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CHAPITRE IL

Esquisse d'un Tableau chronologique des révolutions dans les Sciences, la Littérature et les Beaux-Arts.

L'oniGiHE, les progrès, le développement successif des productions de l'esprit humain dans les sciences, la littérature et les beaux-arts, peuvent se présenter comme un tableau où l'on verrait paraître , dans une suite d'époques séculaires , les hommes de génie et de talent qui les ont illustrées. Ce serait, pour ainsi dire, une image mouvante des variations alternatives de vive lumière et de profonde obscurité , mettant successivement dans le jour et dans l'ombre les différentes parties du globe que les sciences et les arts ont parcourues. La couleur et la vie qu'un pinceau poétique répandrait sur ce tableau , le graveraient dans la mémoire , et l'y conserveraient mieux qu'une sèche nomenclature.

Pétrarque m'en a donné l'idée dans la troisième partie de son poème intitulé le Triomphe de la Renommée (il Trionfo délia Fama). La copie est bien inférieure au modèle , mais elle oflre un champ bien plus vaste \ et pour donner aux jeunes lecteurs l'idée générale de tous les objets que l'esprit humain est capable de parcourir, j'ai crayonné cette esquisse, en supposant que je leur adressais ce discours.

L'origine de toutes les connaissances humaines

DE L INSTRUCTION. ig

ressemble au chaos avant la création. Les recherches les plus laborieuses n'en ont rien appris de positif. Dans un épais brouillard et sur un océan sans lumière, l'esprit humain semble se porter à talons sur tous les objets qui l'environnent. Peu à peu l'obscurité se dissipe ; une ile favorisée des premiers rayons du jour produit quelques fruits que l'observation fait éclore. Comme l'arche, elle contient le choix précieux des dons et des richesses delà nature intelligente. Une tourmente l'engloutit, et l'Atlantide disparaît sans laisser de traces de son existence que dans la belle imagination de M. 13ailly(i). Cette île, qui, selon lui , a été le berceau de toutes les connaissances humaines , ne peut donc figurer dans ce tableau que comme le fantôme qui , dans la Lusiade du Camoëns , apparaît à Vasco de Gama avant que celui-ci ait aperçu les Indes Orientales.

Etablissons sur de plus solides fondemens le théâtre où nous verrons passer le cortège brillant des hommes célèbres , dont les talens et les profondes connaissances font la gloire de l'espèce humaine , et méritent un éternel souvenir.

C'est en vain qu'on a prétendu que les hommes avaient d'abord étudié la philosophie, et que de là ils avaient passé à la poésie et à l'érudition (2). Si Je sentiment est la source de toutes les idées et de toutes les connaissances humaines , l'homme a dû exprimer d'abord ce qu'il éprouvait, et se retracer ensuite les événemens qu'il observait. Ainsi l'expression de la reconnaissance

(1) Voyez Lettres sur les sciences.

(2) D'Alenibert, Duc. prélim. de V Encyclopédie.

envers l'auteur de la nature , dont les merveilles et les bienfaits frappaient ses yeux et fournissaient à ses besoins, a dû être la première, comme la mémoire des événemens a dû produire la seconde : aussi voyons-nous que les plus anciens ouvrages qui nous soient parvenus , appartiennent à la poésie et à l'histoire.

Ce raisonnement a peut-être plus de poids qu'une discussion chronologique , et nous ne risquons que d'approcher un peu plus de la vérité, en mettant à la tête de ce cortège Job et Moïse , l'un comme le plus ancien poète , et l'autre comme le plus ancien historien du monde.

Les premiers écrivains dont les fastes littéraires fassent ensuite mention , sont , parmi les Chinois , Fohi , leur premier empereur et leur premier astronome , et Confucius , leur plus illustre philosophe. L'Inde et la Chaldée , l'Egypte et la Phénicie , présentent ensuite à vos yeux , l'une son Zoroastre et des livres mythologiques auxquels on donne cinq mille ans d'antiquité , que le savant Meiners regarde comme un peu suspects (1)5 l'autre , son Sanchoniaton ; les deux suivantes , Moeris , inventeur de la géométrie , et peut-être aussi de l'astronomie , qui iit tant de progrès en Egvpte ; Hermès et Cadmus , dont les noms se rattachent au berceau de toutes les sciences, et Pythagore de Samos, le plus éloquent et le plus illustre des philosophes , dont la doeirine et les principes présentent ce qu'il y a de plus utile et de plus intéressant dans la morale , et dont les nombreux disciples sont

{1) Voyez les Mémoires de la Société de Gotlingue.

devenus les fondateurs des écoles les plus fameu» ses de l'ancienne philosophie.

La Grèce recueille bientôt le fruit de toutes ir#.

les connaissances répandues dans l'Asie et dans ""Q^-

l'Egypte. L'expédition des Argonautes , la guerre La Grèce ;

de Thèbes et celle de Troie , fertilisent les ger- Homère

mes de la civilisation et des lettres. Un groupe ilisqu'à , . , °, . L Auguste,

de précurseurs essaient la trompette poétique

et présagent l'épopée. Linus, Orphée, Hésiode et Musée ont déjà touché la lyre harmonieuse ; ils annoncent le génie brillant qui va paraître , comme les suaves couleurs de l'aurore précèdent l'astre éclatant du jour. C'est Homère , véritable dictateur de la littérature ancienne , et qui n'eut qu'un imitateur étranger , sans avoir jamais eu de modèle ; peintre également sublime et des passions et des mœurs antiques , et de tous les sentimens magnanimes : Primo pùtor, dit Pétrarque, délie memorie aniiche (i).

Que de beaux génies marchent à la suite de celui-ci, dans la noble carrière de la poésie! Pindare , Alcée et Simonide chantent les dieux et les héros , que Myrtis et Corinne célèbrent avec un égal talent. Quel nouveau Corrége saura peindre ce charmant tableau de Myrtis donnant des leçons de poésie au jeune Pindare, sous les yeux de Corinne, sa rivale et son amie , la plus belle et la plus aimable des femmes de la Grèce 1

Les jeux , les ris et les amours suivent en folâtrant les pas cadencés d'Anacréon et de Sapho : heureux accord des Muses et des Grâces , qui enlacent de guirlandes immortelles leurs plus

(i) Tiiomfo délia Farna , c. 5.

illustres favoris ! Parmi eux , vous distinguerez: Callimaque : il sut , dans ses brillantes compositions , donner au sentiment toute l'expression du génie et tout le charme de l'esprit •, caractère que lui a si bien conservé son estimable et savant traducteur (i).

De nouveaux essais annoncent des succès non moins heureux dans un autre genre. Les jeux scéniques s'ouvrent à peine , et déjà l'enthousiasme et la gloire leur promettent l'admiration de tous les siècles. Reconnaissez; Eschyle , le créateur de la tragédie , et voyez dans Sophocle et dans Euripide , ses émules et ses contemporains , les véritables patriarches de l'art dramatique et les modèles désespérans de tout ce qu'il a produit de plus intéressant et de plus sublime. Aristophane les suit , et laisse dans l'ombre Eupolis et Epicharme, qui lui ont indiqué les premiers traits delà muse comique : mais un regard satirique et. licencieux donne à ce poète une physionomie sévère , et vos yeux aiment mieux se fixer sur Ménandre , qui sut donner à ses personnages et à leurs discours les grâces de l'esprit et le coloris de la décence.

Voyez, ensuite ces trois élèves de la nature qui marchent de front, et qui , dans leurs productions charmantes , ont su réunir tout ce que la poésie pastorale a de plus naïf et de plus aimable , Théocrite , Bion et Moschus , modulant à l'cnvi et les primitives beautés de la nature, et la touchante simplicité des sentimens qu'elle inspire. Heureux de s'être rencontrés dans les mêmes pensées, la gloire ne les a point séparés;

(0 M. de la Porte du Theil.

et le sort unit encore sous la même couronne, comme sous la même enveloppe , les ouvrages cru ils composèrent sous le même ciel et sous la même inspiration.

Peintres inimitables des sentimens et de la candeur des premiers âges , ingénieux créateurs de cette riante mythologie qui donne aux insensibles beautés de la nature le charme de la vie, recevez le nouvel hommage de tous les talens et de tous les arts , qui se parent encore de vos fictions et s'enrichissent de votre héritage. Soyez liers de vos succès : votre séduction entraînera le monde , tant qu'on y recherchera les plaisirs de l'esprit.

Des triomphes plus importans signalent la glorieuse contrée sur laquelle vous avez les yeux, L'art de persuader et de bien dire y trouve des maîtres qui sont les enfans de leur propre génie ; et l'éloquence, dès ses premiers essais, y voit naitre de sublimes orateurs , comme la liberté et l'amour de la gloire y font naître des héros. Celui que vous remarquez d'abord, est ce Péiiclés que son esprit et ses talens élevèrent aux premières dignités de sa patrie. Heureux pays, dont la célébrité se rattache aux premières lois qu'avait dictées Solon ! Mais quels hommes le précèdent , le suivent et l'accompagnent ? Lysias, Isocrate , Hypéride, Eschine , Phocion et Démosthène — Démosthène que les Grecs eussent mis au rang des demi-dieux , si l'éloquence n'eût pas choisi son trône sur la terre.

La muse de l'histoire vous présente à son tour les hommes illustres auxquels elle confia son burin , et qui depuis ont servi de modèles à tous les autres. Vous les voyez , selon l'ordre des

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temps , graver sur d'immortelles tablettes les événemens qui font la gloire de leur nation , et le nom des héros dont le monde devait chérir la mémoire. C'est d'abord Hérodote , le premier des historiens , et qui , à beaucoup d'égards , en est resté le meilleur -, ensuite Thucydide , qui sut imprimer à son style la noble et grave simplicité de son caractère; puis Xénophon, le premier des écrivains qui aperçut l'intime union de la morale avec l'histoire , qui consacra son talent au désir de rendre les hommes plus vertueux , et que sa touchante et douce éloquence fit surnommer X Abeille attique. Polybe et Diodore de Sicile viennent long-temps après eux; mais la beauté de leurs talens mérite qu'en les rapproche de ceux dont le burin a illustré' l'histoire de l'ancienne Grèce.

Quel éclat et que d'ornemens les beaux arts de la peinture et de la sculpture ajoutent à la mythologie et à l'bistoire ! C'est du génie des plus célèbres écrivains que semble naître le talent des plus célèbres artistes. Par un prodige qui contrarie le système de la perfectibilité de l'esprit humain, des hommes du premier mérite s'élèvent à une hauteur que leurs imitateurs n'ont jamais pu atteindre ; et vous voyez marcher de front , avec les héros , les poètes et les orateurs grecs , Appelles et Phidias , Zeuxis et Praxitèle , Alcamène et Polyclète , si célèbres par l'expression qu'ils donnèrent à la jeunesse et aux grâces ; Myron , et Ctésilaùs , dont le talent vit encore dans le gladiateur mourant ; Agesandre , et Polydore , qu'immortalise la sublime douleur de Laocoon, et tant d'autres dont la faux du temps , en épargnant leurs chefs-d'œii-

vre, n'a laissé d'incertitude que sur leurs noms , sans en laisser sur leur patrie.

Moins accueillies par l'imagination et le goût , mais plus importantes pour la certitude des laits et l'authenticité des archives du monde , la géographie et la chronologie allument le double flambeau qui doit éclairer l'histoire , et vous les voyez entre les mains de Strabon et dePausanias, de Méton et de Ptolémée. Le tableau descriptif que présente le premier de ces grands hommes , est encore un modèle de précision et d'exactitude -, et pour sa gloire , ainsi que pour celle de de la France , il était réservé à des savans du premier ordre (i) de nous en faire connaître tout le mérite par une excellente traduction.

Aurai-je besoin de vous nommer les autres hommes bien autrement célèbres qui répandent tant de gloire sur la philosophie , et dont les ouvrages , si utiles au développement de l'esprit humain , ont eu tant d'influence , tant de partisans et tant de commentateurs ? C'est Aristote... c'est Platon ! génies supérieurs et dont la renommée égale à peine la fécondité. Ce sont Antis» thène et Aristippe , Epicure et Timée de Locres \ Leucippe et Théophraste , presque tous disciples de Socrate . le plus probe et le plus illustre d'entre les philosophes, qui n'écrivit rien , mais dont la noble et vertueuse éloquence anima les écrits de Platon, et qui n'eut d'autre ambition que celle de conduire les hommes à la vertu par la route de la sagesse et de la vérité.

Illustres dans plus d'un genre , vous voyez encore ce même Aristote , ce même Platon, à

(1) MM. Gossollin ; du Thcil et Coray.

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la tète des philologues et des géomètres. C'est à celui -ci qu'on doit le principe de l'analyse géométrique; c'est à l'autre qu'on doit cette rhétorique et cette poétique qui font encore l'admiration de tous les hommes de goût, et cet étonnant tableau de l'histoire naturelle , le premier et le plus beau monument que l'esprit de l'homme ait élevé à la gloire de l'auteur même de la nature. C'est dans leurs productions et dans celles des poètes leurs compatriotes , que Longin trouva les matériaux qui devaient composer son immortel Traité du sublime, le prototype du bon goût, et qui en présente à la fois et la leçon et le modèle.

Quels noms ont plus illustré les hautes sciences que ceux des Euclide , des Eratosthène et des Archimède ! Voue amour pour la supériorité du génie , dans la hiérarchie des connaissances humaines , eût désiré de les voir les premiers , si l'ordre littéraire communément observé ne les mettait à ce rang , où d'ailleurs rien ne les surpasse et ne les efface. Les mathématiques , l'astronomie , la mécanique , réclameront toujours la prééminence de ces grands hommes et de leurs disciples. Nulle invention moderne dont on ne trouve les élémens dans Archimède : nos Ticho et nos Cassini n'ont pas été plus loin qu'Hipparque et Ptolémée ; Bernouilly et l'Hôpital ne marchent pas à une grande distance d'Aristarque de Samos et de Diophanle , de Thaïes et d'Anaximandre.

Un homme enfin plus grand peut-être que tous ces hommes, un génie qui semble tenir quelque chose de la divinité par le constant désir de la bienfaisance envers les hommes , Ilip-

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pocrate , le plus profond , le plus lumineux et le plus probe des savans de l'antiquité , termine ce long cortège ; et le mérite le plus distingué parmi ses disciples modernes s'incline encore devant limage qui rappelle son savoir immense et sa rare vertu. Ne craignez point de rendre cet Lommage religieux au seul homme illustre dont l'envie , depuis plus de deux mille ans , ait respecté le tombeau.

La mort d'Alexandre est l'époque fatale qui termine les jours heureux et brillans de la Grèce. Les sciences et les arts , dédaignés par ses successeurs , intimidés par leurs discordes , cherchent long- temps un asile , et ne le trouvent enfin qu'en Egvpte , à la cour des Ptolémées. Rome ignorante et barbare ambitionne la conquête d'un pays déjà ravagé ; mais ses guerriers s'étonnent d'une foule de connaissances et de chefs-d'oeuvre échappés dans le tumulte : ses légions s'en emparent ; et cette Rome si impérieuse et si austère va mettre une partie de son orgueil à s'approprier ce qu'ont produit de plus intéressant et de plus beau la Grèce et l'Asie.

Reposons quelques instans nos regards , et EP0^Elaissons aux armes romaines le soin de remplir Depuis un intervalle qui se prolonge jusqu'au moment jusqu'à où elles ont conquis la Grèce tout entière. Bien- Mahomet, tôt nous allons voir, par l'influence de la paix , toutes les semences du génie se reproduire et se développer chez ces conquérans qui deviennent les disciples de ceux qu'ils ont attachés au char de la victoire, et les surpasser quelquefois , en faisant des efforts pour les imiter. Le plus beau

triomphe des lettres est celui d'enchaîner , à leur tour, ceux qu'animait une turbulence guerrière et qui ne mettaient de prix qu'aux succès des combats.

Déjà Rome triomphante s'est enrichie de tous les plus beaux ouvrages des artistes de la Grèce. Les statues , les tableaux , les vases magnifiques , ont décoré l'entrée triomphante du destructeur de Corinthe dans la nouvelle capitale du monde ; Sicyonc et Ambracie dépouillées prennent le deuil de leurs chefs-d'œuvre ; Métellus ravit à la Macédoine les statues en bronze de Lysippe 5 Sylla veut avoir jusqu'aux colonnes du temple d'Athènes ; Lucullus et Pompée recueillent ce qui restait des meilleurs artistes ; et Jules-César forme la première et sans doute la plus riche collection de statues , de tableaux et de pierres gravées. Celui-ci du moins pouvait avoir quelques droits à faire des productions du génie l'ornement de ses triomphes. Lui-même , ainsi queCicéron , s'étaient formés à l'école des Grecs , et préparèrent le siècle d'Auguste , comme , dans un autre genre de littérature , l'avaient préparé les hommes célèbres qui furent leurs contemporains. Parmi eux , vous apercevez celui dont l'imagination brillante, mais abusée , voulut rendre la poésie complice de ses erreurs sur les mystères de la nature, et qui prouva surtout que ce n'était pas à l'amour seul de la vérité qu'elle accordait un beau talent } c'est Lucrèce , le père de cette fausse et insidieuse philoso-

1)hie qui fit , après lui , tant de dangereux proséytes.

Les Romains , en ce genre , ne trouvèrent point de modèles dans la littérature grecque ;

et ceux qu'elle leur offrit dans la tragédie, n'eurent qu'un faible imitateur dans la personne de Sénèque le tragique , que vous voyez seul , cherchant inutilement à reconnaître les traces brillantes de Sophocle ou d'Euripide.

Plus heureux dans le genre dramatique , qui a pour objet la peinture des mœurs ou des ridicules de leur temps , Plaute et Térence s'offrent à vos regards avec tout le mérite d'une composition originale. Ils recueillirent les suffrages et les acclamations de leurs contemporains : ne craignez point d'y joindre les vôtres , et d'y ajouter , comme un hommage qui leur est dû , celui des plus célèbres dramatistes français , qui leur doivent tant de reconnaissance.

Des traits plus imposans et plus graves caractérisent les écrivains célèbres qui portèrent l'éloquence romaine à toute la supériorité que l'esprit humain pouvait atteindre. Un seul homme les représente tous, comme pour servir éternellement de modèle à ceux qui voudront exceller dans l'art si peu commun de bien penser et de bien dire. ^ ous nommez Cicéron , le plus beau génie de son siècle , le savant le plus aimable , le philosophe le plus éclairé , le rival , en un mot , de Platon et de Démosthène. Le sort a voulu que le mérite de ses ouvrages les fit mettre seuls en parallèle avec ceux des orateurs grecs , puisqu'à l'exception de César , les contemporains de Cicéron , dont lui-même a vanté les succès et l'éloquence , n'ont laissé aucune production que le temps ait respectée , et c'est leur antique renommée qui écrit au-dessous de leurs bustes les noms célèbres de Crassus , d'Hortensius et d'Antoine.

L'habitude de vivre avec les Grecs, dit M. Andrès, le charme de leur poésie , les émotions agréables produites par leurs ouvrages de théâtre , l'admiration qu'inspiraient leurs monumens publics , tout contribua à faire naître parmi les Romains le goût des lettres. Livius Andronicus, Nsevius et Ennius, Grecs d'origine et établis à Rome , sout les premiers qui consacrèrent la poésie à célébrer la guerre de Carthage et les fastes de Rome.

Bientôt vous voyez paraître Virgile , cet heureux émule, du premier des poètes grecs ; celui dont la littérature romaine lire sa plus grande gloire , dont la plume élégante et facile sut traiter avec autant de goût que de génie la poésie bucolique , la poésie didactique et l'épopée ; celui dont la brillante fécondité sème de fleurs la route où s'impriment ses pas : al cui passât Vherba jiorwa , dit encore Pétrarque. C'est ainsi qu'un poëte illustre en caractérise un plus illustre encore, et peint d'un seul trait le plaisir que donne la lecture de ses ouvrages.

Horace, le digne ami de ce grand homme; Horace , le poëte de la raison , de l'esprit et des grâces, marche à côté de lui en modulant sur sa lyre immortelle le mépris de la fortune , les plaisirs du sage , l'empire des lalens et les lois du bon goût.

Ces deux génies , que , chacun dans son genre, les Muses proposeront long-temps encore comme les plus parfaits modèles , suffiraient seuls pour la gloire du siècle d'Auguste; mais que d'autres talens le précèdent, le suivent ou l'accompagnent! Dans un groupe d'amours que les Grâces retiennent autour d'eux , voyez Catulle , Tibulle

et Properce se donnant l'un à l'autre la couronne élégiaque qu'ils ont également méritée-, et se disputant l'avantage d'avoir exprimé le mieux les sentimens les plus tendres et les plus passionnés. Voyez Ovide , dont la riante fécondité enrichit des ressources de son esprit les fictions les plus ingénieuses , et dont l'air mélancolique rappelle encore avec tant de regrets et son imprudence et sa disgrâce. Voyez Lucain , dont l'imagination gracieuse et vive attache tant d'intérêt aux champs de Pharsale. Voyez briller dans les yeux de Perse et de Juvénal et l'épi— gramme et la satire ; la satire , que l'indignation commande à celui-ci , et à laquelle il donne une vigueur et une énergie qu'Horace avait dédaignées. Voyez enfin cet heureux imitateur d'Esope, ce Phèdre qui devait laisser à notre La Fontaine toute la supériorité du talent dans un autre langage. Plus de quinze siècles s'écouleront avant que la nature produise ce génie qu'elle réservait à la France , et dont les fictions si naïvement exprimées ont rendu tant de services à la vérité de tous les temps et à la raison de tous les âges.

