‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 26 sur 46 · L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LKS OISEAUX · texte numérisé non relu

L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LKS OISEAUX

mière est appliquée contre le mur, sous la corniche qui doit servir de plafond. Chaque becquée nouvelle s'ajoute aux 'autres et augmente l'étendue de la paroi courbe de chaque côté, jusqu'à ce qu'il en résulte un globe plus ou moins régulier. Dans la paroi extérieure, un trou, une lucarne est ménagée pour pénétrer dans le nid ou en sortir.

L'hirondelle profite du voisinage des moulures et place quelquefois son nid dans une encoignure. Elle semble ainsi en modifier la forme, tandis qu'elle ne fait que profiter du cadre qui lui est offert. Enfin, pour donner plus de solidité à sa construction, elle entremêle au mortier des brins de. paille, des filaments de diverse nature.

Une sorte de fauvette d'Afrique, Yorthoiome couturier y doit son surnom à sa remarquable habileté à coudre ensemble deux feuilles pour faire son nid. Cet oiseau détache une feuille de l'arbre, la rapproche d'une autre fixée à l'arbre, bords à bords; perçant ensuite les feuilles, il glisse dans les trous desHens qu'il file lui-même, soit avec du coton, soit avec toute autre bourre végétale. Entre les deux ou trois feuilles ainsi cousues se trouve le petit espace dont il fait son nid, après avoir introduit un peu de bourre à l'intérieur. Grâce à ce nid de feuilles, qui se distingue difficilement dans le feuillage, il échappe avec sa famille à bien des ravisseurs.

Un grand nombre de petits oiseaux du même pays,

le loxia, le baya, etc., suspendent leurs nids à F extrémité de rameaux flexibles et n'y arrivent qu'en volant. Ils échappent par cet artifice à leurs ennemis, serpents, écureuils, singes, etc., qui n'oseraient s'aventurer sur le fragile et souple rameau suspenseur. Pour suspendre son nid l'oiseau rassemble une certaine quantité de brins d'herbe, dont il fait une sorte de ficelle ou de natte qu'il fixe par une des extrémités au rameau choisi. Aux brins libres qui pendent à l'autre extrémité d'autres brins sont rattaqhés, puis d'autres encore, avec lesquels il fabrique un tissu, une sorte d'étoffe dont est fait le nid. Le nid varie .avec l'oiseau; tel oiseau, tel nid : tantôt en forme d'œuf, tantôt semblable à une poire ou à une bouteille, il est suspendu et se balance comme un fruit à long pédoncule.

Il nous paraît superflu de multiplier les exemples, ce qui précède suffit pour confirmer ce fait que chaque espèce a son nid propre, caractéristique, reconnaissable, construit sur un type unique, et souvent malgré l'identité des matériaux, des moyens et du but. En un mot, les caractères de l'instinct dominent dans la nidification. On a au contraire une assez grande difficulté à saisir ce qu'on appelle les variations qui pourraient tenir à la différence des climats, lesquelles résultent de certaines circonstances locales ou de certaines précautions accidentelles.

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On s'élonne, par exemple, de voir le loriot employer dans la construction de son nid des objets eihpruntés à l'industrie humaine. La plupart des oiseatix qui vivent dans le voisinage de nos demeures ne nous dérobent-ils pas des fils de nature diverse? M. Pouchet se demande comment devait faire le loriot avant que l'industrie lui eût fourni les* matériaux qu'il emploie; mais il nous semble que, pas plus que les autres oiseaux, le loriot ne songe à prendre un fil de laine, de soie ou de coton ; ce qu'il cherche, c'est un fil, ou plutôt un corps long et étroit, de la forme du fil, assez souple, assez résistant pour l'usage auquel il le destine. C'est la forme du lien qu'il recherche ainsi que certaines qualités générales qui se trouvent dans un grand nombre de liens, et non un lien d'une certaine nature. 11 le prend où et comme il le trouve. L'oiseau a vécu à une époque où les fils industriels n'existaient pas, mais il a toujours eu à son service des fils naturels. Faut-il voir là une variation, une modification apportée dans la construction du nid?

Ce que nous disons du fil on peut le dire de tout ce que l'industrie a introduit dans le monde, et que les animaux nous empruntent. Nous ne saurions voir dans l'acquisition de nouveaux matériaux une modification plus sérieuse que l'introduction dans les nids d'une même espèce, habitant des pays différents, d'éléments végétaux propres à chaque pays. L'oiseau cherche un corps d'une cer-

laine forme, remplissant certaines conditions : il le trouve en Europe comme en Amérique, en Afrique comme en Asie ; mais naturellement il ne l'emprunte pas toujours aux mêmes plantes.

Quel est donc le motif qui a porté la fauvette couturière à coudre des feuilles pour se faire un nid? — Qu'elle échappe ainsi à certains ennemis, c'est possible ; on ne saurait conclure cependant qu'elle l'a fait dessein. N'y a-t-il donc pas d'autres moyens pour atteindre le même but? Pourquoi cette seule fauvette possède-t-elle cette merveilleuse habileté? Pourquoi ces oiseaux auraient-ils plus de prévoyance que leurs ennemis n'auraient de ruses?

Nous ne voyons dans le prétendu talent de l'oiseau que des manifestations instinctives ; nous n'y voyons que l'instinct avec son caractère fatal, dominateur, parfait, etc. Nous ne pouvons partager l'opinion de M. Milne Edwards, qui veut y voir l'instinct dans les traits généraux et l'intelligence dans le détail. Encore moins, avec M. Wallace, y verrrions-nous des manifestations dues uniquement à l'intelligence. Ce naturaliste pense que les choses se passent chez les oiseaux comme chez nous : qu'il y a un enseignement, une tradition, que l'oiseau apprend à construire. Or, toutes les observations faites jusqu'à présent sur les oiseaux comme sur les autres animaux portent à conclure le contraire. Les serins qui couvent en

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