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ÉLÉMENTAIRE, GÉNÉRALE, NATIONALE

(Généralités. - Unité.)

Les obstacles que toute loi sur l'instruction élémentaire ou primaire rencontrera dans son application sont do deux natures :

Matériels et moraux.

Les obstacles matériels sont :

L'isolement d'un grand nombre de hameaux ; — leur éloignement de la commune, siège de l'école;

Le mauvais état des chemins vicinaux, qui, la moitié de l'année, ne permet pas aux enfants de venir à l'école, précisément à l'époque où la saison rigoureuse et la suspension des travaux agricoles les rendent moins utiles à leurs parents ;

Les neiges, qui couvrent une assez grande étendue do la France pendant plusieurs mois ;

La rétribution à payer , toujours trop élevée , quelque modique qu'elle soit, en raison de la condition peu aisée du plus grand nombre, et du peu de cas que les parents pauvres font de l'instruction donnée à leurs enfants ;

Le défaut de méthodes expéditives , les méthodes en vigueur privant trop longtemps les familles de l'avantage qu'elles tirent du concours des enfants , dès l'âge de sept ans;

En l'absence de mesures coercitives, le manque de primes d'encouragement distribuées ;

1° Aux parents qui envoient soigneusement leurs enfants aux écoles ;

2" Aux enfants qui se distinguent par leur aptitude et leur assiduité ;

Enfin l'insuffisance du nombre des maisons d'école.

Les obstacles moraux sont :

L'apathie des parents , qui , n'ayant pu apprécier par eux-mêmes l'avantage de l'instruction, la considèrent comme un moyen de désunion des familles, et craignent que leurs enfants, lorsqu'ils seront plus instruits qu'eux, ne les dédaignent ou ne s'écartent des errements qu'ils suivent;

L'état de dépendance des instituteurs et leur condition misérable, qui les déconsidèrent aux yeux des habitants de la commune, et s'opposent à ce qu'ils y acquièrent l'influence qui devrait les placer au premier rang, entre le maire et le curé;

L'opposition que, dans beaucoup de communes, les instituteurs rencontrent de la part des curés , qui tous ne comprennent pas que l'influence qu'ils possèdent peut encore s'augmenter, — que le respect qu'ils inspirent aux personnes les plus pieuses peut aussi s'étendre aux personnes qui le seraient le moins , — que la route dans laquelle ils s'égarent est sans issue, — que leur saint ministère les appelle à travailler les premiers à l'émancipation intellectuelle des masses, à l'amélioration de leur sort, — que marcher d'un pas ferme dans la voie du progrès, c'est suivre les traces du Christ, qui renversa l'idolâtrie, abolit l'esclavage, et fonda sur leurs ruines la religion qui proclame tous les hommes frères ;

L'indifférence et la parcimonie d'un grand nombre de maires et de conseillers municipaux, à qui il est difficile de faire, comprendre que la fondation d'une école ou le traitement d'un instituteur vaillent une allocation de la commune ;

L'égoïsme des propriétaires ruraux et des fermiers ai-

ses, qui, craignant de ne plus trouver aussi facilement des gens à gages, voient avec déplaisir et inquiétude qu'on instruise les indigents aux frais de la commune ;

Enfin l'opinion, malheureusement trop fondée et trop généralement répandue, que les fonctions d'instituteur ne sauraient jamais être une i)rofession, puisqu'elles ne suffisent point pour faire subsister ceux qui les exercent; d'où il suit qu'on ne se résigne à prendre cette carrière qu'en désespoir de toute autre, et que ce sont les moins capables qui la choisissent.

Ces obstacles ne sont pas de ceux qu'on peut vaincre en les abordant timidement.

Yeut-on que le gouvernement représentatif soit autre chose qu'un despotisme légal, — que le régime municipal crée des mœurs parlementaires, — que l'instituteur, le maire et le curé concourent également ensend)le à la moralisation des masses, — que l'agriculture et l'industrie se prêtent des forces mutuelles, — que l'impôt soit acquitté par les contribuables sans leur faire éprouver aussi vivement le regret d'argent donné sans équivalent reçu; veut-on enfin que l'instruction nécessaire au développement de l'intelligence humaine soit considérée comme une obligation de la société envers tout homme qui naît et vit, en compensation des devoirs qu'elle lui impose et en garantie des droits qu'elle lui donne ;

Alors il faut :

I. Assimiler, quant an trailcmcnl, Vinsiituteurau ministre du culte; faire de l'instniclion élémentaire une dette de l'État;

II. Déterminer les divers objets et degrés donirinsiruction élémentaire ,devra se composer ;

III. Encourager sans relâche le ferfectionnement de toutes les méthodes eœfédilives ;

IV. Priver de Veœercice de ses droits politiques tout contribuableâgéde moins de vingt ans, qui nepourra pas justifier, à partir d'une époque à déterminer , qu'il sait lire et écrire;

20 DE L'iNSraUCTlON l'LiliLlQUE

Àllribucr, de droit , ù partir delà même époque, les premiers numéros, dans le tirage du recrutement, aux hommes ne sachant ni lire ni écrire ,-

V. Encourager l'organisation de conférences régulières entre les instituteurs pour l'amélioration des méthodes et la propagation des licres utiles ;

VI. Substituer à Vidée de la formation des deux comités incompétents institués par la loi du '2.Sjuin 1853, la création d'une hiérarchie d'instituteurs , 1" communaux, 2" cantonaux, 5" arrondissemcntaux, i" départementaux ;

VII. Etablir dans chaque commune une école de files, ou au moins, àdéfaut d'école spéciale, uneclasse distincte ;

VIII. Encourager les associations ayant pour but la publication à bas prix de bons livres et de journaux élémentaires.

Quelles difficultés rencontrerait dans l'exécution chacune de ces propositions; c'est ce que nous allons sommairement examiner.

Assimiler, quant au irailcment, l'iiislilulcur au niiiiisirc du culle, faire de i'inslruclion élùmcniaire une dclle de l'État.

Les chambres législatives, lorsciu'un ministre éclairé leur aura fait comprendre toutes les questions sociales que soulève celle de l'instruction élémentaire, ne refuseront pas l'allocation nécessaire pour qu'une école soit fondée dans chaque commune , que l'admission en soit gratuite et commune à tous, comme l'entrée de l'église, — qu'enfin l'Etat accorde aux instituteurs un traitement égal à celui qu'il paye aux ministres du culte, selon l'importance des villes et communes.

Ainsi tout instituteur aurait, dans cette hypothèse, un traitement assuré dont le mininunn serait de 750 fr. ; ce traitement ne saurait être moindre; car s'il suffît à peine au prêtre, (jui vit seul, exempt de charges domestiques; à plus forte raison ne pourrait-il suflirc à toutes les né-

cessités de la famille, souvent nombreuse, de l'instituteur. Son casuel se composerait de la pension des élèves à qui les parents désireraient qu'une instruction supérieure ou particulière fût donnée ; ce serait une prime qui engagerait l'instituteur à étendre le cercle de ses propres études.

En conséquence de ces dispositions, l'instruction élémentaire serait déclarée en principe gratuite pour tous, selon les termes de la loi du 13 septembre 1791 '. ï]llc recevrait l'un de ces trois noms — élémentaire , — générale, — NATIONALE.

On choisirait entre ces trois dénominations, expressions diverses d'une même pensée.

La réalisation large et féconde de ces vœux serait une dépense annuelle de 32 millions de francs environ '^.

Il serait facile d'y pourvoir sans augmenter les charges des contribuables, en réduisant d'autant le chiffre du budget de l'armée.

