OHDRE, DISCn»UNE, HORALITé
Sans ordre , le moindre succès est impossible ; le plus petit ménage ne peut s'en passer ; mais dans une maison grande et nombreuse , l'ordre est tellement nécessaire , que sans ordre tout tomberait dans la confosion. Dans un établissement composé d'éléments divers, comme cette école normale, où des jeunes gens qui diffèrent de langage, de mœurs et d'éducation, se trouvent réunis et vivent ensemble , il doit régner une règle sévère. Cette règle , dans la vie de famille , c'est le chef lui-même; et il est certain que dans un grand établissemeint , les administrateurs ont l'obligation ètrmte d'être l'exemple de tous. Ils sont ce ressort de la grande horloge , qui ne peut perdre son mouvement sans que tout ne s'arrête. Mais il n'en faut pas moins
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qu'un grand établissement ait ses règles précises , ses lois écrites. L'administration remplit, il est vrai, le Tide de la loi et se met à sa place , lorsque celle-^ci garde le silence ; mais tous , sans distinction , doivent savoir avec précision ce qu'ils doivent et ce qu'ils peu* vent faire. C'est pourquoi le soussigné ne peut partager l'opinion de quelques instituteurs fort estimables, qui trouvent qu'il n'est ni nécessaire ni utile qu'il y ait des lois écrites pour un établissement comme l'école normale primaire , et même que les lois écrites peuvent être dangereuses, en ce qu'elles excitent à les enfrein ^ dre. Celte manière de voir et ces inquiétudes ne pourraient avoir de fondement , selon moi , qu'autant que les lois auraient été faites arbitrairement. Mais les lois sortent comme d'elles-mêmes de la nature des cboses. Qu'on réunisse une société de jeunes gens sang leur prescrire aucun règlement; eux-mêmes, s'ils sont doués d'une raison saine , sentiront bientôt la nécessité de faire des lois sur leurs rapports entre eux, et de désigner l'un d'eux pour gardien ou protecteur. U est donc fort naturel , utile et convenable; que le,s administrateurs et les maîtres fassent eux-mêmes des lois pour l'école qui leur est confiée. Mais accordons que les lois portent en elles l'attrait de les enfreindre , qu'en resulie-t*il? Qu'elles sont inutiles. Alors, par la même raison , toutes les lois devraient aussi être supprimées, parce qiie notre nature dégénérée nous porte à les enfreindre. Il faut, je crois, imiter le père et le grand instituteur de tous les liommes, qui ne s'est pas contenté
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d*éerire des lois dans le coeur de ses enfants , mais qui leur en a donné de positives dans le Nouveau comme dans rÂneien Testament. Des lois fixes donnent à une insiîiution une marche ferme , proiègent contre Tarbîtraire « préviennent les erreurs , les précipitations , et« ee qui est important pour Tavenir, elles représentent clairement et d'une manière frappante la nécessité des lois de rÉtat, et préparent à une obéissance volontaire envers celles-ci. L'opinion que j'explique ici dérive en moi de la conviction de l'utilité des lois écrites et positives en général, et l'expérience m'y a de plus en plus affermi. Car, dans les infractions à l'ordre et à la diseipline survenues de temps à autre , je me suis borné à punir cette faute , en lisant avec un calme sévère , soit en particulier, soit en assemblée , la loi enfreinte , et cette punition n'a jamais manqué son effet.
Après cette digression (1), qui m'a semblé à sa place, je reviens à l'ordre de la maison. Il est de notre devoir de profiter aussi longtemps que possible de la clarté du jour, afin d'avoir moins besoin de la lumière de la lampe , parce que celle du jour est plus saine , plus gaie, plus parfaite et ne coûte rien. Il serait donc impardonnable à nous de faire du jour la nuit et de la nuit le jour. Mais nous sommes encore pour un autre motif d'accord avec le sage qui dit : Se coucher de hpnne heure, se lever matin, rend sage, donne la santé«
(1) Elle est ici fort abrégée.
