‹ De l'Instruction publique dans quelques Pays de l'AllemagneChapitre 4 sur 93 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

n DEtJXIÈUE SECTION.

à perdre leur autonsatien, quand ils n'agissent pas , en les recevant et en les survdilant, avec la conscience la plus rigourease.

€ U faut aussi que, lors des examens solennels dans les écoles et les maisons d'éducation privées , les inspecteurs spéciaux de ces établissements soient invités à y assister. Les examens publics, les déclamatiom^ et autres représentations, sont interdits aux filles dans les écoles privées comme dans les écoles publiques.

« L'autorisation donnée au fondateur ou à la fondatrice d*nne école privée n'est valable que pour la personne dont elle porte le nom.

< Cette autorisation n'a de durée que celle de la vie de son possesseur, et tant qu'il est en état de remplir les obligations qu'elle impose.

« Les directeurs et les directrices qui veulent dissoudre leur établissement, doivent l'annoncer par écrit, en renvoyant leur autorisation. Si une école privée est suspendue pendant six mois, à moins que ce ne soit par force majeure , pour cause de maladie par exemple, il faudra, pour la rouvrir, non pas, il est vrai, un nouvel examen, mais une nouvelle permis^ sion de la commission ou de l'inspecteur d'arrondissement»

f Les personnes qui auraient déjà ouvert des écoles privées , sans en avoir obtenu l'autorisation suivant le mode prescrit dans la présente loi , devront se soumettre à une enquête scrupuleuse de la part des auto-

nié$ pour les écoles , et, selon les résoluu de cette enquête et TeiaineD qu'^es subiront , en jugera si iautorisation de conserver leur maison d'éduoâlîon penl leur être accordée ou non*

f Ces personnes devront , à cette fin , se présea* ter, au plus tard dans Tespace do trois mois après k promulgation de la présente loi , aux autorités compé* tentes ; sinon , ce délai expiré » leurs écoles seront fermées, sans ^utre formalité, par la police du lieu.

I Les autorités locales pour les écoles devront , dans le même espace de temps , envoyer aux conais* toires provinciaux la liste des maisons d'éducation non encore autorisées, dont les maîtres peuvent être appelés à subir Fexamen , ainsi que la liste des maisons qui , d'après la direction qu'elles ont suivie jusqu'alors , peuvent être dispensées de cette mesure.

c Quiconque , après la promulgation de la présente loi , établira illicitement de nouvelles écoles privées , oe devra pas seulement s'attendre à la dissolution de iton école clandestine, mais pendant trois années, lors même qu'il donnerait des espérances satisfaisantes sous tous ies rapports , il ne pourra ouvrir une école privée.

Des pensionnats.

< Les personnes qui prennent des jeunes gens en pension doivent aussi en solliciter la permission , l<Mrs même qu'elles veulent les faire inscrire par les mai-*

9» maxiÈUE sccTidN.

très pariîcoliers ou daos d'autres écoles : rautorité locale pour les écoles examine la capacité morale des personnes , si leur habitation convient à leur entreprise; et si, sous tous les rapports, il n'y a point d'observations à faire, elle accorde Tautorisation demandée , qui n'a pas besoin d'être confirmée par le c<msistoire provincial.

f Si des établissements privés, déjà autorisés, voulaient s'adjoindre des pensionnats , les directeurs et les directrices devront se soumettre de même à l'examen du local , et il faut ensuite que, dans leur autorisation , il soit fait mention expresse de la permission nouvelle qui leur est accordée de prendre des pensionnaires.

€ Les pensionnats sont sous la surveillance immédiate des commissions de ville, qui leur donneront des surveillants spéciaux, lesquels les examineront de temps à autre , et porteront en général leur attention sur le traitement physique comme sur l'éducation morale des pensionnaires.

Des écoles où Von apprend à coudre , à tricoter et à broder.

i Les écoles où l'on apprend seulement à coudre , à tricoter et à broder, ne- font point partie des écoles privées dont il est ici question ; mais comme , depuis longtemps, elles se permettent de donner l'instruction des écoles ordinaires , il est arrêté ici que non-

Mttlemêni la penaîssion pour des éeoles de ce genre doil être demandée aux autorités d'école ainsi qu'aux autorités de police , puisqu'il s'agit de l'exercice d'une industrie , mais que ceux ou celles qui tiennent de pareilles écoles n'ayant pas le droit de s'occuper de l'instruction des enfants , n'en doivent pas admettre qui n'aient déjà reçu l'instruction ordinaire, ou du moins qui ne la reçoivent encore en même temps qu^ils prennent des leçons de travail. Â compter de ce jour , nul enfant ne devra être reçu dans les écoles à coudre , à tricoter , etc., s'il n'en a reçu la permission du comité de surveillance par un certificat qui sera conservé , en cas de besoin , par les personnes placées à la tête de ces établissements, pour leur justification , et qui atteste que l'enfant a déjà joui pu continue de jouir de l'instruction primaire.