La nation française n'en serait pas moins forte ; car sa force ne réside point dans quelques soldats armés de plus ou de moins, mais dans son esprit public, dont un premier

' « Il sera créé el organisé une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume. » {Loi du 13 sepioiibre i79i.)

' Il y avait en lYance au 1er janvier iSS'i, 37,187 communes,—37,187 instituteurs primaires à 750 fr 27,890,250fr.

Instituteurs des villes. Allocation supplémentaire .... U'J, 750

Livres élémentaires, tableaux, renouvellement annuel; moyenne par école, lOO fr 3,718,700

Encouragements pour la formation d'une salle d'asile par commune ou quartier de ville 271,300

32,000,000 fr.

La construction et l'entretien des maisons d'école seraient à la charge des communes. Celles qui seraient riches, n'ayant plus que cette dépense à supporter, s'empresseraient sans doute de se distinguer par des maisons d'école vastes, spacieuses, convenablement et sainement situées.

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élan pourrait mobiliser douze cent mille gardes nationaux.

Mais, sans l'instruction élémentaire, qui seule peut organiser le régime municipal, que devient cette force? — Un poids impossible à soulever.

Si l'on suppose que la gravité des circonstances ou la profondeur des abus ne permettent point de réduire le budget de la guerre en faveur de celui de l'instruction élémentaire, il y aurait un second moyen, qui consisterait à appliquera la dotation de linstruction élémentaire une portion des rentes rachetées par l'amortissement *.

Quelle destination plus productive pourraient recevoir ces fonds , dont notre crédit public est assez fort pour se passer ? L'augmentation de la richesse d'une nation est toujours en raison du développement de ses facultés intellectuelles.

L'intelligence, auxiliaire de la force, pourrait doubler en vingt ans les produits du sol et les revenus de l'État , et tout en laissant subsister les charges publiques telles qu'elles existent , les réduire cependant par le fait dans une proportion au moins quadruple , car assurément 40 sont plus faciles à payer avec 100, que 20 avec 50.

L'instruction du peuple et le crédit de l'État se lient donc étroitement : leur union peut seule produire le bienêtre général, que nous définissons ainsi : — l'intelligence dans le travail , la rapidité dans la circulation des capitaux, — le parfait entretien de toutes les voies de communication , — l'ordre , la prévoyance et l'économie dans l'administration du pays ; — enfin , la plus exacte et la plus large répartition de la richesse publique.

Les chambres législatives préféreront-elles des demimesures dont tout député dans son arrondissement a pu reconnaître l'insuffisance , les préféreront-elles aux idées que nous exprimons? N'est-ce pas le moins que l'instruc-

' Il ne faut pas perdre de vue que ceci a été écrit en 1833, longtemps avant qu'on eùl songé à employer en travaux publicsla réserve de l'amortisscnicDt.

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tion élémentaire soit donnée aux contribuables qui payent un budget de plus d'un milliard?

L'instruction élémentaire ne peut justifier sa nécessité et sa dépense qu'en élevant son niveau. Si elle se borne, comme maintenant encore, à apprendre aux enfants à lire et à écrire très-imparfaitement, l'inslituteur n'est qu'un abus, qu'un acte blessant de défiance commis à l'égard du curé dont il relève, qu'un élément de discorde introduit dans la commune, qu'une cbarge onéreuse portée au budget municipal; car ce qu'il enseigne, le curé pourrait l'enseigner sans double emploi de dépense ; pourquoi donc alors un instituteur? Qu'on le supprime, qu'on alTranchisse les communes d'un fardeau sans utilité, si leur agriculture et leur industrie n'en doivent pas profiter, si la supériorité de l'instituteur et l'étendue de ses connaissances n'en font pas un homme à part, un agent direct de la civilisation, un agent digne d'elle !

Tel que nous le concevons, l'instituteur, élevé au rang de fonctionnaire public , de ministre de l'enfance , après avoir instruit les mères de ce qu'elles doivent d'abord apprendre à leurs fils, surveillé la salle d'asile , pénétré de tous les points de l'enseignement l'enfant commis à sa vigilance, initierait l'adulte au mécanisme du corps social, lui montrerait la place qu'il y occupe , l'action qu'il y porte, ce qu'il en reçoit , ce qu'il lui doit rendre ; quels sont les linéaments fondamentaux de la justice qui se lient par tant de rapports avec les obligations du chef de famille, du citoyen, du garde national, du conseiller municipal, de l'électeur et du juré.

Cet infatigable zélateur du travail et de la charité, dirigé par un gouvernement prévoyant et éclairé, détournerait le laboureur de l'industrialisme vers lequel il tend, victime d'un préjugé funeste qu'il importe d'extirper ; la déconsidération de la culture; — il saurait réprimer, dans sa sphère, ce déclassement de la population , dont le prolétariat et la misère dans les grandes villes attestent

les déplorables effets. En voulant fonder des écoles communales uniquement pour apprendre à lire, écrire et chiffrer, on s'est mépris; on a envisagé comme étant le but ce qui n'était que le moyen; on a étrangement méconnu la véritable destination de l'instruction élémentaire; on n'a pas compris que l'application immédiate de l'enseignement doit être la production ; c'est là son but ; — la lecture, l'écriture, le calcul et le dessin ne sont que les moyens de l'atteindre.

On n'a pas reconnu que tout large développement du bien-être matériel ne peut s'obtenir que par l'agriculture ; que toute industrie qui s'élève en dehors des forces agricoles est pour les existences attachées à sa prospérité d'autant plus périlleuse qu'elle est plus florissante , chaque nouvel effet étant un pas vers sa perte; que, séparés, ces deux agents de l'économie sociale seront condamnés à languir jusqu'à ce que leur premier moteur, — l'instruction, — leur imprime un mouvement de croissance et d'assimilation réciproque.

Mais comment faire équilibrer l'industrie avec l'agriculture, source intarissable des produits, premier fondement de la richesse publique , si dans chaque localité, au milieu des classes laborieuses, il ne s'élève un homme qui leur enseigne : — à exprimer la pensée au moyen des lettres, les nombres au moyen des chiffres; qui oiixre l'esprit du laboureur à l'observation, au raisonnement; l'habitue à tenir un compte journalier des dépenses, des recettes, des ventes, des achats; à comparer l'état des frais à celui des produits, pour qu'il reconnaisse les procédés préférables dans chaque nature de sol , qu'il sache quelles sont les opérations le plus ou moins productives, les dépenses et les économies profitables à son exploitation ?

A une époque où l'industrie subit toute une transformation , où la précision et l'économie des machines tendent de toutes parts à se substituer à la force et à l'intelligence individuelle , où il est urgent d'imprimer aux

EN FRANCE. 2o

classes ouvrières une nouvelle instruction, sans laquelle, à chaque perfectionnement de leur art ou métier , elles seraient exposées à manquer de travail, qui leur donnera spécialement ces notions usuelles de mécanique, de physique et de chimie, dont tout progrès tend à rendre l'usage plus indispensable? qui les préparera, par une rectitude particulière de la main et de l'œil, à l'exercice de diverses professions ? qui leur inculquera ces principes d'hygiène, ces notions physiologiques propres à réformer une foule d'erreurs traditionnelles, de préjugés et d'habitudes fimestes, sinon l'instituteur?

Mais l'instituteur ne sera à la hauteur de sa mission, il ne sera ini agent utile , il ne méritera le traitement que nous demandons qu'on lui accorde , que lorsqu'il résumera en lui toutes les connaissances nécessaires au parfait développement de l'intelligence des classes agricoles et industrielles; qu'alors que son enseignement sera mis en rapport avec leurs besoins, et leur épargnera ainsi la nécessité d'aller dans les villes chercher un supplément d'instruction.

