CHAPITRE VII
De l'Ordre des Lectures , conformément à la division des Facultés de l'Esprit et des Connaissances humaines qui s'y rapportent.
JN ous avons vu que les trois faculte's de l'esprit, auxquelles on pouvait rapporter toutes les connaissances humaines , étaient la mémoire , le jugement et l'imagination. Il s'agit de classer toutes ces connaissances selon l'ordre de filiation avec chacune de ces facultés : c'est , en d'autres termes , tracer la marche de l'instruction sur le développement naturel auquel ces facultés sont soumises.
La mémoire est la première et la plus importante -, elle est le grand réservoir de toutes les idées. Toutes ces idées sont appuyées sur des faits , et ces faits sont les matériaux de l'histoire , dont l'étude doit être précédée par des notions exactes sur la géographie et la chronologie. La religion s'y rattache tout naturellement , son origine remontant sans interruption jusqu'au berceau môme du genre humain. Elle est elle-même un fait consacré dans son histoire ; et cette histoire doit être étudiée avec d'autant plus de soin , qu'elle présente un plus grand intérêt , et que le tableau de cette religion si pure et si bienfaisante , soutenu par les bons ouvrages qui la défendent, est le meilleur préservatif contre les dangereux systèmes qui la combattent.
A l'étude de l'histoire religieuse succède celle de l'histoire profane , tant ancienne que moderne. "Viennent ensuite les mémoires particuliers , les biographes et les voyages. Rien n'est plus propre à étendre les idées et à donner une connaissance exacte des hommes , que de les observer dans tous les climats et sous tous les gouvernemens. Cette étude d'ailleurs est aussi agréable qu'intéressante , et doit accoutumer à la réflexion , si nécessaire ensuite pour une application à des sciences plus sérieuses.
Celles-ci se divisent en sciences de raisonnement et sciences de la nature. Presque tout ce qu'on appelle philosophie , sous la véritable acception de ce mot , se trouve compris dans ces deux classes.
Dans la première , on comprend la grammaire, la logique, la métaphysique, les systèmes philosophiques de tous les temps , la morale, la législation, la politique , l'économique et l'histoire littéraire.
Dans la seconde , se placent la géométrie et toutes les parties des mathématiques \ la physique générale , qui comprend l'astronomie -, la géologie ou l'histoire de notre globe en particulier 5 l'histoire naturelle avec toutes ses branches ; la chimie et tous les détails de la physique particulière ; enfin les arts mécaniques. Je ne parle point de la médecine et de l'anatomie , qui doivent être l'objet d'une étude spéciale , avec tout ce qui y a rapport.
Sous la troisième division se trouvent compris tous les talens et tous les arts qui tiennent à l'imagination : les principes généraux de littérature , l'art oratoire et la rhétorique 5 la poé-
DE L'INSTRUCTION. 2û5
sie ancienne et moderne ; les polygraphes -, les épistolaires; les romans, et les arts libéraux, peinture, sculpture , architecture, musique, etc. Nous comprenons les théâtres sous l'article de la poésie , non-seulement parce que le plus grand nombre des pièces de théâtre, soit anciennes, soit modernes , est en vers , mais parce que le genre en lui-même tient à l'imagination et à l'imitation de la nature , ainsi que les autres arts d'agrément.
C'est conformément au plan de ces trois principales divisions que nous donnons la notice des ouvrages les plus estimés sur chacun des objets qu'elles comprennent, en indiquant d'abord les plus élémentaires , et ensuite ceux où Ton pourra trouver une instruction plus approfondie. Dans cette distribution, nous avons tâché de suivre l'ordre encvclopédique que nous avons tracé , quoiqu'on ne puisse pas tout-à- fait modeler un catalogue de livres sur un plan strictement méthodique des connaissances humaines.