Remarquez maintenant la marche imposante de ces hommes illustres auxquels l'histoire confia son burin pour l'instruction de tous les siècles. C'est elle qui fait passer successivement sous vos yeux ce César qui sut écrire et composer comme il sut commander et vaincre ; Salluste , Tite-Live et Quinte-Curce, Cornélius- JNépos et Valère - Maxime , Florus et Justin, Diogène-Laérce et Suétone -, Tacite enfin, Tacite qui n'eut point d'égal chez les Grecs -, et cet historien philosophe qu'on relit encore avec

tant do plaisir, dont le charme est inimitable , ce bon Plutarque qui peignit les anciens comme \ an Dyck a peint les modernes.

Les sciences firent peu de progrès à cette époque ; la philosophie morale peut citer avec orgueil Epictète et Marc-Aurèle : les beauxarts ne purent recueillir que les immortels ouvrages de A itruve. Mais les philologues qui s'occupent à réunir ce que les moeurs , la littérature, l'histoire et les opinions philosophiques peuvent fournir de plus piquant , se placent naturellement à la suite de ceux dont les talens eurent ces genres différens pour objet : tels sont Lucien et Athénée , Vairon , Àulu-Gelle , Pline le jeune, et Quintilien, le littérateur le plus instruit , le plus parfait de son temps , et dont la sagesse eût retardé la rapide corruption du bon goût , si la décadence funeste des lettres n'était pas une suite inévitable de celle des empires.

Pline l'ancien , l'oncle de celui que vous venez de voir , et Sénèque , peuvent être mis au nombre des philosophes qui cherchèrent à reproduire, comme Caton et Cicéron , les principes de la philosophie grecque : mais Sénèque , par la nouveauté de ses idées et la sublimité de ses sentimens , sut ouvrir à la morale une route nouvelle qui l'a rendu justement célèbre ; et Pline , par l'éloquence de ses écrits et retendue de ses connaissances , doit être regardé comme l'intime confident des merveilles de la nature, et le seeond observateur qui ait su dignement écrire son histoire.

L'ordre des temps a fait passer sous vos yeux les auteurs les plus célèbres , et ceux qui onl le mieux illustré les siècles de la littérature romaine

jusqu'au commencement du second siècle de l'ère chrétienne. Les Grecs , naturalisés sous les empereurs, se mêlent ensuite avec les écrivains qui laissent dégénérer la langue latine , et ne se montrent qu'à distance jusqu'au sixième siècle , qui fut , à peu près , le temps de la décadence totale des belles-lettres dans toute l'Italie et même dans une partie de l'empire d'Orient.

Un simple coup d'oeil sur les plus remarquables des écrivains pendant cette époque suffira pour vous donner une idée des efforts que firent encore quelques hommes de mérite pour retenir quelques portions des lumières dont l'absence Înochaine devait bientôt laisser le monde dans e veuvage du génie et de tous les genres de talens.

C'est toutefois durant celte période que les connaissances ecclésiastiques prennent l'essor le plus distingué, et que l'érudition des premiers écrivains dans ce genre nous a conservé de précieux monumens de la philosophie ancienne, dont ils avaient fait une étude particulière. Les Justin , les Clément d'Alexandrie, les Laetance, les Eusèbe de Césarée , les Grégoire de]\azianze , doivent être considérés comme des littérateurs de premier ordre , même en laissant à part le tribut d'éloges qui leur est du sous le rapport de l'élégance et de la pureté du style. C'est bien au même ti tre qu'on doit une égale estime à ceux dont vous les voyez accompagnés 5 aux Origène , aux Tcrtullien, aux Ambroise, aux Chrysostôme, aux Augustin et à tant d'autres dont les annales chrétiennes ont conservé les ouvrages comme des monumens littéraires du premier mérite.

Voyez ensuite au rang des auteurs profanes , et se présentant selon leur ordre d'ancienneté ,

*4 D E l' I H ST RU CTI OK.

Arrien, le premier historien d'Alexandre ; Apulée , célèbre par sa Métamorphose dc.VAned or, Galien, le digne héritier do la science d'Hippocrate ; Dion Cassius , historien grec des annales romaines ; Censorinus et Arnobe, grammairiens et rhéteurs; Ammien-Mareellin dont on estime encore l'histoire ; Ausone de Bordeaux , consul et poète; Claudien, lioèce ; enfin Cassiodore , ministre de Théodoric , roi des Goths , ami des sciences , des lettres et des arts , et dont le zèle eût pu les sauver si le besoin qu'ont les Muses de l'étude et de la tranquillité , pouvaient les mettre à l'abri de la secousse et du fracas des conquêtes.

Un changement aussi rapide qu'effrayant dan* les opinions religieuses, déplace, dans ce moment, les sources de toutes les connaissances littéraires. Le fanatisme armé semble vouloir établir l'ignorance par les droits de la guerre. Les peuples de l'Orient et d'une partie de l'Asie embrassent la religion de Mahomet dont la domination les épouvante et les écrase. Le contrecoup de ce système dévastateur se fait long-temps sentir dans la plus grande partie de l'Europe , et deux siècles entiers s'écoulent avant d'arriver au règne de Charlemagne , dont le génie imposant fit les plus grands ellbrts pour ramener , dans l'immense empire dontil est devenu le souverain, quelques débris des sciences que ses faibles successeurs ne surent pas conserver.

Dans cet obscur intervalle de deux siècles , à peine apercevez-vous l'ombre de quelques personnages dont les fastes littéraires aient conr serve le nom. Alcuin et Bède, surnommé le Vénérable , soutiennent un moment les études en

Angleterre ; Isidore do Séville en Espagne : Frédégaire compile tristement quelques faits insignifians de l'histoire des Gaules. Marculfe et Grégoire de Tours sont les seuls qu'on puisse remarquer, comme on observe ces gothiques monumens qui servent du moins à constater la décadence des arts dans les siècles barbares où dominaient l'ignorance et le mauvais goût.

Le neuvième siècle commence -, et tandis qu'un m, héros sait profiter des dons de la providence et moque, des bienfaits de la fortune, il met les progrès de chariel'esprit humain sous l'égide de la victoire : Char- madSne> lemagne réunit de toutes parts les rayons de8ooai3oo. lumière qui peuvent éclairer son pays; il appelle à sa cour ce qui reste d'hommes instruits , favorise les études , établit une sorte d'académie jusque dans son palais , et donne lieu de croire qu'il eût seul cette pensée , bien étonnante pour son siècle, que les sciences et les lettres peuvent devenir l'une des bases les plus importantes du bonheur d'une nation civilisée.

Un grand homme , son contemporain, ne fut pas étranger à cette belle conception : il sembla s'entendre avec lui ; et, revenant à l'idée du tableau qui se déroule sous vos yeux, je pourrais vous montrer Charlemagne donnant la main au plus célèbre des califes , ace JMamoun, fils de Haroun-al-Raschid, auquel on doit peut-être tous les progrès que firent les sciences chez les Arabes et les Maures d'Espagne , pendant tout le temps où le reste de l'Europe était plongé dans la barbarie ; soins heureux d'un souverain éclairé , mais qui ne réparèrent pas l'exécrable délit de ce farouche Omar, l'un de ses prédé-

ccsseurs , ordonnant de livrer aux flammes la superbe bibliothèque d'Alexandrie.

Mamoun est l'Auguste des Arabes, et les fastes littéraires ont trop peu célébré son nom. 11 sut recueillir, conserver et augmenter le dépôt des connaissances humaines , qui , quelques siècles après, devait se répandre dans toute 1 Europe , comme un fleuve dont l'Arabie avait protégé la source. La cour de ce calife était le séjour des poètes, des philosophes, des médecins, des savans de tous les genres ; il était lui-même trèsinstruit dans les mathématiques et l'astronomie. Les hommes de lettres étaient appelés aux premières dignités de l'état ; ils étaient envoyés dans les différentes provinces , en Syrie , en Arménie, en Egvpte, pour y faire la recherche des manuscrits anciens ; des collèges, des académies , s'élevaient de toutes parts, et Bagdad devint le centre des sciences. L'Jlalie, l'Espagne surtout , où les Arabes avaient étendu leurs conquêtes , se ressentirent de l'heureuse influence de ces établissemens. Cordoue , Grenade , A alence et Séville, produisirent des savans distingués , et l'Escnrial doit avoir encore plusieurs manuscrits qu'un roi de Grenade de ce temps avait recueillis. L'Espague seule possédait alors soixante-dix bibliothèques publiques.

La Syrie et la Perse rivalisèrent avec celte dernière contrée; et vous voyez des grammairiens, des rhéteurs et des philologues rendre célèbres les académies de Bassora et de Coufah. Dans la foule vous remarquerez Sekaki , le Quintilien des Arabes, Bedr-eddin, et Firouzabadt, auteur d'un dictionnaire immense. Si vous ne trouvez pas parmi eux un Homère et un Virgile ,

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ils ont dos Properce , des Tibulle et même des Saplio , telles que la célèbre "\ alada , fille du roi Mohammed , et la belle Abbassa , également illustre par sa naissance et par son génie poétique. Jugez du nombre de poètes qui passeraient sous vos yeux , si je vous citais seulement le nom de ceux qui forment l'ouvrage qu'ils ont eux-mêmes intitulé le Théâtre des Poètes, et qui est de vingt-quatre volumes. Vous verriez ensuite , dans des groupes également nombreux , des philosophes, des historiens , tels qu'Abou'lfaradj et Abou'lféda ; des géographes , des romanciers célèbres ; des médecins fameux, tels qu'A vicenne et Razès ; des voyageurs savans , tels qu'Ebn- Beitar de Malaga , le Tournefort des Arabes ; des chimistes profonds; des mathématiciens distingués, tels que Kendi et Mohammed-ben-Mousa , auquel Montucla rend hommage ; des astronomes dont Bailly a signalé les progrès , tels qu'Alfergan , Albumasar et Albatenius -, des jurisconsultes , et même des théologiens , qui influèrent beaucoup sur le renouvellement de3 études ecclésiastiques; enfin des érudits et des littérateurs de tous genres , qui ne nous ont pas même laissé le mérite de l'invention d'un dictionnaire encyclopédique, car ils en avaient un dont Casiri , dans sa Bibliothèque arabe , fait un grand éloge.

Tout cela doit vous intéresser sans doute en faveur de ces Sarrasins dont nous avons conservé long-temps une idée si étrange , et que les premiers historiens du progrès des connaissances humaines ont traités comme des barbares. Ils savaient néanmoins tirer un grand parti de celte application qu'ils avaient à l'étude , ainsi que de

leur goût pour les sciences; car nous ne pouvons plus douter maintenant que nous ne leur soyons redevables des plus intéressantes découvertes.

C'est à eux que nous devons celle du papier de coton , dans un temps où la disette du papyrus d'Egypte obligeait les moines des septième, huitième et neuvième siècles , à se servir des manuscrits anciens , grecs et latins , dont ils effaçaient les caractères pour en faire des missels et des psautiers, disette qui, selon Muratori , contribua beaucoup à la décadence des lettres. S'ils n'inventèrent pas le papier de lin pour suppléer au premier , comme étant d'un meilleur usage , au moins est-il certain qu'ils en multiplièrent les manufactures en Espagne, et que le reste de l'Europe ne fit qu'en perfectionner la fabrication.

C'est d'eux que nous viennent ces chiffres qui portent encore leur nom , et dont l'ingénieux usage a rendu si faciles les calculs de tout genre (i). On leur attribue communément l'invention de la boussole ; et Tiraboschi , malgré sa prévention pour les Italiens , n'en disconvient pas. Vous pouvez même, d'après de graves autorités , soutenir qu'ils ont inventé la poudre ,

(1) Il est possible que les Arabes n'aient fait que nous transmettre les chiffres, qui paraissent avoir une origine indienne. Les Arabes eux-mêmes leur donnent le nom <Vi/i(/i ■ et la manière dont ils les écrivent de gauebe à droite, comme s'écrivent les langues de l'Inde , annonce encore leur origine , puisque les lignes de la langue arabe sont toujours de droite à gauche. C'est l'opinion de M. Chézy , savant traducteur de plusieurs morceaux très-curieux du sanscrit.

DE L 'INSTRUCTION. Og

si vous ne craignez pas de prendre querelle à ce sujet avec un Allemand ou un Anglais , et représenter modestement à celui-ci que Newton a inventé le système de l'attraction , comme Mohamed-ben-Mousa l'avait .soupçonnée dans son ouvrage sur la vertu de l'attraction , indiqué par Casiri ('tom. I, pag. 4' 8). Mais ce qu'on ne disputera pas aux astronomes arabes , c'est la découverte du pendule ou des horloges oscillatoires; découverte attribuée tantôt aux Allemands, tantôt aux Italiens, et que, jusqu'à nos jours, on avait crue tout-à-fait moderne (i).

(i) M. Dutens , dans son livre de l'Origine des Découvertes attribuées aux modernes, 4e. édit. 18x2, tom. 2, pag. 1 1 5 , prouve que les vibrations du pendule étaient connues des Arabes. Il cite le passage de la lettre d'un savant d'Oxford , qui avait examine avec soin les manuscrits arabes qui se trouvent à la fameuse bibliothèque de cette université, et qui établit que les vibrations du pendule ont été employées par les anciens Arabes , long-temps avant l'époque que nous assignons ordinairement à l'origine de cette découverte.

Galilée, fils naturel de Vincent Galilée , noble Florentin , reconnut en 1609, la loi de l'accélération des corps graves, et celle des mouvemens du pendule.

Vincent Galilée, fils du fameux Galilée, appliqua le premier le pendule aux horloges, en 1649.

M. Huygens perfectionna cette nouvelle invention , et se l'attribua dans un écrit contenant la description d'une nouvelle pendule, publiée en 1 6 â 7 . Vincent Galilée tic tarda pas à revendiquer sa découverte, et prélendit que les pendules étaient de son invention. Huygens entra alors dans un plus grand détail , dans un ouvrage très-savant, publié en i658 , et intitulé de Horologio oscillatotio , ou il fait voir que sa pendule est fort différente de celle des astronomes inventée par Galilée. — Dict. des origines , etc. 1 777 , 5e. vol. , p. 202. — Ainsi, il reste démontré que , si l'invention

Ajoutez encore qu'ils poussèrent l'agriculture à une perfection étonnante , et qu'aucune nation civilisée de l'Europe , de l'Asie ou de l'Afrique , antique ou moderne , n'a possédé un code de lois rurales plus sage , plus juste , plus parfait , que celui des Arabes d'Espagne (i).

Vous pouvez juger maintenant combien le zèle et l'ardeur des Arabes pour les sciences et les lettres ont dû influer sur leur rétablissement dans les siècles postérieurs où les circonstances ont pu le favoriser. C'est cbez eux que les autres nations venaient s'instruire , et vous voyez dans le dixième siècle , appelé le siècle de barbarie et d'ignorance , les Italiens , les Français , les Allemands , les Anglais , se porter en Espagne pour y chercher des lumières entièrement éteintes dans leur pays.

Tandis. que le théâtre du monde littéraire est presque entièrement plongé dans l'obscurité , l'Espagne , une petite partie de ce globe , reste donc encore éclairée de quelques rayons qui vont bientôt disparaître , lorsque , vers la fin du quinzième siècle, les Maures seront chassés de ce pays , où le temps a respecté d'illustres monu-

du pendule appartient à un autre, M. Huvgens peut prétendre à la gloire de l'avoir perfectionnée.

C'est peut-être dans le sens de cette note qu'il faut entendre ce passage de l'excellente histoire de Venise , par M. le comte Daru; totn. 5 , pas. 629.... « Ce fut » en présence du doge qu'il (Galilée) fit, en 1609 j » les premières expériences du télescope et du pendule. » Le sénat en consacra le souvenir par un décret hono- » rable, et une médaille fut frappée à cette occasion. »

(1) Voyez Andrès , loc. cit. et Sismondi , Littérature espagnole, tom. îv.

DE L'INSTRUCTION. 4 l

mens de leur existence et de leur génie. Vous ne distinguez plus , pendant l'espace de trois siècles , que quelques écrivains que la supériorité de leurs talens a illustrés , et qui , sur d'autres parties de l'horizon littéraire , passent à distance les uns des autres : semblables à des étoiles errantes , ils ne répandent qu'une lueur incertaine dans la nuit qui les environne. C'est un Suidas , grammairien et littérateur grec ; un Gui d'Arezzo , moine italien , inventeur des notes de musique -, un Michel Psellus de Constantinople , philosophe et mathématicien ; un Irnerius ou Wernier, célèbre jurisconsulte allemand 5 un Aben-Ezra , juif espagnol et l'un des plus savans rabbins ; un Jean de Salisbury , Anglais , littérateur distingué*, un Roger Bacon, franciscain anglais , savant dans l'astronomie , la chimie et les mathématiques. C'est enfin dans notre France , où l'aurore des talens commençait à poindre , Guillaume de Loris et Jean de IMehun, auteurs jumeaux du roman de la Rose ; Guillaume de Champcaux , et Pierre le vénérable , abbé de Cluni , que vous voyez s'attendrir encore sur le sort d'Abailard et d'Heloïse , si intéressans par leur science et leur malheur. Je ne fais que vous indiquer les Bernard , les Thomas d'Aquin , les Albert-le-Grand ; ce sont les fastes de la religion qu'ils honorent , et c'est à elle de les réclamer.

Il n'y a peut-être , dans toute l'histoire littéraire , rien de plus touchant et de plus remarquable que la réunion du génie avec les rigueurs de la destinée dans ces deux êtres illustres , qui méritent bien encore un moment de fixer vus regards. Sous un ciel nébuleux et dans un site

42 DE I.'l^STRUCTION.

obscur , l'apparition d'Abailard et cTHéloïse rappelle ce monument de tristesse et d'amour que le Poussin imagina de placer dans un de ses tableaux , pour y attacher une grande pensée. Nous aimerons à les considérer un moment , comme on aime à revoir encore leur image réunie sur le même tombeau , et dans le centre de la même ville qui fut le théâtre de leur gloire et de leur infortune.

Abailard était d'une famille noble de Bretagne \ Héloïse appartenait à une maison illustre , celle des Montmorenci. Cette femme célèbre est le phénomène du douzième siècle. Elle joignait à une érudition et à une littérature très-étendues la connaissance de plusieurs langues. Elle avait plus d'esprit et d'éloquence qu' Abailard luimême ; et ce qui la distingua surtout , c'est la profondeur du sentiment quelle sut exprimer avec tant d'énergie , et la beauté , la fermeté d'un caractère qu'aucun sacrifice , qu'aucune considération ne purent affaiblir. Se punissant de l'excès de sa tendresse par 1 austérité de son repentir , elle eut la religion du cœur , lorsque tant d'autres n'avaient que celle de l'esprit. 111e pleura pendant vingt ans la mort d'Abailard , qu'elle ne cessa d'aimer qu'en rendant le dernier soupir. La tradition qui assure que cet époux infortuné tendit les bras à Héloïse lorsqu'on la déposa dans le même tombeau , présente une image touchante du sentiment qui les avait unis par des nœuds que la mort même n'a pas le pouvoir de dissoudre. Saint Bernard , qui était un des plus beaux esprits de ce siècle , témoigna plusieurs fois l'estime qu'il avait pour cette iemnie illustre j et il eût ambitionné son

génie , si un saint pouvait ambitionner quelque chose. Pierre le vénérable , qui avait consolé Abailard dans ses disgrâces, qui l'avait recueilli dans l'abbaye de Saint-Marcel où il mourut , fit lui-même son épitaphe en vers latins : elle prouve l'estime qu'il avait pour cet homme célèbre , dont il admirait la supériorité en tout genre ; et qu' Abailard était encore assez modeste pour croire qu'Héloïse , qui avait été son élève , le surpassait en mérite et en érudition. Elle n'avait que quarante ans lorsque Pierre le vénérable lui rendait cet hommage ; remarquable encore à cet âge par sa fraîcheur et sa beauté , elle n'en conserva que ce qu'éparguèrent les larmes et la douleur que lui causa la mort de celui qu'elle avait si tendrement aimé (i).