Aussi la loi du 28 juin 1835 n'a-t-elle pas, à notre avis, conçu l'avenir qu'elle pouvait enfanter; elle n'a pas prévu qu'après une révolution, un gouvernement nouveau, une dynastie nouvelle, n'avaient jamais qu'une existence probable de quinze années au plus , lorsque l'instruction du peuple sagement dirigée ne servait pas de lien aux générations qui se renouvellent; elle n'a pas compris que l'instruction est à l'homme ce que la charrue est à la terre, — une préparation nécessaire; et que c'est moins la semence qui produit les abondantes récoltes, que l'instruction qui développe l'intelligence du cultivateur et féconde ses travaux.

Pour cela, encore une fois, que faut-il? des instituteurs à la hauteur de leur mission, des instituteurs revêtus de la considération publique, ce qu'un caractère et un esprit distingués n'obtiennent que bien difficilement, quand une

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imlustrio prospère , une profession productive , ou dos fonctions publiques honorablement rétribuées ne les font pas valoir; des instituteurs enfin qui occupent dans la hiérarchie sociale la place à laquelle leur donne droit une mission, à nos yeux, non moins pénible, non moins utile, non moins importante, non moins honorable que celle de juge ou d'avocat du roi.

Dcterniiiicr les divers objets el degrés dont l'inslruclion élémentaire devra se composer.

« Pour juger ce qu'il convient d'enseigner à des élèves, on doit examiner d'abord à quelle destination il s'agit de les rendre propres. En procédant ainsi , on juge bientôt que, pour les classes laborieuses, il faut des connaissances très-simples; qu'une instruction étendue, variée, enlèverait des hommes à l'agriculture et à l'industrie, loin d'en former pour elles. »

De cette opinion judicieuse d'un membre de l'Académie française, de M. Droz, nous tirerons cette conclusion, que, si l'enseignement élémentaire doit se bornera des notions usuelles et iinmédiatement applicables , il n'en est pas ainsi de l'instruction de l'instituteur, qui doit être assez étendue, assez variée, pour qu'autant que possible les enfants d'une commune n'aient pas besoin d'aller chercher une instruction complémentaire dans les villes, dont le .séjour a le grave inconvénient de changer leurs idées par les nouvelles habitudes qu'elles lein- font prendre.

La loi du 28 juin 1833 divise l'instruction primaire en deux degrés :

i" degré, instruction primaire élémentaire : Instruction morale et religieuse; Lecture; Écriture;

Éléments de la langue française; Calcul ; Système légal des poids et mesures.

2« degré, instruction primaire supérieure :

l" degré ci-dessus; Dessin iiiiéiiire; Arpentage; Géométrie pratique;

Notions des sciences physiques et d'iiisloire naturelle; Le chant;

Éléments d'histoire et de géographie nationales et étrangères.

Voici, selon nous, les additions et les transpositions qu'il nous paraîtrait utile d'y faire ; nous les avons indiquées en italique.

Instruction élémentaire :

! Instruction morale et religieuse ; Art de lire et d'écrire correctement ; Chant; Calcul et système légal des poids et mesures. 'Écritures sotis dictée; — analyses; — art de s'eX" primer facilement ; Tenue des livres de commerce; Dessin linéaire;

Notions d'arpentage et de géométrie pratique; j Notions de géographie;

'Notions d'agriculture et d'économie domestique ; 2« DEGBÉ. \lVotions de mécanique industrielle (force cl résistance des divers matériaux de construction); ' Notions de chimie;

Notions de physique et d'histoire naturelle; Notions de physiologie et d'hygiène; Notions de droit civil et public; Éléments d'histoire et de géographie nationales et étrangères.

Instruction morale et religieuse.

Il ne faut pas confondre l'instruction et l'éducation : ce sont deux expressions qui ont une valeur difïérente. « L'éducation, l'institution et l'instruction sont , dit J.-J. Rousseau, dans Emile, trois choses aussi différentes dans leur objet, (juc la gouvernante, le précepteur et le maître. L'éducation , qui , chez les anciens, signiliait nourriture, ne saurait être exactement définie ; ce n'est point tm

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art, c'est l'ensemble, le choix et la succession des soins physiques , des préceptes moraux et des exemples dont l'enfant est entouré dès son berceau ; c'est d'abord le lait qui le nourrit, c'est ensuite la culture qu'il reçoit au sein de sa famille, c'est encore le développement de toutes les facultés dont le germe a été déposé en lui ; c'est enfin le choix de la société au milieu de laquelle il doit grandir ; si l'enfant est mal élevé par ses parents , l'instituteur le plus habile perdra son temps à corriger de mauvais penchants, à réprimer des appétits sur excités, à détruire péniblement enfin les inclinations vicieuses, que les parents auront encouragées eux-mêmes sans s'en apercevoir peutêtre; l'éducation se compose surtout des premières habitudes prises ;la bonne ou la mauvaise éducation dépend de causes si multipliées! Les principales sont: la conformation et la constitution physiques qu'on a reçues en venant au monde ; le plus ou moins d'obstacles que rencontre la croissance de l'enfant; l'amour plus ou moins éclairé de ses parents, particulièrement celui de sa mère. »

On a fait de volumineux ouvrages sur l'éducation, et nous sommes obligés de renfermer l'expression de notre pensée dans quelques lignes; disons donc que le mot d'éducation devrait se proposer pour sujet moins les enfants que leurs parents , et que lorsqu'il s'agit d'école et d'instituteur, le mot d'éducation n'est propre qu'à éveiller des idées fausses et qu'à faire naître des exigences impossibles à satisfaire.

Toutefois nous ne serons pas absolu, et nous conviendrons qu'il est une sorte d'éducation que l'enfant peut recevoir de l'instituteur ; mais les moyens en sont limités ; ces moyens sont :

Un bon choix de lectures ;

Un système d'émulation et de pe'na^î/e judicieusement conçu et justement observé; point de punitions décourageantes qui endurcissent le caractère , qui flétrissent le cœur, qui disposent l'enfant à la haine de l'étude ; car ce

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qu'il importe avant tout, c'est de lui faire aimer le travail, source de toute moralité publique et privée.

Nous conviendrons également que si l'instituteur est homme de bonnes mœurs, s'il est doué d'un caractère patient, juste, bienveillant; s'il aime l'enfance, s'il sait prendre part à toutes ses occupations, s'identifier en quelque sorte avec elle , la traiter constamment avec confiance, franchise et bonté, c'est-à-dire avec les sentiments et les manières que l'on veut que possède l'enfant; s'il sait établir dans son école une attrayante variété de travaux intellectuels et manuels qui se servent de délassements les uns aux autres , sans aucun doute les enfants confiés à ses soins s'en ressentiront toute leur vie; mais celui-là fera de l'éducation , comme on peut faire de la prose, sans le savoir : beaucoup de bons exemples et peu de préceptes, en etîet, c'est bien là la meilleure éducation ; mais peuton , doit-on raisonnablement l'attendre d'instituteurs payés 200 fr. par an? Avec des instituteurs si mal rétribués, à peine s'il sera possible de faire de l'instruclion, mais jamais on ne fera de l'éducation; cependant les soins à donner à l'enfance sont la première condition de la moralité, de l'indépendance et de la richesse des nations.

Quant à l'éducation religieuse, nous pensonsqu'au temps où nous vivons, avec les préventions (pii existent contre l'esprit envahisseur qu'on suppose au clergé, elle doit être distraite des fonctions de l'instituteur ; la liberté des cultes ayant été constitutionnellement reconnue, il en résulte l'obligation de laisser aux pasteurs de chaque communion le soin d'initier les enfants à la croyance de leurs pères.