Il serait superflu de répéter ici ce que tant de bons auteurs ont écrit sur l'importance et l'utilité de chacune de ces connaissances ; mais , comme l'étude de l'histoire peut être susceptible de différentes méthodes , et que l'ordre des lectures doit être assujetti à celle de ces méthodes qui parait la plus facile et la plus claire , j'ai pensé que l'on pouvait donner la préférence à celle que conseille M. Moreau dans la carte historique qu'il a mise à la tète de sa Bibliothèque de Madame la Dauphine. C'est un tableau chronologique dont je ne fais que présenter ici l'esquisse , comme un guide nécessaire pour classer tous les faits importans dans la mémoire
204 13E l'iNSTRTJCTIOK.
et pour embrasser en même temps , comme d'un seul coup d'œil , tous les événemens dont l'histoire se compose.
Elle se divise d'abord en histoire ancienne et en histoire moderne.
L'histoire ancienne se subdivise en histoire sainte et en histoire profane. L'une et l'autre comprennent tout ce qui s'est passé depuis les premiers temps connus jusqu'à l'ère vulgaire ou l'ère chrétienne.
Depuis cette époque, l'histoire moderne se partage encore en histoire ecclésiastique et en histoire civile générale ou particulière ; et chacune de ces parties doit se diviser encore en autant de sections qu'il y a de peuples ou de nations qui , selon l'ordre chronologique , ont successivement figuré sur ce globe.
Histoire Selon l'opinion la plus généralement adop-
ancienue. ,, 1i • . i • . . .f.
tee, le monde existe depuis environ six mille ans. Nous ne savons que par l'Ecriture sainte ce qui s'y est passé jusqu'au déluge. Depuis cette époque , l'histoire sainte nous conduit jusqu'à la cent trente-cinquième année avant J.-C. Hérodote, le plus ancien des historiens grecs , ne composait son histoire que. vers le temps où Néhémie , le dernier des écrivains sacrés , finissait la sienne.
Egypte. Après l'histoire sainte, la plus ancienne qui soit connue, est celle de l'Egypte. Ce pays, dont les colonies ont peuplé l'Asie , paraît avoir eu , le premier , des arts et une constitution politique. L'Egvpte fut gouvernée par ses rois jusqu'à la conquête qu'en firent les Perses , et depuis cette époque elle a toujours été soumise à des maîtres étrangers.
Indépendamment de cette monarchie , on.
voit paraître successivement quatre grands empires, dont la suite et les ditlerentes révolutions font le corps de l'histoire ancienne.
Le premier est celui des Assvriens , qui se v divisa ensuite en deux monarchies; celle des des Assyriens de Ninive , et celle des Assyriens de Ass)neas- Babvlone.
Ces deux royaumes se réunirent bientôt à Empire l'empire des Mèdes , sous Cyrus, roi de Perse, esPerse3qui mit fin à celui des Assyriens par la prise de Babylone , et forma de ces trois monarchies réunies en sa personne le grand empire des Perses. Les successeurs de Cyrus gouvernèrent la plus grande partie de l'Asie , ainsi que l'Egvpte, environ deux cents ans. Pendant ce temps se formait en Europe une puissance qui devait détruire l'empire des Perses. La Grèce , féconde en grands hommes , résiste avec succès aux efforts que font les Perses pour l'asservir. Les fameuses républiques d'Athènes, de Lacédérnone et de Thèbes , immortalisent leur gloire et celle de leurs défenseurs : mais celte liberté qu'elles surent maintenir contre les armes de Darius, de Xerxès et de ses successeurs, ne put tenir contre les sourdes attaques d'un prince grec , aussi ambitieux que politique. Philippe , roi de Macédoine , profita des mésintelligences qui , depuis quelque temps, divisaient les républiques de la Grèce , leur lit la loi lui-même, et son fils Alexandre acheva l'ouvrage qu'il avait commencé.