INous sommes arrivés au temps des croisades , dont l'histoire nous présente encore un si vif intérêt. Elles firent refluer sur le midi de l'Europe toutes les richesses littéraires de l'Asie. L'Orient , mis en contact avec l'Occident , lui communiqua l'amour et l'étude des lettres qu'effraient le despotisme et le bruit des conquê-

(i) Elle mourut à soixante-trois ans, comme Abailard. «Pour laisser à la postérité, dit l'auteur de la » Vie de celui-ci , un monument éternel de l'érudition » de cette savante dame, ses religieuses ne manquèrent » pas de faire tous les ans , le jour de la Pentecôte, » f office divin en grec, qui était une des langues » qu'Héloïse savait le mieux et quelle parlait le plus » délicatemeut. Cette pratique a dure tant qu'il y a » eu dans 1 abbaye du Paraclct (dont Héloïsc était » abbesse) des religieuses qui savaient le grec : mais, » les Calvinistes ayant ravagé les monastères de France, » cette langue et l'étude de plusieurs sciences s'éva- » nouirent de cette illustre maison. »

l\\ DE L INSTRUCTION.

tes. Constantinople , envahie par les armes françaises , vit les muses grecques chercher, pour la seconde lois , un asile dans le beau climat de l'Italie , et dans le midi de la France ; une seconde fois , l'Occident reçut des lumières de la Grèce Asservie, comme les Romains en avaient reçu de la même nation qu'ils avaient subjuguée. Tel fut le résultat des événemens que nous retracent Joinville , \ ille-Hardouin , Jacques de A itry , et Guillaume de Tyr , proclamé le prince de tous les historiens des croisades. L'exaltation de l'héroïsme qui voulut venger les lieux saints de l'ignominie où les réduisaient les musulmans , rendit en même temps un grand service à la langue et à la littérature françaises. Une foule de croisés parlèrent la langue des Arabes et celle des Grecs ; telle est peut-être l'origine de l'adoption de tant de mots grecs dont la nôtre s'est enrichie : heureuse combinaison , qui servit à la rendre plus familière dans la Sicile , dans la Pouille, à Anlioelie, en Chypre, dans tous les lieux de l'Asie où s'établirent plusieurs seigneurs qui avaient suivi Baudouin \ dans tout l'empire grec enfin , qui , pendant plus de soixante ans , fut presque une province de France (i).

C'est à celte même époque que vous voyez paraître ces troubadours, dont les premiers chants furent consacrés à célébrer les héros des expéditions religieuses , et qui , par la suite , y mêlèrent le récit des aventures amoureuses ou t hevaleresques. Les plus hauts personnages ne dédaignèrent point les succès de ce genre : les

(i) Voyez l'excellent ouvrage de M. de Choiseul t - • court Bur Y influence des croisades, etc.

chansons légères de Charles d'Anjou , frère de saint Louis, ont élé conservées 5 Thibaud, comte de Champagne, jouit encore de sa célébrité ; Pierre Mauclerc , comte de Bretagne , Henri , comte de Soissons , prisonniers à la Massoure , cherchèrent , comme le roi Richard , à adoucir par des chants plaintifs les rigueurs de leur captivité : peut-être durent- ils l'élégance et une partie du charme de leurs expressions aux premiers essais des muses provençales , qu'on

Î>eut regarder encore comme une des sources où e génie de Pétrarque et du Tasse a puisé dans la suite et la grâce et la richesse. L'Italie , si glorieuse de l'abondance et de l'harmonie de sa langue , se garde bien de faire cet aveu, qui serait plutôt un acquit de conscience qu'une affaire d'érudition (1).

(1) « La langue provençale était alors regardée » comme la plus belle de l'Europe, et plus ancienne » que l'italien du Dante et de Pétrarque. » (Jac.Harris, Angl. , Histoire littéraire du moyen âge.)

J'ajoute avec confiance ce que dit à ce sujet M. Bouttervvek , qu'on peut regarder comme faisant autorité dans cette matière ; car personne n'a étudié aussi profondément que lui l'origine des langues du midi de l'Europe :

« La poésie italienne a pris originairement les formes » de la poésie provençale : elle n'a fait que lesperfec- » tionner et leur imprimer le caractère italien. Mais la » poésie espagnole , ou, pour parler plus exactement, » la poésie castillane, quoique née dans le voisinage » de la poésie provençale, n'en a pas moins une source » différente; et lorsque, dans la suite, les Espagnols » admirent dans leur poésie les formes italiennes, ils » les nationalisèrent, non pis comme les Italiens avaient » nationalisé celles de la poésie provençale , en la per- » fectionnant , mais eu faisant servir la pureté et l'élé-

46 DE l'unTRUCTION.

iron-E Portez maintenant vos regards vers la contrée

De i3oo

où cette observation nous ramène , vers l'Italie, i45o° cette terre classique autrefois si féconde ; vous y voyez se développer les heureuses semences que les soins des Grecs et des Arabes lui avaient confiées. Des universités s'y multiplient, les études y prospèrent ; les talcns et le génie s'y - naturalisent de nouveau, et vous présentent des modèles illustres , dont les imitateurs ne laisseront plus de lacunes dans les fastes de sa gloire. Trois hommes d'un égal mérite se présentent à vos yeux comme les pères de la littérature italienne ; le Dante, Pétrarque et Boccaee. Que d'obligations les sciences et le goût des bonnes études n'ont-ils pas à ees trois illustres écrivains ! Et ne croirait-on pas que les succès du génie sont autant de bonnes fortunes , quand on pense que chacun d'eux , sans le savoir, pour ainsi dire, avait fixé la langue italienne; que leur siècle estimait bien davantage les idiomes grec et latin ; que Dante et Pétrarque ne regardaient la poésie vulgaire que comme un délassement; et que Boccaee , honteux de son Décaméron , n'osait pas en parler à Pétrarque , peut-être parce que Pétrarque lui-même ne regardait que connue de médiocres bagatelles les vers qui seuls ont immortalisé son nom? 11 eut, à la vérité, un droit plus solide à la gloire qui lui appartient; car c'est à ses soins, à son zèle infatigable, qu'on doit la connaissance des ouvrages classi-

» gance classique des formes italiennes à embellir d'une » manière nouvelle leur orientalisme, etc.»

Voy< z le tome II de l'Histoire de la littérature espagnule , traduction de l'allemand.

qucs des anciens , qu'on avait presque oubliés ; et ce n'est pas un petit mérite dans un temps où le poète Guido Cavalcanti ne faisait aucun cas de \ irgile que c'avait jamais lu le roi de JNaples Robert , grand protecteur des lettres.

Considérez un moment ces trois grands hommes. L'un immortalise son génie par les beautés sombres et sévères répandues dans son Enfer ; l'autre , par la grâce de son élocution et les traits de l'imagination la plus riante ; et le troisième , plus encore par son enthousiasme pour la littérature ancienne, que par la délicatesse de ses sentimens et le cbarme de sa poésie. C'est aux recherches constantes de Pétrarque que nous devons une foule de manuscrits grecs et latins qu'il faisait venir à grands frais , qu'il allait découvrir lui-même et qu'il enrichissait de ses notes. Non content de ses travaux à cet égard , il appelait le secours de tous ses amis , entretenait des correspondances avec les savans d'Allemagne , d'Angleterre , de France et d'Espagne. La grande réputation dont il jouissait avec justice, lui avait attiré de toutes parts les invitations les plus flatteuses et les plus pressantes. L'empereur , les rois , les papes , les seigneurs d'Italie , se le disputaient, et il laissait partout des germes féconds de critique et de bon goût. Pétrarque doit donc être regardé comme le créateur de la littérature moderne 5 et si , vous défiant un peu de la prédilection de M. Andrès pour sa patrie , vous ne le placez pas à la tète des hommes de génie , des (/alilée , des Descartes , des Newton, des Bossuet, des Corneille, etc., comme leur ayant ouvert la véritable route du goût et de la raison, du moins vous le regarderez comme

48 be l'instruction.

le véritable auteur de la révolution littéraire dont le milieu de ce xive. siècle vous présente l'époque très-intéressante à remarquer (i).

C'est de ce moment , en effet , que vous voyez renaître l'étude des sciences et le goût des bons modèles. De savans professeurs forment de savans élèves dans les universités qui se multiplient : la rivalité les soutient, et la considération nationale leur donne une importance que les siècles de la littérature récente n'ont pas su leur conserver. L'Italie avait donné le modèle de ces utiles établissemens , qui se propagèrent ensuite dans l'Angleterre , dans l'Allemagne , et surtout en France. Vous voyez à cette époque l'université d'Oxford se distinguer pour la théologie , celle de Bologne pour le droit , celle de Montpellier pour la médecine -, mais l'université de Paris , qui réunit tous les arts , est révérée comme la mère de toutes les autres. Vingt mille étudians s'y distinguent ; son recteur a les honneurs de prince du sang; ses députés siègent aux états généraux, et leur opinion est regardée comme de la plus grande importance. "\ ous serez étonné toutefois de la di Serence que vous pourrez

(1) Pétrarque ne crut pas pouvoir mieux s'acquitter de l'hospitalité qu'il recevait chez les Vénitiens , qu'eu leur léguant sa bibliothèque. Cette collection devint le noyau de la bibliothèque de Saint-Marc. Parmi les ouvrages qui s'y trouvaient, il y avait un manuscrit d'Homère , un Sophocle , une traduction latine de IIliade et de l'Odyssée , par Léonce Piiate , et copiée de la main de Boccace ; un exemplaire de Quintilien , et la plupart des ouvrages de Cicéron , à la transcription desquels Pétrarque lui-même avait consacré rVs années.

Histoire de Venise , par P. Daru , tom. i". p. 5g3.

Histoire littéraire de l'Italie, par Giiiguené.

trouver entre les intérêts majeurs qu'on avait à traiter dans ces dernières assemblées, et les futiles discussions dont on s'occupait scientifiquement dans les autres.

Mais ce n'est qu'en passant par d'informes essais que l'esprit humain arrive à la perfection de ses ouvrages. L'essentiel était d'emprunter quelques lumières pour sortir de cette obscurité profonde dans laquelle la France avait gémi depuis le siècle de Charlemagne. Les premiers pas sont faits , les anciennes semences fructifient ; et , quoique les champs de la littérature et des sciences ne vous o firent pas un grand nombre de productions du premier mérite, ceux qui les cultivent ont droit , par leurs efforts , à l'hommage de la postérité.

Tels sont les personnages qui vont passer sous vos yeux , et que vous pouvez regarder comme les précurseurs de la renaissance des lettres dans l'époque qui doit suivre immédiatement celle-ci : c'est Albertin Mussato , qui s'acquit une grande réputation en histoire et en poésie , et donna les premiers essais de la poésie dramatique moderne dans son Ezzelin et son Achilléide ; c'est le Pogge , célèbre Florentin , à qui l'on doit la découverte des ouvrages de Quintilien : celuici , Cecco d'Ascoli , est en même temps philosophe , astronome et poëte ; celui-là , Raymond Lulle , de l'ile de Majorque , est un alchimiste savant dont les modernes révèrent encore le nom : les deux suivans sont Cino de Pistoie , poëte et jurisconsulte , et Jean de Ravenne , savant professeur de belles-lettres à Florence , et de l'école duquel sont sortis plusieurs de ceux

5p de l'instruction.

qui ont contribué au rétablissement des lettres en Italie.

La France , à la même époque , vous pré' sente des noms auxquels s'attache l'hommage de l'estime pour l'utilité des ouvrages , si ce n'est pour la supériorité des taiens : Froissait , auteur de nos anciennes chroniques ; Gerson , chancelier de l'université de Paris , connu par plus d'un bon ouvrage , quoiqu'il n'ait pas fait celui de X1 Imitation qu'on lui attribue \ Pierre de Cugnières , célèbre jurisconsulte et chevalier français , le premier qui ait osé tracer les limites respectives du sacerdoce et de l'empire ; Alain Chartier , poëte cl savant comme on pouvait l'être alors , et Charles d'Orléans , sont des nommes que distingue un mérite reconnu. Je vous citerais encore les intéressantes poésies de Clotilde de Surville , s'il n1y avait pas à craindre que M. de Surville , dont elle était la grande aïeule , ne lui eût rendu le même service qu'Qssian a reçu de Maepherson (i).

(i) Cctle observation ne peut concerner que les corrections faites par une main moderne aux manuscrits originaux de Clotilde de Surville. Le savant éditeur de ses poésies ne disconvient pas que les changemens qu'on y a faits ne soient sensibles, et qu ils n'altèrent souvent la grâce et la naïveté de ses expressions , en lui prêtant celles de la langue française, qui n'était point encore formée. Mais cette parure maladroite u'ôte rien au mérite réel de ces poésies. Clotilde, pour le génie et le talent poétique , peut être mise à côté des auteurs de l antiquité les plus célèbres, dans le genre qu'elle a cultivé. Elle dicta les règles de la versification française à son siècle, qui la méconnut; et ces entraves ne l'empêchèrent point de répandre tour à tour la grâce, la douceur ou l'énergie, sur ses aimables production-».

DE L IKSTR UCTION. 5l

L'Angleterre ne peut mettre en regard , comme contemporains de ceux que je viens de vous nommer , que le poète Chaucer , le premier qui ait su adoucir un peu l'âpreté de la langue anglaise 5 et Fortescue , grand chancelier d'Angleterre , célèbre par quelques ouvrages sur la loi naturelle et sur les lois de son pays.

L'Allemagne ne produisait encore aucun homme que la postérité ait mis au rang des illustres 5 mais elle portait déjà dix ou douze universités qui sont devenues célèbres , et qui devaient enfanter ces savans d'un poids énorme, qui , dès les commencemens du dix-septième siècle , fatiguèrent la littérature et les sciences.

ÉPOntE.

Votre attention , un moment suspendue , va bientôt se porter sur trois événemens contempo-

K i.i • •- •< i . r De l&fr

rains que signalent Je quinzième siècle ou nous à i55o sommes arrivés , et qui vont concourir à répandre le plus brillant éclat sur les productions du génie dans la dernière moitié de ce siècle et jus- ,

Passionnée pour la vertu , comme elle l'était pour le bonheur de sa patrie , elle sut peindre les agitations de sa tendresse, ainsi que les orages qui tourmentèrent la France de son temps , et ne vit l'héroïsme que dans la fidélité. C'est dans un moment d'exaltation et d'espoir du îétahlissement de Charles VII sur le trône de son père, qu'elle laisse couler de sa plume et de son cœur ces quatre beaux vers, dont l'application se trouve si heureuse aujourd'hui :

L'Etemel d'un regard brize enfin mille obstacles,

Des cieulx ouverts veille encor sur nos lys ; Eus t- il au monde engtier desnyé des miracles

Il en délivrait au troène de Clovis.

Voyez Pvésies de Clotilde, publiées par Ch. Vanderbourg, i8o3. — JTéroïde à son espoulx Betepger.

qu'à la fin du suivant. Ces trois événemens sont la destruction de l'empire d'Orient par les Turcs en i/[53 , l'invention de l'imprimerie -, et , vers la fin de ce même siècle , la découverte du Nouveau-Monde 5 époque éclatante , où les règnes simultanés de Charles-Quint , de François 1er. , des Médicis et de Léon X , vont , en servant de point fixe à votre mémoire , y tracer successivement la marche et les progrès des connaissances humaines dans leurs divers développemens.

Au moment où les Turcs deviennent maîtres très de l'empire d'Orient , vous voyez les muses effrayées fuir devant leurs drapeaux victorieux. Les Grecs , chargés par elles des manuscrits anciens qui plaisent aux savans de l'Italie , vont inonder Home , Florence , Naples , Venise , Ferrare et Milan. Si les ouvrages des Pétrarque , des Boccace, des Salutati, etc., empêchent qu'on n'attribue aux Grecs réfugiés la renaissance des lettres elles premiers progrès de la littérature moderne, au moins faut-il convenir qu'ils contribuèrent beaucoup au perfectionnement de la langue grecque , à la pureté du goût et à la rectitude des idées dont se compose la véritable philosophie. Celle de Platon devint alors triomphante; et, grâce à ses intrépides commentateurs et à la protection du grand Médicis , Platon , d'abord à Florence , et bientôt dans toutes les universités d'Italie , l'emporta sur Aristote , dont on vit la doctrine , après d'éclatans succès , disparaître et s'éteindre comme une puissance mal affermie qu'une révolution détruit.

La nation la plus riche en manuscrits anciens devait naturellement profiler la première de l'in-

vention de l'imprimerie , qui , née en Allemagne, fut bientôt adoptée dans toute l'Europe : aussi voyez-vous presque toutes les premières éditions des auteurs classiques sortir de Venise ; et 1 on dirait que c'est par une suite de cette faveur du destin, que les plus belles presses du monde savant se trouvent encore entre les mains des Italiens (Bodoni).

Lorsque vous aurez réuni assez de connaissances et comparé assez de faits pour résoudre une question dont l'objet intéresse également la littérature et l'histoire , vous pourrez examiner lequel de ces deux événemens , l'invention de 1 imprimerie et la découverte du Nouveau- Monde , a eu des résultats plus avantageux pour la société , et a le plus contribué à la félicité publique.

Quant au dernier , il est constant que la découverte de l'Amérique (en 1 492) n'est pas une des circonstances les moins importantes et les moins utiles aux progrès des sciences et des lettres. «La vue d'hommes nouveaux, de terres et de » mers inconnues jusqu'alors , réveilla des idées » grandes cl ouvrit un champ vaste à la philoso- » phie; la physique, la médecine, l'histoire natu- » relie et l'art de la navigation profitèrent de cette » heureuse révolution. La tactique militaire fut » changée , et l'on vit s'élever enfin la science du » droit public et de la politique moderne (1). »

Cette belle conception dune autre partie du monde qui devait compléter noire globe, semble préluder à l'ouverture du seizième siècle , qu'elle éclaire et qu'elle enrichit. Semblable à

(1) f'ujez Andrès.

ce législateur grec qui disparaît quand il a donné des lois à sa patrie , le nom de Colomb ne reste pas même à sa découverte , et l'ingrate postérité souffre encore qu'un autre jouisse de la gloire si bien méritée par ce grand homme. Aussi savant et plus profond peut-être que Copernic , son contemporain , il prouva par le fait ce que ne faisait que supposer le calcul du génie.

Ce n'est jamais inutilement que l'esprit bumain se réveille et s'agite dans l'ordre le plus relevé des connaissances qu'il acquiert ; les sciences éclairent ei- guident les talens et les arts ; un feu secret , comme celui qui ranime la nature , fermente de toutes parts , et , dans une foule d'estimables productions , laisse distinguer un petit nombre de chefs-d'œuvre.

Voyez cette ravissante association de sciences , de talens et de beaux-arts , de l'imagination avec l'esprit , du génie avec la grâce , dans les grands hommes de tout genre que ce beau siècle met sous vos yeux. Voyez , discourant ensemble , l'A ri os te et Michel-Ange , le Tasse et Raphaël, Ange Politicn et Palladio , le Bembo et Léonard de Vinci -, et concevez , s'il est possible , l'intérêt d'un tel entretien. Faut-il vous nommer encore les plus distingués parmi ceux qui les précèdent ou qui les suivent , et qui forment le groupe le plus brillant autour de ces hommes illustres ? C'est d'abord ce Laurent de Médicis qui , heureux imitateur de Pétrarque , et , un siècle après lui , fut en même temps politique piofond , ami de tous les hommes de lettres et protecteur de tous les artistes -, c'est ce Boiardo, déjà célèbre par ses poésies latines, mais plus connu par son Roland amoureux , qui donna

DE t/lNSTltUCTION. 55

peut-être à l'Arioste l'idée de peindre ses fureurs dans un poème ingénieux, plein de feu, de grâce et de génie. Vous le voyez à peu de distance de François Philelphe , poète , orateur et philoscrphe, et de Jean-Jovien Pontanus , premier directeur de l'ancienne académie de JNaples* Viennent ensuite Jean Ruccelai , Pierre Gravina , Jérôme Vida et Fracastor ; George Trissino , et Guarini , dont l'aimable talent produisit l'un des poèmes les plus gracieux dont l'Italie puisse se glorifier (il Pastor jido) ,■ Sadolet , qui , comme Bembo son ami , fut secrétaire apostolique et cardinal , l'un des membres les plus illustres des sociétés littéraires qui se formèrent sous Léon X , et qui écrivit en latin , sur l'éducation , l'un des meilleurs traités qu'on ait faits en ce genre; Marc-Antoine Flaminio , l'ami de Fracastor , et dont les poésies latines rappellent le génie d'Horace et les grâces de Tibulle ; Gabriel Faerne , qui rendit tellement Pbèdre à l'Italie , qu'on put le soupçonner de s'en être approprié quelques fables ; enfin Sannazar , dont le génie poétique brille également dans les deux langues latine et italienne, plus recommandable encore par les qualités de son cœur que par la supériorité de ses talens (i).

Au milieu de ce cercle que réunit le génie poétique , vos yeux cherchent le nom de ces

(i) Sannazar vendit ce qui lui restait de patrimoine pour subvenir aux besoins de Frédéric II , dernier roi de INaples de la maison d'Aragon, lorsque ce prince malheureux , trahi par Gonzal vc de Cordoue , fut obligé d'abandonner ses états. Il se retira en France, où il mourut, en i5o4 , entre les bras du poète, qui, de son protégé , était devenu son bienfaiteur.

femmes illustres dont les charmes furent célébrés autant que leurs talons , et que les grâces couronnent de mvrtes , de roses et de lauriers. Reconnaissez la belle Yittoria Coïonna , marquise de Pescaire , dont les vers tendres et passionnés se modelèrent sur ceux de l'Arioste et de Pétrarque j Véronique Gambara , son amie intime et son heureuse émule ; Tullie d'Arragonne, qu'admirèrent tous les littérateurs d'Italie ; et Laure Terracine , et la duchesse d'Amalfi , et Laure Baltifera , la Sapho de son temps (i).