Des maîtres qui donnent des leçons à Phsure.

f Ceux qui font leur profession de donner des leçons particulières dans les maisons , doivent se pré* senter aux inspecteurs d'arrondissement ou aux commissions pour les écoles, afin de justifier de leur capacité et d'une conduite irréprochable, et pour se faire donner un certificat qui leur sert d'autorisation et qu^on peut leur retirer s'ils se conduisent avec immoralité et contre les règlements de police.

c Les personnes qui enseignent à des heures particulières, et seulement quelques branches spéciales,

M DBUlltalS «CCTNMI.

n*ont P&8 besoin pour cela d'amoriMtion ; tenlonioiit , lonqu*elte8 veulent donner dee leçons de religion , elles doivent se présenter aux autorités provinciales ecclésiastiques , ou à Tévéque du diocèse si elles sont catholiques, et ces autorité les font examiner et les autorisent.

Écoles éHaiiU,

< H sera permis à des femmes, et ea particulier aux veuves des maîtres d*école , de prendre sous leur surveillance , pendant le jour , les petits enfants qui n'ont pas encore atteint Fâge d'aller à Técole. Relativement à ces personnes , les autorités de ville et de campagne pour les écoles sont seulement obligées de faire attention à ce qu'elles soient de mœurs irréprochables et propres à la première éducation des enfants, à ce que leur demeure soit saine et suffisamment spa* cieuse, à ce qu'elles ne gardent les enfants que jusqu'à Tftge où ils peuvent aller à Técole , et que du reste elles aient assez de capacité pour influer utilement sur leursmœurs et leur raison. Pour éublirde ces écoles d*asile, qui seront soumises également à la surveillance d*un inspecteur spécial, il ne faudra que le consente^ ment des commisssions de ville pour les écoles et des inspecteurs d'arrondissement, i

Les six points que je viens suecessivemeiit de parcourir, M* lo ministre , embrassent toute l'organisation

de riatlmelioft priœaire en Prusse. U n'y a pas un «eiil arttele qui ne soit textuellement emprunté k la loi de 1819. Getle loi , sans entrer dans aucun détail rela* Uvemept à quelque province particulière , n'outilîe aucun objet intéressant , et c'est la loi la plus étendue et la plus complète que je connaisse sur Tinstructioa primaire.

On ne peut se refuser à y reconnaître une haute sagesse. Point de principes généraux inapplicables; point d*esprit de système ; nulle vue particulière et exdurive n'y gouverne le législateur : il prend tous les moyens qui peuvent le conduire à son but, lors môme que ces moyens sont très-différents les uns des autres. C'est un roi , et un roi absolu , qui a donné cette loi ; c'est un ministre sans responsabilité qui l'a conseillée ou rédigée : et pourtant nul esprit mal entendu de centralisation ou de bureaucratie ministérielle ne s'y fait sentir ; presque tout est livré aux autorités communales , départementales et provinciales ; il ne reste au ministre que l'impulsion et la surveillance générale. Le clergé a une grande part dans le gouvernement de l'instruction populaire , et les pères de famille sont aussi consultés dans les villes et dans les villages. En un mot , tous les intérêts qui interviennent naturellement dans la matière , trouvent leur place dans cette oi^nisation , et concourent , chacun à leur manière , à la fin commune , qui est la civilisation du peuple.

La loi prussienne de 1819 me parait donc excellente ; mais il ne faut pas croire que cette loi soit le

M DBIlXiÈME nCTIOll.

fruit de la sagesse d'un seul homme. M. d^Allenstein Ta rédigée plutôt qu'il ne Ta faite , et Ton peut dire qu'elle existait déjà , et dans une foule d'ordonnances partielles , et dans les usages et les mœurs du pays. Il n'y a peut-être pas un seul article de cette longue loi qui n'ait de nombreux antécédents ; et dans une notice sur Tliistoire de l'instruction primaire en Prusse, insérée dans le premier cahier du second volume du Journal de Vinslructian primaire^ par le conseiller de Beckedorff, je trouve des règlements de 1728 et de 1736 qui comprennent une foule de dispositions de la loi de 1819. L'obligation pour les parents d'envoyer leurs enfants à l'école est vieille en Prusse. La haute intervention de l'Église dans l'instruction du peuple remonte à l'origine du protestantisme , auquel elle est inhérente : il est évident qu'une révolution faite au nom de la liberté de l'esprit, devait, pour se défendre et s'implanter dans le peuple , travailler à l'émancipation de l'esprit du peuple et à la propagation de l'instruction. Sans doute , la loi de 1819 élève assez haut l'enseignement dans les écoles élémentaires et les écoles bonr« geoises ; mais si cet enseignement semble bien fort pour certaines localités , il faut dire qu'il était déjà ' pratiqué et même dépassé dans beaucoup d'autres. Ce qu'il y a de plus hardi est l'éublissement d'une grande école normale primaire par département ; mais il y avait déjà de semblables établissements dans la plupart des anciennes provinces de la monarchie. Enfin, cette loi ne fait guère que régulariser ce qui était déjà, non-

