‹ De l'Instruction publique dans quelques Pays de l'AllemagneChapitre 40 sur 93 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

très d'éeole d'un même canton par le règlement de Tune de ces conférences» que je yais traduire ici :

1° Depuis le i*" mai jusqu'à la fin d'août, on s'assemble tous les huit jours , le mercredi après midi , de deux à six heures (i) ; du i^^ septembre à la fia d'octobre, tous les quinze jours, de deux à cinq heures ; du i^^ novembre à la fin de février, tous les mois, de deux à cinq heures, après le premier quartier de la lune ; enfin du i^' mars à la fin d'avril , tous les quinze jours (s).

On s'occupe spécialement dans ces réunions de la méthode. La meilleure est, il est vrai , tout entière dans la justesse d'esprit, le zèle et l'activité du maître, qui Seuls peuvent donner de l'intérêt et de la vie à son.école. Néanmoins il serait utile que la même méthode fût , autant que possible , suivie dans tout un canton; l'ordre et la régularité dans l'enseignement ne pourraient qu'y gagner. On examinera donc quelle est la meilleure méthode connue pour la lecture , le calcul et le chant ; quels sont les meilleurs livres élémentaires. On passera en revue tous les ouvrages nouveaux qui ont paru sur chacune des branches d'instruction , la méthode de lecture du docteur Harnisch, celle de Pestalozzi pour les éléments du calcul,

(1) Le mercredi après midi est un jour de congé comme chez nous le jeudi.

(2) D'autres conférences ne s'assemblent jamais qu^une fois par mois.

OCSTRDCTION PHIMAISB. «11

ov celles de Kawerau, de Mucke, de Schetlenbei^, de Fischer, de Renschmidt et autres , ou Texcellente arithmétique de Scholz. La méthode de Rothweil et celle de Natorp pour le citant soDt-elles suffisantes? Laquelle est préférable pour le chant, de la musique en chiffres ou de la musique notée? Quels sont les meilleurs morceaux à choisir?

Quel est le meilleur livre de lecture pour la seconde classe des écoles de campagne? et entre autres bons ouvrages faut-il préférer VAmi des enfants de Wilmsen au Second Livre de lecture de Harnisch?

L'enseignement de la religion, comme le fondement de Tinstruction populaire , fera Tobjet principal des délibérations de la conférence. La méthode catéchétiqae doit-elle être négligée comme elle Ta été dans les derniers temps ? Quels sont les ouvrages nécessaires an maître , outre la Bible et le catéchisme de Luther? et trouve-t-il des instructions suffisantes dans Hoffman, Geisser, Handel,Haenelet Kohlrausch? D'après Texlension qui a été donnée de nos jours à renseignement dans les écoles de village , on discutera jusqu'à quel point, on peut s'occuper des éléments de la géométrie et du dessin ; dans quelles limites on restreindra l'enseignement de la géographie , de l'histoire et des sciences naturelles , et si ces additions peuvent être véritablement utiles ou n'être qu'un vain travail de mémoire.

La discipline est une des premières conditions du succès dans une école, et ici se présente la question de l'emploi des récompenses et des punitions. L'expé-

m DEUXIÈME SECTION.

rience a prouvé que cette partie de l^éducatîon est la plus difficile à traiter. On s'en occupera spécialement, et les difficultés s'aplaniront aisément pour ceux qui, pénétrés de Fesprit de TÉvangile , croiront devoir à leurs élèves tout ce que commande un amour religieux et un dévouement sans bornes aux saintes fonctions qu'ils remplissent.

Le but de la conférence est également de fournir aux maîtres une occasion de s'éclairer eux-mêmes , et d'étendre leurs propres connaissances. Seront donc Constamment 4 Tordre du jour les questions de grammaire et de langue allemande, de calcul, etc.; la lecture d'écrits pédagogiques et d'autres livres qui peuvent donner d'utiles connaissances aux maîtres d'école ; les exercices de chant , les communications réciproques des expériences de chacun des maîtres.

Parmi les ouvrages pédagogiques recommandés particulièrement, on aura les journaux sur l'instruction primaire qui se publient en Prusse et en Allemagne.

Les pasteurs chargés de l'inspection des conférences pourront proposer des questions qui seront traitées par ^rit et discutées ensuite dans la conférence.

Il sera tenu un procès-verbal détaillé de toutes les séances.

{Eœirail du rapport de M, le surintendant Falk de Landeshulh, sur les conférences de maîtres d^ école dans la circonscription de son inspection d! école ; Journal de Beckedorf, 2® cahier, 2<^ volume.)

