V0Y4GES DU POLLEN. ïl
devenir de véritables graines, les ovules doivent être saupoudrées de pollen; à cette condition seule le
fruit et la graine mûriront. Arrachezles étamines ou simplement les anthères, ou encore, abritez le pistil de mianière que le pollen ne puisse pas atteindre les ovules, la fleur se fanera, se flétrira sans qu'un fruit lui succède et sans que les ovules deviennent des graines fécondes.
Étamines et pistils ne se trouvent pas toujours sur la même fleur. Certaines plantes portent des fleurs incomplètes, c'est-à-dire qui ne possèdent pas tous les organes. Les unes n'ont que des étamines, ce sont les fleurs mâles ; par contre, les autres n'ont que le pistil, on les nomme ""'""■*■ fleurs femelles. Tantôt les deux sortesde fleurs se trouvenlsur la même plante, tantôt elles se trouvent sur
des planles distinctes mais semblables. Il existe un chanvre ùfleurs mâles, un chanvreà fleurs femelles ; un
palmier mâle, un palmier femelle, etc. Or les plantes mâles et les plantes femelles ne sont pas nécessairement voisines ; quelquefois elles vivent dans .des loca-
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lités différentes, séparées par d'assez grandes distances, ce qui n'empêche pas qu'une fois le moment venu de la fécondation des graines, le pollen disse- " rainé dans les airs par les fleurs mâles^vient s'abattre
comme ime pluie sur les fleurs à pistil qui semblent l'attendre et s'entr' ouvrir pour le recueillir.
On raconte à ce sujet l'anecdote suivante : Bernard de Jussieii possédait au Jardin des Plantes deux pistachiers femelles, c'est-à-dire ne portant que des
U BE L'IMSTINCT ET BE L'ISTELLIGENCE.
fleurs âpislil; chaque année il obtenait des fleiirs, mais jamais de fruits. Un beau jour, le savant aperçoit des fruits. Grand émoi. Il cherche le séducteur invisible, s'enquiert de tous côtés, et apprend qu'un pistacliier mâle avait fleuri dans une pépinière proche du Luxemboui^.
Qu'est-ce qui dirige le poHen dans les airs et i' empêche do s'égarer, lorsque tant de routes s'offrent à lui, lorsque les courants atmosphériques peuvent le transporter sur des points si divers? Qui donc guide cette poussière impalpable dans l'immense océan aérien et la mène si sûrement à son but?
Le pollen, qui ne s'égare pas dans les airs, n'est tas moins sûr de sa- route dans les eaux. Les