IN&TWGTIAN PftIMàliœ. »

seidaneDt eu Pnitse , mais tlaitt toute l'Aitemagne (i).' Ce n'est d<Hic fwint une otopie métaphysique , arbi*^ traire et artificielle , comme la plupart de nos lois aur rioatmction primaire ; celle»là est fondée sur la réaUté et Texpérience. Voilà pourquoi elle a été bécotée et a porté rapidement les fruits les plus heureux. Après s'être assuré qu'elle était partout praticable , le minis« tère prussien eo a exigé partout l'exécution , abaudonnant les détails aux autorités que cela regardait , et ne se réservant que l'impulsion et la vérification générale. ' Cette impulsion a été si ferme , cette vérification si sévère , et les autorités communales , départementales et provinciales, savoir, le SehulcoUegium dans les con« ôstoires provinciaux , le Sehulratk dans chaque con* seil de département, les inspecieurs d^ arrondissement dans chaque arrondissement , les commissions dans les villes , et les comités dans chaque commune urbaine ou rurale , toutes les autorités préposées aux écoles , ont déployé un zèle à la fois si soutenu et si bien dirigé, qu'aujourd'hui presque partout la loi est au-dessous de la réalité» et que Ton fait plus qu'elle ne commande , j'oitends (dans tous les points où le zèle suffît. Ainsi la loi établissait une grande école normale primaire par département ; aujourd'hui il y en a une en efiet dans tout département, et souvent même avec plusieurs petites écoles normales succursales : résultat qui répond

(l)Voyez, dans la première partie du rapport, loiit ce qui regarde rinsiruction primaire à Francfori , à Weimar et à Leipzig.

S4 MeXlÉMB «CTiMf.

en quelque •Oi'te de loi» les autres ; csrdes éedes nwt^ maies primaires ne peuvent fleurir qu'autant que les maitres qu'elles forment trouvent à se bien placer, et k bon placement , Texietence convenable des maltrea dit tout en fait d'instruction primaire. Les maîtres d'école ont été considérés comme foncti<mnaires de l'État , et comme tels ils ont droit maintenant à une pension de retraite dans leurs vieux jours ; et dans tout département s'est formée la société de secours pour les veuves et les orphelins des maîtres d'école , que la lot avait recommandée plutôt qu'imposée. J'ai sous lea yeux et je vous transmets , M. le ministre, les règle* ments d'un i^rand nombre de ces sociétés. Partout {es résultats sont les mômes , mais les procédés varient plus ou moins. Si ce rapport n'était pas déjà très-long, j'aurais traduit ici un de ces règlements (i) , comme une sorte de modèle pour des associations du mémo genre que je voudrais voir établies dans chacun de nos départements. La loi promettait des plans modèles pour la construction des maisons d'école de di(fi§ren(e grandeur, et l'on ne devait plus b&tir ou réparer des écoles que sur ces plans. Le ministère y a mis une louable insistance , et j'ai encore sous les yeux une instruction générale adressée à toutes les régences , où est exposée en détail la manière à la fois la plus con« venable et la plus économique de construire ces maisons d'école. Je vous transmets, avec cette instruction,

(1) Voyez ce i-èglement à la fin du volume.