IMSTROCTION PAOliMB. fltS

Ihîs vainement toutes ces mesures , que j*aurais pu multiplier, auraient été prises par le ministère de 1 instruction publique , s'il ne se faisait rendre chaque année un compte exact de Téfat des écoles normales primaires. Aussi, dès 1823 , une ordonnance du 4 avril imposa aux collèges d'école des consistoires provin* ciaux , Fobligation d'envoyer au ministère un rapport annuel sur les différentes écoles normales de la province , rapport détaillé et complet qui embrassât tous les objets suivants:

i^ Matériel : entretien des bâtiments , réparation , augmentation ou diminution du mobilier, bibliothèque, collections, instruments , etc. ;

2® Nombre des élèves ;

5^ État sanitaire des élèves ;

4^ Ordre , discipline , état moral ;

5° Méthode d'enseignement et état de l'école d*application annexée à l'école normale ;

6^ Maîtres , changement du personnel , distribution des objets d'enseignement ;

7^ Résultats des examens de sortie ;

8*> Placement des élèves sortis;

9" Notices sur les élèves nouvellement admis ;

10* Répartition des secours aux élèves (Stipendia) ;

il* Notice historique de Tannée; inspections, visites reçues , fêtes , etc. ;

12* Resoins de l'école, demandes et propositions.

vt4 oeuxièiik' section.

Le collège des écoles exige ce raj^port du directeur de Técoie normale , et il Fenvoie au ministère , en y ajoutant son jugenient et ses remarques.

Le ministère, d'année en année, réforme les abus , soit dans les hommes ; soit dans les choses , et perfectionne rétablissement. Souvent, selon Tesprit de la loi de 4819, ce rapport du directeur est publié, et les différents rapports sur Tétat^des diverses écoles normales du royaume les éclairent toutes , et entretiennent entre elles une heureuse émulation et un utile échange de procédés pédagogiques.

Cette publicité est non-seulement utile , mais né cessaire aux communes de chaque département , qui mettent d'autant plus de zèle à demander des maîtres à Técole normale qu'ils la connaissent mieux et chaque année en observent les progrès. Ces rapports sont d'une exactitude scrupuleuse , la surveillance du collège des écoles étant effective et le gouvernement ponctuellement obéi.

Tai sous les yeux , M. le ministre , un bon nombre de ces rapports annuels depuis 1825, ainsi que les règlements de la plupart des écoles normales. Il serait infiniment utile de traduire tous ces comptes rendus et tous ces règlements. Les répétitions et les choses semblables montreraient Tidentité du plan suivi par le ministère, et les différences de tout genre feraient voir celles des provinces de la Prusse entre elles. Ces différences auraient aussi l'avantage d'offrir un plus grand nombre d'objets à une sage imitation de la part

IRSTSUCTION PBUIAIftE. 118

de II08 écoles normales. Dans cette grande variété de disposiiions, appropriées à des localités diverses, il D'y a pas une de nos écoles normales qui ne trouvât quelque chose à son usage. Il y a en Prusse des écoles Dormales catholiques , des écoles normales proies** tantes , ainsi que des écoles normales où Ton reçoit des élèves des deux confessions. En général, les écoles normales catholiques, sans être relâchées, ont une discipline moins austère que les protestantes. Ces dernières ont presque outré la sévérité de la discipline , si dans un pensionnat nombreux de jeunes gens de seize à vingt-deux ans , la discipline pouvait jamais être trop sévère. L'expérience a appris que des jeunes gens, sortis des derniers rangs du peuple et qui n'ont pas encore perdu une certaine grossièreté , ne peuvent être impunément renfermés pendant deux ou trois années, si un esprit religieux , même assez fort^ n'est parmi eux , et si une discipline vigoureuse ne les tient constamment appliqués à leurs devoirs. La règle de semblables établissements est condamnée à être un peu monastique et militaire , et c'est là jusqu'à un certain point le caractère de la discipline des écoles normales protestantes de la Prusse. Les règlements d'étude diffèrent moins dans les écoles normales des deux confessions : cependant ils sont aussi plus sévèrement conçus dans les écoles normales protestantes , et on peut dire qu'en général celles-ci sont supérieures aux écoles normales catholiques. La raison en est surtout qu'elles sont plus anciennes , et qu'ici comme en toute

lit OBOXIÈIIE tBGTIOll.