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remplit la maison. Je tiens beaucoup k ce que les jeunes gens s'habituent à quitter leur lit de boDoe heure , et à ce que le soir ils mettent de côté toiUe inquiétude et tout travail , pour jouir d'un sommeil qui les rafraîchisse. C'est pourquoi nous nous levons en été à quatre heures , et même un peu plus tôt daos les jours les plus longs , en hiver à six. heures , au printemps et en automne à cinq heures du matin. En revanche , je me couche, ainsi que les élèves , en été à neuf heures ou neuf heures et demie ; en hiver, au printemps, en- automne à dix heures du soir. Les élève» sonnent alternativement le réveil ; un quart d'heure après le coup de cloche , sur un second avertissement, on se réunit dans la salle à manger, ou la prière du matin se fait en commun ; ensuite tout le monde me suit à l'église , où je dis la sainte messe. L'un de» élèves la sert , tous les autres y répondent en choeur ; cet acte religieux , pour lequel on se sert du livre de prières et du livre de cantiques de Mgr. l'évêque de Hommer, est quelquefois mêlé de chant , mais rarement , parce que chanter de très-matin est , dit-on , nuisible à la poitrine et à la voix. Tout est terminé dans une heure , et les élèves , après avoir consacré à Dieu le moment de l'aurore , font d'abord leurs lits, vont ensuite déjeuner, et se préparent aux leçons qui commencent à huit heures, ou, suivant la saison, à 9ept heures du matin. En établissant cette règle , j'eus la crainte, dans les commencements, que se lever matin et se rendre de suite , en hiver, dans une église
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înnàt , ne fui DuisiUe à ki santé; maïs je précède ■OMBème les élèves et n'ai reçu , de leur part , aocune phÎDte à ce sujet. On pourrait bien m*objecter que je mis phis chaudement vêtu que ces jeunes gens : maïs ils sont plus jeunes , ils ont un sang , un estomac plus éauds que le mien, et ceUi rétablit Téquilibre. De jdoSf ils ne peuvent que gagner à s'endurcir, et se oaire beaucoup au contraire par trop de délicatesse et de mollesse. Les dimanches et jours de féie consacrés , je dis l'office aux»élèves à huit heures^et demie do matin ; on chante une messe allemande à quatre Toix , ou du plain^chant et des hjmnes, et aux grandes solennités ^ une messe en latin. Dans le courant de l'année ^ les élèves de la première classe ont plusieurs fois très-bien exécuté quelques messes en musique» trèS'faciles ; mais en général je ne suis pas encore entièrem^it satisfait de notre musique d'église ; non pas^ que les maîtres et les élèves ne fassent de leur mieux ^ mais parce que nous manquons de morceaux de musique religieuse convenables. Le chant,, dans les églises catholiques , est soumis à une condition particulière : il faut qu'il se lie aux actes , aux moments de la messe ; qu'il forme un tout séparé et cependant en harmonie avec la messe ; en outre , il faut qu il exprime chacune des époques de Tannée ecclésiastique. Or nous avons très-peu de musique religieuse faite pour le peuple ; ce* qui peut en exister est entre les mains de quelques partieviliers , qui ne sont pas disposés à s'en dessaisir» il peut y avoir beaucoup de morceaux dans tous les
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genres de style religieux, mais seulement dans la musique pins relevée ; et à quoi bon pousser aussi loin les études des élèves, si cela ne leur est pas utile dans le cercle de leur activité? La musique de haut style ne peutet ne doit jamais devenir la propriété du peuple. La musique ne doit pas rester un simple objet de fantaisie , mais servir à ennoblir le cœur, à le cultiver, à le former moralement. Il importe peu de quelle manière on chante , mais bien ce qu'on chante. Dans les écoles normales primaires , la musique ,' non plus que la lecture, ne doit pas être à elle-même son but principal , mais il faudrait la considérer et la traiter comme un moyen pour atteindre un but élevé, qui est ici Téducation et la culture morale. C'est donc avec raison que Ton demande aux écoles normales primaires de propager un chant religieux populaire plus noble et plus digne ; ce doit être là , en fait de musique, leur but principal. Un bon compositeur pourrait acquérir, en ce genre , une gloire immortelle. Il serait à désirer que les autorités supérieures, surtout les autorités ecclésiastiques , s'appliquassent à encourager les compositeursf, qui auraient du génie pour la musique religieuse populaire, à remplir ce vide. Je n^ai en vue , il est vrai, que TÉglise catholique et ses offices ; il en est tout autrement de FÉglise évangélique. Elle possède un grand approvisionnement de psaumes ; il n^est besoin que d'en choisir d'analogues au sermon , et un tout se trouve ainsi formé. C'est pourquoi les écoles normales primaires protestantes ont , sous ce
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tappori, une làdie beaucoup |4us facile. Dans le coke caiholîqae, au contraire, le aermon n^eat qu'une partie d'un tout plua élevé, avec lequel lea chanU doivent s'accorder en se conformant aux divers mo* menis importants, et c'est pour cela qu'il y a si peu <ie plain-chant dont on puisse se servir. Pour atteindre le but proposé , nous aurions besoin non-seulement d'uo bon organiste , mais aussi d'un habile compositeor, qu'il est peu facile de trouver. Je reviens à l'ordre de la journée.