LNSTBUCTION PBmâmE. ss

«X ifkmê lAodèies poor la eonstriKStîoii de plnsvean ■inom d'écoles primaires de dîffévente graiidear. Je vous supplie de faire examiner ces plans, et, si vous iss approuTez , d'en envoyer de semblables dans tous Boa départements ; car il ne faut point abandonner à rioexpérience ou à une économie mal entendue la eoDStniction d'écoles qui doivent servir à la fois aux garçons et aux filles. Le plus difficile était d'obf enir des nouvelles provinces , et particulièrement de celles du Rhin ai récemment annexées à la monarcbie, Texécu-^ (ion de Farticle de la loi qui impose aux parents , sous dea peines rigoureuses, Tobligation d'envoyer leurs enfsintg k Técole. Le ministre eut la sagesse de snspen*ère pour ces provinces cette partie de la loi, etils'ef* força d'arriver à peu près au même résultat par la per*suasion et à force de zèle ; puis , quand il eut répandu k ^»ût de rinstruction dans ces provinces et qu'il les jugea suffisamment préparées, il rendit la loi obliga** tmre en i 825, et dès lors tint la main à sa stricte exécu* lion. Voici une instruction de i8S7 , de la régence de Cologne , qài applique à ce département Tordre du cabinet du 44» mat 1835 sur Tobligation de fréquenter lea écoles. J'ai une sembMle instruction de la régence d'Aix-la-€bapelle, du 7 mars 1826 , et une autre de la régence de Dnsseldorff , du 20 juillet de la même année. Partout la loi a été appliquée , mais avec un mélange babile de douceuret de sévérité: ainsi en 4826, où Tannée fut mauvaise , le ministère crut devoir luimême modérer le zèle des adrainistrsrtions locales , et

39 DBOXlfcMe SECTION.

leur enjoindre de ne pas contraindre les communes à supporter les frais de réparation et d'amélioration pour les écoles, et d'épuiser auparavant tous les moyens de persuasion. Cette circulaire est du 12 mai 4826. Il m'a paru utile d'étudier la manière dont le gouvernement a appliqué la loi générale de 1819 au grand-dacfaé de Posen , bien autrement arriéré que les provinces du Rhin ; et j'ai sous les yeux une foule de pièces qui prouvent la sagesse de l'action ministérielle , et les progrès que l'instruction primaire et la civilisation qu'elle représente ont faits dans toute la partie polo« naise de la monarchie. Il serait aussi à désirer que l'on publiât en français toutes les instructions ministérielles et .celles des différentes provinces pour appliquer aux juifs la loi de 1819 , et répandre le goût des lumières et de l'instruction dans cette partie de la population prussienne , nombreuse et riche , mais peu éclairée, et qui redoute pour la foi de ses enfants la fréquentation des écoles publiques.

Assurément, en France, dans l'état présent des choses, M. le ministre , une loi sur l'instruction primaire est indispensable ; mais comment en faire une bonne là où manquent les précédents et toute expérience en cette grave matière ? L'instruction populaire a été jusqu'ici si délaissée ; il y a eu si peu d'essais ou les essais ont si peu réussi , qu'il nous manque en ce genre ces idées communes , ces préjugés à la fois établis dans les habitudes et dans les esprits, qui sont les conditions et les bases d'une véritable législation.

JedénredoBeiiQ6k>i,eteii même lemj^ J6 la redovte; ev je tremble que nous recomm^ciont à i^s jeter dans les uto{Hes san» faire attention à ce qui est. Uea feuille que non» comprenions qu'aujourd'hui ime lot nr Finstruction {wirnaire ne peut être qu'une loi pro*nsoire et non pas une loi défiotlire ; que nécessairement il faudra la refaire dans une dizaine d'années, et qu'il s'agit seulement de suffire aux besoins les plus pressants et de donner une sanction législative à quelques points incontestables. Quels sont ces points? Je vais essayer de vous les signaler, M. le niinistre,en suivant l'indication des faits existants»

L'idée d'obliger tous les parents d'envoyer leurs enùnts à l'école n'est peut-être pas assez généralement répandue pour qu'on puisse déjà la faire passer dans la loi ; inais tout le monde s'accorde à regarder comme nécessaire l'établissement d'une école dans toute commune ; et l'on reconnaît volontiers que l'entretien de cette école doit être une charge commu-^ nale, sauf à la commune, si elle est trop pauvre, à recourir au d^[>artement et le département à l'État. C'est là un point à peu près accordé et qui doit être écrit dans la loi. Déjà même la pratique a devancé la loi ; et depuis une année, partout les conseils municipaux vêtent le plus de fonds qu'ils peuvent pour l'instruction populaire dans leur commune. 11 ne s'agit donc que de convertir ce fait à peu près général en obligation légale.