Ce conquérant célèbre , après avoir soumis les Grecs sous prétexte de les défendre, eut laides "g rocs folle ambition d'asservir tous las peuples dont on
avait alors quelque idée. 11 commença ses conquêtes par la ruine de l'empire des Perses , dont le dernier roi, Darius Godoman , fut tué trois cent trente ans avant J.-C Maine de la Perse, Alexandre voulut conquérir tout l'Orient. Babylone fut le tombeau où tant de prospérités vinrent s'ensevelir : Alexandre y périt après douze ans de victoires. Depuis la mort de ce prince, l'empire des Grecs fut divisé en quatre parties qui formèrent autant de royaumes gouvernés par les généraux grecs qui avaient suivi le conquérant macédonien. Ces quatre royaumes furent celui d'Egypte ; celui de Syrie , qui comprit toutes les provinces d'Orient ; celui de Macédoine , dont la Grèce dépendait , et enfin celui deThrace.
Empire J}s finirent tous les uns après les autres , et
m main , m ■ • 1 -h-^ •
devinrent successivement la proie des Romains, dont la puissance s'était prodigieusement accrue depuis la mort d'Alexandre. L'Egypte fut le dernier état dont ils s'emparèrent. Auguste en fit la conquête trente ans avant l'ère vulgaire. Ainsi Rome se vit alors maîtresse de presque tout le monde connu. Outre les états des successeurs d'Alexandre , elle possédait par droit de conquête les côtes d'Afrique que baigne la Méditerranée , l'Espagne, toute l'Italie , les Gaules et une partie de la Grande Bretagne.
Histoire C'est sous Auguste , lils adoptif de César , que Jésus-Cbrist vint au monde , environ l'an 4«oo de la création ; et c'est ici que commence l'histoire moderne. Elle est celle de la décadence de l'empire romain et de l'établissement de toutes les monarebies qui se sont élevées sur ses ruines. Les successeurs d'Auguste persécutèrent
romani.
moderne.
l'église , qui , malgré les efforts de toutes les puissances du monde , s'étendit en peu de temps bien au-delà des bornes de l'empire. Coustantin-le-Grand fit cesser les persécutions et embrassa la foi chrétienne Tan 3n de J.-C. Constantinople , qu'il bâtit à l'extrémité de l'Europe, fut appelée une seconde Rome , et devint , par le séjour qu'y firent les empereurs , la capitale de tout l'empire.
Il se partagea , sous les successeurs de Cons- parlage de tantin, en empire d'Occident et en empire l'Empire. d'Orient. Des fils de Théodose-le-Grand, Honorius eut le premier , et Arcadius le second. C'est sous le faible Honorais que commence la destruction de l'empire d'Occident, dont Rome était restée le centre. Stilicon , général de ses armées , appelle les peuples du Nord et de la Germanie j et bientôt les Gaules , l'Espagne , l'Italie , sont inondées de barbares. Les Gotbs ravagent les rives du Pô ; les Vandales traversent les Gaules , s'établissent dans les provinces méridionales de cette partie de l'empire : mais ensuite les Visigoths les chassent devant eux , et obtiennent d'Honorius la cession du pays qu'ils les forcent d'abandonner. Alaric et son fils prennent et pillent Rome , obligent les Vandales de reculer en Espagne jusqu'à la Méditerranée , d'où ils passent ensuite en Afrique. Les Bourguignons s'établissent dans le voisinage du Rhin. Les Français poussent tous ces barbares , et fondent également sur eux et sur les Romains. Enfin Attila conduit les Huns des Palus-Méotides en Europe , et ce fléau de Dieu, à la tète d'une armée innombrable, désole toutes les contrées où il passe. A la suite de cet épou-
:>o8 de l'instruction.
vantable tumulte, ou voit Odoacre , roi des Hérules , qui furent a leur tour chassés d'Italie par les Ostrogoths , enlever le sceptre au dernier prince ( Augustule ) qui ait porté le titre d'empereur*, et c'est à cet événement, arrivé l'an 47^ de l'ère chrétienne , qu'on place la tin de l'empire d'Occident.
Ainsi , depuis le commencement jusqu'à la fin
deïr"™e3 du yC - siècle , se formèrent en Europe trois
d'^sP^sne. puissantes monarchies : celle des ^ isigoths en
(TAng'iel Espagne et dans la partie des Gaules la plus
terre, voisine des Pyrénées , celle des Français dans
les Gaules , celle des Ostrogoths en Italie. Tels
furent , en Occident , les premiers successeurs
des Césars.