Les historiens s'entremêlent avec ces poètes , qui furent, pour la plupart, des littérateurs distingués. Marsile Ficin et Paul Emile précèdent Guiehavdin , le Tite-Live de l'Italie moderne-, Philippe de Nerli , Jacques Nardi , et ce Machiavel , dont le nom seul rappelle tout ce

(1) Je ne parle point de beaucoup d'autres également distingués par leurs talens dans le même genre, tels que les trois frères Capilupi de Mantoue ; Honore Fascitelli et Basile Zanclu , dont les poésies latines militent d'être citées avec les meilleures, productions de ce siècle; Benoît Lainpridio , le seul qui ait obtenu quelques succès dans les hautes régions où s'est soutenu Pindare ; Guido Posthumo, bon poète et célèbre professeur de l'académie de Bologne; Jean Mazarello , distingué par la grâce et la facilité qu'on remarque dans ses poésies latines et italiennes , et dont l'enjouement et les talens lui concilièrent la bienveillance de ; X, de ce même pape qui trouvait un singulier plaisir à entendre Biandolini , Maroni ou Querno, lui récitant des vers qu'ils composaient à l'instant sur des sujets qu'il leur donnait . et qui souvent prenait à ce divertissement plus de part encore , sans croire déroger à sa dignité. P~oyez Roscoë, Fonlijkat de Léon X.

DE L'iNSTEUCTION. 5j

que la politique et l'histoire ont de pins sévère et de plus profond.

Les sciences ne vous offrent pas des hommes d'un moindre mérite : Celio Calcagnini , Gregorio Giraldi -, Octavien Ferrari , célèbre professeur de philosophie à Padoue et à Milan ; Latino Lalini , critique dune grande érudition ; Paul Gallucci, savant astronome • Amhroise Calepin , dont le dictionnaire est une encyclopédie lexicologique ; Aide Manuce , fameux imprimeur , plus savant peut-être que ceux dont il imprima les ouvrages , et chef de tous ces Aides dont les éditions sont encore si estimées : voilà une partie des hommes célèbres dans les sciences et la littérature que le court espace d'un siècle offre à vos regards.

Si vous les tournez maintenant du côté de ceux qui ont acquis la plus haute renommée dans la culture des beaux-arts , et qui , à la même époque , se sont élevés à un tel degré de perfection et de supériorité . qu'on a regardé comme impossible de l'atteindre , vous verrez cette suite d'hommes de génie dont les ouvrages sont restés des modèles , et dont limmcnse profusion enrichit encore nos temples et nos musées.

Ce Michel-Ange , ce Raphaël , que vous avez déjà vus , et qui tiennent le sceptre brillant des beaux-arts , sont précédés par André Yerrochio, peintre fameux , aussi habile dans la sculpture et la gravure que dans la géométrie , la perspective et la musique ; par Bramante , bon poète , bon musicien et architecte célèbre , par Pietro Pérugin , dont Raphaël fut l'élève ; et le Giorgion , chef renommé de l'école vénitienne. Ceux qui les suivent ne laissent que l'embarras du

choix sur les beautés de leurs ouvrages , riches monumens du génie , où la nature se retrouve avec toute la s ' (ludion de ses charmes , et cette vérité qui la rend si aimable , même quand on cesse de Padrairer. Reconnaissez à leurs traits diflférens , à leurs diverses manières , mais toujours parfaites el supérieures , Polydore de Caravage , Andié deî Sarto •, ce Corrége et ce Parmesan , qui lurent les peintres des amours , de la décence et des grâces ; et voyez quelle réunion de sublimes talens dans ce groupe où l'émulation et la gloire ont rapproché Jules Romain , le Titien , Véronèse , le Tintoret et les Carraches.

Quelle immense et superbe carrière l'esprit humain a parcourue dans un si court espace sous le beau ciel de l'Italie ! Quels rapides progrès il a faits surtout dans la littérature et les arts ! Les hommes de génie cessèrent alors d'être imitateurs pour être des originaux et des modèles, que le siècle de Louis XIV n'a point surpassés , et que les siècles suivans admireront encore.

Quelle délicieuse jouissance je puis vous promettre , lorsque , familiarisé avec l'idiome italien, si expressif et si harmonieux , vous pourrez lire dans leur propre langue les chefs-doeuvre du Tasse et de l'Arioste, et sentir leurs inimitables beautés! Ne croyez pas que la meilleure traduction puisse vous les rendre parfaitement ; ce serait vous persuader que la froide correction de l'estampe peut remplacer le coloris , la chaleur et la vie d'un superbe tableau.

Tel est ce siècle illustre que les Italiens ont nommé il (influe cento par excellence , qu'on appelle le siècle d'or , celui des Médicis , et sur-

DE i/lNSTltUCTrOH. 5q

tout celui de Léon X. Cependant, ainsi que l'observe JM. Andrès , la cour de Ferrare était, à la même époque , le théâtre le plus glorieux de la littérature ; et peut-être y aurait-il autant as raison de donner à ce siècle le nom des princes de la maison d'Est que celui de Léon X . Si les beaux-arts n'y ont pas réuni leurs chefs-d'œuvre, il faut convenir du moins que l'éloquenee et la poésie doivent plus à la cour de Ferrare qu'à la protection de ce souverain pontife ; et quand on n'aurait pas à produire , en faveur de cette préférence , les ouvrages des Strozzi , des Calcagnini , des Giraldi et des Guarini , le Roland , XAminihe , et la Jérusalem délivrée suffiraient pour la justifier.

L'Allemagne recueillit quelques rayons de cette lumière éclatante qui venait de se répandre sur l'Italie. Les sciences et la philologie surtout y firent de rapides progrès , dont elle fut peutêtre redevable à l'établissement d'une nouvelle doctrine que Luther vint y prêcher. La nécessité de bien étudier les livres sacrés pour en tirer des argumens favorables à cette doctrine , l'usage qu'on pouvait faire , pour l'accréditer , des écrits des auteurs ecclésiastiques les plus estimés , déterminèrent à des recherches savantes qui donnèrent le goût de l'érudition ; et les auteurs classiques trouvèrent bientôt des commentateurs dont la judicieuse critique sut vérifier les textes et démêler les erreurs des premiers copistes , trop peu instruits pour les découvrir. Le mouvement tumultueux des croisades avait favorisé l'ignorance , qui , mettant le zèle à la place de l'étude pour mieux servir la religion , en avait , pour ainsi dire , dérobé les fondemens

sacrés. La réforme , au contraire , favorisa l'étude 5 et le zèle , qui travaillait à détruire l'antique constitution de l'église catholique , devint la source de l'érudition et de la force de ses défenseurs.

Portez maintenant vos regards sur la suite des écrivains distingués et des hommes célèbres que les sciences et la littérature virent naître dans les différentes contrées de l'Europe , comme le fruit de cette reproduction spontanée qui venait de les multiplier en Italie. L'étude de la langue latine y avait repris toute sa vigueur -, et peut-être faut-il remonter jusqu'à ce siècle pour retrouver les meilleurs ouvrages écrits en cette langue par les modernes. C'est dans cet idiome que se sont distingués , en écrivant l'histoire , parmi les Espagnols Mariana , et le célèbre de Thou parmi les Français. \ivès, Erasme etPontanus écrivent des dialogues où l'on retrouve quelquefois la grâce et le style de Lucien , comme ceux de Sadolet et d'Osorio rappellent la manière de Cicéron. Presque partout la langue vulgaire est trop timide et trop imparfaite , pour que le talent ou le génie lui confient leurs pensées. Il ne faut excepter de celte observation que l'Italie , l'Espagne , et surtout le Portugal , où vous voyez le Camoëns présenter à sa patrie un poème épique digne d'être comparé à l'Iliade et à l'Enéide (i).

(1) Camoëns, né en 1529, auteur de la Lasiade , le plus beau monument que le génie ait élevé à la gloire nationale , était gentilhomme , et fut bien mieux traité des Muscs que de la fortune. Il passa plusieurs années en exil, perdit un œil en combattant, pensa se noyer en se sauvant à la nagea la suite d'une tempête, tenant

de l'i.vsti;uctio>'. 6i

Taudis que le Danemarck uous offre Ticho- Bralié comme le rival de Copernic , et la Suède, Jean et Olaùs Magnus , deux frères également célèbres par leur érudition et leurs recherches sur les mœurs des peuples du JNord , l'Allemagne met sous vos yeux une foule d'écrivains de tout genre , heureux de pouvoir confier leurs pensées et le fruit de leurs études à un idiome tellement en crédit , qu'ils ont cru s'honorer en empruntant de lui jusqu'à la terminaison de leurs noms. Dans le nombre , je ne vous indiquerai que les plus distingués. C'est d'abord Helius Eobanus de Hesse, que ses contemporains ont généreusement appelé l'Homère d'Allemagne , comme ils ont nommé le Strabon allemand Sébastien Munsterus , à cause de ses vastes connaissances en géographie : c'est Cornélius Agrippa , qui , tout savant qu'il était, imagina de composer un livre sur la vanité des sciences. Viennent ensuite Herman Buschius, poète et littérateur célèbre; Beatus Rhenanus, antiquaire d'un grand mérite ; Joachim Camérarius , aussi savant dans la médecine que dans la botanique ; Guillaume et Théod. Canter , infatigables com-

son poëme d'une main et une e'pce de l'autre, et mendia sa subsistance dans les rues de Lisbonne, par l'intermédiaire d'un esclave qu'il avait ramené des Indes. Passionné pour la gloire de sa patrie, il l'immortalisa par son génie. En échange d'un si noble dévouement, sa patrie et son roi le laissèrent mourir de misère et de douleur dans un hôpital , âgé de cinquante ans. A la vérité, seize ans après sa mort, on lui éleva un monument ; mais les vers dans lesquels il se plaint d'une manière si touchante de l'ingratitude de ses contemporains, seront un monument bien autrement du* rable , que les siècles ne détruiront point.

mentateuvs des auteurs anciens ; Jérôme Wolfius , traducteur distingué des orateurs grecs ; Hubert Goltzius , célèbre antiquaire , et précieux pour la numismatique ; Jean Sambuc, d'un mérite égal dans le même genre ; enfin Justc- Lipse , l'un des meilleurs critiques et des plus érudils que l'Allemagne ait produits.

La Hollande et la Suisse vous montrent , à la môme époque , des auteurs peut-être moins nombreux , mais dont les noms ne sont pas moins illustres. A leur tète vous voyez cet Erasme d'un mérite si éminent , dont la correspondance fut recherchée par les princes les plus puissans de l'Europe , et qui contribua tant à la renaissance des lettres par sa critique judicieuse et son goût éclairé pour les beautés classiques de l'antiquité. La philosophie moderne lui doit peut-être quelques-uns de ses principes-, mais, à coup sûr, il n'en eût pas adopté toutes les conséquences.Des talens dans un autre genre ont rendu célèbresles poésies légères de Jean Second, où l'on retrouve , non sans quelque surprise , les grâces et la facilité de Catulle. Puis , au milieu d'une quantité d'hommes de lettres , de sa vans et d'artistes , vous démêlez Paracelse , l'un des plus habiles médecins qui aient existé ; Holbein , peintre fameux dont Bâle et Lucerne ont conservé les ouvrages avec un soin qui honore ce pays ; et ces savans imprimeurs d'Anvers , les Plantin et les Commcliu , dont les éditions si soignées et si précieuses sont encore l'ornement de nos plus belles bibliothèques-, genre de mérite devenu bien rare , et qui a presque disparu avec ce xvic. siècle si fécond en recherches laborieuses sur les auteurs qui ont illustré l'anli-

DE LINSTRUCTIOK. Gô

quité grecque et latine. Les savans modernes d'Allemagne ne sont peut-être pas moins érudits que ne l'étaient ces imprimeurs d'un si grand mérite 5 mais certainement ceux-ci n'ont légué à leurs sucesseurs ni leur papier ni la pureté de leurs caractères.

La poésie, l'histoire et la philologie ont également trouvé en Espagne des écrivains dont le nom doit être inscrit avec éloge dans les fastes littéraires de cette nation. Garcilasso de la Vega fut un de ces poètes célèhres en langue vulgaire , ainsi que Rodriguès Cota , qui , dans ses vers comme dans sa prose , se fit remarquer par la pureté et la noblesse de sa diction. Alvarès Gornès de Castro ajouta à ce double talent celui d'être un historien exact et élégant du cardinal Ximenès. Jean Surita s'exerça de même avec jsuccès en littérature et en histoire. Jean Giuès Scpulveda et Ant. Pérès ont laissé des traductions et des ouvrages qu'on lit encore avec intérêt : mais c'est à Ambroise Morales surtout que l'Espagne a du , dans ce siècle , le rétablissement du goût et le choix des bons modèles , qui devaient la conduire à de plus brillans succès.

L'Angleterre , qui , à cette époque , n'avait point de littérature encore , eut la même obligation au célèbre chancelier Thomas Morus , ami d'Erasme , l'un et l'autre également zélés pour la restauration des sciences et les progrès philosophiques de l'esprit humain. Quelques écrivains, aussi distingués par leurs talens que par leur savoir , précèdent et accompagnent ce grand homme. Ce sont des voyageurs, des savans et des poètes : c'est Samuel Purchas , l'un des premiers qui firent connaître à l'Angleterre

G4 *>e l'instruction.

les avantages de sa position à l'égard des deux Indes ,• viennent ensuite , à quelque distance de cevoyageur, Thomas Eliot, puis Thomas Smith, dont les sciences ont plusieurs fois illustré le nom dans les siècles suivans ; et parmi les poètes que celui-ci vous présente, vous distinguerez George Buchanan , écossais , l'un des meilleurs poêles latins modernes ; Philippe Sidney et Edmond Spencer. Je pourrais vous en nommer d'autres -, mais l'éclat de Shakespear , que vous allez bientôt voir , les laisserait trop loin de lui. C'est vers le milieu de ce xve. siècle , si fertile en chefs-d'œuvre de tout genre , qu'on vit reparaître en Asie ces rejetons de littérature orientale où les Arabes, en remontant jusqu'aux Hébreux , avaient conservé le charme inexprimable de l'antique naïveté. Quelques auteurs, presque inconnus jusqu'à nos jours , se représentent à vous dans les notices intéressantes et dans quelques traductions des savans orientalistes chargés du précieux dépôt des manuscrits arabes et persans de la bibliothèque du Roi , tels que les Langlès et les Chézy. Ce sont eux qui vous font connaître la grâce originale de ces narrateurs orientaux, de ces poètes persans , de Ferdoussy , de Haliz , de Djamy(i), de Sady et de tant d'autres , dont les aimables productions doivent bientôt enrichir notre littérature.

(1) M. Chezy a fait connaître , dans une excellente traduction, l'un des meilleurs petits poënies de ce Djamy, sous le titre de Medjnoun et Leyla, ainsi que le charmant épisode delà Mort de Yadjnadattn , extrait du plus ancien poëme écrit en langue sanskrite par Valmiki , dont l'auteur promet la traduction tout entière. Ces deux morceaux sont deux perles orientales.

C'est la France qui , comme intermédiaire Vi*. entre les contrées du midi et celles du nord de EP°QUEl'Europe , semble avoir reçu plus abondamment De l55° Jes heureuses influences du génie restaurateur des sciences et des arts. François Ier. les remit en honneur , et sut couvrir de son égide victorieuse leur renaissance, qui contribua si puissamment à la gloire de son règne. Tandis que l'Italie se repose comme une terre épuisée par une végétation trop forte , et que l'Allemagne dispute à l'Angleterre le mérite d'enrichir le dépôt des connaissances humaines , la France nourrit et développe le germe des productions qui doivent immortaliser le siècle de Louis XIV, après avoir, sous le règne de son prédécesseur , reçu la préparation qui devait les conduire à une maturité parfaite. Ce n'est donc que l'espace de temps qui se trouve entre le milieu du xvie. siècle et l'avènement de Louis XIII en 1610, qui va mettre sous vos yeux la suite des hommes célèbres qui ont illustré cette époque.

La sévérité chronologique est moins nécessaire ici, que l'ordre des connaissances auxquelles chacun d'entre eux s'est appliqué. On dirait que cet ordre leur donne un costume qui les distingue , et presque une physionomie qui les fait reconnaître. Vous y voyez des savans dans tous les genres , des astronomes , des publicistes , des historiens , des philologues, dont la liste nombreuse doit être réservée pour l'histoire littéraire-, vous ne trouverez ici que ceux dont les ouvrages sont encore dans les mains de tous les savans et de tous les gens de lettres : Galilée , si célèbre par ses découvertes et par la base qu'il a donnée au système de Copernic ; Kepler ?

qui soumit l'astronomie à des lois dont Newton fit une application si étonnante ; Harvey , auquel on attribue la découverte de la circulation du sang -, Hobbes et Harrington , qui se distinguèrent dans la morale et la philosophie,- Grotius , qui porta les plus vives lumières sur le droit public ; Petau et Usserius sur la chronologie; Morin, Sirmondet Bochart, sur la critique et les antiquités sacrées ; Vossius , Marsh am , Heînsius , Meûrsiûs et Mariana , sur l'histoire civile. Enfin les muses anglaises vous présentent Waller , et Cowley , qui se distingua par la finesse et la naïveté de ses pensées; Donn le satirique , qui eut la force et le feu de Juvénal ; et Fairfax , qui traduisit le Tasse , tandis que Harrington traduisait l'Arioste. Vous les voyez marcher pêle-mêle et sans distinction de pays ; Tiais ceux, qu'a produits la France doivent plus pécialement attirer vos regards.

Reconnaissez parmi eux Guillaume Budé, 'une érudition immense , et qu'on doit regarcr comme le fondateur du collège royal pour :s langues savantes ; Lazare Baïf, d'une érudi- 1011 également consommée ; Pierre Ramus , si ionnu par les combats qu'il a livrés aux partisans d'Aristote, et qui méritait mieux de l'être par son ouvrage sur les mœurs des Gaidois ; Michel de l'Hôpital , dont le nom seul fait l'éloge , et qui au mente d'un magistrat aussi sage que profond joignit celui d'être un très-bon poëte latin ; Pierre Ûanès , l'un des plus doctes professeurs de la langue grecque au collège roval de France; Jacques Amyot , ce traducteur de Plutarque , si naïf et si vrai, qu'on le croirait original; Michel de Montaigne , philosophe de tous les temps

et de tous les pays , et qui a peint les hommes de tous les siècles , en peignant ceux du sien et en se peignant lui-même ; Pierre Pithou , bon littérateur et meilleur jurisconsulte ; Claude Fauchet et Jean Passera t , tous deux savans antiquaires , l'un pour les antiquités gauloises et françaises, l'autre pour les antiquités romaines 5 François Viete , l'un des plus grands mathématiciens que la France ait produits ; Pierre Morin, savant critique , mais moins profond littérateur que Joseph-Juste Scaliger , qui sembla ranger la chronologie sous ses lois; Papire Masson , du Haillan et Brantôme, tous trois estimés , recherchés , et dont le dernier se lit encore avec un si grand intérêt; enfin le célèbre et laborieux Etienne Pasquier, qui au mérite d'une rare érudition joignit encore celui d'être un poëte distingué.

Bernard Palissi , l'un des meilleurs naturalistes que la nature seule ait formés; Olivier de Serres, dont le Théâtre cf agriculture , malgré tant d'innovations tentées depuis lui , peut encore servir de règle aux cultivateurs ; et Ambroise Paré, le premier et le plus illustre des chirurgiens français, sont des auteurs auxquels ont doit assigner la place la plus éminente.