Vous savez encore, M. le ministre, que beau-

SS MDKiÉae «BCTIM.

coH]^ de conseils et défiarlenent ont senti le betoia d'assurer le recrutement des mallres d'école et le«r meilleure instruction, en établissant dans leur dépat^ tement une école normale primaire, et Ton peut dira qu'en ce fenre il y a eu souvent plus de luxe que de parcimonie. Ceci est encore une indication précieuse, et la loi ne ferait que confirmer et généraliser ce qui se passe aujourd'hui presque partout , en décrétant une école normale primaire pour chaque département, ainsi qu'une école primaire par commune : bien entendu que e^te école normale primaire serait plus ou moins considérable, selon les ressources de chaque département. Voilà déjà deux points très^mportants sur lesquels on s'^sccorde. N'avez- vous pas aussi été trèsfvappé des de^fiandes d'une foule de villes, grandes et petites, pour obtenir des écoles plus ékvées que les écoles primaires ordinaires, et où l'enseignement^ en reslamt inférieur pour les études classiques et scientifiques à eekd de nos collèges royaux et communaux, porterait plus partieulièrenvent sur des connaissanœs d'une Mililé générale , indispensables à cette classe nom* bceose de là population qui, sans entrer dans les professions savantes, a pourtant besoin d'une culsure plus étendue et plus variée qee la classe inférieure prapre* ment dite, les paysans et les ouvriers ? Partout les villes demandent de pareils établissements ; plusieurs onnseib municipaux ont voté des fonds considérables à cet effet et se sont adressés à nous pour obtenir l'autorisation nécessaire, des secours et des conseils. On

UStMlCtfON PUKMtB. M

■epeul se teliiterà voir là le «yropté m a d'ott hworn Térilable, rindîcaiîon d^iiiie Imum grave dam noire système dMiwtmetkm publique. VouiWTez^ M. ienû^ BÎslre, 8Î je sum un zélé défenseur des études olasn*^ pee et sdeutifiques : noiKseulenient je pense qu'il ^ul soutenir le plan des études de nos collèges , et pariicnlièreinent la partie philologique de ce plan; mais je crois qu'il faudrait la fortifier et retendre « et par là t en maintenant notre supériorité incontestable dans les sciences physiques et mathématiques , nous efiorcer de lutter avec rAllemagne pour la solidité des études classiques. En effet, les études classiques sont, sans comparaison, les plus essentielles de toutes; car elles tendent et elles aboutissent à la connaissance de rhumanité, qu'elles considérât sous tous ses grands aspects : ici , dans les langues et la littérature des peuples qui ont laissé une trace mémorable de leur passage sur la terre ; là, dans les vicissitudes fécondes de rUstoire , qui renouvellent et perfectionnent sans cesse les sociétés ; enfin dans la philosophie, qui nous révèle les éléments les plus simples et l'organisation uniforme de cet être merveilleux que Thistoire, la tit* térature et les langues revêtent successivement des formes les plus diverses, et néanmoins toujours rela^ tives a quelque partie plus ou moins importante de sa constitution intérieure. Les études classiques maintiennent la tradition sacrée de la vie intellectuelle et mwale de inhumanité. Les affaiblir serait à mes yeuK une barbarie, un attentat contre la vraie civiMsation,

40 OBOIlfcllE «BGTldN.

et, en qaelque sorte, un crime de lèse-hnmanité. Que nog collèges royaux , et même une grande partie de nos collèges communaux, continuent donc d'introduire dans ce sanctuaire Tèlite de la jeunesse française ; ils înériteront bien de la patrie. Mais toute la population peut-elle, doit-elle entrer dans nos collèges? Or, en France Finstruction primaire est bien peu de chose : de plus, entre cette instruction et celle de nos collèges» il n'y a rien ; d'où il suit que tout père de famille, même dans la partie inférieure de la bourgeoisie , qui a Thonorable désir de donner à ses enfants une éducation convenable, ne peut le faire qu'en les envoyant au collège. Il en résulte deux graves inconvénients. En gé> nèral, ces jeunes gens, qui ne se sentent point destinés à une carrière élevée, font assez négligemment leurs études; et quand, après des succès médiocres, ils rentrent vers dix-huit ans dans la profession et les habitudes de leur famille, comme rien dans leur vie ordinaire ne leur rappelle et n'entretient leurs études de collège , quelques années ont bientôt effacé le peu de savoir classique qu'ils avaient acquis. Souvent aussi , ces jeunes gens contractent au collège des relations et des goûts qui leinr rendent difficile ou presque impossible de rentrer dans l'humble carrière de leurs pères : de là une race d'hommes inquiets, mécontents de leur position, des autres et d'eux-mêmes, ennemis d'un ordre social où ils ne se sentent point à leur place , et prêts à se jeter, avec quelques connaissances, un talent plus ou moins réel et une ambition effrénée.