autre chose le temps et rexpérience ont dlmmenses avantages. Il est naturel aussi que les écoles normales de provinces arriérées , par exemple , les provinces polonaises , westplialiennes et rhénanes , se ressentent un peu dei'état des pays qui les recrutent , tandis que les écoles normales des provinces centrales de la monarchie doivent à la civilisation supérieure de ces provinces une prospérité qui chaque année s'accroît par ses effets mêmes. Quand on entre dans une de ces grandes écoles normales de la Saxe ou du Brandebourg , on ne peut s'empêcher d'être frappé de Tordre admirable et de Paustère discipline qui y régnent comme dans une caserne prussienne; et en même temps tout y est libéral et respire le goût des études. Ne pouvant ici, M. le ministre , m'arrêter en détail sur chacune des vingt-huit grandes écoles normales de la Prusse , j'aime mieux en choisir quelques-unes que je puisse vous faire connaître à fond plutôt que de les effleurer toutes. Je prendrai les deux écoles normales les plus dissemblables et par leur confession religieuse et par l'état des provinces où elles sont situées. Je choisirai pour modèle d'une école normale catholique et appartenant à des provinces récemment annexées à k monarchie , l'école normale catholique de Brûhl , sur les bords du Rhin . Ce pays n'appartient à la Prusse que depuis i8i5. L'école elle-même est de 4833. C'est donc une création toute récente semblabfe à celles que nous tentons aujourd'hui en France. Le directeur est un prêtre catholique, M. le curé

mSTftlNSTIO!! PftIllàlRI. in

Sebweitzer ; et le compte rendu est de 1835, c*ett» è-dire deux ans après la première fondation. L'autre éeole normale que je veux vous faire connaître comme type d^une école normale protestante et appartenant à la TÎeille Prusse , est celle de Potsdam. Son organisation est de 1817 , et elle est fondée sur une petite école normale antérieure. Elle est dirigée par un prêtre protestant, M. Strietz; le compte rendu de cette école e^ de 18â6. J'ajoute que ces deux grandes écoles normales ne possèdent qu'un revenu suffisant et con<- Tenable, mais inférieur à celui de quelques antres écoles, surtout de la grande école normale de Neuielle^ de sorte qu'on ne verra rien ici qui ne doive exciter rémuiation de nos écoles normales et rien non plus qui les puisse décourager. Je vais traduire ici , en les abrégeant un peu , ces deux comptes rendus , dont le ton et les formes diffèrent autant que les deux établissements. Je laisse parler d'abord M. le curé Schweitzer.

Rapport annuel sw l'école normale primaire caAolique de Brûhl, de 1824 - 1825 , pat le directeur de Vétahliisement, M. le curé Schweitzer.

D ne sera pas déplacé , je suppose y de commencer ce rapport par quelques détails sur la petite ville de Brûhl , où se trouve l'établissement en question.

La ville de Brûhl est située dans une fort jolie plaine, sur la rive gauche du Rhin , à deux lieues de Cologne, à trois de Bonn et à une petite lieiie du Rhin.

lit DBOUftilB «SCTIOlf.

Des champs fertiles, des villages pittoresques Ten-vi* ronnent. Devant la ville s'élève majestueusement Tantique Colonia, avec ses nombreux clochers et son dôme colossal; elle borne la vue de ce côté. Â droite^ le Siebengebirge (i) dessine ses formes gigantesques sur le lointain bleuâtre , et présente à Toeil , de ce côté , un point de repos plein de grandeur. De quelques hauteurs voisines , Tami de la belle nature contemple avec admiration les plaines qui se déploient devant lui et réclat argenté du Rhin majestueux qui , dans de longs circuits, roule ses ondes aussi paisiblement que s'il trouvait plaisir à s'arrêter dans ces riantes campagnes, tandis que deux longues chaînes de montagnes semblent tenir cette magnifique plaine embrassée. L'une de ces chaînes s'étend sur la nve gauche du Rhin jusqu'aux monts Eifler, et se nomme pour cette raison le Vorgebirge (s) ; Brûhl est au pied de cette montagne. La cime en est couverte au loin par la forêt de Yill , et sa pente ondulée est parsemée de châteaux, de jolis villages, dont les maisons se cachent sous les arbres fruitiers. A l'époque de la floraison , ces groupes de villages offrent l'aspect le plus agréable, et forment avec le reste un tableau d'une variété charmante.

C'est donc avec raison que Brûhl a été le séjour favori des électeurs et des archevêques de Cologne ; et autrefois cette petite ville était tout autrement impor-

(1) Sept montagnes voisines les unes des autres, %t qui paraissent n'en former qu'une seule.

(2) Introduction aux montagnes.