Les muses françaises , dès avant cette époque , ainsi que nous l'avons vu , osaient à peine s'essayer dans une langue qui n'était pas encore formée; elles préférèrent , pendant quelque temps , de confier leurs pensées au latin , qui ,

Î)lus abondant et plus sonore , servait mieux eur talent et les rapprochait davantage des bons modèles de l'antiquité : c'est le parti qu'avait pris le célèbre chancelier de l'Hôpi-

tal -, ce fut celui que prirent Germain Brice d'Auxerre , ÏS'icolas Bourbon , Rapin et plusieurs autres. Clément Marot fut le premier dont les pensées ingénieuses trouvèrent dans la langue française une expression et des tournures naïves qui , tout en bravant la rigueur grammaticale j donnèrent à son style ce naturel et cette grâce que la poésie moderne recherche encore quelquefois. Etienne Jodelle, qui, dans un autre genre , osa suivre une roule tracée par des succès, fut aussi le premier qui essaya de donner des comédies et des tragédies selon la forme des anciens : faibles efforts , mais qu'on doit regarder comme heureux , puisqu'ils ouvrirent la carrière que Corneille, Raciue et Molière devaient parcourir avec tant de gloire. Peut-être ces grands hommes eurent-ils aussi quelques obligations à Ronsard, qui commença à familiariser le génie avec la langue française , en lui donnant cette pureté, cette précision, cette clarté surtout qui ne l'abandonnèrent plus. Ronsard lui-même fut redevable à Remi- Belleau , son prédécesseur, qu'il appelait le peintre de la nature. Dans le nombre des poêles qui accompagnent ou qui suivent ceux-ci , vous remarquez Louise Labbé , femme célèbre , dont les vers offrent encore de la grâce et de la facilité*, Philippe Desportes, qui, comme Ronsard , a beaucoup contribué à la pureté de notre langue -, Maynard et Racan , l'un connu par ses madrigaux , l'autre par ses bergeries ; Guy du Faur de Pibrac , récitant ses quatrains moraux ; et ce Mathurin Régnier, père fameux de la satire française , genre perdu depuis Gilbert, et dont notre siècle aurait

tant de besoin. Un mélange licencieux d'invectives grossières et de contes populaires vous fera remarquer le caractère cynique de ce Rabelais , dont l'imagination grotesque lui a valu plus de célébrité que sa science en médecine et ses oeuvres comme curé de Meudon. Vous garderez votre estime pour des écrivains recommandables , tels que Jean Nicot , ambassadeur en Portugal , qui , non content de donner à sa patrie un bon traité sur la marine , lui fit connaître cette plante étrangère (le tabac) qui a plus enrichi l'état que toutes les productions du génie ; Antoine du Verdier, dont la Bibliothèque des auteurs français est le recueil littéraire le plus utile que cette époque ait produit. Vous ajouterez à ces hommes d'un vrai mérite, des magistrats et des jurisconsultes célèbres , les Cujas , les Holman , les Papon , les Pithou , les Coquille , les Arnauld , les Ûuranti, qui furent les oracles du barreau ; et vous partagerez votre reconnaissance pour les belles éditions des classiques et de plusieurs ouvrages que ce siècle a vus naître, entre les Etienne père et fils , dont la réputation et le mérite s'accroissent encore malgré notre luxe typographique , bien plus avantageux à l'avidité commerciale qu'à la véritable instruction. Au milieu de ces hommes si distingués dans les sciences et les belles-lettres, vous rendiez hommage à François Ier. , qui les aima , qui les protégea , et qui , s'occupant de tous les encouragemeus qui pouvaient les faire prospérer, leur confia une partie de sa renommée. Luimême il cultiva la poésie , et montra dans ce genre autant d'esprit que Marguerite de Valois ,

sa sœur, montra de grâces , d'imagination et de talent dans les contes qu'elle se permit d'écrire. Enfin vous conserverez un souvenir d'estime et de vénération pour un littérateur de ce temps , aussi savant que vertueux et modeste, pour ce Florent Chrétien , qui fut le précepteur d'Henri IV, et qui , en cultivant l'heureux naturel et les penchans héroïques de ce bon roi , a donné ainsi à sa patrie et à l'humanité le meilleur ouvrage qu'on ait jamais fait pour elles.

La bonne littérature est l'amie des beauxarts ; et le souverain qui chérit la gloire n'est pas long- temps à sentir que , si l'éloquence et la poésie peuvent donner un grand éclat à son règne , il doit en recevoir un plus grand encore des talens qui se distinguent dans la peinture , la sculpture et l'architecture. Le génie existe toujours , mais il faut le découvrir, l'exercer et l'encourager. C'est ce que fit François Ier. , et c'est là ce qui lui valut le titre de restaurateur des lettres et des arts en France. Aussi , dans le nombre des hommes célèbres que cette époque brillante fait passer sous vos yeux, vous remarquerez avec intérêt ceux qui , puisant dans les modèles delà Grèce et de l'Italie les principes de la véritable beauté et du sublime des arts , laissèrent dans leurs ouvrages les règles du goût , que les grands artistes du siècle de Louis XIV n'ont peut-être pas observées avec un égal succès. Tels sont Philibert de Lorme et Androuet du Cerceau , architectes d'un mérite supérieur ; Jean Cousin , le premier peintre français qui ait fait des tableaux d'histoire; Germain Pilon , architecte habile et sculpteur excellent , mais surtout ce Jean Gougeon, dont

le génie n'a rien conçu que de grand , dont le ciseau n'a rien exécuté que de gracieux , dont les ouvrages , admirés depuis plus de deux siècles , le sont encore dans celui-ci.

VIIe.

ÉrOQUE»

Les écrivains illustres et les hommes célè- D i6to bres s'accumulent à mesure que le temps va dé- à ifoo. rouler devant vous l'époque du xvne. siècle que nous commençons avec le règne de Louis XIII , et dont la dernière moitié a donné son nom au beau siècle de Louis XIV.

Jetez d'abord un regard sur les richesses litt éraires que produisit dans les nations éclairées l'immense bienfait de l'imprimerie , et sur les monumens du talent et du génie , dont la renaissance des lettres et des arts favorisa le développement.

L'art militaire , les lois de la chevalerie , les controverses de religion, sont alors les objets dont les nations du JNord s'occupent de préférence ; la science et la littérature y sont encore ignorées ; la Russie sort à peine des ténèbres et de la barbarie : la Suède et le Danemarck promettent quelques hommes célèbres , et la Pologne quelques poêles dont les dissensions polititiques éteindront le talent.

L'Italie ne produit plus ni des fleurs aussi belles , ni des fruits aussi savoureux ; sa littérature dégénère; ses poètes et ses prosateurs s'abandonnent à l'enflure et au mauvais goût : mais les sciences et les beaux-arts lui conservent encore le rang qui fut une de ses plus belles conquêtes. Distinguez toutefois, parmi ses poètes et ses littérateurs , ceux qu'un mérite supérieur met à l'abri des reproches qu'une juste critique doit à leurs contemporains : tels

sont , parmi les premiers , André Salvador ; Alexandre Tassoni , inventeur d'un genre nouveau ( la Secchia rapita ) ,• le lyrique Chiabrera , Redi , Filicaia , Guidi , Luigi Pulci , auteur du Morgante maggiore ; le Berni , et Marini , auteur de Y Adonis : parmi les seconds , Fra Paolo Sarpi , défenseur intrépide du sénat de Venise contre les papes -, Davila , si connu par son Histoire des guerres civiles de France , et si recommandante par son enthousiasme pour Henri IV ; Bentivoglio , Vittorio Siri et Gregorio Leti , historiens élégans d'un rare mérite. Mais , au milieu de ces littérateurs et de ces savans , voyez quelle auréole de gloire environne les tètes illustres de Galilée , que vous avez déjà remarqué ; de Toricelli , son disciple ; de Dominique Cassini , astronome si favorisé du ciel , qu'il semble n'avoir point eu de secrets pour lui ; et de cette célèbre Agnesi , dont Newton luimême admira les profondes connaissances et proclama le mérite.

C'est avec une égale faveur que , dans un autre genre , la nature traita ces peintres célèbres dont les talens complétèrent la gloire de l'école italienne , ces grands artistes dont les chefs-d'œuvre n'ont trouvé dans les siècles snivans que de faibles imitateurs. Leur nom suffit à leur gloire , et la renommée , en ne faisant que le tracer , fait d'eux le plus éloquent éloge. Le Guide , le Dominiquin , le Guerohin , Piètre de Cortone , Salvator Rosa , le cavalier Bernin et Carie Maratte, seront éternellement des modèles pour toutes les écoles , et des maîtres dans tous les genres.

La Flandre et la Hollande produisirent à la

même époque des artistes d'un grand mérite , et qui , formant une école îivale , l'emportèrent par le nombre sur celle qui était si propre à exciter son émulation. Vous voyez alors successivement paraître Rubens et Van Dyck5 dont la France conserve tant de chefs-d'œuvre ; Philippe de Champagne et Jacques Joordans ; "YVauvermans et Vander Meulen , Bergliem et Teniers ; puis ce fameux Fdelinck , dont le burin savant réussit à conserver tout le moelleux et toute l'harmonie des couleurs. Ces derniers appartiennent plus particulièrement à la fin du dix-septième siècle; mais leur naissance illustra l'époque dont nous nous occupons.

Les hautes sciences et la plus vaste érudition n'honorent pas moins ce pays par des productions distinguées , et vous concevrez une grande estime pour celles d'un Huyghens , que les mathématiques et l'astronomie réclament également ; d'un Schrevelius , si renommé par sa connaissance profonde de la langue grecque ; d'un Nieuwentit , d'un Swammerdam , philosophes et naturalistes du premier ordre -, d'un Adrien Reland , orientaliste fameux ; enGn , des Elzevirs , dont les presses célèbres nous ont transmis des éditions si précieuses de tout ce que l'ancienne littérature a *de meilleur et de plus propre à entretenir le goût des lettres et des bonnes études.

L'Allemagne vous offre , à son tour, des hommes illustres que vous pouvez mettre en regard avec ceux que nous venons de voir , et qui ont laissé des ouvrages également chers aux sciences exactes et à l'érudition la plus consommée. La Hollande n'avait eu qu'un poète du premier or-

dre , Josse Yondel , qne la munificence de ses concitoyens gratifia du litre de Virgile hollandais } l'Allemagne lui donne pour émule le célèbre Opitz , qu'elle regarde comme le créateur de sa poésie : mais combien elle se glorifie davantage d'avoir donné le jour au disciple du savant et ingénieux Kepler , à ce fameux Kircher qui dédoubla le monde pour nous en faire admirer un autre (Mundus subterraneus) ; aux Bernoulli , aussi profonds en mathématiques que Puffendorf le fut en politique et en histoire ; aux Hcinsius, aux Gronovius , aux SchœlTer , aux Morholf , aux savans chimistes Etmuller et Kunckel, et à tant d'autres qui , marchant sur les traces de ceux-ci , semblent n'avoir laissé à leurs successeurs que les fleurs de l'érudition, dont ils détournèrent si laborieusement les épines. Admirez enfin ce savant illustre, dont le nom , plus célèbre encore , semble avoir reporté sur l'Allemagne une partie de la gloire littéraire du siècle de Louis XI\ } c'est Leibnitz , l'un des plus beaux génies que la nature ait produits, et dont la véritable philosophie puisse s'enorgueillir. L'étendue de ses connaissances peut passer pour un prodige. 11 fut mathématicien , historien et poète , et , sans contestation , le plus savant et le premier littérateur de son siècle.

Au défaut de ce genre sévère de richesses , l'Espagne ne vous présentera , dans un ordre supérieur à la vérité , que des talens et des grâces : elle compensera toutes les profondeurs de l'érudition avec la riante imagination de Michel Cervantes , et tous les problèmes de la géométrie par les excellentes scènes de Lopez de Yega , mine féconde , dont notre théâtre s'est

enrichi sans beaucoup de scrupule , mais du moins avec succès pour nos plaisirs -, par celles de Caldéron , d'un genre plus sérieux , mais non moins remarquable , et par celles d'Augustin Morcto, dont le talent fut peut-être supérieur à celui de Caldéron dans le genre vraiment comique , et qui se rapprocha le plus de la manière de Térence (i). La poésie vous montrera Boscan , qui introduisit le rhythme italien dans la poésie espagnole , et dont les sonnets rappellent ceux de Pétrarque $ les deux Argensola , que leurs compatriotes ont appelés les deux Horacés de l'Espagne -, les trois Figueroa , dont le premier , Francisco , fut surnommé par ses admirateurs le Pindare espagnol -, Alonzo de Ereilla , connu par sou Araucaria , que Voltaire a qualifié de poëme épique , en reconnaissance de quelques beaux morceaux dont il a profité dans Alzyre ; enfin , Estevan Manuel de Villegas , qui, donnant à la poésie moderne un caractère antique, fit revivre dans ses odes la raison d'Horace et les grâces d'Anacréon. L'histoire vous o (frira Antoine Hcrrera et Antoine de Solis, l'un pour la connaissance générale des Indes, l'autre pour la conquête du Mexique. La littérature

(1) Parmi les nombreuses pièces de Caldéron , il s'en trouve une qui porte ce titre : Dieu par raison d'état. Dans cette espèce de drame , l'Esprit et la Pensée sont deux acteurs allégoriques. Ils vont chercher l'Athéisme en Amérique ; l'Athéisme répond mal à leurs syllogismes , et, pour s'en débarrasser . la Pensée lui donne

des coups de bâton Nos pôëmes et nos romans

du xvc. et du xvi€. siècle offrent plusieurs de ces personnages allégoriques; mais c'est dans un autre genre qu'ils sont ridicules.

76 DE l'isSTRUCTION.

vous présentera Qucvedo de Villegas , dont les nombreux ouvrages lui assurent une place distinguée parmi les hommes d'un esprit supérieur $ Mendoza , dont les épitres sont pleines de grâces et de délicatesse, et dont Y Histoire de la révolte des Maures est un chef-d'œuvre ; George de iUontemayor , inventeur du roman pastoral ; et le Jésuite Isla. qui, quelque temps après , dans son Frère Gerundio , avec autant d'esprit que de gaieté , osa reporter sur les moines le ridicule que Cervantes avait versé sur la chevalerie. Enfin les arts , avec orgueil , vous montreront l'Espagnolet et Balthasar Murillo (1).

L'Angleterre , sous le rapport des productions littéraires, peut être comparée à son climat ou à sa température sévère , nébuleuse et mélancolique. Si , d'après les idées établies dans un système moderne, c'est la mélancolie qui engendre le sublime , on ne peut disconvenir que sa végétation n'ait été fort belle à cette époque. Les rayons de l'aurore qui préparait le beau règne de Louis XIV , dissipèrent sans doute la brume qui pesait sur l'horizon de la Grande-Bretagne , et y firent éclore les beaux génies de Shakespear et de Bacon. C'est au commencement du dixseptième siècle que brillèrent ces deux phénomènes dans un genre différent : l'un , comme poète tragique du premier ordre ; l'autre , comme savant et philosophe du premier mérite. Bientôt vous les voyez suivis d'une foule de savans , de littérateurs et d'écrivains distingués ,

(1) La période un peu plus que séculaire, qui comprend le règne des trois Philippcs , de i5f>6 à i6G5, peut ctre appelée l'âge d'or de la littérature espagnole.

DE T, INSTRTJCTJQvN. 77

qui placent , quoiqu'un peu tard , la nation anglaise au second rang dans Tordre des hommes illustres de cette époque , auxquels les connaissances humaines doivent une partie de leurs

ProSrès- . ■ ,. . , ;•*',,

Si , pour mieux distinguer le mente de chacun de ces hommes célèbres , nous les divisons en trois classes , les sciences , les lettres et les beaux-arts , la dernière n'offrira rien à notre curiosité ; car, à cet égard , l'Angleterre a laissé à la France toute la gloire qu'on en pouvait retirer. Mais , dans la première , et selon l'ordre des temps où leurs ouvrages ont paru , \ ous voyez Jacques Usher ou L'sserius , L'un des plus savans chronologistes connus j "W al ton, dont le. prodigieux travail nous a donné la Bible polyglotte la plus estimée ; Jacques Marsham , pour qui la mystérieuse antiquité n'eut point de secrets ; Isaac Barrow et Jean Collins , mathématiciens également célèbres ; Edmond Castcll et 1 (loua'rd Pococke , profondément instruits dans les langues orientales ; Robert Boyle et Jean Wallis , Robert Cudworth et Thomas Burnet , noms fameux , dont toutes les sociétés savantes ont conservé la mémoire , et qu'on ne cite jamais sans reconnaissance et sans estime.

La seconde classe , en s'approchant de la fin du dix-septième siècle, vous en présente qui n'ont pas moins de droit à une juste célébrité. Parmi les poètes , Waller fut le Malherbe de l'Angleterre ; Benjamin Johnson et Jacques Shirly approchent de Shakespear , mais ne le font point oublier 5 Harrington et Jean Owcn se distinguent dans le genre épigrammatique ; Thomson compose son poème charmant des

j8 de l'instruction.

Saisons , dont la France ne fait qu'une froide copie; Roscomon, Rochestcr, Sam. Butler, Th. Otway , J. Dryden, J. Philips et W. Wicherley , forment entre eux un cercle au milieu duquel vous voyez s'élever , sous un costume presque aussi beau que l'antique , le chantre immortel du Paradis perdu , ce Mil ton , la gloire de sa patrie , sous le rapport de ses talens , et dont l'ouvrage fut un trésor si long-temps caché pour elle. Parmi les littérateurs et les érudits d'un grand mérite , vous distinguez Jean Selden et Digbv ; Clarendon et Stanley ; Th. Hobbes , si célèbre en philosophie et en politique; J. Locke, dont le livre sur Y Entendement humain est le chef-d'œuvre de la métaphysique ; Guill. Temple , publiciste habile ; Tillotson , grand orateur ; Clarke , dont la dialectique est un modèle de précision ; et Jos. Addisson , en même temps bon poëte et littérateur estimable, dont l'ouvrage principal (/e Spectateur) réunit tant de légèreté , d'esprit et de grâce; qu'on le croirait sorti d'une plume française.

La nation qui se réveille pour produire dans l'espace d'un siècle des hommes tels que ceux que je viens de vous nommer ; qui , loin de s'affaiblir en s'avançant dans cette époque , vous présente encore des Prideaux pour l'histoire , des Hamsted et des Buckingham, des Hamilton et des Prior , pour la poésie, l'érudition et la littérature , et qui termine cette honorable liste par le savant le plus illustre de l'Europe, par le grand Newton -, cette nation , dis-je , a sans doute le droit de prétendre à un rang très-distingué dans la république des sciences et des

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lettres. Mais quelque grand que soit le mérite des écrivains dont elle s'enorgueillit , il ne suffit pas pour justifier la prééminence quelle envie , et surtout l'espèce de dédain qu'elle affecte pour une nation qui , dans tous les genres de combats , n'a presque jamais été sa rivale que pour lui disputer et lui enlever noblement le prix de la victoire.

Portez vos regards sur la foule brillante et Épu",*'t. nombreuse des bommes célèbres qui ont ouvert ou illustré le siècle de Louis XIV , et le parai- j ,-,,. lèle que vous en pourrez faire faire sur-le-cliamp, Siècle suffira pour vous convaincre crue la France a le T de ,. droit incontestable a une supériorité que lui devait la justice et que la postérité a confirmée.

Ce siècle de Louis XIV , sous le rapport des sciences et des lettres , ne commence qu'avec le milieu du dix-septième. En remontant de l'époque où nous sommes jusqu'à la mort d'Henri IV, nous trouvons tout le règne de Louis XIII ( de 1610 à 1642). C'est là que vous pouvez placer en regard , et comme contemporains , Descartes (1) avec Bacon , Malherbe avec Shakespear ;

(1) Descartes est le plus illustre des philosophes français. Sa patrie lui refusa le dernier témoignage ci estime et d admiration qu il mentait a tant de titres. Un ordre de la cour empêcha de prononcer son oraison funèbre. «Il resta à ce Français célèbre, dit » M. Thomas, le mausolée qui fut élevé à Stockholm, v ou il s'était retiré : il lui resta son nom , sa gloire , » l'admiration de l'Europe; et, ce qui dans la suite » l'honora encore plus, le silence de Newton , qui ja- » mais ne prononça son nom dans un ouvrage. » (Essai sur tes éloges. )

So DE L'INSTRUCTION.

et vous aurez , pour mettre en balance avec trois poètes et deux savans anglais , les Scévole de Sainte-Marthe (i) , littérateurs d'une érudition immense ; Claude Saumaise et Pierre du Pu y , l'un critique excellent, et l'autre profondément versé dans le droit et dans l'histoire } Petau, le plus habile chronologiste et le plus estimé; de Thou, l'historien le plus fidèle et h' plus éloquent ; Jeannin , l'un des plus grands hommes d'état que la France ait produits ; Voiture , Vaugelas , Balzac ; enfin , ce savant ingénieux , ce philosophe émule et rival de Descartes , Pierre Gassendi ; et ce véridique Charron, dont le livre , par sa singularité , plutôt que par sa hardiesse , rappelle le mérite de Montaigne.

Suivez maintenant le cours des années qui commencent avec le règne de Louis XIV, et voyez combien d'hommes illustres et d'écrivains se pressent pour ajouter à la gloire militaire de son règne l'éclat plus doux , mais plus durable , des sciences, des lettres et des arts : il faudrait un cadre plus vaste que celui-ci pour vous les présenter tous, mais je vous nommerai du

(1) Le premier des six hommes célèbres de ce nom, Gaucher de Sainte-Marthe , a laissé des poésies latines et françaises d'une élégance soutenue. Son poème sur la manière d'élever les enfans au hoir eau offre les images les plus douces et les plus riantes. Homme d'esprit aimable et négociateur profond , il sut se distinguer également par ses lumières et par son dévouement aux intérêts de la France. Les fastes littéraires ont dû le présenter pour modèle à ceux qui , de notre temps et dans de graves circonstances, ont su joindre à des talcns du premier ordre l'activité laborieuse de l'homme d'état.

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moins ceux que la postérité a distingués , et donf le mérite a recueilli les plus honorables suffrages.