INSTROCTION PRUIAIRE. 41

«laDS toutes les voies ou delà servilité ou de la révolte. Il 8*agît de savoir, M. le ministre, si nous voulons prendre sur nous la responsabilité envers TÉtat et la société, d'élever nous-mêmes une pareille race de mécon- ' tents. Sans doute, comme je le dirai ailleurs, un certain nombre débourses doivent ètredonnées à des jeunes gens pauvres, qui font preuve de dispositions heureuses; c^est nn devoir sacré envers le talent, et il faut le remplir, même au risque de se tromper quelquefois. Ces jeunes gens, choisis sur les espérances qu'ils donnent , font d'excellentes études, et, retrouvant au sortir du collège la même bienveillance qui les y a fait entrer, développent plus tard leurs talents dans les carrières savantes qui leur sont ouvertes , au profit de TÉtat qui les a formés ; mais comme il est impossible à TÉtat de placer tout le monde , il ne doit pas fournir trop de facilités à tout le monde pour sortir de la carrière de ses pères. Assurément nos collèges doivent rester ouverts à quiconque peut en acquitter les charges ; mais il ne faut pas y appeler indiscrètement les classes inférieures ; et c'est le faire , M. le ministre , que de ne point élever des établissements intermédiaires entre les écoles primaires et nos collèges. L'Allemagne , et la Prusse en particulier, sont riches en établissements de ce genre. Je vous en ai signalé et décrit plusieurs en détail à Francfort (i) , à Weimar ( ), à Leipzig (s); et la loi prus-

(1) Première partie du rapport,

(2) idem, (3} Idem.

4« DBUXifeMB SECTION.

sieiiDe de 1819 (t) les consacre. Vous voyez que je veux parler des écoles dites bourgeoises , Burgenehwlen, nom qu'il est peut-être impossible de transporter en France , mais qui est en lui-même exact et vrai par opposition aux écoles savantes , Gelerhteschulen ^'^ appelées en Allemagne gymnases, et parmi nous eolléges; nom d'ailleurs honorable et à la classe bour^ geoise, qui ne descend pas en fréquentant ces écoles, et à la classe populaire , qui s'élève jusqu'à la bour* geoisie en les fréquentant. Les écoles boui^eoises forment le degré supérieur de l'instruction primaire , dont les écoles élémentaires sont le degré inférieur. Il n'y a ainsi que deux degrés : 1** Y école élémentaire , qui est la base commune de toute l'instruction populaire dans les campagnes et dans les villes; i** Véeole bourgeoise , qui , dans les villes un peu importantes et où il y a déjà une classe moyenne , fournit à tous ceux qui ne se destinent point à des professions savantes une éducation suffisamment étendue et libérale. La ki prussienne , qui fixe un minimum pour l'enseignement de l'école élémentaire, fixe également un minimum pour celui de l'école bourgeoise ; et il y a deux sortes d'examens bien distincts pour obtenir le brevet d'insdh tuteur primaire à ces deux degrés. L'école élémentaire doit être une ; car elle représente et elle est destinée à nourrir et à fortifier l'unité nationale , et , en général, il n'est pas bon que la limite fixée par la loi pour l'en-

(1) Seconde partie du rapport.

llf^TMCTION PBIMAIMB. é%

MÎgnemenide Técole élémentaire mi dépaMée : naît il ii*en est point ain» ponr une école bourgeoise ; car celle-ci est destinée à une classe essentiellement aiverse , la classe moyenne ; il est donc naturel qu'elle paisse s'élever en proportion de Timportance des ailles poar lesquelles elle est faite. Aussi Técole bourgeoise a-t-elle en Prusse des degrés bien différents , depuis le minimum fixé par la loi , minimum que je vbus aï fait connaître (i), jusqu'à ce degré supérieur où elle se lie ao gymnase proprement dit. A ce degré , l'école bourgeoise s'appelle quelquefois Progymfuuium, J'ai tous les yeux , M. le ministre , et je vous transmets une instruction sur les différents progymnases que renferme le département de Munster ; vous y verrex que ces établissements «ont, comme leur titre l'indique , des gymnases préparatoires, où l'instruction classique et scientifique s'arrête dans certaines limites, mais où la classe bourgeoise peut puiser une instruction vraiment libérale. En général, les écoles bourgeoises sllemandes , un peu inférieures à nos collèges communaux pour les étiides classiques et scientifiques , leur sont incomparablement supérieures pour renseigne* ment de la religion , de la géographie , de l'histoire , des langues modernes , de la musique , du dessin et de la littérature nationale. Selon moi, il est de la plu» haute importance de créer en.France , sous un nom ou so«s an autre, des écoles bourgeoises dont le dévelop*

[X] Seconde partie du rapport.

u raoïiÈiiE SECnOV.