L'empire d'Orient subsista beaucoup plus long-temps. Les Bulgares, les Sarrasins et les Turcs lui enlevèrent successivement la plus grande partie de ses provinces ; mais il ne fut entièrement détruit qu'en 1 453 par Mahomet II, sultan des Turcs , qui , ayant pris Constanlinople , s'empara de tout ce qui restait aux empereurs , et acheva d'établir sur les ruines de l'empire la formidable monarchie des Ottomans.
Pendant que l'empire d'Orient lutta contre les peuples barbares qui l'attaquaient, on vit se fortifier et s'étendre en Europe les diflérens états qui la partagent aujourd'hui. Clovis, que l'on compte pour le cinquième roi des Français , fut véritablement le fondateur de la monarchie. Ses conquêtes , ainsi que celles de ses fils , les rendirent entièrement maîtres des Gaules avant le milieu du vie. siècle.
Les peuples de la Grande-Bretagne , après la destruction de l'empire romain , se trouyèrcnl
perpétuellement aux prises avec les Pietés et les Ecossais qui habitaient au nord de l'île. Vers le milieu du ve. siècle , ils avaient appelé à leur secours les Anglo - Saxons , qui d'auxiliaires . devinrent usurpateurs. Leurs chefs se partagèrent le pays , et il se forma sept royaumes , que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Yheptarchie anglaise , et qui dans la suite ne furent réunis que sous Ecbert-le-Grand.
L'Italie, conquise en 53o sur les Ostrogoths , auxquels , pendant ce temps-là , les Français avaient enlevé la Provence , devint la proie des Lombards. Alboin, leur premier roi, fut couronné à Milan ; et cette monarchie , fondée en 568 , ne fut éteinte que par Charlemagnc.
Le vne, siècle voit les Sarrasins se rendre maître de l'Afrique. Ces peuples arabes avaient ' ae°tme de tout temps conservé chez eux les arts , les i« califes. sciences , et une police qui devait tôt ou tard leur assujettir leurs voisins. Mahomet, secondé par l'enthousiasme et le fanatisme , établit sa nouvelle religion par des victoires (63o). En neuf ans toute l'Arabie est soumise , et l'on voit commenrer l'empire des califes , qui , peu de temps après , pénètrent dans l'empire grec , s'emparent de la Syrie et de la Palestine , se rendent maîtres de la sainte cité , font la conquête entière de la Perse , soumettent l'île de Chypre , et finissent par enlever aux Grecs l'Afrique , d'où ils menacent l'Europe. Cinquante ans après, ils entrent en Espagne -, ils y portent une guerre longue et désastreuse , qui ne se termine qu a leur expulsion vers Le milieu du xvc. siècle.
La France eut à Charlemagne l'obligation de L'empire voir les Sarrasins vaincus et repoussés. Les ta- renouvelé
iVOcciJcut
L A1]e. lens et l'activité de ce prince furent une digue magne, qui empêcha ce torrent d'inonder l'Europe. Conquérant rapide , il dompte la Germanie , achève de détruire la puissance des Lombards , soumet le reste de l'Italie , et se fait couronner à Rome empereur d'Occident en 800. Si le nouvel empereur ne possédait pas tous les états qui avaient autrefois été soumis à la monarchie romaine , ses propres conquêtes lui assujettirent de vastes contrées où les Romains n'avaient jamais porté leurs armes. Indépendamment de l'Italie et de la France , la plupart des provinces qui sont aujourd'hui comprises sous le nom général d'Allemagne , obéissaient à Charlemagnc ; et ce fut sous ce prince que les bords du Danube , qu'il subjugua , commencèrent à porter le nom d'Autriche. Six ou sept descendans de Charlemagne , dont quatre furent héritiers de son sceptre , portèrent successivement le titre d'empereur : mais , tandis que la couronne de France flottait chancelante sur la tète des derniers rejetons de cette race illustre , l'empire devint électif et passa aux Germains.