Dans ce groupe de savans , vous voyez à la tète ce penseur religieux et profond , ce précoce génie qui devina ce que les autres sont obligés d'apprendre, Biaise Pascal , dont la plume savante sut fixer la clarté, la délicatesse et l'énergie de la langue française ; Samuel Boehart , prodige d'érudition , qui répandit tant de lumières sur la géographie sacrée-, puis Jean Picard , grand astronome ; Jacques Spon , célèbre investigateur des antiquités de l'histoire; du Cangc , dont la profonde science est devenue classique pour la connaissance des langues inusitées ; d'Herbelot , le plus savant orientaliste de ce temps ; Mabillon , dont les recherches laborieuses ont fourni tant de secours à la diplomatique et à l'histoire ; le marquis de l'Hôpital , dont la sagacité sut étendre si loin le domaine des mathématiques-, J. Barbeyrac et Amelot de la Houssaye , l'un et l'autre #trèsversés dans le droit public et l'histoire,- Tournefort , aussi intéressant par ses voyages qu'il est illustre parmi les botanistes ; Bernard Lami . bon mathématicien; Lallire, savant géomètre et astronome ; enfin , Malebranche , qui a mis tant d'imagination et d'esprit dans la métaphysique , et que j'aurais dû vous nommer d'abord si Pascal ne se fût emparé de la première place que la renommée donne au génie.

\ oyez ensuite cette foule d'auteurs célèbres , d'écrivains distingués, de poètes et de littérateurs de tout genre, qui semblent disputer enlie eux de talens, de mérite et de gloire. A. Ai-

nauld , Nicole et Labruyère, recevront vos premiers hommages : celui-ci ne vous offre que ses Caractères , mais l'ouvrage est d'une perfection inimitable ; les deux autres recevront une partie des éloges dus à l'école célèbre de Port-Royal , qui laissa tant de leçons importantes sur l'art de raisonner et d'écrire , tant de précieux modèles à la littérature nationale. Vous voyez naitre le bel esprit et la sententieuse philosophie dans les productions ingénieuses de la Mothe-le-Y ayer, du duc de la Rochefoucauld et de Saint-Evremond : le goût de l'érudition , d'heureux efforts pour naturaliser en France les beautés classiques de l'antiquité, conduisent jla plume des d'Ablancourt, des Ménage , des Perrault , des Cousin , des Dacier, et des La Monnoye; de laborieux et élégans écrivains tiennent les crayons de l'histoire : Tillemont trace avec fermeté le portrait des empereurs ; Saint-Réal écrit les révolutions de Venise \ Fleury élève ce vaste et beau monument de l'histoire de l'église , qui a la majesté et la simplicité d'un édifice antique , et que les efforts du temps ne sauraient détruire ; le sévère et véridique Mézerai grave sur l'airain les annales françaises ; l'histoire de l'académie fondée par Richelieu est confiée à Pélisson-, Félibien donne celle des peintres \ d'Orléans , celle d'Espagne -, et Rapin Thoiras celle d'Angleterre.

L'imagination , le goût et les grâces offrent ensuite à vos regards le cortège précurseur de ces talens illustres qui , dans leur ensemble , ont porté la littérature française à ce haut degré de perfection que le siècle suivant a pris le

parti d'abaisser un peu en désespérant de l'atteindre.

La poésie marche à la tète , les muses latines s'honorent d'avoir été cultivées par Santeuil et Commire, Rapin et La Rue. Ces poètes, heureux imitateurs des modèles du siècle d'Auguste , semblaient se défier de la souplesse et de l'abondance d'un idiome déjà perfectionné par les écrivains du premier ordre -, ils abandonnèrent l'honneur de cet essai aux plumes élégantes et gracieuses des La Suze et des Deshoulières , des Racan et des Benserade , qui trouvèrent de digues émules de leurs aimables talens dans Segrais et Boursault , Pavillon et Vergier, mais surtout dans La Fare et Chaulieu , ces deux favoris des Muses, si dénués de mélancolie, mais si riches de ce genre d'esprit, d'insouciance ou de gaieté , que nos écrivains du jour appelleraient la philosophie du plaisir.

En se rapprochant , autant qu'il est possible , des charmes de la poésie dans des ouvrages qui peignent avec décence les tendres émotions du cœur, vous voyez des plumes élégantes et pures entre les mains des La Fayette , des Scudéry et des La Sablière ; celle de Me. d'Aulnoy trace des esquisses qui sont encore les originaux de tant de jolis contes, tandis que Mu. de Sévigné écrit ses lettres pleines de charmes , et qu'un naturel inimitable embellit de ce genre d'intérêt que les grâces mettent à l'abri des injures du temps (i).

(i) « Mme. de Scvigné, avec des lettres écrites au hasard , a fait , sans y penser, un ouvrage enchanteur. Dans son style plein d'imagination , elle crc'e presque

L'éloquence, à son tour, attire vos regards sur des modèles dans tous les genres. Vous reconnaissez comme les représentants de tant d'hommes célèbres qui l'ont illustrée, les Lamoignon et les Bourdaloue , les Talon et les Fléehier, les Séguier et les Mascaron , et cet Olivier Patru qui joiguit à ses talens oratoires le genre de travail qui lui valut le nom de Quiutiiien français.

Déjà vous apercevez le faite de ce temple de la Renommée , où vous allez voir Louis XIV tout rayonnant delà gloire que réfléchissent sur lui les hommes illustres dont il honora le mérite. C'est dans le rapprochement de la puissance avec le génie , qu'il est eu effet majestueux et grand. Franchissez , en suivant ceux que je viens de vous nommer, ce beau péristyle qui se présente à vos yeux; entrez dans cette superbe rotonde , semblable à celle dont Raphaël conçut la noble architecture pour y placer tous les

une langue nouvelle. Elle jette, à tout moment , de ces expressions que l'esprit ne fait pas , et qu'une âme sensible peut seule trouver. Elle donne aux mots les plus communs une physionomie et une âme. Tous ses tours de phrase sont des mouvemens abandonnes, et qui n'en ont que plus de grâce. Les momens qu'elle peint se fixe sous son pinceau , et on les voit encore. Comme elle s'accuse, se loue , se plaint ! Comme sa joie est douce, et sa tristesse a de charmes! Comme elle intéresse toute la nature à sa tendresse ! S'il y avait un rtre qui ignorât ce que c'est que sensibilité, à peu près comme il y a des aveugles et des sourds de naissance, et qu'on voulût lui donner une idée de cette espèce de sens qu'il n'a pas , il faudrait lui l'aire lire les lettres de Mme. de Scvigné. »

Thomas, Essai sur les éloges.

grands hommes de l'école d'Athènes : voyez sur les estrades qui soutienuentle trône du monarque , d'un côté Bossuet et Fénélou , Corneille et Racine , Boileau, Molièic, Quinault et La Fontaine; de l'autre, ces hommes illustres et ces héros que le génie conduisit à la gloire , Turenne et Colbert, Louvois et Condé , \illars et Catinat, Yauban et Vendôme, Duquesne et Tourville,Duguav-Trouin et Jean Bart : au milieu d eux, Louis À I\', dont les regards dominent tous ces grands hommes ; son sourire encourage les beaux-arts , et ils ne produisent que des chefsd'œuvre. La peinture lui montre Le Poussin , Le Brun , Mignard , Boulogne , La Fosse , le Sueur et Jouvenet •, la sculplure , Girardon , Pujet, Coysevox et Coustou-, la gravure, Audran et Sébastien Leelerc-, l'architecture, Perrault , Mansard et Blondel. Tous les talens sont frères, et tous ces grands artistes sentirent et apprécièrent le mérite des Lulli et des Campra , qui faisaient renaître la musique en France , tandis que Le INôtre lui donnait le plan du plus beau jardin de l'Europe , et peut-être de l'univers.

Si vous cherchez la cause qui rendit si brillante cette époque héroïque et littéraire de la France sous un prince qui la gouverna pendant un demi-siècle , vous la trouverez dans ce peu de mots : Louis Xl\ sut deviner le génie , encourager les talens , honorer tous les arts -, il n'accorda sa confiance qu'à la vertu , ses faveurs et son estime qu'au vrai mérite, et il trouva le moyen de tellement s'attacher la gloire . qu'elle ne l'abandonna , ni dans sa vieillesse , ni dans ses revers.

Représentez-vous maintenant plusieurs ave* nues à la suite de ce Panthéon littéraire , et toutes aboutissant à une immense galerie dans laquelle vont se placer successivement les savans , les hommes célèbres , les écrivains distingués qui ont partagé le brillant héritage du siècle de Louis XIV , et qui forment l'histoire littéraire du xvnie. Plusieurs de ceux qui survécurent à ce grand prince, conservèrent, sous la régence, les principes sages et la tradition du bon goût, qui bientôt ne se trouva plus d'accord avec les moeurs et les opinions du temps ; ils semblent appartenir également à l'un et à l'autre siècle : tels sont Massillon , Louis R.acine, J.-B. Rousseau , La Motte , Fontenelle , et beaucoup d'autres.

Mais avant d'entrer dans ce musée où nous verrons tous les hommes célèbres qui ont maintenu , d'une manière encore assez brillante , la supériorité de la littérature française , et qui , dans les sciences , ont fait faire de nouveaux progrès à l'esprit humain , considérons ceux que l'enthousiasme et peut-être l'émulation produisirent chez les nations contemporaines dans le xvine. siècle, qu'il nous reste à parcourir : ceci nous servira d'introduction à la dernière époque de la littérature française.

Quelques rayons de la vive lumière qui brillait alors en Europe, pénétrèrent jusque dans l'Asie et dans l'Amérique. On vit naître des sociétés savantes à Batavia et à Philadelphie, et les noms de Davila, de Claviger , de Moline et de Franklin , les ont rendues célèbres.

La Russie, jadis regardée comme barbare, vit

s'élever l'académie de Saint-Pétersbourg , dont les mémoires sont maintenant l'un des plus riches recueils que les savans aiment à consulter ; elle a d'ailleurs pour but la perfection de la poésie, de l'éloquence et des arts. Lomonosof, Platon , Soumarocof et Scliovalof ont donné d'heureux essais , que la culture et l'étude des bon» modèles peuvent perfectionner encore.

Les voyages de Pallas , et ses profondes connaissances en histoire naturelle feront honneur à son pays. En Suède, les académies dXpsal et de Stockholm s'honorent des noms célèbres de Wallerius et de Linné -, de celui-ci surtout , qui soumit toutes les productions du globe terrestre à sa méthode , comme Newton avait soumis tous les mouvemens célestes à .son calcul.

L'Espagne continue de se distinguer par des ouvrages savans en mathématiques, en physique, en histoire naturelle, tels que ceux de Feijoo, de Juan d'Ulloa , d'Urtega ; en philosophie et en littérature, par ceux de Luzan , de Montiano , de Perez Bayer , des Maians , des Moédans ; et l'histoire de la poésie espagnole est complétée par Joseph Vélasquez etSarmiento. La première moitié du xvine. siècle n'a pas produit un seul poète espagnol qui mérite d'être cité : mais la seconde vous dédommage en vous montrant Thomas Yriarte, dont les fables rappellent la grâce et la naïveté de notre La Fontaine ; et Juan Melendez Yaldès , le Théoeritc et le Tibulle moderne de l'Espagne : ses églogues et ses poésies pastorales sont un modèle de délicatesse et de cette vérité de sentimens qui fait le principal mérite de ce genre.

La Hollande donne le jour à trois grands liom-

mes , auxquels elle doit la plus grande partie de sa célébrité littéraire ; s'Gruvesande, Musschenbroeek et Bocrhaave.

Les têtes allemandes , que de laborieuses et patientes méditations endurcissent à la science , multiplient les ouvrages qui l'étendent ou l'enrichissent. Stahl se rend célèbre en médecine et en chimie ; Albert Schu1 tens , dans les langues orientales -, Jean Fabricius et P. Rurman , par leurs savantes recherches sur les auteurs grecs et latins ; Christ. Wolf , par ses profondes connaissances en philosophie et en droit public, Laurent Moshcim, par l'ingénieuse conception d'un système intellectuel ; Winckelmann , par un ouvrage classique sur les beauxarts 5 Euler enfin , par les lumières qu'il répandit sur les hautes sciences , et par les hommages que lui rendent tous ceux qui les cultivent.

Un autre temps dira tout ce qu'elles doivent et tout ce qu'elles devront encore au savant Humboldt, dont le zèle infatigable et une prodigieuse sagacité leur donnent l'espoir d'accumuler des conquêtes qui deviendront le patrimoine de la postérité.

La philosophie du célèbre Kant et les commentaires de ses nombreux sectateurs ne laisseront peut-être pas des traces aussi brillantes. L'Allemagne et tous ses cercles rendront justice aux travaux immenses des nombreux écrivains dont le savoir inouï et les facultés^b/zï vraiment peur, selon l'expression de Mad. de Staël (1) : ou reconnaîtra avec plaisir dans Schiller, Muller

(1) Dans son ouvrage sur la littérature et la philosophie en Allemagne , 5 vol. *«-80.

et le baron Hormayr , dos historiens profondément instruits : dans Herder et W. Schlegel , des

critiques et des littérateurs du premier mérite • dans Haydn et Mosart , des musiciens célèbres et des compositeurs du premier ordre : mais la poésie s'enorgueillira d'avoir vu ses charmes se rajeunir sous les couleurs touchantes et naïves des Hagedorn , des Kronegh , des Kleist , et surtout des Haller , des Gessner , des Klopstock et des Lessing. Le genre dramatique et celui des romans présenteraient encore une liste plus nombreuse dont se remplissent les fastes littéraires de l'Allemagne : mais , d'après une réputation bien établie dans le pays sur des productions très-abondantes et très-variées , telles que celles de Gellert , de Goethe , de Claudius et de Richter , je dois vous nommer Wieïand, chargé de vous représenter tous les littérateurs de sa patrie, comme Voltaire, auquel on a jugé à propos de le comparer, pourrait vous représenter tous les littérateurs de France.

Portons maintenant nos regards sur l'Italie, cette terre classique des talens et des arts , où le repos du génie l'a fait changer de direction , eu l'appliquant de préférence au genre sérieux des sciences, de l'histoire , de la politique et de la haute littérature. Le nombre en est grand : mais l'estime que dispense une renommée bien établie , distingue à vos yeux Maraldi , Bianchini , Marsigli , profondément versés dans les mathématiques et l'astronomie ; Giannone et Muratori , élégans et laborieux historiens , modèles si heureusement imités par le savant Deniua 5 Apostolo Zeno , Quirini , Gravina, Zanotti , Algarotti, qui se disputent entre eux le prix do

l'érudition la plus variée ; Passeri et Pacciaudi, dont les recherches cuiieuses s'appliquent à la critique et aux antiquités -, Filanghieri , l'un des plus célèbres publicistes de ce siècle,- Tiraboschi, le plus étendu et le plus exact appréciateur des productions littéraires de l'Jtalie ; Beccaria dont le Traité des délits et des peines a été traduit dans toutes les langues comme un hommage à la justice et à l'humanité 5 puis une foule de savans, dont les études et les observations ont si rapidement accéléré les progrès des sciences naturelles. À leur tète vous voyez l'illustre Yallisnieri , et sur ses traces , Fontana , Scopoli , Volta , Spallanzani , Malacarne , enfin Galvani avec Aldini son neveu , dont les précieuses découvertes, perfectionnées par l'expérience, pourront devenir un jour une source de bienfaits et de soulagement pour l'humanité souffrante.

Ce zèle pour l'accroissement des connaissances dans un genre scientifique ne fait qu'amortir, sans l'éteindre, le goût national, qui se porte toujours vers l'art dramatique, la musique et la poésie, depuis l'ode jusqu'au sonnet , qui est l'éternelle production du climat.

La poésie , dans le genre lyrique , vous a montré Chiabrera , celui de tous les Italiens qui a su le mieux rendre les grâces aimables d'Anacréon, et suivre le vol hardi de Pindare ; Filicaia , llorentin , distingué par un élan de sentiment patriotique , et par les vers qu'il composa sur les malheurs de sa patrie : dans le genre épique , Alexandre Tassoni , dont l'imagination liante répandit dans son poème du Seau enlevé moins de grâce et de gaieté peutêtre que Carteromaco dans son poème charmant

DE L INSTRUCTION. gi

de Richardet ( Ricciardetto) , le dernier des poèmes chevaleresques dans le goût de l'Arioste ; ajoutons Bracciolini , qui, dans le sien , tourna les dieux du paganisme en ridicule , et donna naissance à ceux de Lorenzo Lippi ( il Mahnantde racquistate) et de Paolo Minucci (il Torrachione desolato) , qui sont du même genre.

La scène italienne vous présente Maflei , célèbre par sa Mérope , première tragédie italienne faite sur le modèle des Grecs ; Metastasio , comme un modèle qu'aucun autre n'a pu imiter 5 Goldoni , qui a presque rendu Plaute et Térence a l'Italie ,■ et cet Alfieri , si abondant , si original , et qui , ne consultant que la nature , s'est rapproché des anciens qu'il n'avait pas lus. Sa haine contre la tyrannie donne une même couleur à toutes ses tragédies , et son ardeur patriotique ressemble à de la fureur. Il fut à plaindre ; il ne faisait pas cas de Racine.

"\ ovez ensuite, dans les genres dillerens de poésie , soit comme originaux , soit comme traducteurs , les Frugoni , les Bondi , les Parini , et, parmi ceux dont les écrits illustreront le dix-huitième siècle , Cesarotti , imitateur d'Homère et très-bon traducteur d'Ossian; Louis Savioli , dont les poésies charmantes rappellent celles d'Anacréon , et \ 'incenzio Monli : je laisse J. B. Casti sous un voile que la décence ne permet pas de lever. \ os regards se porteront avec plus d'intérêt sur les célèbres compositeurs qui ont porté la musique à sa perfection , Pergolèse , Sacchini, Cimarosa, Piccini, Paësiello, et tant d'autres dont le génie, naturalisé en France. \ produit une exaltation dont l'Italie doit s'enorgueillir.

t)2 DK L INSTRUCTION.

En Angleterre t vers cette époque, les hautes sciences furent portées à un degré de splendeur qu'elles n'avaient point encore atteint. Les Mémoires de l'académie royale de Londres , les célèbres universités d'Oxford , de Cambridge , et les Transactions philosophiques , sont des monumens qui l'attestent, en consacrant le nom de ceux qui ont si laborieusement enrichi le dépôt des connaissances humaines. Le plus éminent, sans doute, est iScwton, dont le génie aurait suffi pour enorgueillir deux siècles , et que le dix-huitième peut bien réclamer en partie , puisqu'il n'est mort qu'en 1727. Les mathématiques, la physique et l'astronomie , s'honorent, «près lui , d'avoir été cultivées par Hallcy, Simpson , Haies et Bradley •, la philosophie et la métaphysique , par Bolingbroke, Chesterfield et Wollaston -, l'histoire , par Laurent Echard , Pvoberlson , Goldsmith , David Hume et Gibbon 5 la médecine, par Sydcnham, Wiîlis , Uuchan, Cullen , et l'immortel auteur de l'importante découverte de la vaccine (le D. Jenner); l'histoire naturelle , par Woodward et Priestley ; la chimie , par Cavendish 5 l'astronomie , par lierschel 5 la littérature , par Swift et "Warton*, la poésie enfin, par Congrève , Jean Gay, Young, Macpherson , et Pope, le plus illustre de ceux qui parurent dans ce siècle , et dont l'érudition, le talent et le goût donnèrent à sa pairie deux chefs-d'œuvre, et un Homère anglais qui n'a rien perdu de son antique beauté.

Un succès qui tient à la gloire nationale , a fait distinguer les Anglais parmi tous les voyageurs , et l'Europe a recueilli une foule de con-

naissances des travaux continuels , du zèle infatigable et même des dangers de ces hommes que l'estime publique et que l'humanité honoreront d'une gratitude éternelle. A ces traits, vous reconnaissez les Cook , les Bruce , les Bjron , les Wallis , les Vancouver , les Macartney , les Mackensie , les Ànderson , les JMungo-Park, et tant d'autres dont les recherches, les récits et les aventures disséminent l'instruction avec ce charme de l'intérêt que ne présente aucune autre lecture.

Des goûts moins sérieux pourront donner la préférence à un autre genre , dans lequel le génie anglais a fourni des modèles que la France a peut-être trop cherché à imiter : ce sont les romans ; production de l'esprit frivole en apparence , mais dont la morale pouvait tirer tant de secours , si le respect qu'on lui doit avait toujours eu la préférence sur Fart de s'emparer de toutes les faiblesses du cœur , pour donner aux passious exagérées l'empire du sentiment et de la vertu. Vous excepterez cependant de cette improbation , que les Français ont dédaignée , les productions estimables de Richardson , de Fielding , de Sterne et de miss Burnev : cellesci du moins , offrant une peinture fidèle du caractère et des mœurs nationales , ont l'avantage de prêter au roman les couleurs de 1 histoire, et de présenter , sous l'appât d'un touchant intérêt , d'excellentes maximes et d'importantes leçons.

Nous voici de retour à l'entrée de cette vaste ^'' galerie , où vos regards vont se porter sur les De ,,5 monumens littéraires , les savans et les hommes » 1800.

illustres qu'a produits le dix-huitième siècle. La méthode que j'ai suivie pour les autres m'abandonne pour celui-ci. Deux révolutions littéraires s'y font remarquer : l'une , au milieu même de ce siècle , par l'envahissement de la philosophie moderne , ou du philosophisme , qui lui a donné son nom : l'autre , à la fin , où les orages politiques ont menacé les sciences, les lettres et les arts , de toutes les suites funestes d'un naufrage. Afin de mieux distinguer les écrivains de tout genre qui ont rempli cette dernière époque , nous suivrons , de préférence , l'ordre des temps , en remontant jusqu'à la régence , où les auteurs , relativement à leur âge , semblent appartenir encore au siècle de Louis XIV.