ISISTRIIGTION PSIMàmS. lit

Unie qu'elle ne Test actaellement. Brâhl ne te corn* pose plus aujourd'hui que de deux eent soixante et dix-huit maisons, parmi lesquelles il y a beaucoup de pAQTres chaumières de bauge , et elle ne compte que quatorze à quinze cents habitants. Depuis qu'elle a cessé d être la résidence des électeurs , ses habitants virent presque tous d'agriculture et de petit commerce. Elle n'offre que deux édifices remarquables, le château, qai est abandonné , et le monastère. Ce dernier bâtiment est occupé par l'établissement dont la direction m'est confiée.

Ce monastère était autrefois la pépinière de l'ordre des franciscains pour toute la province de Cologne* Après la suppression de Tordre sur la rive gauche du Rhin en 1807, Napoléon donna, le 4 septembre 4807, le monastère et ses dépendances à la ville de Brûhl , qoi les céda en 1812 à MM. Schug et Schumacher, poar y fonder une école secondaire , et un établissement d'éducation commerciale , dont l'existence finit es 1822. La ville céda ensuite ces bâtiments à l'administration royale du pays, vers la fin de Tannée 1822, pour établir l'école normale primaire qui s'y trouve maintenant.

i. LOCAL.

La maison est bâtie dans le grand style, à trois étages ; elle est de forme quadrangulaire. L'entrée est aa nord , et conduit par une petite avant-cour » d'an

MO DEUH&MB fifiCTHHI.

côté dan» le couvent , de Tautre dan» Véfjùie ; qui est belle^ daire, élevée ; son maître autel^ de marbre arti> ficiel et son orgue sont admirés comme deux objets fort beaux. Du côté du midi s'avancent deux ailes qui donnent au bâtiment l'apparence gracieuse d'un château. Dès l'entrée , des cloîtres larges , à voûtes élevées, plaisent par leur clarté. Ils font le tour du bâtiment, ainsi que les corridors du second et du troisième étage. Au rez-dcrcbaussée , nous avons quatre salies d'étude, et une grande salle à manger très-claire, qui sert en même temps de salle de réunion , d'étude et de prière. A côté sont deux chambres d'école , et deux autres pour l'économe , avec cuisine , office et pièce pour les domestiques , aunlessous du rez-dechaussée ; le portier y a aussi sa cuisine et deux chambres. L'établissement a , près de la cuisine , un puits très-bon et très-abondant, dont l'eau Qst tirée par une pompe ; une petite rivière qui passe sous les deux ailes est d'un grand prix pQur la propreté.

Le directeur occupe, au second étage ^ le côté oriental du bâtiment ; l'inspecteur, l'aile gauche et une partie du côté du sud ; l'économe a le reste du côté du sud ; l'aile droite et le côté de l'ouest sont habités par un ancien père et un frère de l'ordre des franciscains, regardés comme les derniers rejetons d'une soucbe autrefois florissante, maintenant éteinte, et par le maître de l'école d'exercice (Uebung$'SchuU). Il n'y a pas de chambres au nord , mais seulement des corridors qui aboutissent à l'église.

IRSTMGTJOZI ^ftauniB. «M

Les maîtres aaxiliâires habitent Tétage ««périetir, oa se UroinreDl eo outre cinq chamlM*es d'infirmerie an sad, et deux grands dortoirs pour les élèves « à Test et k Fcaest du bâtiment principal. Un grenier bien entretenu couvre toute la maison , et offre à réconome, ainsi qu^aui maîtres , des places commodes pour leur provision de céréales.

Quaoi au local pour renseignement et lliabitation , ks maitres et les élèves ont tout sujet d'être satisfaits. Les appartements des maitres ne sont pas beaux , il est vrai ; d'autres écoles en possèdent de meilleurs; mais avec quelques embellissements , ils pourront devenir irès-décenis. Les dortoirs des élèves sont gais et mieui ornés que je ne les ai vus dans aucune école normale» L'aspeet en est très-propre et très-agréable, lorsque les lits sont pourvus de draps blancs et tous couvert» de même, ce qui ne peut se faire que dans les établis» lements qui fournissent les lits. Cette maison n'a qu'un inconvénient, les courants d*air violents, auxquels je crois pourtant que Ton pourrait remédier.

Les alentours du bâtiment sont aussi agréables que l'intérieur en est convenable.

La maison est située du plus beau côté de la ville , et n'a de communication qu'avec le château , par une construction intermédiaire et par les bâtiments de l'ancienne orangerie* Elle a une vue riante sur des campagnes magnifiques ; un grand potager , une cour commode et deux petits terrains pour parterre en dépendent.

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