La postérité de Cliailemagne avait déjà perdu le sceptre des Césars; elle perdit encore la couronne de Clovis. En 987 , Hugues Capet fut placé sur le trône par des vassaux puissans , dont il fut obligé de ménager les prétentions. Ce n'est que depuis Charlemagne qu'on cora- «îeDane- menée a apercevoir les faibles lueurs qui eelai- Z -"suede! rent Ie heicCiUl de l'histoire du Nord. Les victoires de ce prince l'approchèrent beaucoup de ces pays , qui étaient encore alors à demi sauvages. Il envoya des missionnaires en Suède au commencement du ixc. siècle. Là régnait un
prince que les historiens nomment Biorn III , et depuis lequel on compte une longue suite de rois. Les Danois avaient aussi des chefs; mais ce n'est qu'avec Hérold IV (en 93o) que l'on y voit commencer une suite de princes chrétiens. Jusque-là on ne connaissait ces peuples que par ces terribles émigrations qui désolèrent si longtemps l'Europe.
Depuis l'époque où Ecbert réunit les sept royaumes qui composaient l'heptarchie , l'An- „or^0âs gleterre ne présente plus qu'une monarchie cn Angielong-temps déchirée par les Anglais et les Danois , qui se la disputent. Les Danois ont enfin l'avantage. Ces peuples , que l'on nommait aussi Normands , s'étaient fait céder par Charles-le- Simple une belle province de France , à laquelle ils avaient donné leur nom. Le duc de Normandie , Guillaume-le-Conquérant , vassal de nos rois, se prétend appelé au trône d'Angleterre après la mort d'Edouard-le-Confesseur , et soutient ses prétentions par des victoires. A cette époque (1086) , l'histoire de la Grande- Bretagne commence à devenir intéressante par ses relations avec celle de France. L'Ecosse , ainsi que l'Irlande , réunies à l'Angleterre , se rattachent par la suite à son histoire.
Les Russes et les Bohémiens embrassent la foi chrétienne sur la fin du ixe. siècle. Ceux-ci . ,; dès le xuc. avaient des rois ; mais ce n'est que l " P°i°gu« dans le xme. qu'ils commencent à figurer avec Hongrie les autres souverains. Les Polonais , long-temps Rua gouvernés par des ducs, reconnurent Boleslas pour leur premier roi en 999, titre que l'empereur O.thon IJI lui confirma. Un an après . les Hongrois, qui, venus de la Grande-Tu
tarie, s'étaient établis vers l'an 900 dans la Pannonie , virent Etienne , leur premier roi , recevoir du pape Silvestre II la couronne , qui , après cinq cent vingt-six ans , est passée dans la maison d'Autriche , après la mort de Louis , roi de Bohême et de Hongrie, dont la sœur, Anne Jagellon , avait épousé Ferdinand Ier. , frère de Charles-Quint.
Vers la fin du xe. siècle (998) , on aperçoit les commencemens du vaste empire de Russie , dont Wladimir-le-Grand fut le premier grandduc et le premier prince chrétien. Il avait épousé la sœur de l'empereur de Constantinople ; et la princesse Anne, sa petite-fille, épousa Henri Ier., roi de France. Cette princesse russe fut la mère commune de tous les rois et princes de notre troisième dynastie.
Ainsi , avant le xne. siècle , s'étaient déjà formées en Europe la plupart des monarchies que nous y voyons encore subsister.
• aoisades. 5ur ]a" fm (ju xle. | les chrétiens d'Europe portèrent leurs armes en Asie, et y fondèrent des états qui y eurent plus de célébrité que de durée. Leur objet était de délivrer la Terre- Sainte du joug des Sarrasins. Telle fut pendant plus de deux cents ans la dévotion de l'Europe. î)e là ces guerres fameuses que l'on appelle croisades , parce que tous les guerriers qui passaient en Orient, se faisaient attacher une croix sur l'épaule. La première fut prèchée en France au concile de Clermont en 1092. La dernière fut celle qui coûta la vie à Saint-Louis , en 1269. Empire Godefroi de Bouillon , le libérateur de la
Am Latins Terre-Sainte , fut élu roi de Jérusalem en ioqo : tioopic. mais cette petite monarchie , qui ne dura que
DE L'INSTRUCTION. 2l3
quatre-vingt-huit ans , fut détruite par Saladin , sultan d Egypte et de Syrie, qui reprit Jérusalem sur le vieux Lusignan , son dernier roi. Les guerriers qu'avait réunis la quatrième croisade, conquirent l'empire grec. Maîtres de Constantinople en 1204 , ils élurent pour empereur Baudoin , comte de Flandre , dont les successeurs régnèrent environ cinquante-huit ans : c'est ce qu'on appelle l'empire des Latins en Orient. Il finit par la révolte des Grecs, qui, mécontens de Baudoin II , élurent Michel Paléologue , et , avec lui , les Génois reprirent Constantinople.