Celui que vous apercevez le premier , tenant le sceptre de la poésie lyrique , est J.-B. Rousseau , dont la renommée a flétri le talent plutôt qu'elle n'a terni sa gloire. Une société religieuse et savante offre ensuite à vos regards quelques favoris des muses latines , que leur génie cultiva de préférence , tandis que d'autres s'appliquent à enrichir la langue française des plus belles productions du siècle d'Auguste et de Périclès. Sanadon et Brumoy , Vanièrc , Commire et Porée semblent préparer la plume brillante du cardinal de Polignac, et 1 encourager au combat qu'il devait si heureusement soutenir contre Lucrèce. Houdar de la Motte, plus estimable peut-être par sa critique judicieuse que par ses talens pour la poésie; Louis Racine, comme vous l'avez vu , et Le Franc de Pompignan, conservent religieusement les principes et le goût du beau siècle de la littérature française ,

de l'instruction. q5

tandis que le célèbre Rollin , Dubos et Fontenelle s'occupent à les propager par des ouvrages judicieux, dont le mérite recueille encore tant d'hommages de la part de ceux qui savent l'apprécier.

Un mérite supérieur distingue Massillon , dont la douce et touchante éloquence néglige toutes les séductions de l'esprit pour ne maîtriser que les affections du cœur, et qui donne d'un ton si noble et si pur à l'enfance des rois ces grandes leçons de sagesse et de justice , que la religion devrait leur présenter toujours comme la morale du trône. Modèle des hommes d'état et des grands dignitaires de la magistrature , d'Aguesseau lègue à la postérité le résultat de ses veilles laborieuses, et laisse dans ses immortels ouvrages l'empreinte profonde de la gravité de son caractère , de la noblesse de son élocution , et de l'austérité de sa vertu. Le genre dramatique était alors porté au degré de perfection dont il est susceptible. Campistron fait d'inutiles efforts pour imiter Racine ; Rcgnard , d'Ancourt et Dufresny marchent plus heureusement sur les traces de Molière. Ils peignent avec autant de gaieté que d'esprit les ridicules et les moeurs de leur temps. Le Sage, leur rival sur la scène comique, les surpasse dans la peinture du cœur humain , et donne à son Gil Blas, avec toute la candeur de la vérité, les grâces piquantes d'un naturel qui semble se jouer des caprices de la vanité et des revers de l'infortune.

Le goût pour les recherches savantes , historiques elji itérai res , ne s'est point affaibli. Le jésuite Daniel refait péniblement l'histoire de

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France ; le savant bénédictin Montfaucon en recueille et en explique les antiquités; J. Lcnfant s'attache à quelques parties de l'histoire ecclésiastique \ Isaac de Beausobre donne celle du manichéisme ; et, tandis que l'abbé deV ci tôt s'occupe , à son aise , des annales de Malte et des révolutions de Rome , de savans et pieux missionnaires, les Parennin et les Duhalde , transportent dans les grandes Indes les connaissances de l'Europe , et nous renvoient , en échange , de précieux renseignemens sur les productions et les moeurs de la Chine. Comptez encore parmi les savans du même genre les Fourmont et les Deguignes , dont les ouvrages sont si utiles pour l'étude des langues de l'Orient ; dom Bouquet , que n'a point elîrayé la difficile collection des historiens de France } et le chevalier de Folard , dont les militaires ne cesseront d'estimer les importantes productions et les commentaires sur Polybe.

Les sciences naturelles vous olTViront Dufay , habile physicien , savant chimiste , et Bourguet , naturaliste d'un grand mérite ; les sciences économiques et la littérature , le bon abbé de Saint- Pi erre , dont le rêve chéri fut la paix universelle ; le P. Niceron, barnabite, dont les volumineux mémoires sont des litres de famille pour tous les hommes illustres de France-, le P. Bougeant , le P. Bouhours et le président Bouhier, également rccommandables par les agrémens de leur esprit, la délicatesse de leur goût et la variété de leur érudition. Les arts enfin vous feront remarquer parmi les peintres , de Trov , Le Moine et Coypel -, et parmi les graveurs , le célèbre Drevet , dont les gravures , si recherchées

encore par les connaisseurs , ont l'inappréciable avantage d'être l'imitation fidèle des tableaux des plus grands maîtres.

En parcourant aussi rapidement les noms de ceux qui , jusqu'à la moitié du dix-huitième siècle , ont eu des droits légitimes à la célébrité , vous pensez bien que plusieurs auront échappé à vos regards ; mais les mémoires littéraires , les notices des hommes illustres , les biographies qui se sont multipliées , répareront amplement une omission qui ne fait aucun tort à leur mérite.

L'Encyclopédie , comme un monument colossal de science et de littérature , s'élève au milieu de ce xvm''. siècle, pour le partager en deux parties, dont la dernière présente, sous plusieurs rapports, un aspect entièrement diliérent de l'autre. Jusqu'alors les savans et les hommes de lettres avaient respecté les limites que la sagesse impose a la curieuse témérité de l'esprit humain } ils s'étaient fait une loi religieuse d'honorer par leur soumission une doctrine que son antiquité et l'adhésion de tant de beaux génies rendaient plus respectable encore, et sur laquelle étaient également appuyées les bases de l'autorité légitime et de la félicité publique. Ils écartèrent de leurs études toutes les recherches oiseuses qui n'auraient pu que les embarrasser dans la route qu'ils se proposaient de parcourir*, ils voulaient instruire et plaire, sans faire des prosélytes et des enthousiastes. Le désir de propager des opinions nouvelîcs, un zèle violent pour les répandre, déguisé sous le spécieux prétexte d'accroître les lumières et de faire triompher la raison humaine, trop long-

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temps captive sous la tyrannie des préjugés, changèrent subitement l'esprit de ce siècle. 11 se fit alors une telle refusion de l'opinion sur les mœurs et des moeurs sur l'opinion, que leur mélange aurait pu embarrasser l'observateur le plus habile et le plus profond politique. Toutefois le vulgaire ébloui prenait cette effervescence pour le progrès des lumières , et ne s'apercevait pas qu'on remplaçait par le fanatisme philosophique le fanatisme religieux , qu'il repoussait avec horreur.

Bayle , qui écrivait encore sous les dernières années de Louis XIV, fut le premier qui employa une vaste érudition à étayer le doute , et provoqua l'incertitude pour ébranler toutes les opinions. Le philosophe centenaire dont l'existence s'était partagée entre l'un et l'autre siècle, Fontcnelle , n'est pas exempt du reproche que méritent ses attaques indirectes contre des vérités d'un ordre supérieur, et son apathique insouciance pour les autres.

Des hommes d'un génie plus étendu et d'un caractère dominateur et turbulent achevèrent un ouvrage dont d'astucieuses combinaisons avaient dirigé le plan. D'Alenibcrt en prépara la fastueuse dédicace par un discours préliminaire , dont le mérite est indépendant de la vaste compilation qu'il précède. Le compas géométrique y renferme toute la méthode qui ne devait plus se trouver dans cette informe production. Diderot, moins savant, mais littérateur plus impétueux , rassemble des travailleurs de tout état, des écrivains de toutes les classes, devient l'ardent prédicateur de cette croisade philosophique , et , de toutes ces tètes de diiîérens

avis, de principes opposés , forme une légion cpie sa masse entraine, et qui devient également effrayante pour la saine littérature et pour la sagesse du gouvernement. Dans le nombre de ces écrivains, vous en remarquerez cependant quelques-uns d'un ordre supérieur , et dont les ouvrages ont recueilli l'honorable estime que cette association n'a point détruite. Tels sont ceux de Dumarsais , qui a si habilement développé les principes et les richesses de notre langue.

Bientôt vous verrez se développer avec vigueur les germes répandus dans cet amas confus d'élémens étrangers , réunis sans ordre et sans choix ; et des écrivains qui pouvaient préLendre à la célébrité par leur science profonde , sacrifier l'estime qu'on devait à leurs talens sur l'autel d'une fallacieuse philosophie, et venir y déposer un hommage que la sagesse réfléchie et la religieuse vénération de nos pères avaient toujours réservé pour de plus dignes objets. Parmi les sectateurs dune doctrine nouvelle, qui ne paraissait hardie que parce qu'elle n'était pas encore devenue populaire, vous remarquerez Boullenger , Condorcet , Raynal et quelques anonymes , dont les systèmes , poussés à l'absurde , inspirèrent de la défiance et donnèrent l'alarme sur un danger dont le secret se voilait sous la trompeuse apparence du libre développement de la raison et de l'esprit.

Quelque temps avant cette révolution littéraire , dont l'empreinte est si profonde dans nos annales, un homme qui devait en accélérer la inarche, ..un de ces êtres privilégiés que la nature , en naissant , combla de ses plus beaux

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dons , s'éleva , sur les ailes du taleut et du génie, à une telle hauteur , qu'il sembla dominer tout le siècle , et réunir tous les rayons de la gloire littéraire qui pouvait l'illustrer. A ces traits vous reconnaissez Voltaire , qui , depuis les palmes dont se décora sa jeunesse jusqu'aux couronnes qui honorèrent sa lomhe, oflrit constamment l'image d'un prodige dont les siècles précédons n'avaient point fourni le modèle, Non le plus savant , non le plus sage , il fut le plus universel des hommes de lettres ; il en eût été le plus grand, si la condamnable licence de quelquesuns de ses ouvrages, la triste ambition d'èire un chef de secte, et la trop vive sensibilité de son âme , n'eussent déprimé quelques traits d'un si beau caractère. La poésie dans tous les genres, l'histoire, l'éloquence, la littérature tout entière, s'enrichirent, sous sa plume , de cette grâce d'esprit, de cette variété de tons et de couleurs , de cette abondance élégante et facile , de cette finesse de pensées , de ce charme de style en un mot, qui n'appartiennent qu'à lui. Une supériorité aussi décidée exalta l'émulation, qui n'obtint que quelques portions de sa gloire en lui laissant tous les honneurs de la célébrité. Et cependant , au sein de l'immortalité, le poids d'une accusation terrible s'appesantira sur sa mémoire. Il a rendu populaires les principes philosophiques qui o\\l préparé \& révolution, et ce sont eux qui l'ont faite (i).

(1) Ceci s'accorde parfaitement avec ce qu'écrivait Chamfort, l'un de ses plus fervens prosélytes, le 6 août 1790 , dans le Mercure de France : « C'est la peuv sée des sages qui prépare les révolutions; c'est le » bras du peuple qui les exécute. »

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Les genres variés qu'il avait cultivés avec tant de succès , laissaient encore à recueillir quelques lauriers , qui devinrent le partage de ses contemporains , dont l'ambition devait se contenter d'une moins brillante fortune. Vous les voyez se grouper autour de lui et se placer sur les degrés du trône littéraire , où l'équitable postérité, malgré les vives atteintes de la critique, lui laisse la pleine jouissance de presque toutes ses conquêtes dans l'empire des lettres. Aucun d'eux ne lui disputa la palme de l'épopée : Melpomène, après lui t vous nomme Crébillon et Guimond de la Touche , Lemière , Ducis et de Belloy : Tbalie vous indique Piron , Gresset , Boissy , Marivaux etLegrand , Destoucbes et La Chaussée-, puis, dans un genre plus léger, Collé, Saint-Foix, Pannard et Yoisenon.

L'art plus heureux , peut-être, de plaire, d'amuser ou d'instruire par des productions fugitives, ou se multiplient les grâces fines et délicates du sentiment et de l'esprit , vous désigne Bernard et Dorât , Desmahis et Malfilâtre , Saint- Lambert et Colardeau , Florian et Berquin } tandis que la malignité piquante et la critique austère vous laisseront entrevoir Palissot , et Gilbert dont la mort prématurée nous priva d'un Ju vénal. Dans l'art ingénieux de soumettre aux lois du rhylhme et de la mesure les plus brillantes conceptions du talent et du génie , Voltaire ne laissa qu'un successeur , et ce successeur fut Jacques Delille. Si l'on conteste , avec trop peu de justice peut-être , un plus haut mérite à ses ouvrages, ils prouveront du moins jusqu'à quel point , dans notre langue , une plume féconde , «légalité et facile , peut porter la souplesse et

]vs ressources qu'on avait méconnues avant lui.

Emule de Voltaire et son rival de gloire dans une plus noble carrière, Montesquieu envahit l'auguste empire des lois. Une imagination riche et brillante avait égaré ses premiers pas sur les traces d'une philosophie mensongère, que la mode recouvrait de toute sa séduction. Un long travail, des méditations profondes, d'utiles voyages, lui offrirent, sur l'organisation sociale, fies principes plus lumineux et mieux combinés. 11 les répandit sur les nations , comme le soleil répand ses rayons sur celles qu'il éclaire , et donna son Esprit des lois, ouvrage immortel comme le génie qui le dicta , et la sagesse qui le conçut. La même inspiration lui suggéra ces considérations savantes sur la grandeur et la décadence des Romains; production aussi belle qu'insuffisante pour le bonheur de l'humanité. Eh ! qui pourra se flatter de donner un préservatif contre les révolutions, quand les réflexions et les avertissemens d'un aussi grand homme n'ont point empêché la nôtre ?

Quelques écrivains se distinguent après lui. Ils discutent les meilleures formes de gouvernement, calquées sur les principes abstraits de l'économie politique, et se trouvent souvent fort embarrassés lorsqu'il s'agit de réduire en pratique la théorie de leurs systèmes. D'autres, tels que Mably , Duclos et Necker, saisissent un point de vue différent ; ils s'occupent de la législation et des moeurs dans les rapports qu'elles peuvent avoir avec l'ordre public : le dernier du moins veut bien que la religion v entre pour quelque chose. Mais l'ouvrage le plus estimblc sur cet important objet, est celui

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de la Législation primitive , par M. de Donald , et son mérite, long-temps atténué par le mouvement et la discordance des opinions, doit reprendre aujourd'hui tout l'éclat qui leur appartient.

Des écrits sur cette matière si délicate rendent J. - J. Rousseau également malheureux et eélèhre. Le feu qui brille dans ses regards coule de sa plume éloquente et se transmet à tout ce qu'elle trace. Enfant de l'enthousiasme et dupe de son esprit, il se voue à la vérité, dont l'erreur lui présente le fantôme, et , toujours médisant de la fortune et de la gloire, n'est abandonné de l'une que pour être comblé des faveurs de l'autre. Son âme fut sublime comme ses talens \ sa tête ne put tenir contre les orages de son cœur et les accès de sa misanthropie : mais nul auteur ne plaida plus éloquemment la cause de la vertu , ne mit dans ses ouvrages plus de chaleur , de verve et d'originalité, enfin plus de ce charme que répand sur la langue française l'art d'en employer toutes les richesses et la douce énergie, sans affecta lion et sans effort. Ses paradoxes lui firent de nombreux adversaires, ses inconséquences de^olens ennemis : mais la séduction de son style ne lui laissa que des admirateurs (i).

(i) Cet éloge toutefois ne peut lui appartenir que sous le rapport du beau talent dont on doit regretter Qu'il n'ait pas fait un meilleur usage; car, maigre le faste de son épigrapbe, Vitam impendere vero , on est qbligé de convenir que, pour tout ce qui tient à la religion, à la morale et au bon ordre de la soeiété , il a renouvelé plus de systèmes dangereux que propagé de vérités utiles.

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Le grand écrivain ressemble au grand peintre, c[ui cherche dans la savante harmonie des couleurs le principal effet du tableau qu'il compose . et qui rend avec toutes les grâces et toute la vérité de la nature une imitation parfaite des beautés qu'elle offre à son génie. Tel fut l'art de Buffon : il conçut le vaste projet de représenter sous des traits fidèles le magnifique ensemble de tous les êtres doués de l'organisa tion et de la vie, de les animer une seconde fois par le feu de son talent comme le créateur les avait animés par un seul ordre de sa toutepuissance : de classer les immenses richesses du globe , d'en combiner les élémens , d'en sonder les mystérieuses profondeurs ; en un mot , d'en tracer l'histoire depuis l'homme jusqu'à l'insecte , et depuis le grain de sable jusqu'à la masse de granit qui s'élève sur les Alpes ; et ce tableau fut sublime pai'ce que son style fut noble , imposant , majestueux , comme les objets qu'il voulut peindre, et qu'il sut en varier la nuance comme la nature varie l'expression de ses ouvrages. Yous ne trouverez chez les anciens et les modernes , aucune composition littéraire qui puisse être mise en parallèle, soit pour le fond , soit pour la forme , la grandeur et l'éclat , avec Y Histoire naturelle de Buffon -, et ce que la critique a pu trouver de défectueux dans la partie systématique de ce bel ouvrage, ne fait aucun tort à sa gloire , car ses erreurs sont celles du génie.

Ce monument d'un travail parfait, élevé par le goût à l'honneur des sciences naturelles , servit de point de ralliement à toutes les autres qui y correspondent , et sembla présager les

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heureux progrès de celles-ci dans cette époque du xvnie. siècle , si féconde pour elles. JN'ous v reviendrons lorsque nous aurons jeté un coup d'oeil sur les érudits et les littérateurs contemporains qui s'y sont distingués.

Remarquez , dans ce vaste laboratoire , tous ces hommes d'un talent ou d'un genre d'espri t diiFérent , livrés à des occupations diverses , et dont la constance laborieuse n'est soutenue que par l'espoir de la célébrité.

Helvélius , dans un livre où l'on croirait qu'il n'a voulu mettre que de l'esprit, veut établir toute la morale sur l'organisation physique; Contlillac, recherchant, comme tant d'autres , et avec aussi peu de succès , la nature du lien mystérieux qui unit le corps avec l'âme prétend expliquer les opérations de celles-ci par la théorie des sensations ; Bonnet développe celte théorie pour y chercher la connaissance intime de l'homme , et trouve dans la contemplation de la nature , sous la conduite de la religion , des lumières que la métaphysique lui refuse; Toussaint et Duclos écrivent sur les mœurs avec plus de finesse pour en développer l'influence , que de zèle pour les corriger ; Yauvenargues , d'une plus douce et plus aimable philosophie , traite le même sujet avec autant de goût que d'esprit et de grâce : il vous laisse plus de pensées qu'il n'en exprime ; c'est Bacon revêtu du style de Voltaire.

D'autres objets, où la méditation prend moins de temps que pour les recherches laborieuses, offrent au goût pour l'étude les fleurs choisies de l'érudition. '^ ous reconnaissez le savant abbé Barthélémy terminant avec le plus

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heureux succès sou Voyage d1 si n a char sis , et répandant le coloris de l'Albanesur l'intéressant

tableau des mœurs, des talens et de la littérature de l'ancienne Grèce , d'Anville , traçant, a\ee une exactitude qui tient du prodige, la géographie de l'univers , ouvrage précieux dont un nouvel éditeur très-instruit (M. De Manne, possesseur de ses cartes devenues classiques) doit bientôt faire jouir complètement l'Europe savante ; le baron de Sainte-Croix , dont la profonde et judicieuse critique développe les mystères de l'antiquité avec cette lumineuse sagacité qui en rectifie l'histoire ; Anquetil , savant orientaliste qui nous transmet , après vingt ans de recherches et d'études , les livres sacrés et religieux de l'Inde; Villoison, le plus célèbre helléniste ; et Larcher, dont les veilles laborieuses nous procurent une traduction si correcte et si désirée d'Hérodote ; du Theil , enrichissant notre langue des beautés de Callimaque et d'Euripide; Brumoy, faisant hommage à la scène française de presque tout le théâtre des Cirées ; le savant président de Brosses , restaurant Salluste avec le style des premiers écrivains de Rome, et pénétrant avec une étonnante facilité l'obscure origine du langage , pour en découvrir le mécanisme ; Rochelort et îiiiaubé , donnant àl'envi d'élégantes traductions d'Homère , Mongault et d'Olivet , faisant passer dans la prose française l'harmonie du style et l'abondance de Cicéron ; Desfontaines imitant Virgile , et Delille s'identifiant avec lui -, Dotteville et la Bletlerie , traduisant Tacite , et laissant à Dureau de Lamalle l'espoir de faire mieux encore ; une foule de littérateurs implorant tout

l'esprit, toutes les gràees , tous les sucres d'Horace, et les abandouuant aux soins du comte Daru, dont le talent supérieur devait s'en emparer dans une traduction en vers qui a réuni tous les suffrages. Ovide , complété par Bayeux, reparait sous la plume de Saint -Ange; l'Arioste, sous celle du comte de Tressan 5 le Tasse , sous celle de Lebrun ; le Dante, sous celle de Rivarol; et Milton, sous les pinceaux riches et brillans qui tracèrent le poème de V Imagination.

L'art d'écrire en prose et en vers avec tant de correction et d'élégance ne dut pas moins ses progrès à l'imitation des bons modèles du siècle de Louis XIV, qu'au travail délicat et profond de plusieurs hommes de lettres sur les propriétés du style et les valeurs synonvmiques dout la laugue française pouvait enrichir ses expressions. DOlivct en découvrit la prosodie 5 Dumarsais en symétrisa les ornemens -, Girard et Pioubaud en distinguèrent les nuances délicates et d'excellens ouvrages sxir la rhétorique et la grammaire , en fixèrent la clarté , l'élégance et la précision.

