‹ De l'Instruction publique dans quelques Pays de l'AllemagneChapitre 5 sur 93 · TOME H · texte numérisé non relu

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8'eii prenne à lai-méme, si la loi ne loi donne point une grande influence dans Finstniction primaire ; car c'était à lai à devancer la loi et à s'y Taire d'avance une place nécessaire. La loi, fille des faits, s'appuiera donc peu sur le clergé ; mais si elle Técartait entièrement, elle ferait une faute énorme ; car elle mettrait décidément le clergé contre l'instruction primaire , et elle engagerait une lutte déclarée , scandaleuse et périlleuse. Le terme moyen naturel est de mettre le curé ou le pasteur, et, quand il y a lieu , l'un et l'autre à la fois , dans tout comité communal , et l'ecclésiastique le plus élevé du département dans le comité départemental. Donner à des ecclésiastiques la présidence de ces comités, comme l'avait fait la restauration pour ses comités cantonaux, ce serait vouloir ce qu'elle voulait , que ces comités ne s'assemblent jamais ou s'assemblent en vain ; d'autre part, exclure les ecclésiastiques de nos comités , comme le voudraient certaines gens qui se croient de grands philosophes , serait une réaction très-mauvaise sous tous les rapports. 11 ne faut ni livrer aux ecclésiastiques nos comités ni les en exclure; mais il faut les y admettre, parce qu'ils ont droit d'y être et d*y représenter la religion. Les gens honnêtes , raisonnables et considérables qui doivent composer ces comités, entraîneront pen à peu leurs collègues ecclésiastiques, en leur témoignant les égards qui leur sont dus. D'ailleurs , M. le ministre , aujourd'hui le clergé est vaincu ; le temps de le ménager en le contenant est arrivé. Napoléon n'^était pas

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(imide, et pourtant il a traité avec le clergé comme avec la noblesse , comme avec la révolution , comme avec tout ce qui était une puissance réelle, et il fau^ drait un aveuglement volontaire pour nier que le clergé soit une puissance réelle en France. 11 faut donc avoir le clergé ; il faut ne rien négliger pour le ramener dans les voies où tout l'engage , et son intérêt manifeste, et sa sainte mission, et les anciens services qu'il a rendus à la civilisation de TEurope. Mais si nous voulons avoir le clergé pour nous dans Tinstruction populaire, il ne faut pas que cette instruction soit sans morale et sans religion ; car alors, en effet , le devoir du clergé serait de la combattre, et il aurait pour lui dans ce combat la sympathie de tous les gens de bien, de tous les bons pères de famille et du peuple luimême. Grâce à Dieu , vous êtes trop éclairé , trop homnae d'État, M. le ministre, pour penser qu'il puisse y avoir de vraie instruction populaire sans morale, de morale populaire sans religion et de religion sans un culte. Le christianisme doit être la base de l'instruction du peuple : il ne faut pas craindre de professer hautement cette maxime; elle est aussi politique qu'elle est honnête. Nous baptisons d'abord nos enfants et nous les élevons dans la religion chrétienne et dans le sein de l'Église : plus tard , l'âge , la réflexion, le vent des opinions humaines, modifient leur pensée première ; mais il est bon que cette pensée ail été d'abord empreinte de christianisme. De même , Tinstruction populaire doit être religieuse, c'esNk-dire

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ehrétieune ; car, encore ane fois , il n*y a pas de religion en général ; et en Europe aujourd'hui , qui dit religion, dit christianisme. Que nos écoles populaire!^ soient donc chrétiennes ; qu'elles le soient entièrement et sérieusement. Peu à peu le ciei^é ouvrira les yeux et nous prêtera son concours efficace. En vérité, il me semhie impossible que de pauvres prêtres isolé» dans les campagnes , dépendant de la population qui les nourrit et avec laquelle ils vivent , échappent longtemps à Taclion éclairée d'un pouvoir national, fort et bienveillant. Le haut clergé lui-même vous appartient par la nomination et par le temporel. Peu à peu il doit vous revenir. En attendant, surveillons-le, mais ménageons-le. Ouvrons-lui nos écoles ; car nous n'avons rien à cacher ; appelons-le à l'œuvre sainte que nous entreprenons. Après tout, s'il s'y refuse , nous aurons absous notre prudence et fait notre devoir. Le reste est dans la main de la Providence et dans ses dessehis impénétrables sur l'avenir de la société européenne. Mais , M. le ministre , vous avez pu remarquer que je ne vous ai point encore parlé de la part de l'université dans rinstruction primaire. D'abord je professe ne pa» savoir ce que c'est aujourd'hui que l'université : je ne connais d'université que l'université impériale; et cellelà après avoir rendu d'éminents services , est morte en 18i5. Elle a fait place d'abord à la commission royale de l'instruction publique , ensuite au ministère de l'instruction publique et des cultes : c'est là le régime légal sous lequel nous sommes. Or, personne ne