Au milieu du siècle des croisades , temps fécond en aventures guerrières , il s'était formé ^Napiès en Italie une nouvelle monarchie qui avait été et uniquement le prix de la valeur , celle de Naples e IC1 e" et de Sicile. Ces riches contrées étaient encore , au commencement du xie. siècle , regardées comme faisant partie de l'empire grec : mais , dans le fait , les petits princes qui habitaient ce pays , devenus presque indépendans de leurs faibles souverains , luttaient avec désavantage contre les Sarrasins , qui , maîtres de l'Afrique et de l'Espagne , venaient de s'emparer de la Sicile , et voulaient joindre à cette conquête l'extrémité de l'Italie. Quarante gentilshommes normands , venant de la Terre-Sainte , arrivent devant Salerne au moment où ces infidèles en commencent le siège : leur courage délivre cette place , et donne aux Grecs le temps de respirer. On leur olTre des établissemens -, ils les refusent, et retournent dans leur patrie. La gloire de leurs su< ces excite^ l'émulation et réveille l'ambition de plusieurs guerriers. Tancrède de Hauteville ,
2l4 DE L'INSTRUCTION.
père de douze enfans, passe avec eux eu Italie. Cette famille chasse les Sarrasins , soumet les Grecs , et partage les provinces que ceux-ci ne peuvent plus défendre. Roger 1er. fait la conquête de la Sicile , et prend , en 1 129 , le titre de roi. Son fils Roger II réunit les deux Siciles. Mais cette nombreuse famille de héros , avant la fin même de ce siècle , n'avait plus qu'une fille qui , en épousant l'empereur Henri VI , porta dans la maison de Souabe ses droits sur la Sicile , inutilement réclamés par le fils de Tancrède , bâtard de Roger II. Après la mort sanglante du malheureux Conradin , dernier mâle de cette maison de Souabe , la France donna sept rois à INaples et à la Sicile : mais la maison d'Aragon , héritière de celle de Souabe par les femmes , soutint dans tous les temps ses prétentions à ce trône , et sut les faire valoir avec succès, dès qu'elle en trouva l'occasion. Royaume La même année (11 '5g) que Roger se faisait „ .de , reconnaître pour roi de Sicile , Alfouse Henriques prenait fe titre de roi de Portugal, retitfils d'Alfonse VI , roi de Castille et gouvernant l'ancienne Lusitanie, il ne crut rien usurper en mettant sur sa tète, au moment d'une bataille, une couronne qu'il honora sur-le-champ par une grande victoire contre cinq rois maures qui furent tous tués dans la bataille dUriquc. Republi- C'est dans ce siècle des croisades que l'hisqUDise. ^toire de Venise commence à se trouver mêlée avec les autres histoires de l'Europe. Jusque-là cette république est }solée , et n'excite l'intérêt que par le spectacle de sa liberté conservée au milieu des troubles et des désordres qui environnent son berceau. Son antiquité remonte '.