Chanl.

Le chant appartient plutôt au premier qu'au second degré, car l'enfant doit y être préparé dès sa première enfance ; c'est en effet ce qu'on a soin de faire dans les salles d'asile'.

Le chant est moins une connaissance à donner aux

' L'étude du chant clémentaire est aujourd'hui en vigueur dans toutes

élèves qu'un moyen dont le maître doit se servir. Les Allemands en ont tiré le meilleur parti : le chant s'empare fortement des affections morales du cœur ; il développe les organes de la voix et le sens de l'ouïe ; il porte au recueillement, il exerce enfin sur les sens des élèves une influence dont l'étude profite, et qu'il ne faut donc pas dédaigner K

les écoles primaires de Paris. La Mothode de M. B. wilhcm, directeur inspecteur général de l'enseignement du clianl dans les écoles, et délégué général pourl'inspectionde l'enseignement universitaire du chant , a contribué puissamment à populariser cette étude. L'Iiumble diapason, l'instrument unique de ce chef habile, a retenti, non pas à Paris seulement, mais des bords du Rhin au pied des Pj renées.

Ce ne sont plus, à Paris, quelques groupes d'enfanis qui viennent prendre le ton de ce magique instrument, ce sont des masses tout entières, dont le chilTre , dans les écoles de Paris seulement, s'élève à 2,'262. Ce ne sont pas seulement des enfants que celle étude attire de toutes parts , ce sont des hommes, des hommes faits, des pères de famille qui s'y rencontrent avec leurs fils, dont ils sont tour à tour les moniteurs ou les émules; ce sont des artisans que la fatigue des travaux n'arrête pas, et qui, par une assiduité, par une persévérance incroyable, se mettent bientôt en état de se mêler à ces concerts nombreux que nous avons eu occasion d'applaudir dans la plus vaste salle de la Sorbonne. Le nombre de ces adultes s'élève aujourd'hui à plus de 1,200, répartis dans onze cours.

' M. Vehrli, qui, à l'institut d'IIofwill, est chargé de diriger l'école rurale, attache une très-grande importance à cette branche d'éducation. Lorsque le chant, dit-il, est consacré à l'expression des sentiments religieux et patriotiques, il s'empare fortement des affec lions morales du cœur. Aussi se hâte-t-il d'en enseigner les premiers principes à ses élèves. Ensuite il compose pour eux des airs faciles, et lorsqu'ils ont acquis une certaine habileté, on les conduit en plein air, où ils chantent des hymnes. Un inslituteur allemand. Th. Koiling, devenu célèbre parce que, sorti des derniers rangs de la société, il travailla avec beaucoup de persévérance à perfectionner la théorie et la pratique dp l'enseignement, ne manque également pas d'observer que, chargé de l'éducation des pauvres dans la ville de Zerbst, un de ses soins fut de leur apprendre le chant. Enfin dans le duché de Darmstadt, qui est l'une des parties de l'Alleniagne où les écoles primaires sont les meilleures, l'ordonnance qui règle leur organisation porte en termes formels que le chant sera l'un des objets obligatoires de l'enseignement. En France, d'importantes considérations en faveur du chant ont été publiées par les disciples de Saial-Simon el par ceux de Fourier.

EN FRANCE. ôl

Écriture som dictée. — Analyses. — ArC de parler facilement.

L'écriture sous dictée nous a paru devoir ctre recommandée ; l'application qu'elle exige de la part de l'élève tire son intelligence de la routine à laquelle il s'habitue quand on ne l'exerce qu'à copier. C'est en outre im des meilleurs moyens de développer le sens de l'ouïe et d'apprendre l'orthographe. En choisissant, par exemple, avec discernement pour sujets de dictée ceux des articles fondamentaux de notre droit public et du Code civil quil est le plus désirable de connaître, insensiblement les élèves apprendraient les devoirs qu'ils ont à remplir envers l'État, envers la société, envers leur famille, et les droits qu'ils peuvent être appelés à exercer un jour , s'ils se préparent d'assez bonne heure à se rendre dignes d'être élus.

Les analyses sont l'épreuve à laquelle on devra soumettre les élèves , comme un moyen de reconnaître si leur intelligence fonctionne aussi bien que leur mémoire.

L'art de parler facilement, d'exprimer nettement ce que l'on a bien conçu, est une habitude importante à contracter dans tout gouvernement municipal et parlementaire ; en interrogeant souvent les élèves avec méthode et patience , ils arriveront à vaincre sans efforts leur timidité; ils corrigeront en eux toutes les difficultés de l'organe de la parole ; ils acquerront l'habitude de bien lire et de parler facilement en public; cet exercice est l'un des meilleurs pour le développement de l'intelligcnce.

Tenue des livres de commerce simplifiée.

Cette étude n'offre point de grandes difficultés ; c'est une connaissance utile cà toutes les classes, utile tous les jours , et qui peut avoir sur les habitudes d'ordre et de prévoyance une influence telle que nous n'avons pas dû l'omettre. — Quelques leçons suffisent pour en faire com-

32 DE L INSTULCTION PLbLlyti;

prendre le mécanisme aux élèves , à qui l'on pourra le rendre familier en leur donnant pour exemple d'écriture un modèle de comptabilité. La variété de cette transcription, titres, réglures, chiflres, leur formera la main et le goût en excitant leur application. — Ce qui plaît à apprendre est toujours ce qu'il y a de plus facile à enseigner.

Généraliser l'habitude de l'ordre , c'est généraliser le bien-être , assurer l'indépendance de l'homme, développer en lui le sentiment de sa dignité, faciliter enfin le bon accord des ménages et la bonne éducation des enfants.

isolions d'agriculiure el d'économie domestique,

La France possède cinquante-trois millions d'hectares de superficie, dont vingt-deux millions huit cent dix-huit mille sont en terres labourables ; à peine cependant un tiers de la population mange-t-il du pain, lorsque quatre millions d'hectares de terre bien cultivée , semée en froment ' , suffiraient pour nourrir sainement et substantiellement ses trente-trois millions d'habitants!

La culture du sol occupe à elle seule les quatre cinquièmes de la population; à la fois elle fournit le plus grand nombre de producteurs et le plus grand nombre de consommateurs; elle est le premier élément de la richesse nationale et le principal aliment des revenus publics ; elle est la plus vaste carrière , la plus sure profession!

Rien cependant n'est fait en vue de l'instruction des fils de cultivateurs, comme si, dans toutes les branches d'industrie, l'instruction n'était pas la source la plus abondante de tous les progrès.

A notre sens, le gouvernement ne saurait s'occuper assez activement d'étendre le goût de l'agriculture; il ne saurait le développer de trop bonne heure; plus il

' Un hectare de terre fertile bien cultivé el sem^ en froment produit facilement 22 iicciolilrcs, pesant i, 664 kil.; la consommation moyenne par individu peut tHrc annuelJeracqt évaluée à 197 kil. de froment.

y a tendance générale et manifeste à abandonner le sol pour l'industrie en raison de l'élévation de ses salaires , ou bien pour les professions libérales en raison des satisfactions qu'y cherche la vanité ; plus il y a tendance à préférer le séjour des villes à celui des communes rurales, plus il importe de la détourner et de la combattre par de bons ouvrages mis de bonne heure entre les mains de l'enfance,— qui lui donnent à la fois et le désir de rester dans la condition qui l'aura vu naître, et celui de l'améliorer; — qui lui apprennent de bonne heure ce que l'industrie a de précaire , ce que les professions libérales portent en elles de dangereux prestiges , ce que le luxe des grandes villes peut couvrir d'horribles misères ; — qui lui impriment enfin profondément le double sentiment de la conservation et du progrès ; car l'horreur des innovations les plus sages, le mépris des perfectionnements les plus judicieux, forment généralement la foi agricole des cultivateurs, et l'instruction seule pourra la changer.

