ARI.VS
Considérations de classe et de fortune. — Cotte profession est organisée et soumise à un enseignement régulier. La marine marchande s'apprend par la pratique de la navigation.
Les chances d'avancement pour la marine militaire sont analogues à celles de l'arnice.Pour la marine marchande, la carrière est assez lucrative. On y peut parcourir les degrés suivants : Mousse , matelot, maître, contre-maître , capitaine au cabotage ou au long cours. Cette profession s'étendant au commerce a de grande chances de progrès.
aptitude. — Audace et amour du danger. — Souplesse et force physique.
iNSTRLCTioN NATIONALE. — Premier et second degrés.
ÉTABLISSEMENTS D'INSTRUCTION SPÉCIALE
ÉCOLE d'application DU GÉNIE MARITIME, A Loi'ieiil.
objet et durée de l'enseignement.
Celte École, établie à Lorient , a pour but de former des ingénieurs chargés de diriger la construction des vaisseaux de la marine rovale et les travaux relatifs à ce ser-
vice. Les élèves doivent rester deux ans à l'École d'application, où ils sont exercés : 1° au dessin des plans des bâtiments de guerre, ainsi que de leur mâture, voilure, installation et emménagement; 2° aux calculs de déplacement de stabilité , de centre de gravité et de voilure , et à tous autres objets relatifs à la tbéorie de l'architecture navale; 3" à l'étude des machines à vapeur et autres qui peuvent être d'une application utile , soit dans les arsenaux , soit à bord des bâtiments de guerre ; 4" au dessin d'ornements et au lavis; 5° à l'étude de la langue anglaise. Ils sont conduits fréquemment sur les chantiers et dans les ateliers de la marine , pour acquérir la connaissance des procédés suivis dans la construction des bâtiments de guerre et dans la préparation des objets de toute espèce qui en composent l'armement.
Rxamens.
Après avoir terminé deux ans d'études àY École d'application , les élèves subissent un examen sur les diverses parties de l'instruction qu'ils ont reçue. Ceux qui, ayant répondu d'une manière satisfaisante, ont été déclarés admissibles par la commission d'examen , sont nommés immédiatement sous-ingénieurs de troisième classe. Leur classement dans ce grade est réglé d'après le résultat de l'examen.
Conditions d'admission.
Les élèves, dont le nombre est déterminé chaque année par le ministre de la marine suivant les besoins du service , sont pris parmi ceux de l'École Polytechnique qui ont été déclarés admissibles dans les services publics.
ÉCOLE NAVALE ÉTABLIE Sl'll LE VAISSEAU l'OUION,
En rade de Brest.
Trois ordonnances, dos 1^"" novembre 4830, 24 avril 1832, et 4 mai 1835, ont définitivement réorganisé l'École de marine à Brest, sous le nom d'École navale; elle est maintenue sur le vaisseau VOrion.
Nous publions le prospectus suivant , arrêté le 1" avril 1838 par le ministre de la marine et des colonies. Ce document officiel nous fournit tous les renseignements désirables sur l'École navale. Nous conservons dans leur ordre les divisions de ce prospectus.
Vrogramme d'examen.
« L'arithmétique complète , comprenant l'exposition du nouveau système métrique , la théorie des proportions et des progressions , celle des logarithmes déduite des progressions et l'usage des tables ;
« La géométrie élémentaire et la trigonométrie roctiligne etsphérique;
« Des préliminaires de géométrie descriptive;
« Les éléments d'algèbre jusques et y compris la résolution des équations des deux premiers degrés ;
« Les éléments de statique ( on n'y comprendra ni les équations générales de l'équilibre ni les machines composées ) .
« Les candidats traduiront, sous les yeux de l'examinateur , un passage d'un auteur latin de la force de ceux qu'on explique en troisième.
« Us traiteront par écrit, en français, un sujet de composition donné ; ils devront avoir une orthographe correcte et une écriture lisible.
« Ils expliqueront à livre ouvert un passage d'un ouvrage anglais en prose.
a Ils copieront une tète et un paysage, en partie ombré
41 i DE l'instruction publique
au crayon , d'après un modèle qui leur sera présenté par
l'examinateur.
« Les candidats seront rigoureusement examinés sur toutes les matières indiquées dans le programme ci-dessus; ils sont prévenus que leur faiblesse sur l'un des articles seulement, bien qu'ayant satisfait à l'examen de mathématiques, sera une cause d'exclusion.