DE L'INSTRUCTION. 2l5
aussi haut que notre monarchie. Les Vénitiens , poussés par les armes d'Attila , se cantonnent sur les bords du golfe Adriatique 5 ils commencent à se gouverner par leurs lois, et à se défendre par leurs propres forces ; ils se créent des ducs; et lorsque Pépin, père de Charlemagne , passe en Italie, il respecte leur liberté. Enfin , en 810 , deux palais bâtis dans deux petites îles du golfe , l'un pour le duc , l'autre pour l'évèque , donnèrent naissance à cette ville fameuse qui , au bout de deux siècles , extrêmement enrichie par le commerce , se vit en état de vendre à tous les princes de l'Europe le secours de sa marine. Sur la fin du siècle des croisades , les Génois commencèrent à être ses rivaux.
En i3o5 , Albert, fils de Rodolphe de Haps- r^uM*. bourg, lequel monta sur le trône de l'empire q«« des trois ans après la mort de Saint Louis, vit enle- k UUBI ver à sa maison une partie des pays que possèdent aujourd'hui les Suisses. Trois cantons se confédérèrent pour se soustraire à la tyrannie d'un gouverneur qui abusait de son pouvoir. Le courage , la liberté , la pauvreté , donnèrent naissance au corps helvétique , qui s'est accru jusqu'au point où nous le voyons aujourd'hui.
Au commencement du xvie. siècle, les trou- p.épuiiibles de religion deviennent , soit en France , soit aue d<s
Ail 1 t 1 il rrovinces-
en Allemagne, le prétexte des guerres les plus Unies. sanglantes. On voit par la suite, dans ce dernier pays , ainsi que dans l'Espagne , les deux branches de la maison d'Autriche, unies d'intérêt, exciter les craintes et la jalousie du reste de l'Europe. Le nouveau monde leur est soumis : mais, dans, l'ancien, tout se réunit pour démembrer leur puissance. Les Pays-Bas viennent
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à bout de se soustraire à la domination espagnole, et, après avoir combattu pour leur liberté avec un courage indomptable , sont enfin reconnus , par la maison d'Autriche elle-même, pour une république indépendante.
Ce succès engagea les princes d'Allemagne à travailler de plus en plus , avec l'aide de la France et de la Suède, à restreindre les prérogatives de l'empereur. Aux traités de Wcstphalie, l'équilibre parut rétabli entre les puissances ; mais le prétexte de sa conservation fit encore verser beaucoup de sang. On avait craint la maison d'Autriche sous Louis XIII; on craignit la maison de France sous Louis XIV. L'Europe se ligua contre lui , mais ne put empêcher que les droits de son petit-fils sur l'Espagne ne fussent reconnus.
Royaume En 1701 , et pendant que Philippe V montait pousse. sur ^e tl0lie d'Espagne , Frédéric , électeur de Brandebourg, se faisait proclamer roi de Prusse , et affranchissait cet état des liens féodaux qui l'attachaient à la Pologne.
Royaume Dix-huit ou vingt ans après, tous les princes Sardaigne. de l'Europe donnèrent aussi le titre de royaume à File de Sardaigne , qui , par la quadruple alliance , fut cédée au duc de Savoie en indemnité de la Sicile , qu'il rendait après l'avoir possédée depuis le traité d'Utrecht.
Cette esquisse ne fait que présenter l'origine des états dont l'histoire développe les révolutions successives. Celle des nations hors de l'Europe, et depuis la découverte du nouveau monde, se lira séparément, et cette lecture peut être très-agréablement et très-utilement variée par celle des voyages qui vont rapport. Il sera néan-
moins fort avantageux de la faire concourir, autant qu'il sera possible, avec les cinq époques suivantes , qui peuvent partager toute l'histoire moderne, et de manière à faire marcher parallèlement avec elles les événemens les plus remarquables des histoires étrangères :
La première, depuis Auguste jusqu'à la fin de l'empire d'Occident (en 4?^)» T" correspond à la fondation de la monarchie française ;
La deuxième , depuis Clovis jusqu'à Charlemagne (en 800)5
La troisième, depuis Charlemagne jusqu'à Saint-Louis (i25o);
La quatrième, depuis la dernière croisade jusqu'à François Ier. (i55o) : cette époque présente les événemens les plus remarquables , tels que la découverte du nouveau monde , celle de l'imprimerie , l'Italie sous Léon X , et l'empire sous Charles-Quint;
La cinquième, depuis le milieu du xvi\ siècle jusqu'à la fin du xviif. : cette dernière est la plus intéressante de notre histoire , et celle à laquelle se rattachent les événemens les plus importans de notre pays.