Le jour commence par la prière et finit de même. Un quart d*heure ou une demi-heure avant de se mettre au lit, tous les élèves se réunissent au coup de la doche pour la prière du soir. On fait une lecture rapide dans l'Écriture sainte ; et après m'étre étendu plus ou moins sur le texte et l'avoir recommandé à l'imitation, je termine par une prière. Pendant l'année qui s'est écoulée , je faisais le dimanche un discours d'homilétique sur le texte du jour avant la messe ; mais comme il me devient difficile de parler à jeun, j'ai remis ce discours au soir, 11 a été aussi décidé que , pour entretenir le sentiment religieux et moral , les élèves se confesseraient et communieraient une fois le mois, qoand des raisons particulières ne feraient pas remet* (re cet acte à six semaines ou au plus tard à deux mois. Dp reste , la journée est employée suivant l'indication des leçons et dans Tordre arrêté par le ministre. Les élèves n'ont la liberté de sortir que l'après-midi de congé qui se trouve dans la semaine ; et cela suffit à
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leur nnlé , parce que dans tontes les heures de récréation ils peuvent prendre de Texercice dans le grand jardin de deux acres, dépendant de rétablissement. Cependant quand les journées sont belles, je leur accorde des sorties extraordinaires dans les champs , lorsque je crois cet exercice favorable à leur santé ; -et dans cette vue je mets la condition expresse que Von n'emportera pas de pipe, étant persuadé que fumer «st plus ou moins nuisible aux jeunes geus.
n est beau de corriger les défauts, plus beau encore de les prévenir. On n'a pas manqué de raisons pour ériger en principe , qu'il faut absolument laisser faire aux enfants leur volonté, afin que leur volonté devienne forte , et ne chercher qu^au moment du développement de la raison et par celle-ci à lui donner une direction élevée. Mais cela s^appelle commencer par laisser prendre à la mauvaise herbe le dessus sur le bon grain, et vouloir Tarracher quand elle est devenue forte : Texpérience prouve que la bonne semence lève mieux, etolt et se fortifie , quand le sol a été purgé des mauvaises herbes. La discipline chez les écoliers , comme la pudeur chez les enfants , devra donc à la fois précéder l'instruction et l'accompagner. Sans doute , la crainte et la retenue extérieure ne sont que le commencement de la sagesse : il faut amener l'homme à penser de lui-même et sans impulsion extérieure aux devoirs qui lui iBpBt imposés , de manière qu'il soit disposé à accomplir tout ce qu'il aura reconnu être un devoir , à n'interroger que sa conscience et à se mettre
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ao-deteus des louanges et du blâme des homiues. Cela est vrai et incontesté ; cependant la chair reste tou jours faible , lors même que Tesprit est prompt; et il est peu de ces élus pour qui Tapprobaiion ou le blâme, les remoDirances ou les encouragements , Tespé^nce et la crainte , ne sont pas des ressorts nécessaires ; c'est pourquoi ces moyens subsistent en grand comme en petit , dans les maisons particulières comme dans les écoles, dans TÉglise comme dans TÉiat ; et ils ne ces^ seront jamais, s'ils sont convenablement employa, d'avoir un effet salutaire. Une contrainte et une disci^ pline dure est aussi éloignée de mes goûts que de mes principes ; mais l'expérience réclame une sévère dis^ cipline dans de grandes écoles , surtout à leur début. Une fois qu'un ordre a été établi , que la volonté de chacun s'est pltée à l'unité de l'ensemble , alors la première sévérité peut s'adoucir ou même se changer en une douceur bienveillante. D'aussi loin que je puisse m'en souvenir, l'éducation des enfants m'a mmblé meilleure dans les maisons où ce principe est suivi raisonnablement : laisser les enfants se pervertir et se corrompre dans leurs premières années par unedouceur faible et une tendresse molle , puis les reprendre , les corriger, les punir avec rigueur, est un faux système. • Par ces motifs , oi^ commence toujours ici par la lecture du règlement de la maison et des lois disciplinaires, afin que les élèves sachent bien ce qu'ils ont à laire, et l'on veille sévèrement à l'exécution stricte de toutes les dispositions du règlement. Les maîtres, de