L'éloquence avait eu ses préceptes , qu'une critique sage et judicieuse avait consacrés. L'impuissance d'égaler tant d'écrivains du premier ordre qui avaient brillé dans la plus noble carrière , ouvrit une autre route , où l'affectation et la recherche de l'esprit finirent par égarer le goût. Les pensées devinrent si fines , qu'on eut

Feine à les saisir, ou même à les apercevoir; élévation s'échangea contre l'enflure, et l'on convint de, trouver tout sublime , hormis ce qui serait simple et naturel. C'est ainsi qu'enor-

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gueillie de ses succès, et toute surchargée de couronnes académiques , l'éloquence française se présenta pour proclamer les éloges des hommes illustres dont elle voulut consacrer la mémoire. Le temps ne me permet pas de vous nommer les nombreux disciples que cette nouvelle école a formés ; et ce caprice littéraire fut de trop peu de durée pour arrêter plus long-temps vos regards.

L'éloquence de la chaire se défendit mieux contre l'influence du bel esprit et du mauvais goût. Fénélon , avec toute la modestie du vrai mérite, avait tracé les préceptes de l'éloquence sacrée ; des orateurs d'un grand talent surent les mettre en usage. Griffet, La Rue, Beauregard , l'abbé Poule , peuvent être cités comme des modèles de ce genre , et les discours des évoques de Senez et de Lescar resteront en regard avec les compositions d'un siècle plus illustre; comme on voit , dans nos tnonumens sacrés , les tableaux des La Fosse et des Jouvenet arrêter encore l'attention et fixer les yeux qui viennent d'admirer Raphaël et les Carraches.

Une autre carrière , où l'estime distribuait aux talens supérieurs les palmes de la renommée, fut parcourue avec assez d'éclat. Cochîn et Gerbicr s'emparèrent de celles du barreau ; et l'éloquence qui retentit dans son enceinte, reprit sa dignité, sa véhémence et sa chaleur dans les discours des Joly de r leurv , des Séguier , des Monclar , des Servan et des La Clialotais.

Les branches les plus importantes de la littérature étaient parcourues : elle attendait une main habile qui sut en réunir les principes et soumettre ses élémens aux lois de la raison et du

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bon goût, sous l'autorité d'une saine et judicieuse critique. Batleux en indiqua la source ; Marniontel en développa les préceptes , et La Harpe , dans son Cours de littérature , en déploya les richesses avec cette sagacité brillante qui semblait lui donner, en analysant un chefd'œuvre , tout le talent qu'il eût fallu pour le produire. Je vous citerais comme l'introduction à ce bel ouvrage , le Tableau historique de la littérature des anciens, par Mad. Yictorine de Chastenay, si l'époque à laquelle a paru cette composition d'un mérite si distingué , se trouvait renfermée dans les limites du siècle que nous parcourons.

Avant ces importans écrits, où se trouve le foyer de lumières qu'uue impartiale et sage critique aurait toujours dû répandre, vos regards auront pu distinguer des auteurs occupés de ce genre de travail que la plume de La Harpe et de Marmontel n'a point dédaigné. Le Journal des Sauans , imaginé par le président de Sallo , présentait un modèle dont la littérature s'empara pour former ses annales. L'abbé Goujet rédigea sa Bibliothèque française ; Desfontaines , ses Observations sur les écrits modernes; Fréron , son Année littéraire ; les deux Clément , quelques morceaux de critique pour lesquels on a conservé de l'estime \ et le Mercure , dans sa décrépitude , laissa son obscur patrimoine «à de nombreux héritiers qui devaient faire une plus brillante fortune. Toutes ces productions éphémères ne peuvent remplacer , ni les savantes recherches des bénédictins sur l'histoire littéraire de la France^ ni les Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et de Du Verdier ; mais elle»

ont peut- être donné naissance à quelques bons mémoires littéraires, tels que ceux de Palissot, les trois Siècles de la littérature par l'abbé Sabatier de Castres , et n'ont point obtenu la préférence sur les Mélanges tirés d'une grande bibliothèque par M. de Paulmy , dont l'érudition vaste et choisie doit attacher également l'intérêt et l'estime à cette volumineuse collection.

C'est maintenant sur les écrivains qui se sont occupés de l'histoire, de la chronologie et de toutes les recherches qui s'y rapportent , que votre attention va se porter. "S ous voyez, sur les traces du savant Manillon, ses laborieux confrères déchiffrer les antiques diplômes, les chartres gothiques, et publier cet -^/t de vérifierles dates , si utile par sa précision ; prodige de patience , que l'amour obstiné de l'exactitude pouvait seul obtenir. D. Calmet, si célèbre par ses savantes dissertations sur la Bible , et D. Vaissette , non moins connu par son immense érudition , répandent de nouvelles lumières sur l'histoire universelle et la chronologie. Saint-Foix recherche les antiquités de Paris , et disserte sur les origines françaises , tandis que , dans ses intéressans mémoires , La Curne-Sainte-Palaye fait revivre les mœurs et les usages de l'ancienne chevalerie. Velly refait l'histoire de France sur un plan pins étendu que celui de ses prédécesseurs*, Villaret et Garnier la continuent -, Hénault en donne l'a- ! brégé , et Millot , les élémcns , ainsi que ceux do l'histoire générale et de l'histoire d'Angleterre \ Anquetil écrit X Esprit de la ligue et Y Intrigue du cabinet; Gaillard retrace les événemens du siècle de Charlemagne et de François Ier. Levesque fait l'intéressant tableau de la Russie;

Rulhièrc , celui de la Pologne ; et vous voyez une suite d'écrivains s'oceupant , en masse ou en détail , de l'histoire de nos rois , de nos anciennes provinces , et même de nos villes les plus importantes et les plus célèbres.

Tels sont , parmi les principaux écrivains de ce genre, ceux que l'ou peut distinguer dans la foule qui se présente , et dont les meilleurs historiographes , tels que M. iVloreau, nous indiqueront suffisamment le nom et les ouvrages. V ous les verrez classés d'une manière plus spéciale dans la Méthode pour étudier l'histoire, de Lenglet du Fresnoy , et plus récemment encore , dans les Entretiens sur les sciences, de M. Deleuze : ouvrage intéressant, que Fauteur semble avoir destiné surtout à ceux qui veulent ajouter à ce genre d'instruction toute l'utilité dont il est susceptible.

L'histoire s'associe volontiers avec les voyages ; les écrivains qui les ont rédigés sont aussi nombreux et aussi variés que les différentes contrées qui en sont l'objet. Vous en ferez à loisir la revue dans une Bibliothèque des voyages en six volumes , où vous pensez bien que le moins important trouve sa place. Vous en conserverez une sur vos tablettes , pour les collections qu'ont données Prévôt , La Porte et La Harpe. Après avoir distingué tous ces voyageurs qui , depuis le milieu de ce siècle, ont prodigué les connaissances qu'ils avaient acquises en parcourant le monde , vous rendrez hommage à Bougainville , qui en a fait le tour -, à ces intrépides savans qui s'exposèrent à mille dangers pour satisfaire le désir bien innocent de connaître la figure de la terre-, à Maupertuis , Clairaut, Camus et Le

Monnier , s'enfonçant dans les glaces de la Laponie , tandis que La Condamine, Bouguer et Godin bravent les feux de la zone torride pour arriver à un résultat qui laisse encore quelque incertitude; au célèbre La Pérouse, dont les sciences ont déploré la destinée , ainsi qu'à l'intéressant et malheureux Péron , aiïrontant les dangers de la mer du Sud et les récifs de la Nouvelle- Hollande 5 au laborieux Adanson , à l'infatigable Anquetil , qui pénétrèrent , l'un dans le Sénégal , et l'autre dans l'Inde ; à Le Vaillant, explorant l'Afrique encore inconnue \ à Yolney, restaurant l'intéressant tableau de l'Egypte ; au baron de Tott , initié dans tous les secrets de l'empire ottoman 5 au comte de Choiseul-Gouffier , illustrant la Grèce sous l'égide savante de la critique et du goût ,• à beaucoup d'autres encore qui , comme M. A. de Laborde dans son récent Itinéraire d'Espagne et dans la riche description de ses plus beaux monumens , ont joint à l'étendue et à la variété des connaissances toute la séduction du style et tous les charmes de l'intérêt.

La série des sciences nécessaires aux navigateurs , aux antiquaires , aux naturalistes , à tous ceux qui devaientporter sous des latitudes éloignées les connaissances et les arts de l'Europe ; celte série, dis-je , va vous offrir la réunion des hommes célèbres dont le mérite, dans la balance du xvmc. siècle , peut seule établir sa supériorité sur le précédent.

Suivez avec moi les occupations diverses de quelques-uns seulement de ces hommes utiles et laborieux dont l'Europe savante estime les ouvrages. Montucla donne Y Histoire des mrt-

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thématiques , récemment complétée par L. Bossu tj et des premiers élémens remontant jusqu'aux divisions transcendantes , on les voit iivdiquer les traces qu'ont si glorieusement prolongées les Bouguer, les Clairaut , les d'Alemfcert , les Bélidpr et les Prony : toutes les profondeurs de la géométrie sont abordées dans les savaus ouvrages des Legendre et des Lacroix , des Laplace et des Lagrange.

L'illustre et infortuné Bailly écrit Y Histoire de V astronomie ancienne et moderne , et l'embellit de ce style élégant et correct que les savans avaient trop négligé jusqu'à lui. La science qui avait pris de grands accroissemens par les travaux ingénieux de Cassini , de Lacaiîle , de Chappe , de Camus , de Rochon , de Le Gentil , de Le Monnier, en prit de nouveaux et de plus brillans encore par ceux de Lalande et de Lambert , de Méchain et de Delambre. L'astronomie ne pourra que s'enrichir encore par les observations et le zèle soutenu des Messier, des Bouvard et des Arago.

Ici vous voyez Regnault et Nollet occupés à débrouiller le chaos de la physique , dont les progrès s'étendent sous les observations lumineuses des Maupertuis , des Mairan , des Berthollet, des Monge, des Rome de Liste, des Haùy , et qui deviennent presque magiques sous les adroites mains de Charles et de Robert , heureux imitateurs du génie de Montgolfier. Là de savans chimistes consacrent leurs veilles laborieuses à rendre aux fabriques , ainsi qu'aux arts , cet éclat qui en fait la richesse et la gloire, et à l'humanité tous les bienfaits que leur déguisa la nature. Ils en divisent, en re-

composent, en voudraient même simplifier les élémens; et c'est parla coml)iiiaison des résultats de tant d'essais, renouvelés avec une patience infatigable , que se rendent utiles , et parviennent à se rendre célèbres les Lauraguais et les Rouelle , les Lavoisier et les Fourcroy, les Vauquelin et les Guyton, les Thénard et les Chaptal. Du laboratoire de la chimie vous n'auriez qu'un pas à faire pour entrer dans celui de la médecine, ou nous verrions inscrits les hommes d'un grand mérite qui s'y distinguent encore , et dont le désintéressement et les vertus partageraient notre considération et notre estime , si nous n'étions obligés de les reporter entièrement sur leurs ouvrages.

L'histoire naturelle vous a déjà présenté celui des hommes célèbres qui l'a le plus illustrée. Guenau de Montbeillard et Lacépède s'associent à sa gloire , l'un en donnant ses soins à quelques parties de son ouvrage , l'autre en y ajoutant les ovipares et les poissons qui manquaient à cette belle collection. Les branches entre lesquelles se subdivise l'étude de la nature , se rapportent toutes à trois classes principales, communément désignées sous les dénominations de règne animal, de régne végétal , et de règne minéral. Le premier vous oihe les noms célèbres et les productions généralement estimées de Réaumur, de Daubenton , dcTrembley, deLyonnct, deYicq-d'Àzyr, delîrongniard deLatreilleet de Cuvier ;le second, ceux de Jussieu , de Lamarck , d'Adanson , de Desfontaines, de Ventenat, de Dupctit-Thouars , etc. ; le troisième , de Saussure , de Ramond , deDesrnarets ,

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de Dolomieu , de Deluc , de llumboldt, et de Sage , qui , le premier, forma cette belle collection dont le cabinet du roi imita l'ordre savant en doublant sa richesse.

Vous retrouverez ensuite l'origine et la marche des hautes sciences en rapport avec la littérature et les beaux-arts , dans les Lettres sur les sciences, et les recherches savantes dont est rempli le Monde primitif de Court de Gebelin, en \ ous tenant en garde toutefois contre la singularité de ses idées et la hardiesse de ses systèmes.

Il ne nous reste plus qu'à jeter un coup d'œil rapide sur les auteurs qui ont traité ditïérens sujets de science , de littérature et de morale*, sur ceux qui en ont composé des mélanges ; enfin sur ceux qui , préférant aux froides leçons de l'histoire le tableau des passions orageuses du coeur ou des égaremens de l'esprit , ont essayé de plaire en intéressant , et d'amuser pour instruire.

Les Mélanges de littérature et d'histoire de d'Alembert, ceux de Trublet et de Gaillard ont donné naissance à une foule d'ouvrages du même genre , mais qui tous, étant de la même couleur, ne sont intéressans que par des anecdotes littéraires ou quelques pièces fugitives, qu'on ne trouve que dans ces recueils. Ou en pourrait dire autant des Esprits , qui cependant ont le mérite de présenter en substance tout ce qu'il y a de bon à conserver dans les volumineux ouvrages des auteurs dont ils portent le nom ; et de ces livres de maximes et de pensées, froides copies de celles de la Rochefoucault , dont le» imitateurs se dispensent si

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commodémentaujourd'hui de mettre de laliaison dans leurs idées , pour donner l'abrégé de leur esprit. 1 es éloges que Fontenelle a publiés des académiciens célèbres , et eeux que l'on doit à Yicq-d'Azir, cà Mairan et à Duelos, forment un recueil où l'instruction la plus variée se trouve ressortir des plus intéressantes analyses. Les œuvres inscrites sous tant de noms que les fastes littéraires ont conservés , ne sont qu'une immense addition à ces mélanges, et peuvent prouver que le mérite réel n'est pas toujours un attribut de l'abondance.

Ou voit s'élever au-dessus de cette masse quelques écrivains d'un ordre supérieur, tels que Moncrif, Cazotte , Bernardin de Saint- Pierre , et le comte de Tressan , qui , comme eux, amant favorisé des sciences et des lettres, fit revivre pour nous, dans un style plein de grâces et d'esprit, les nobles aventures et les brillans exploits de l'ancienne chevalerie.

Ce genre de romanesques écrits que la féconde plume de l'abbé Prévôt avait mis à la mode, devint plus intéressant et plus agréable entre les mains de Caylus , de Marivaux , de Marmonlcl et de Florian; mais ce fut du brillant pinceau de madame Cottin qu'il reçut le plus profond intérêt, et c'est à la vive imagination de madame de Staél et au style élégant et pur de madame de Genlis, qu'il doit encore aujourd'hui ses charmes et ses succès. Ce n'est pas sous ce rapport seulement que les ouvrages de ces deux femmes célèbres font honneur a la littérature française; et, quelque genre d'opposition que la différence de leurs talens puisse former entre elles, la compensation qu'on pourrait établir

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n intéressera guère la postérité, quand celle-ci n'aura plus à s'occuper que des droits qui leur resteront à son estime. Elle leur associera des productions d'une autre espèce et non d'un moindre mérite , quand elle confirmera la justice qu'on rend aux œuvres poétiques de madame Dufresnoy , la Deshoulières de notre siècle , et de madame de Yannoz , dont les Muses peuvent offrir les ouvrages comme des modèles où le naturel le plus aimable unit aux charmes du sentiment toutes les grâces de l'esprit.

Déjà vous pouvez apercevoir la suite nombreuse de tous ces favoris de la Renommée , qui se pressent vers son temple, et dont les noms y sont inscrits d'avance en caractères que le temps n'effacera point. La divinité qui reçoit leurs hommages prépare la double couronne de la littérature et des sciences aux Chateaubriand, aux Beausset, aux Suard, aux Daru , aux Boufflers, aux Ségur , aux Guillard, ainsi qu'aux Silvestre de Sacy , aux Dacier , aux Gosselin , aux Boissonade , aux Millin , aux Langlès , aux Choiseul, aux Visconti, aux Michaud , à ce nombre d'élus , en un mot , qui composent 1 Institut de France, où se trouvent réunis les lumières les plus variées ,s les talens de tout genre et l'érudition la plus profonde , comme dans un faisceau qui présente l'esprit de tous les temps et la science de tous les âges. Il me serait aisé de former une liste plus nombreuse encore, en rendant justice au mérite des productions de plusieurs auteurs modernes , si je ne crovais devoir confier à ceux qui travailleront aux fastes littéraires du xix''. siècle l'heureux emploi de leur payer le tribut d'éloges que

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l'on doit à leurs ouvrages. 11 est juste de laisser se répandre sur le commencement de ce siècle les premiers rayons d'une gloire nationale qui concourt d'une manière si précise avec l'époque séculaire de la restauration de la France et de la félicité que lui promet le rétablissement des Bourbons sur le trône auguste de leurs pères (i). La marche progressive des talens et du génie ne pouvait se terminer sous vos yeux d'une manière plus agréable que par le cortège des hommes célèbres dont les efforts constans et les études mieux dirigées ont maintenu dans les beaux-arts le degré d'illustration qu'ils étaient menacés de perdre. Les traces du bon goût en peinture commençaient à s'effacer sous les pinceaux maniérés de Boucher et de Vanloo -, et peut-être l'école française eût-elle entièrement dégénéré , si le génie sage et les belles compositions de \ien, de Ménageot , de Vincent et de quelques autres , ne l'eussent ramenée aux règles nobles et judicieuses de la belle imitation de la nature. Le premier d'entre eux , par sa constance à les suivre et son zèle à les faire observer , mérita de la munificence royale les marques d'estime les plus flatteuses , et , comme Rubens , vit sa longue carrière se terminer dans les distinctions honorables qu'il ne dut qu'à ses talens et à ses vertus. Ceux qui furent ses élèves et ses amis , se félicitent de trouver parmi leurs successeurs les noms déjà célèbres des Girodet ,

(1) C'est au mois de septembre i8i5 que je traçais ces ligues , et c'est au mois de septembre 1710 qu'a nui le règne de Louis XIV.

des Guérin , des ^ eraet , des Gros , et des Gérard , etc.

La même restauration se fit remarquer dans la sculpture sous les ciseaux ingénieux et savans de Pigal , de Houdon, de Julien , de Dejoux , de Moitte , de Chaudet et de Lemot ; et dans l'architecture, d'après les plans deSoufflot, de Perrouet et de Chalgrin.

La musique avait eu Piameau , qui fut longtemps l'Orpliée de la scène lyrique , et qui depuis, sous l'empire capricieux du goût, fut surpassé par les Pliilidor , les Monsigny , les Gluck, les Gossec , les Méhul, les Dalairac et les Grétry. De modernes productions renouvellent sans cesse la jeunesse de cet art charmant , le plus fugitif et peut-être le plus aimable de tous ; et nous jouirons long-temps encore du plaisir qu'il prodigue, si les jeunes compositeurs qui le cultivent ne craignent pas de s'éloigner de la route tracée par de si bons modèles.

Finissons avec le dix-huitième siècle la longue énumération que les siècles précédeus nous ont fournie. Je vous ai fait remarquer plusieurs fois que, dans cette espèce d'optique littéraire, je n'avais pu faire passer sous vos veux que les objets les plus saillans de l'immense tableau des connaissances de l'esprit humain. Cette esquisse au simple trait n'en contient peut-être que la moindre partie ; et vous aurez peine à croire que le nombre des auteurs ou des ouvrages que je vous ai cités, est peut-être vingt-cinq ou trente mille fois au-dessous de celui dont les catalogues delà bibliothèque du Roi se composent.

Le Pétrarque moderne qui aurait entrepris de retracer le caractère et la physionomie des plus

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illustres parmi les grands hommes, eût sans doute emplové les plus brillantes couleurs pour iramoitaiiser dans leurs traits l'expression du génie : il eût signalé son repos et ses conqu< et y] lochant sous un même point de vu

. la distance qu'un grand nombre de siècles a séparés, il eût offert à l'attti du spectateur une remarque intéi . our

la littérature françai-e : c'est que la marche triompl .'n commence par

i t Coniurius. et qu'elle se teimine par \ . taire et Montesnien.

rant avoir pour but principal

la connaissance des ventés utiles et l'amour des

• rtu . j'ai détourné vos

regards, autant qu'il -ible. de ces i

s malheureusement célèbres, dont les ou-

propagé que des erreurs , ou des

contraires à la religion,

aui . et à la lagessc des institutions son

ciales. Si j'ai bi^n exprimé ma pensée . j'ai dû

rendre oomp sst minatkm des lumi

- le monde cmKsé-, depuis leur origine jusqu'à nos jours, comme on esquisserait le tableau du svsleme céleste , en marquant avec | la r ulière des astres qui le composant ,

et laissant atn '.ion de ceux dont

berrationfl semblent se soustraire à l'ordre ^ral auquel fut soumis le plan de 1 univers par l'éternelle Touru-yoïssâKOK.

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