L'histoire ecclésiastique peut être étudiée séparément. Depuis le xe. siècle surtout, elle se trouve liée avec l'histoire des principales puissances de l'Europe : mais depuis le xvi«. , elle est tellement mêlée avec les événemens politiques occasionés par l'établissement de la réforme, qu'on peut en lire les différentes parties concurremment avec l'histoire des trois grandes puissances qui l'ont ou reçue ou rejetée ; je veux dire l'Allemagne , l'Angleterre et la France.
Il existe plusieurs ouvrages qu'on peut re-
2l8 DE L'INSTRUCTION.
carder comme des prolégomènes historiques ,
tels que les Méthodes pour étudier la géographie et Vhistoire , par Lenglet du Fresnoy (i), les JLlémens de 1 ullemont , etc. Mais , indépendamment de ce qu'ils sont déjà surannés , ils sont telh ment volumineux , qu ils sont moins propres à eue lus de suilc qu'à être consultés. J'indique, en remplacement de ces ouvrages-, celui de M. Deleuze , intitulé Eudoxe , ou Entretiens sur l'étude des sciences, etc. (Paris, iBio. i vol. z/z-8".) , dont le second, volume est consacré eu très-grande partie à une méthode pour établir un ordre chronologique et philosophique dans l'étude de l'histoire ; et celui de Née de la Rochelle , intitulé le Guide de l'histoire , Paris, i8o3, 3 vol. ;V/-8\ Ce recueil élémentaire, très-bien fait, contient les traités des écrivains les plus distingués sur l'étude et l'utilité de l'histoire, sur la chronologie et sur le mérite des principaux historiographes 5 le tableau de l'histoire universelle ancienne et moderne jusqu'en 1 802 ; et une bibliothèque choisie des meilleurs livres de géographie , de chronologie , d'histoire et de droit public , composés ou traduits en français.
Les trois sec lions suivantes offrent un choix de livres dans tous les genres , à l'exception de la théologie , de la jurisprudence et de la médecine, qui demandent des éludes spéciales. On en trouvera les éléinens dans toutes les bibliographies.
(1) Une édition de ta Méthode pour étudier l'histoire , revue , corrigée ei considérablement fragmentée
>.;niH't, esl en 16 vol. inri3 ; Paris , Debure, 1972,
DE L I X S T i\ U C T 1 O > . 2 t f)
J'ai cru convenable , pour toutes les personnes qui aiment la lecture , de ne citer que les traductions des ouvrages écrits en grec ou en langues étrangères, et j'indique, autant qu'il est possible , les éditions les meilleures et les plus récentes. Quant aux ouvrages écrits en latin , je suppose qu'on les connaît en grande partie, et d'ailleurs je désigne les bibliographes qui en ont indiqué les meilleures collections.
On trouvera dans cette liste plusieurs livres élémentaires du même genre et à peu près du même mérite. J'aurais pu n'en indiquer qu'un ou deux ; mais j'ai pensé qu'au défaut de l'un , on pourrait se procurer l'autre.
Je prie d'observer de nouveau que le but de cet ouvrage n'est pas de former un savant , mais seulement un homme instruit, en le mettant sur la voie de prendre de plus amples connaissances dans le genre pour lequel il se sentira le plus d'attrait. J'ai marqué d'un astérisque quelques-uns des ouvrages où l'on peut les puiser, ainsi que ceux qu'il peut suffire de parcourir ou de consulter.
On présume bien que, forcé de me restreindre dans les limites du plan crue je me suis tracé, je n'ai pu indiquer qu'un certain nombre d'auteurs vivans. Ma réticence ne saurait préjuger rien de défavorable sur le mérite des ouvrages des autres-, et j'ai lieu de croire qu'ils n'auront point à se plaindre de cette omission , si je leur fais observer que je me suis refusé à moi-même la préférence que peut-être j'aurais pu m'attribuer.