Le vœu que nous exprimons est le même que celui dont Chassiron présentait, le 6 floréal an X, au Tribunal, les moyens de réalisation, en ces termes :

« Je demande qu'un des premiers livres qui seront dans les mains des enfants des campagnes leur donne des connaissances agricoles, je ne dirai pas utiles, mais indispensables. Quelques gravures en bois fixeraient leur attention à la tête de chaque leçon ; des estampes de dix centimes de valeur, placées sur les murs des écoles, représenteraient la meilleure charrue, les herses les plus convenables, un arbre fruitier bien taillé, une bonne ruche.

« Ainsi ils s'instruiraient en s'amusant, et l'on sait que de tous nos sens la vue est celui à qui nous devons nos connaissances les plus multipliées, les plus utiles, les plus ineffaçables. »

34 DE l'instriction publique

Nolions de mécani'iue industrielle.

S'il est juste de considérer l'instruction élémentaire à la fois comme un capital et comme un instrument perfectionné de travail mis aux mains des classes laborieuses, on ne contestera pas l'utilité d'y comprendre des notions de mécanique industrielle; on s'étonnera seulement d'une pareille omission.

Kolions de chimie.

Les notions de chimie n'exigeant pas un effort d'entendement plus grand que les notions de physique, et donnant lieu à des applications plus utiles et plus usuelles, nous leur avons donné la priorité sur les notions de physique et d'histoire naturelle.

Notions de physiologie et d'hy<jiène.

Ces notions, comme réforme d'une foule d'erreurs, d'habitudes vicieuses , pratiquées généralement au sein des familles , nous ont paru devoir être un complément indispensable de l'instruction primaire à laquelle le nom de supérieure A été donné par la loi.

L'étude élémentaire de la physiologie ( connaissance de la structure intérieure de l'homme) est un des plus sûrs moyens de prévenir les excès , en ce qu'elle fait toucher du doigt les lésions qu'ils produisent sur le mécanisme humain.

Kolions de droit civil et public.

11 ne saurait être indifférent d'élever les enfants dans la connaissance et le respect de la forme du gouvernement établi ; c'est le moyen le plus sûr de lui faire prendre racine et de le consolider. Il importe que de bonne heure ils sachent quels sont les devoirs qu'ils auront à remplir, quels sont les droits qu'ils auront à exercer; alors ils s'y attacheront, alors l'instruction viendra en aide au temps, alors peut-être les gouvernements cesseront-ils d'avoir une durée inférieure à celle d'une génération?

De bons traités distribués aux élèves à leur sortie des écoles, par des sociétés bienfaisantes, de petits cours faits par des hommes animés de l'esprit d'ordre et de progrès, achèveront ce qu'exigera de plus l'instruction de la population des villes et des campagnes.

Ce qui précède étant fait, ainsi qu'il est dit, il restera à chercher quels peuvent être les travaux manuels susceptibles de remplacer les jeux d'enfants, considérant moins ces travaux sous le point de vue du produit, que comme — une introduction nécessaire à la pratique de la vie, — un développement salutaire des forces physiques et intellectuelles , — enfin une substitution avantageuse de travaux utiles et profitables à des exercices gymnastiques sans but.

ni. Encourager le perfectionnement de méthodes expédilives.

Le perfectionnement des méthodes expéditives est un point qui n'importe pas moins à la propagation de l'instruction élémentaire que l'admission gratuite dans les écoles.

Dans les campagnes, le temps est ce que le cultivateur a le moins à sa disposition ; ses enfants font sa richesse ; avant l'âge de sept ans il utilise leur concours.

Il ne faut donc rien négliger, rien dédaigner.

Voici, selon nous, ce qu'il serait utile de faire :

Fonder à Paris, sous la surveillance du gouvernement ou d'une association, une ou plusieurs écoles gratuites; l'olijet spécial serait de faire concourir entre elles toutes les méthodes nouvelles, afin de constater, par leurs résultats, celles qui seraient plus ou moins expéditives.

Cette école, en supposant qu'on n'en établit qu'une, n'admettrait que des enfants de cinq à neuf ans.

Il y aurait deux classes par jour ; — la première de huit à onze heures pour les garçons ; la seconde de deux heures à cinq pour les filles.

L'école se composerait d'un assez grand nombre de

salles pour que tout professeur ou démonstrateur d'une

méthode nouvelle pût avoir immédiatement la libre

disposition d'une salle et d'une classe, sur sa demande

motivée.

Chaque salle porterait le nom du professeur qui l'occuperait.

Des concours publics entre toutes les classes auraient lieu tous les trois mois. — Un journal serait spécialement chargé d'en rendre compte, afin de constater les avantages d'une méthode comparés à ceux d'une autre.

Tout professeur qui atteindrait, dans le délai fixé, le résultat prescrit, serait de droit directeur d'une école normale , destinée à former des propagateurs de sa mé thode.

11 serait utile, en outre, d'établir, deux fois par année, un concours public entre les classes de filles et celles de garçons, afin de constater si la faculté qu'on suppose aux filles d'apprendre plus rapidement que les garçons, est démontrée par un assez grand nombre de résultats pour acquérir l'autorité d'un fait comparé.

Le problème que toute méthode aurait à résoudre serait celui-ci :

« APPRENDRE EN QUATRE ANNÉES, A DES ÉLÈVES DE CINQ A « NEUF ANS, EN NE LEUR DEMANDANT QUE TROIS HEURES AU a PLUS DE PRÉSENCE A l'école PAR JOUR, CE QUE COMPREND « LE PREMIER DEGRÉ DE l'iNSTRUCTION ÉLÉMENTAIRE.» (Voir

Ce problème publiquement, authentiquement résolu, les plus grandes difficultés que rencontre l'instruction élémentaire seraient vaincues.

Alors, un cultivateur ne serait plus privé du concours de ses enfants que pendant l'âge où il n'en peut encore tirer un grand produit , c'est-à-dire à peu près de cinq à neuf ans '.

' Sur presque tous les points de la France, l'école n'est pas fréquentée plus de trois mois; c'est le terme moyen qu'il convient de prendre entre

il n'en serait privé que trois heures par joir.

Si l'on suppose qu'il soit père d'un garçon et d'une fille, il no serait jamais privé à la fois du concours des deiix.

Tel serait l'avantage de la formation de deux classes ; l'une, par exemple, do Luit à onze heures, où il enverrait son lils; — l'autre de deux à cinq heures, où sa fille viendrait, aussitôt que le frère, de retour au logis, pourrait la remplacer dans les fonctions domestiques qu'elle aurait quittées.

Ces détails ont plus d'importance qu'on ne le suppose, quand il s'agit de l'application d'une loi qui rencontre tant d'éléments d'opposition dans les mœurs et dans les localités.

L'établissement d'une école normale primaire par département est une pensée assurément digne d'éloges; mais pour qu'elle porte tous ses fruits, trois choses sont nécessaires :

— Premièrement, que la direction des écoles normales ne soit confiée qu'àdes hommes instruits, habiles et d'un zèle éprouvé.

— Deuxièmement, qu'il se présente des instituteurs en assez grand nombre pour que l'établissement de quatre-vingt-six écoles normales * ne soit pas seulement une obligation légale, une charge nouvelle imposée aux départements, sans avantages pour eux, ce qui aura certainement lieu si une large allocation, telle que celle que nous proposons, ne fait de l'instruction élémentaire une vérité , et de l'état d'instituteur public une carrière honorable.

