‹ De l'instruction publique en FranceChapitre 83 sur 110 · ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

ECCLESIASTIQUES

CONSmÉRATIOXS DE CLASSE ET DE FORTUNE. — LeS llOmmCS

qui n'estiment les jouissances terrestres que ce qu'elles valent en réalité, et qui se sentent de hautes facultés, peuvent, en se vouant au ministère ecclésiastique, rendre à la société de grands services.

Quelle heureuse et rapide régénération n'opérerait pas chez un peuple cassé de vieillesse l'homme de talent qui, animé du zèle de la maison de Dieu, comprendrait ce que le christianisme doit être à une époque où toutes les idées tendent à l'application de ces deux principes fondamentaux de notre religion selon l'Évangile, — l'égalité et la fraternité des hommes! il aurait saisi le seul moyen d'assurer le triomphe de la religion et de lui rendre son premier éclat.

Le ministère ecclésiastique dignement rempli est, à n'en pas douter, la première et la plus nohle des professions. Toutefois, la carrière ecclésiastique ne saurait être légèrement conseillée à des adultes; ils pourraient croire à une force et à un talent dont plus tard ils manqueraient. A notre avis, c'est surtout aux honunes que les vicissitudes de la vie ont éprouvés, qu'une foi vive a soutenus, qu'aucun lien terrestre ne retient plus, à se préparer par l'étude et la réflexion à la mission la plus helle qu'il soit donné à un homme de remplir, celle de faire descendre du haut de la chaire le langage du christianisme, sans lui faire perdre la majesté que lui ont donnée les pères de l'Église et nos grands orateurs chrétiens.

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Aptitude : — Simplicité de goût. — Humilité d'esprit.

— Résignation et force de caractère. — Charité. — Amour de l'étude et de la vérité.

Instruction nationale : — Premier et second degrés. Instruction professionnelle : — Séminaires diocésains.

— Facultés de théologie.

I>e gouvernement consacre chaque année un million à l'encouragement des hautes études ecclésiastiques par les bourses qu'il accorde aux séminaires diocésains. 11 fait bien, car, lorsque dans toutes les professions l'instruction s'étend et s'élève , rien de plus impérieusement nécessaire que de faire participer à ce progrès ceux qui doivent avoir la direction spirituelle et morale de la société.

On fait au système claustral , adopté dans les établissements religieux , le reproche d'isoler de la société les jeunes élèves qu'ils forment ; de les séquestrer trop rigoureusement peut-être du monde, sur lequel alors ils ne peuvent se former que des idées fausses, résultat fâcheux qui prive souvent leur parole de l'autorité qu'elle devrait exercer.

Généralement, en effet, il faut convenir que, sauf quelques exceptions qui confirment ce qui vient d'être dit, le langage de la chaire apostolique n'est plus suffisamment approprié ni au siècle qui l'entend , ni à l'auditoire qui l'écoute. Ainsi, tandis que dans des églises de villages il arrive fréquemment que le mépris des grandeurs et des vanités du monde est prêché avec emphase à des paysans qui ne les ont jamais connues, qui ne les connaîtront jarnais, qui même ne sauraient se former une juste idée de ce qui leur est dit à cet égard , il arrive, au contraire, que dans beaucoup de grandes villes, et à Paris même , la parole du prêtre manque d'élévation, et reste parfois trop au-dessous de l'intelligence, de l'instruction et de la condition de ses auditeurs. Cela est vivement à regretter ; et ce sujet , que nous n'abordons

qu'avec réserve et défiance, nous parait devoir mériter toute l'attention de l'autorité ecclésiastique et du gouvernement.

A notre avis, l'instruction donnée au jeune clergé ne saurait être l'objet de trop de soins ; coûte que coûte , il faut qu'elle domine toujours, par sa profondeur et sa variété , l'instruction que reçoivent les autres classes de la société. Ce que l'instruction des masses a conquis chaque jour en étendue, l'instruction des prêtres ne doit pas cesser un seul instant de l'acquérir en élévation. 11 importe d'autant plus de développer et de fortifier l'autorité religieuse , que l'élément démocratique n'a plus , dans les sociétés modernes , de bornes qui le contiennent ou qu'il ne puisse aisément renverser. Un gouvernement monarchique plus ou moins absolu peut bien, à la rigueur, se confier entièrement à la force militaire du soin de sa conservation ; mais il n'en saurait être ainsi pour un gouvernement démocratique plus ou moins tempéré. L'emploi contre l'exaspération du peuple de la force armée, quelque considérable qu'elle soit, n'est qu'un péril de plus auquel le pouvoir s'expose. La confiance en son droit donne maintenant à la multitude soulevée une audace invincible.

L'aveu que nous allons faire coûte à nos opinions politiques ; mais enfin la vérité nous l'impose : elle nous oblige de confesser que tout gouvernement qui a cessé d'être absolu pour devenir représentatif a abdiqué solennellement son droit et reconnu implicitement, parle fait, le principe de la souveraineté du peuple. Qu'on s'efforce de régler ce principe , bien ; mais qu'on ne cherche point à le contester, à l'anéantir, à le surprendre; les triomphes de 1.1 mauvaise foi sur la force ne sont jamais qu'éphémères, et les vaincus orgueilleux qui s'obstinent à protester contre leur défaite ne font , le plus souvent , que s'exposer à une seconde plus complète encore que la première.

544 DK L'iNSTRLtTlO.N l'LBLiyCE

En France, la souveraineté du peuple est un l'ait victorieux qu'il est infiniment moins dangereux de reconnaître que de méconnaître. Assurément, la valeur du principe peut être discutée , contestée , mais non pas la réalité du fait. La société se gouverne, elle n'est plus gouvernée; le pouvoir monarchique n'a plus qu'un souffle : il n'existe plus que par une dernière prérogative, qu'il est constamment menacé de perdre, l'hérédité ! A cet égard, il ne faut donc plus se faire d'illusions; il ne reste à la royauté dépouillée du diadème qu'une couronne d'épines.

Cet état de choses doit appeler toute l'attention du jeune clergé ; il ne faut plus songer à contenir par la résistance matérielle le torrent démocratique : on s'épuiserait en vains efforts; il ne faut plus penser qu'à le diriger habilement par le développement du sentiment religieux, par l'ascendant de la raison, par la suprême loi du bien public. Puisque le pouvoir n'a plus à son ser- Aîce la force matérielle, que du moins il ait pour auxiliaire la force spirituelle !

Un admirable avenir nous paraît réservé en France au clergé catholique, s'il sait le comprendre, s'il sait dignement s'y préparer, s'il sait s'élever par la science à la liauteur de la mission à laquelle il est appelé par le développement de la démocratie, s'il sait enfin apprendre à parler avec éloquence et simplicité le langage qui soumet la multitude en la relevant à ses propres yeux, en s'emparant de ses passions et en ennoblissant ses instincts.

A la réalisation de ces idées sommairement exposées, il est, nous le savons, un obstacle qu'on ne manquera pas de nous opposer : la difficulté de recruter la milice spirituelle ; car le clergé ne parvient à trouver des sujets que dans la classe où l'armée elle-même va chercher les siens. Le clergé, obligé de fournir à la consommation de plus de trente mille paroisses, ne peut choisir son per-

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