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eoBteste que Taetion de» comités commanatts el dépai^ temenlanx , des niaires, des sovs-préfets et des préfeu , doit relever » comme toutes les autres parties de radmînistratiou publique , d'un centre commun , du^ quel émane une impulsion forte et une haute sunreii* lance , et sur lequel tombe toute la responsabilité constitutiomidle devant les chambres. Ce centre est, ici comme en Prusse; le ministère de Tinstruction publique etdes cultes avec son conseil . Cela est ainsi établi, et cela est naturel et raisonnable en soi. il est logique de laisser rinstruction primaire au ministère qui a dans ses attribâtions toute Tinstruction publique, ainsi que les cultes, c*est-à-dire, les deux choses auxquelles l'instruction do peuple est intimement liée. Que pourrait-on gagner à reléguer rinstruction primaire dans les bureaux du ministère de rintérieur ? Si Ton y a rejeté les arts , c'est un tort grave qu'il ne faut pas renouveler. S'est-on trouvé mal de cet ordre de choses? Loin de là , on s'accorde à reconnaître que le ministère de rinstruction publia que et son conseil ont , depuis la révolution de juillet, beaucoup fait pour l'instruction primaire. Gomme vous, n'eussiez rien pu sans les conseils municipaux et dé-, partementaux, sans les maires et sans les préfets , de. même ces autorités reconnaissent qu'elles n'auraient rien pu , ou bien peu de chose , sans votre cooptation et votre initiative. C'est vous qui avez excité leur zèle, qui l'avez soutenu et encouragé ; c'est vous qui , dispensateur éclairé des fonds remis par les chambres entre vos mains , avez partout vivifié l'instruction du

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peuple , en ajoutant aux faibles efièru lies loealitéa néeessileuaet des subvemicms plus ou moins considérables. Vous rendrez compte aux chambres , et je ne pense pas que sur vos actes elles TeutUent bouleverser les atlributions acluelles des ministres , et resserrer les vôtres , qu'elles devraient étendre. Les gens raisonnables ne veulent pas vous dépouiller de Hnstruction primaire ; ils savent que sa vraie place est dans votre ministère» Jusque-là pas de difficultés ; mais les difficultés arriveront aussitôt que vous voudrez gouverner Finstroction primaire par vos agents ordinaires , les recteurs , et surtout les inspecteurs d'académie. Ici presque tout le monde résiste. Il faut se rendre compte de cette résistance. En général, on ne comprend pas que l'instruction primaire soit relative à la circonscription de la France par académies universitaires ; on pense que cette instruction étant essentiellement communale et départementale, les autorités naturelles appelées à la surveiller sont celles de la commune et du département. On pense aussi que l'instruction prir BBaîre veut une surveillance constante et par conséquent locale , et l'on croit peu capables d'une pareille surv^iance le recteur et les inspecteurs d'une académie qui souvent embrasse trois , quatre ou cinq départements , comme la Bretagne , tandis qu'il y a en Allemagne un inspecteur spécial , non pas seulement par département, mais par arrondissement. Et puis, entre nous, à quelques exceptions près, vos inspecteurs d'académie n'inspectent guère plus que vos inspec-

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tes» généfaux. Enfin, je le répéteni sant cesse, il D^y a de bonnes inspections que les inspections spéciales. Un même homme ne peut à la fois inspecter utilement des facultés , des collèges royaux et com-> munaux» une foule innombrable d'institutions et de pensions, et des établissements très-divers dlnstrao* tion primaire. Ces degrés difiérents d'instruction veulent des inspections différentes. J'approuverais donc la création d'un inspecteur spécial pour l'instructio» primaire dans chaque département. Nos inspecteurs d'académie doivent être réservés pour l'inspection des écoles du second degré , pour les collèges royaux et communaux , pour les pensions et les institutions , qui 8u£Bront , et de reste , à leurs forces et à leurs efforts. Vos agents , vos correspondants naturels dans Tinstruction primaire, sont les préfets, qui présideraient les comités de département , et auxquels aboutirait la correspondance des maires et des comités communaux par les sous-préfets , ainsi que le rapport de l'inspecteur départemental. Les préfets correspondraient officiellement avec vous, comme ils l'ont fait officieuse* ment jusqu'ici ; et il y aurait dans le conseil central de l'instruction publique , comme il y a en dfet aujourd'hui, un conseiller spécialement chargé des rapports à faire sur cette partie. Ce mécanisme est trèsrsimple et donnerait de prompts résultats; la machine , moins compliquée aurait plus de jeu. La seule chose à laquelle j'emploierais des agents pris dans le corps enseignant , serait la commission d'examen , chargée de