— Troisièmement, que dans toute école normale primaire il ne soit enseigné qu'en se servant des méthodes les plus

les pays où les enfanls s'y rendent quatre ou cinq nnois, et ceux où deux mois sont réputés suffire à leur instruction chaque année. [Tableau da l'mslructmi primaire par M. Lgrain.) ' En 1836, soixante-seize écoles normales étaient établies,

cxp6ditivcs, reconnues telles an concours dont il a été

parlé dans le précédent paragraphe.

— Quatrièmement , enfin, qu'il soit annexé à toute école normale primaire d'instituteurs, une école d'enfants, afin que les instituteurs puissent , par la pratique, vérifier eux-mêmes les avantages des méthodes qui leur auront été enseignées par la théorie.

Priver de l'exercice de ses droits politiques tout contribuable âgé de moins de vingt ans qui ne pourra justifier, à partir d'une époque définie, qu'il sait lire et écrire.

Attribuer de droit, à partir de la même époque, par disposition additionnelle à la loi du 21 mars 1832, les premiers numéros dans le tirage du recrutement aux hommes ne sachant ni lire ni écrire.

Contre ces mesures coercitives on objecte :

Premièrement, que leur rigueur retombe, non sur les coupables, qui sont les parents, mais sur les enfants, qui sont les victimes ;

Deuxièmement, qu'elles sont une atteinte portée à la liberté individueUe.

D'abord , nous déclarons ne pas nous opposer à ce que la loi oblige ou encourage les parents, soit au moyen d'amendes encourues, soit au moyen de primes décernées ; loin de là, tout ce qui sera fait dans cette double direction d'idées aura notre approbation. Ensuite, nous demanderons si l'adulte qui n'a pas réparé la négligence de ses parents n'est pas devenu solidaire de leur faute ; s'il est entièrement irréprochable ; si la société doit subir la peine de son incapacité, qu'elle ait ou non la paresse pour cause.

L'électeur qui n'est point juge éclairé des choix qu'il fait, le conseiller municipal qui délibère sans savoir épeler les lettres de son nom, ne portent-ils point une atteinte à l'ordre public? ne mettent-ils pas en péril le gouvernement représentatif?

Une nation qui , sur trente-trois millions d'habitants, en compte à peine un trentième sachant hre, est uno nation que l'on peut encore réputer dans l'enfance. — Croit-on qu'un enfant, à qui ses parents laisseraient le libre arbitre de vivre sans efforts dans son ignorance, ou de surmonter les difficultés de l'étude , hésitât ? — Si l'autorité paternelle ne le contraignait pas, qu'apprendrait-il?

Que le gouvernement se montre paternel , on ne l'accusera pas d'être arbitraire !

En Allemagne, l'instruction est donnée sous la direction du gouvernement ; les parents sont tenus, sous des peines correctionnelles, d'envoyer à l'école leurs enfants dès qu'ils ont atteint l'âge de six ans.

En France même, il existe une disposition, positive et non abrogée, de la loi du 29 frimaire an II, ainsi formulée :

« Les pères et mères ^ tuteurs et curateurs sont tenus d'envoyer leurs enfants ou pupilles aux écoles de première instruction.

Les pères et mères, tuteurs et curateurs qui auront négligé de faire inscrire leurs enfants ou pupilles, seront punis, pour la première fois, d'une amende égale au quart de leurs contributions, et pour la deuxième, suspendus de leurs droits civiques pendant dix ans.

Ceux des jeunes gens qui, à l'âge de vingt ans accomplis, n'auront pas appris une science, un art, ou métier utile à la société, seront privés pendant dix ans des droits de citoyen. — La même peine aura lieu contre les pères, tuteurs et curateurs, convaincus d'avoir contribué à cette infraction de la loi. »

La même loi mettait à la charge des communes les frais d'enseignement, montant annuellement par chaque élève à 20 fr. pour l'instituteur, et à 15 fr. pour l'institutrice.

40 DE l'instruction PUIiLIQUE

Encourager rorganisation de conférences régulières enlreles instituteurs pour l'amélioralion des méthodes et la propagation des livres utiles '.

L'utilité de ce vœu exprimé par M. Cousin ressort d'ellemême ; nous ne pouvons que le partager. — C'est appliquer à l'étude de l'enseignement, la méthode de l'enseignement mutuel.

Sagement réglées, régulièrement suivies, des conférences périodiques entre les instituteurs d'un département ne peuvent manquer de porter d'heureux fruits ; elles ont l'avantage de les faire sortir de l'isolement fâcheux où ils restent dans les communes rurales, d'établir entre eux des liens de bienveillance et d'information réciproques, de dissiper l'engourdissement de leur esprit, de développer en eux le principe fécond de l'émulation ; l'échange des idées les multiplie ; par la comparaison judicieuse des méthodes différentes , s'acquiert une connaissance plus approfondie que ne donnerait peut-être pas l'adoption successive de chacune d'elles. Pour ces motifs, les conférences régulières entre les instituteurs doivent donc être encouragées, n'eussent-elles que cet avantage de leur épargner souvent des tentatives infructueuses qui les feraient renoncer à l'exercice de leur raison pour rentrer dans le sillon de la routine; et par ce dernier mot, ce que nous entendons, c'est la préférence donnée sans examen , non par la prudence, mais par la paresse, à l'expérience des autres sur sa propre intelligence. La routine, c'est la superstition sans la foi ; tout ce qui contribue à la détruire est bon.

' L'administration universitaire a reconnu les avantages des conférences entre les instituteurs, et a voulu encourager de semblables réunions. Un statut du lo février 1837 règle tout ce qui est relatif à la tenue des conférences, qui doivent avoir lieu une fois par mois dans le semestre d'hiver, eldeux fois par mois dans le semestre d'été.

Substituer à l'idée de la formation des deux comités incompétents institués par les articles 17, 18 et 19 de la loi sur l'instruction primaire du 28 juin 1833, la création d'une hiérarchie d'instituteurs : i° communaux, 20 cantonaux, 30 arrondissementaux, 4° départementaux.

A notre avis , toute surveillance exercée par des hommes sans autorité, c'est-à-dire confiée à des contrôleurs sans expérience et sans spécialité, quelque bien intentionnés qu'on les puisse supposer, risquera toujours d'être généralement plus nuisible qu'utile; si elle ne se borne pas à être inefficace et purement nominale , si elle ne dégénère pas en tracasserie décourageante et funeste, ce sera l'exception. En France, les fonctions gratuites, les mandats publics s'acceptent avec un empressement trompeur; on les considère, non comme une nécessité d'entreprendre de laborieuses études et d'acquérir des connaissances spéciales, mais, au contraire, comme un titre qui les confère par cela seul qu'il les suppose. Celaest un mal, un mal profond dont la vanité et la paresse, presque toujours étroitement unies , sont solidairement couî)ables. De là, tant de maires incapables, tant de conseillers municipaux ineptes, tant de lois fécondes en principe et stériles dans la pratique.

Le comité communal et le comité d'arrondissement, créés par la loi, ont précisément ce grave inconvénient d'être généralement composés de membres sans compétence ni spécialité , appelés à inspecter des méthodes qui leur sont inconnues, à contrôler des matières qu'ils ignorent, à prononcer sur le mérite d'un instituteur, qui, si peu qu'il sache, en sait plus que ceux qui le louent ou le critiquent; aussi, de leur part, l'éloge et la censure sontils généralement impuissants.