leur e6té, mettent le plus grand soin à se moairer exacte dans tontes leurs obligations. On fak ensuite , suhant le besoin , des répétitions partielles de cette lecture ; ainsi la diseipline s^affermit et devient de plus en plus facile. La principale punition est le renvoi, et Técole s'est vue forcée, pendant Tannée précédente, d'en faire usage une couple de fois ; du reste , on cherche à pn^rtionner le châtiment à la faute, parce qu^il a pour bot Tamélioraiion du coupable et le bien de tous. Par exemple, si un des élèves reste au lit par DMllesse i on lui retranche à diner la portion de viande, et pendant quatre^ hnt ou quinze jours de suite, il est obligé de déclarer sa présence dans la réunion du matin. Ne pas sortir les jours de congé , sonner la cloche , porter de Teausont les seules punitions corporelles pour Ita fautes de mollesse et les infractions à Tordre. Les autres fautes d'impatience ou d'éiourderie , de patehnage ou de dureté , de grossièreté ou toute autre malhimnèteté , les fautes contre la décence ou les^ bonnes mcBurs , sont punies par des notes au livre de TinspectioB q«e les coupables signent , et par Tespèce de pdbUcité qui est amsi donnée à des sentiments et à des désirs qmHls auraient voulu dérober à tout le monde. Quant à la conduite des élèves hors de la maison, les administrateurs et les bourgeois rendent unanimement témoignage qu'on ne s'aperçoit nullement de la présence de ces jeunes gens. Il n'est pas difficile de parler à leur cœur , et par des représentations à leur portée , de les toucher jiiS4|a'aux larmes.
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le poarrak en indiquer plusieurs eiemplet mjm la crainte de trop sUonger ce rapport. Cependant j'en rapporterai un : L'année précédente les élèves de la classe supérieure furent mécontents de réconorae, et ils présentèrent une pétition signée d'un grand nombre , dans laquelle ils énuméraient leurs grieft , et demandaient un autre économe. Je remis la péliiion ^ ce dernier pour qu'il pût y répondre, et après qu'il te fut défendu , je laissai parler les accusateurs et Taccusé pendant une leçon de religion. Celui-ci n'éttit pas irréprochable, et sa faute même était évidente : la plainte, de son côté, était exagérée et odieuse, inexacte et inconsidérée ; car plusieurs avaient «igné sans tire ; d'autres avaient apposé leur signature , parce que tel on tel point leur semblait juste; d'autres enén s'étaient montrés très-acUfs à recueillir des signatures y et avaient fait des reproches à ceux qui avaient refusé de mettre leur nom. L'affaire étant une fois clairement exposée , l'économe eut sa paît de réprimande et fondit en pleurs; les autres étaient émua jusqu'aux larmes , et les coupables , quand on leur eut développé ce que leur couduite avait d'inconvenant^ d'inconsidéré et même de criminel, reconnurent leur injustice et promirent de ne plus rien entreprendre de pareil.
L'ordre et la discipline ^ l'instruction et la prière sont donc regardés et employés comme autant de moyens généraux et particuliers pour cultiver la moralité des élèves , et le soussigné, pendant ce court
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espace de temps, a eu plu8 d'une fois la satisfaction de voir plusieurs élèves qui arrivaient à Técole avec de fâcheuses habitudes en sortir métamorphosés et renouvelés* La modestie remplaça Tétourderie , l'esprit de tempérance le besoin des jouissances sensuelles, et ceux qui n'étaient venus chercher qu'un pain commun y prirent le goût d'un pain plus relevé. 11 n'est guère possible parmi un grand nombre d'élèves qu'il ne se glisse pas quelque sujet vicieux , et l'année dernière , parmi les nouveaux arrivés , se trouva un voleur habile et rUsé, dont les vols remplirent l'établissement de mécontentement et d'effroi. H était difficile de le découvrir; mais le mensonge et la perversité ne peuvent être de longue durée. De grands soupçons s'accumulèrent dans le cours de l'année sur le coupable , et quoiqu'il n'y eût pas de preuves évidentes , le méchant ne put se dérober tellement aux regards de la vigilance , que la certitude morale ne fût acquise contre lui. On le renvoya à l'occasion de l'examen de l'année précédente. ^Cependant, aucune preuve formelle ne pouvant être alléguée contre lui , son nom ne fut pas stigmatisé par la publicité, et l'autorité supérieure me dispensera volontiers de le signaler , satisfaite do l'assurance que , depuis lors , aucun malheur de ce genre ne s'est présenté.