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doDDer des brevets de maître d'école. Nul ne conteste que des professeurs n'aient en ce genre une capacité spéciale et toute Timpartialité nécessaire. Je voudrai» donc que la commission d'examen fût nommée par vous et composée de professeurs ou régents du collège royal ou communal du département , en y adjoignant^ pour la partie religieuse , un ecclésiastique que désignerait révéque. Cette même commission serait aussi employée par le comité départemental et par le préfet, à faire, chaque année, les examens de Técole normale primaire du département.

Quant aux instituteurs privés et à ce qu'on est con- Tenu d'appeler la liberté de l'enseignement primaire , je ne puis que répéter ici ce que j'en ai dit ailleurs (i) : il faut à la fois ne s'y opposer et n'y pas compter. Quel homme de sens aujourd'hui ccmsen tirait à se fier à l'enrôlement volontaire pour le recrutement de l'armée ? De même , pour le recrutement des maîtres d'école, peut-on proposer de se fier à l'industrie privée ? Il y a une école polytechnique , une école des mines, une école des ponts et chaussées, et beaucoup d'autres écoles spéciales , toutes fondées sur ce principe qu'il est des branches de services publics qui doivent être assurées. Parmi tous ces services , l'in* struction primaire est au premier rang. C'est le devoir le plus étroit du gouvernement de l'assurer d'une manière certaine , et de la garantir des caprices' de

(I) Première partie du rapport,

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ropiaion et de la mobilité des calculs de Tindustrie. De là nos écoles normales primaires de département , chargées de fournir chaque année le nombre moyen de maîtres d'école dont les communes du département peuvent avoir besoin. Il ne faut compter que sur ces écoles normales pour le recrutement régulier des instituteurs communaux. Mais si , en face de nos écoles primaires communales , il se présente des personnes qui, sans avoir passé par nos écoles normales , veulent à leurs risques et périls établir aussi des écoles privées , il est évident que non-seulement il faut tolérer , mais quMl faut encourager tous ces établissements particuliers , comme nous nous réjouissons qu*il s*éléve des pensions et institutions à côté de nos collèges royaux et communaux. Cette concurrence ne peut qu'être utile sous tous les rapports. Tant mieux si les écoles privées se soutiennent et prospèrent : loisible à elles de tenter toutes sortes de méthodes nouvelles et de faire en ce genre des essais qui ne peuvent être fort périlleux. Dans tous les cas , nos êco4es normales aoot là. Ainsi tous les intérêts sont conciliés , les devoirs de rÉtat et les droits des familles , la régularité du service et les libres chances de rindustrie, les droits de Texpérience et ceux de Tinnovation. Il ne faut imposer à quiconque veut élever une école primaire privée que deux conditions , dont nulle école publique <m privée ne peut être affranchie , le brevet de capaeité donné par une commission d'examen , et la surveillance du comité cantonal et de l'inspecteur du

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département. Je •upprimèrais volontiers le eeriificatd^ moralité , comme illusoire et implicitement renfermé dans celui de capacité, surtout sll y a^ comme il le faut, un ecclésiastique dans la commission d'examen .

Ici, bien plus encore qu'en Prusse, la privation du brevet de maître d'école ne peut être prononcée qu*après un jugement et par un tribunal ordinaire ; seulement il faut que Ton puisse faire devant ce tribunal un procès spécial sur des délits spéciaux autres que les délits ordinaires. Tout le monde en effet com« prend qu'on peut être un très-mauvais maître d*école , sans avoir commis les délits correctionnels et criminelft prévus par la loi civile.

Toutes ces mesures , sur lesquelles je ne veux pas . m'appesantir , M. le Ministre, sont plus ou moins fondées sur les faits existants ; elles ont pour elles la sanction de l'expérience : il n'y aurait donc que de l'avantage à leur sgouter celle de la loi. On ferait des essais sur tous les autres points dont la loi ne parlerait pas. Parmi ces essais , il y en aurait probablement d'heureux ; quand une assez longue pratique les aurait confirmés , on pourrait un jour les insérer dans une loi nouvelle , ou des ordonnances et des instructions mûrement délibérées par le conseil royal les couver* tiraient en mesures générales et officielles. Il ne faut songer à mettre dans la loi que ce qui a déjà la garantie du succès. Les lois ne sont pas des essais périlleux sur la société ; elles ne doivent faire autre chose que résumer et généraliser les leçons de l'expérience.

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