La force réelle d'une théorie se mesure dans l'application. Ne nous arrêtons pas au texte; jugeons les faits. De

42 DL l'instruction publique

deux comités institués par la loi en est-il un d'effectif? N'habitant point les lieux , le comité d'arrondissement ne peut voir par lui-même. On sait que l'intérêt s'affaiblit autant que s'accroît la distance. Chaque membre a ses affaires domestiques à traiter ; il y vaquera , se reposant pour sa part de surveillance sur le zèle d'Un collègue , lequel , la plupart du temps, se déchargera de tout souci sur l'activité du secrétaire , souvent habitué à composer à lui seul toute l'assemblée, à bâcler le procès-verbal de la séance, et à le faire ensuite signer par qui de droit dans un tranquille moment de loisir, sans qu'on le lise.

Quant au comité communal, son inspection peut aisément s'exercer sur le maître, les élèves et les bâtiments de l'école. Agent immédiat, il semble d'abord devoir être efiicace; mais on oublie que son unique action, c'est la plainte, et que, dans près de trente mille communes, ce stimulant ne saurait être tenté , parce que le comité tombe lui-même sous la dépendance de l'instituteur. En effet, après une rupture, qui ferait les lettres, réglerait les comptes, dresserait les actes de l'état civil, se placerait au lutrin le dimanche, et même, à la rigueur, qui rédigerait la plainte au comité d'arrondissement? — Le curé? oh ! il ne voudra pas se brouiller avec son sonneur de cloches, son donneur d'eau bénite, son chantre, son sacristain, et il fermera les yeux.

Condamnés par la plus simple prévoyance, ces deux comités le sont donc également par l'expérience.

La première condition d'un contrôle efficace, c'est la hiérarchie, c'est-à-dire la supériorité dans la spécialité; voilà pourquoi nous eussions préféré que la loi instituât quatre degrés d'instituteurs, et fît contrôler les moins instruits par de plus capables ; la perspective d'un avancement graduel est nécessaire dans toute organisation judicieuse, d'abord pour reconnaître ceux qui se font distinguer par leur aptitude et leur activité, ensuite pour entretenir l'émulation et récompenser le travail et la

bonne conduite. Il est à regretter que la loi ait négligé ce puissant mobile de discipline, d'ordre et de progrès. On paraît avoir en France une si grande frayeur de toute biérarchie, qu'on lui préfère l'organisation laborieuse du désordre moral et matériel; et c'est justice à rendre à notre époque que de reconnaître qu'elle y réussit en proportion de ses efforts.

Nous ne tenterons pas de développer ici l'idée biérarcbique que nous avons présentée en une seule ligne; cela n'aurait pas d'utilité présente ; nous nous bornerons à dire que cette idée se lie à un ordre de vues arrêtées sur une nouvelle organisation des quatre unités — communale,— cantonale, — arrondissenientale, — départementale, organisation ayant au moins l'avantage de se mettre en rapport avec les besoins impérieux du commerce, et avec la nécessité de rendre les voies de communication plus faciles, et les moyens de transport plus rapides et plus économiques.

Telle que nous l'avons conçue, cette organisation a pour principes l'unité et la biérarcbie, et pour conséquence la simplification ; elle laisse à la centralisation tous ses avantages, et la dégage de tous ses abus.

En ce qui concerne la matière spéciale (jue nous traitons, cette organisation résoudrait les principales difficultés que les progrès rencontrent dans l'instruction publique.

Élablir dans cliaque commune une école de filles, ou au moins , à défaut d'école spéciale, une classe distincte.

Tout projet de loi en faveur de l'instruction élémentaire qui néglige l'organisation des écoles de filles, ou qui ne l'établit que comme secondaire, n'atteint pas le but qu'il se propose.

Chaque jeune fille qu'on instruit devient, aussitôt qu'elle est mère, le moniteur de sa famille.

II n'y a pas d'exemple d'une mère sachant lire et écrire, dont les enfants ne sachent ni lire ni écrire. Si des circonstances font qu'il soit impossible à une mère de se priver de ses enfants pour les envoyer à l'école, quels que soient ses soins et ses travaux, elle saura toujours trouver le temps nécessaire pour leur apprendre ce qu'elle pourra elle-même leur enseigner.

Si depuis trente années l'instruction des jeunes filles avait été l'objet de l'attention que nous réclamons pour elles, on pourrait à cette heure parcourir toute la France sans trouver un seul enfant au-dessous de quinze ans ne sachant ni lire ni écrire.

Il n'en est pas ainsi des pères de famille pris dans les classes laborieuses des villes et des campagnes; lorsqu'ils ne possèdent aucune notion élémentaire , ils se montrent généralement peu soucieux que leurs enfants les acquièrent ; lorsqu'ils savent lire et écrire , on les voit rarement se donner la peine d'instruire eux-mêmes leurs enfants, ou seulement de les interroger au retour de l'école.

L'instruction d'un père de famille ne profite souvent qu'à lui seul ; celle d'une mère de famille , au contraire , toujours se retrouve dans la personne de ses enfants.

Instruire les filles , c'est ouvrir une école au sein de chaque famille ; ouvrez-leur donc une école, ou au moins une classe dans chaque commune.

Qu'il nous soit permis aussi de dire ici en quelques mots notre opinion sur l'instruction à donner aux femmes.

La question de l'instruction qu'il convient de donner aux femmes se réduit, selon nous, à des termes très-simples, bien qu'à notre avis ce soit peut-être l'une des plus importantes questions morales et politiques du siècle et de la société dans lesquels nous vivons.

Commençons d'abord par déclarer qu'en France toute tentative d'émancipation de la femme ou des femmes ne saurait jamais être sérieuse, le ridicule lui sera toujours

un insurmontable obstacle; de lait, les lois françaises, en harmonie avec la nature et à la hauteur de la civilisation, n'asservissent point les femmes, elles les respectent et les protègent.

La condition légale des femmes n'appelle donc point de réformes importantes ; il n'en est point ainsi de leur éducation sociale, trop négligée d'un gouvernement qui s'est attribué la direction de l'instruction publique.

Dans l'éducation des femmes, ce dont il faut s'occuper avant tout, c'est de l'utilité de leur mission; or, c'est la méconnaître que de ne voir en elles que des compagnes données à l'homme pour embellir sa vie, charmer ses loisirs , partager ses souffrances et doubler ses joies.

Considérée sous ce point de vue , plus pastoral que social, l'instruction superficielle des femmes s'explique ; il n'est pas nécessaire, en effet, que leur instruction soit plus profonde, si elles n'ont pas d'autre destinée que celle de victime ou d'idole !

Mais si à l'idylle du poëte vous substituez la pensée du législateur, si à la place de l'épouse vous ne voyez plus que la mère , les rôles aussitôt changeront : — à la femme appartiendra le premier , — à l'homme le second ; dans ce dernier vos yeux ne verront plus que le fils élevé par sa mère.

C'est alors que l'instruction des femmes vous paraîtra incomplète et superficielle, entièrement contraire au but qu'elle devrait se proposer; c'est alors qu'involontairement votre esprit se surprendra faisant justice de ce lieu commun qui étiole les sociétés : « La femme est faite uniquement pour plaire et pour aimer... )^ ; c'est alors que votre esprit s'empressera de reconnaître que des deux conditions de la femme, celle de mère est la première, que celle d'épouse n'est que la seconde ; la maternité est sa vocation, elle élève la femme au-dessus de l'homme : le mariage n'est qu'une fonction qui met au contraire la . femme dans la dépendance de l'homme.