panent soit très-varié , et de réformer dans ce sens un certain nombre de nos collèges communaux, le regarde ceci , M. le ministre, comme une affaire d*Élat. Ne vous laissez pas dire que nous avons aussi plusieurs degrés daos rinstruction primaire en France , et qu*il a été pourvu à ce que je demande. Il n'en est rien ; nous avons trois degrés , il est vrai , mais mal définis , ce qui réduit leur distinction à rien. Ensuite trois degrés sont une classification arbitraire dont la raison m^échappe à moi-même , tandis que les deux degrés déterminés par la loi prussienne sont évidemment fondés sur la nature des choses. Enfin , tout en renfermant ces deux degrés dans le cercle de Tinstruciion primaire, il n'est pas sans importance de les distinguer et de les caractériser par des noms différents : ces noms d'écoles de troisième , de second et de premier degré , ne marquent , pour^insi dire, que des différences abstraites ; ils ne disent rien à l'imagination et ne s'impriment point dans l'esprit. En Prusse , les noms d'école élémentaire et d'école bourgeoise, comme représentant le plus faible et le plus haut degré de l'instruction primaire, sont populaires ; celui d'école moyenne , MUtelschule , au lieu de Burgerschule , est aussi employé dans quelques parties de l'Allemagne (i). Voyez , M. le ministre , si ee nom ne pourrait pas être adopté parmi nous ; il comprendrait, avec celui d'école élémentaire , les deux degrés essentiels de l'instruction primaire, et nos écoles

(1) Première partie du rapport.

mtVMGTIOll PiHfAiaC. 45

Bonnal^ priinaires foarairaieni également des maîtres pour ces deux degrés , pour lesquels il y aurait tontefois deux sortes d'examens et deux sortes de brevets. 11 ne TOUS resterait qu'à fixer un minimum pour l'éeole moyenne , comme tous en fixerez un sans doute pour recelé élémentaire , en ayant soin de laisser chaque établissement dépasser peu à peu ce minimum , selon ses ressources et surtout selon ses succès.

Yoilà ^ M. le ministre , ce qui me semble renfermé au fond de toutes les demandes que les villes vous adressent , soit pour changer le programme de nos collèges communaux, soit pour placer dans nos collèges royaux, à côté de renseignement classique et scientifique , un autre enseignement d'une utilité plusgéné^ raie , soit enfin pour avoir des écoles qu'elles ne savent pas trop comment appeler, et que plus d'une fois on a appelées écoles industrielles, en opposition à nos collèges. 11 faut bien vous garder d'affaiblir le furogramme classique de nos collèges ; au contraire , je le répète, il faudrait le fortifier. 11 ne faut pas introduire dans nos collèges deux sortes d'élèves, ce qui serait contraire à toute bonne discipline , et ne manquerait pas d'énerver les études difficiles au profit des plus faciles. 11 ne faut pas non plus appeler écoles indus* trielles des écoles où les élèves ne sont pas encore supposés avoir aucune vocation spéciale. Les populations ne sentent que leurs besoins, mais c'est à vous , M. le ministre , qu'il appartient de choisir les vrais moyens de satisfaire ces besoins. Un cri s'élève d'un bout de la

4% »BIISIÈlie SeCTIOH.

France à Taulre , et réclame pour le» trm quarte de la population françaiae des établissements intermédiaires entre les simples écoles élémentaires et nos collèges. Les vœux sont pressants ; ils sont presque unanimes. Voilà donc encore un point de la plus haute imporlaiice sur lequel il serait aisé de s'entendre. Le vœu général, de nombreux essais plus ou moins heureux , appellens ici la loi et la rendent à la fois et nécessaire et facile. Le point le plus délicat d'une loi sur Tinstruction primaire est la détermination des autorités qu'il y faut employer. Ici encore consultons les faits. Depuis que vous êtes chargé de l'instruction publique, M. le ministre y OÙ avez-votts irouvé un appui efiîcace dans votre sollicitude pour Tinstruction du peuple? qui vous a prêté secours? qui a mis ses sacrifices en corn-» mun avec ceux de l'État? qui a fait bâtir quelques écoles, payé des maîtres, commencé des écoles normales ? Partout ce sont les conseils municipaux et les conseils de département , excités et représentés par les maires et par les préfets. Partout où les conseils ttunicipaux et départementaux ont voulu , ils ont pu ; et ils ont voulu toutes les fois que les maires et les préfets ont voulu eux-mêmes, et ces derniers ont tou^ jours suivi l'impulsion de l'autorité supérieure qui les nomme et de qui ils relèvent. Il faut donc suivre cette indication, et chercher un appui là où vous l'aveac toujours trouvé; j'ajoute, là où seulement en France il y a de la force et de la vie. L'administration française est la gloire et le chef-d'œuvre de l'empire.