Pour déterminer judicieusement quelle est l'éducation et l'instruction que doivent recevoir les femmes , il importe donc , avant et par-dessus tout , de se rendre un compte rigoureusement exact de la mission que leur préparent les tendances de la société ^

Les femmes portent l'avenir des sociétés dans leur sein ; jamais il n'y aura de progrès rapides et réels que ceux qui leur seront dus.

L'amélioration du sort des classes populaires et leur moralisation se lient étroitement à l'amélioration de' l'instruction des femmes ; l'une ne sera possible qu'après que l'autre aura été réalisée.

Sans renouveler la discussion de l'action réciproque des mœurs et des lois, disons , pour trancher la question indécise , qu'aux mères de famille plus qu'aux lois il appartient d'exercer une salutaire influence sur les mœurs du peuple et les progrès de la raison humaine.

Former des mères dignes de ce nom, capables d'exercer avec discernement cette première des fonctions sociales , tel doit être le but de l'instruction des filles ; former des épouses qui soient des compagnes douces, agréables et fidèles , sera tout naturellement le résultat de la bonne éducation puisée au sein de la famille ; cette éducation sera d'autant meilleure qu'elle sera plus commune, qu'elle aura pour rudiment des exemples plus souvent que des préceptes: sans y avoir été systématiquement préparée, soyez assuré que la fille sera toujours bonne épouse , si l'éducation d'une bonne mère l'a faite à son image.

Considérée sous ce point de vue tout maternel , quelle est l'instruction qu'il convient de donner aux filles? quelles connaissances leur faudra-t-il acquérir ?

' « L'homme doit être forme pour les institutions de son pays, la femme pour l'homme tel qu'il est devenu. On doit regarder la qualité de citoyen comme le vrai mobile de l'existence sociale de l'homme ; la destinée d'une femme est, à son tour, comprise dans ces deux titres ; épouse ei mère du citoyen. » Ainsi s'exprime Mm« la comtesse de llémusat dam ion Essai sur l'éducation des femmes.

A toutes les questions qui peuvent être faites, nous répondrons par ces deux lignes qui renferment tout notre programme de l'éducation des filles :

« Il faut apprendre aux femmes ce qu'elles doivent plus

TARD enseigner AUX ENFANTS QUI NAITRONT d'eLLES. »

En d'autres termes :

Il faut donner aux filles et aux garçons nés dans la même condition, la même instruction , afin que , dans l'avenir, les filles devenues mères accomplissent ce que l'Université ne fait qu'à demi, dispendieusement et révolutionnairement, et qu'ainsi soient assurées et l'éducation et l'instruction des enfants, sans nuire au bien-être de la famille et sans troubler la biérarcbie sociale telle que la comportent l'égalité civile et la liberté politique.

Encourager les associations ayant pour bul la publication à bas prix de bons livres et de journaux élémentaires.

11 serait à désirer que tous les hommes éclairés qui sentent le besoin , dans l'intérêt de l'ordre et des progrès, de s'occuper sérieusement de l'instruction nationale, formassent une association par département, dont le but serait: — de surveiller tous les enfants à leur sortie de l'école, afin qu'abandonnés à eux-mêmes ils ne soient pas exposés au risque d'oublier ce qu'ils auraient appris; — de publier de bons livres*; de les mettre gratuitement

' L'homme qui vit à la sueur de son front a peu le temps de lire; en supposant qu'il sache lire, il n'est guère en mesure de se procurer des livres. Enfin, il y a, jusqu'à ce jour du moins, très-peu de bons livres à sa portée et à son usage.

Malheureusement encore, s'il existe pour lui peu de bons livres, il y en a de pernicieux , et ceux-ci parviennent quelquefois plus facilement à circuler et à se faire lire. C'est précisément parce qu'ils flattent les passions ou les préventions de l'ignorance qu'ils obtiennent plus de lecteurs.

Jetez les yeux sur ces petits livres qui, sous divers titres , sont colportés de village en village , étalés aux foires et aux fêtes champêtres , oITerts à vil prix, que d'erreurs accréditées par eux ! que de pratiques super-

48 DE l'instruction M'BLIQLE

entre les mains des enfants à leur sortie de l'école, avec faculté, après avoir lu ces volumes, de les changer contre de nouveaux '.

Pour cela, il suffirait que l'association centrale du département eût d'ahord un délégué par ville et successivement un par commune, chargé de l'échange et du renouvellement des volumes. — Le nombre des livres envoyés au délégué serait en raison de la population de la ville ou de la commune. — Avec un bon système d'échange et de circulation, 5 ou 6,000 volumes de roulement par département suffiraient pour entretenir tous les mois les villes et les communes de livres nouveaux ; car c'est un

slitieuses confirmées! trop souvenl que d'exemples licencieux offerls .' quelles offenses contre la langue, le goût, la raison, la décence .' Est-ce donc pour préparer les enfants à de telles lectures que nous les envoyons à l'école ?

Cependant les bonnes lectures pour l'homme de travail seraient un moyen de compléter son instruction , de continuer sa propre éducation à tout âge. Il s'y dépouillerait de préjugés nuisibles ; il y puiserait des antidotes contre les poisons capables de corrompre son esprit ou son cœur; il s'entretiendrait dans des sentiments honorables. Des lectures convenablement choisies, loin de le détourner des paisibles travaux qui remplissent pour lui le cours de sa journée, serviraient à l'en délasser agréablement, le disposeraient à les reprendre avec une nouvelle ardeur. L'expérience le prouve : séquestré souvent par divers obstacles du commerce et de la société, privé de relations propres à éclairer son intelligence, d épurer ses goûts en élevant son âme , un bon livre serait pour lui , dans son isolement, comme un compagnon, un ami , qui lui en tiendrait lieu , qui remplacerait même des relations plus fructueuses. (Baron de Gé- KA^■Do : TiailÉ de la bienfaisance publique, chap. 4 , liv. 111 , 2e partie, page 252.)

' On pourrait aussi attacher à chaque école un choix de livres qui seraient appropriés aux divers âges , aux deux sexes , et que les habitants pourraient emprunter tour à tour, moyennant une rétribution très-modique qui servirait à l'entretien de ce dépôt. Avec dix francs on formerait aujourd'hui un premier fonds de bibliothèque de village, renfermant au moins vingt volumes. La moitié de cette somme suffirait chaque année pour accroître cette collection, et chaque bibliothèque n'oblînt-elledans la commune que cinquante lecteurs abonnés, chacun d'eux n'aurait à dépenser pour en jouir que 20 centimes la première année, et lO centimes les années suivantes.

fait à la honte de notre pays et de notre temps, que la masse de la population en âge de majorité ne sait pas encore lire; ce n'est donc que par l'enfance que l'émancipation intellectuelle peut s'opérer.

A l'instruction de l'enfance et de la jeunesse que le présent fasse enfin les sacrifices qu'exige l'avenir ! — Que l'État sème l'instruction , la nation récoltera une abondante moisson de morale, de richesse et de liberté!

Le champ à semer est vaste, — que la semence soit abondante !

L'Annuaire du bureau des longitudes de 18 il établit que depuis 1816 jusqu'en 1838 il est né en France 6,510,900 garçons et 6,151 ,200 filles : ensemble 12,042,100 ; soit, d'après les lois de la mortalité, environ 8 millions d'enfants âgés de trois à seize ans qu'il serait encore temps d'instruire , c'est-à-dire un cinquième de la population ; mais il ne faudrait pas perdre un temps précieux, afin qu'au moins dans dix ans la France puisse commencer à compter et sur un noyau d'hommes en état d'exercer avec discernement leurs droits politiques, et sur un assez grand nombre de jeunes mères capables de former ellesmêmes l'intelligence de leurs enfants.

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