IlfSTWCTIOlf »aillAmB. 41

L*orgaiHBaliao de ia Franee en mairies et en préfeetores, avec des conseils manicipaox el départemen* Un, est la base do gooTernement et de Tordre général. €ette base est restée debont au nilieu de tant de ruines : s'y appuyer me paraît prudent et po&tique. De plus cette organisation vient d*étre rajeunie et vivifiée par rétablissement de conseils municipaux et départemenlaux électifs et populaires. Ainsi* activité et popularité, l'administration française réunit tout. (Test donc l'administration qu'il faut appder à votre aide. Songes encore que ce sont les conseils muDÎcipaiix et départementaux qui payent, et que vous ne pouvez équitablement en attendre quelque chose qu'auUni qu'ils auront une grande part à la gestion des dépenses qu'ils auront votées. Ces conseils viennent du peuple et ils y retournent; ils sont sans cesse en contact avec lui ; ils sont le peuple lui-même légalement représenté , comme les maires et les préfets sont ses conseils personnifiés et centralisés pour Faction. Je regarde donc encore comme un point incontestable, l'intervention nécessaire des consefls municipaux et des conseilsde département dans la surveillance de rkistmctîon populaire. Comme il doit y avoir une école par commune , de même il doit y avoir pour toute école communale un comité spécial de surveillance , lequel doit être pris dans le conseil municipal et présidé par le maire. Qu'on n'aille pas me dire que ceux qui sont bons pour gérer les intérêts de la commune, ne sont pas bons pour survettler l'école eom-

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munale ; car, pour cetie sonreiOance, il ne fa«l que du zèle, et les pèiea de famille tes pins notables d'an lieu ne peuvent manquer de zèle pour leur plus cher intérêt*. En PruMe, on ne voit à cela aucune difficulté, et toute école communale a son Schulvorstand, électif en très* grande partie. Au-dessus de ces comités locaux doit être un comité central au chef-lieu du département , pris dans le conseil de département et présidé par le préfet. Le comité local de chaque commune correspondrait avec le comité départemental , c'est-à-dire, bien entendu, le maire avec le préfet. Cette correspondance exciterait le zèle de Tun et de l'autre comité. Par elle , le comité départemental saurait quel est chaque année le recrutement des maîtres d'école qu'exige tout le département, et, par conséquent , le nombre de maîtres que l'école normale départementale doit fournir et celui des élèves qu'elle doit admettre. 11 aurait sans cesse à exciter le zèle des comités locaux pour établir des écoles et les améliorer, afin de pourvoir le mieux possible au sort des élèves de son école normale. Rien n'est plus simple que cette organisation ; c'est, en matière d'instruction primaire, ce qui se passe dans l'administration ordinaire; je veux dire , l'action combinée des conseils municipaux et des con-* seils départementaux, des maires et des préfets.

Mais, dans la chaîne de l'administration ordinaire, il y à un anneau entre les maires et le préfet , savoir, le sous-préfet, et cet anneau est bien nécessaire. Il serait naturellement représenté dans l'instruction pri-

iifanmmoif pumaibe. 4»

maire j^ noe comités de eanton. Mais ces eomités sont si nuls, au moins dans Tétat actnel , qu'il est peu sage à*y compter : ils n'ont rien produit; souvent ils ne se sont pas même assemblés ; et cela est tout simple, parce que leurs attributions sont trop faibles, et que ce sont les attributions fortes et étendues qui seules animent et soutiennent le zèle : de plus , leur existence est fort équivoque , et eux-mêmes ne savent à qui ils appartiennent, ou au recteur, ou au préfet ; c'est Tnii qui les nomme , et ils ne connaissent que Fautre. Je vous ai proposé ailleurs (i), M. le ministre, de réorganiser ces comités sur un autre plan : mais de quelque manière qu'on les arrange, je doute encore qu'ils puissent être fort utiles, et j'aimerais mieux , au lieu de ces comités, un seul individu ; car c'est surtout dans les points intermédiaires qu'il faut une grande activité, et il ne faut demander de l'activité qu'aux individus. Je substi* tuerais donc à nos comités cantonaux actuels l'intermé* diaire naturel des sous-préfets, qui correspondraient, ainsi qu'ils le font déjà , avec les préfets et les maires, sur l'instruction primaire comme sur tout le reste.

Après l'administration , c'est le clergé qui devrait jouer le plus grand rôle dans l'instruction populaire. Gomment a-t-il pu négliger et même répudier une pareille mission? Mais c'est un fait déplorable qu^il faut reconnaître : le clergé est généralement en France indifférent ou hostile à l'instruction du peuple. Qu'il

(1 ) Première partie du rapport,

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