Condilions du concours.
« L'ouverture du concours aura lieu à Paris, le 20 du mois de juillet, et successivement dans les autres villes aux époques fixées par un avis qui sera publié au Moniteur dans le courant dudit mois.
« Les candidats devront se faire inscrire avant le 10 juin à la préfecture du département où est établi le domicile de leur famille. Toutefois, ils pourront être examinés dans le chef-lieu d'examen le plus voisin du collège où ils auront achevé leur première éducation , si l'intention en est exprimée par eux tiu moment de leur inscription: il ne pourra être rien changé à cet égard lorsque les villes d'examen auront été assignées à chacun des exauùnateurs.
« Nul ne pourra se présenter au concours s'il n'a justi- (ié. par la production de son acte de naissance, qu'il est né Français ; par un certificat du médecin , qu'il a été vacciné ou qu'il a eu la petite vérole, et enfin qu'il n'a aucune infirmité qui le rendrait impropre au service de la marine. Les cas de myopie, de presbytie, et de surdité sont des causes absolues d'exclusion.
« Le maximum de l'âge d'admission est fixé à seize ans, au 1" janvier de l'année du concours; de manière que nul candidat ne pourra être admis à l'examen s'il a dépassé ce maximum d'âge à cette époque. Cette condition est de rigueur : il ne sera accordé aucime dispense d'âge.
« Le candidat devra produire à la préfecture , outre les pièces ci-dessus, un acte par lequel ses parents s'en-
EN FRAKCE. 415
gageront à payer, par trimestre et d'avance, une pension annuelle de 600 francs, non coujpris les 100 francs à verser, chaque année scolaire, à la caisse de l'Ecole, d'après l'ordonnance du \" novembre 1830. Le même acte portera engagement de fournir le trousseau , un étui complet de mathématiques et les livres nécessaires aux études , dont le détail sera fourni par l'administration de l'École navale aux parents ou à leurs correspondants.
« Il ne sera statué sur les demandes de places gratuites, instituées par l'ordonnance du 4 mai 1855 pour les fils des officiers des armées de terre ou de mer, que lorsque le jury aura prononcé l'admission des élèves, et elles devront être adressées immédiatement au ministre de la marine, accompagnées des certificats des maires, visés par les préfets ou sous-préfets , constatant le défaut de fortune des parents.
Xominalions el modes d'élada.
((l;n jury réuni à Paris, présidé par un officier-général de la marine, déterminera le rang des candidats admissibles , et le ministre de la marine fera expédier des lettres d'avis aux parents des jeunes gens qui, en raison de leur instruction et des besoins du service , pourront être admis à cette Ecole. Le nombre de ces élèves sera fixé à l'époque de la convocation du jury.
« La durée du cours complet d'instruction à l'Ecole navale sera de deux ans : l'année scolaire commence le 1" novembre.
« L'instruction donnée aux élèves embrassera les cours et exercices tels qu'ils sont détaillés aux programmes d'enseignement de l'École.
«Chaque année, après la clôture des cours, tous les élèves subiront un examen public devant une commission dont l'examinateur des élèves de la marine royale fait partie, et qui est présidée parle préfet maritime de Brest.
(( Les examens de la seconde division serviront à for-
n(i lit l'instruction l'LULiyLK
mer la liste des élèves qui pourront être admis à suivr»' les cours de la première.
«Les examens de la première dhision régleront la nomination des élèves au grade d'élève de la marine de deuxième classe , conformément à l'article 3 de la loi du 2 avril 1832 sur l'avancement dans l'armée navale.
«Les élèves qui n'auront pas été jugés susceptibles de passer de la deuxième division à la première , ou qui , après avoir suivi les cours de la première division, n'auront pas été reconnus aptes à passer au grade d'élève de deuxième classe, seront licenciés.
« Nota. Les lettres adressées par les familles à M. le préfet marilime, à Brest, ou au commandant de l'École navale, devront être atTranchies. »
Après la deuxième année d'étude, les élèves de l'École navale sont susceptibles de passer dans la marine royale en qualité d'élèves de la marine de deuxième classe. Les élèves de la marine ne peuvent être promus de la deuxième classe à la première sans avoir subi un nouvel examen public, tant sur la tbéorie de la navigation que sur la manœuvre, le gréement, les apparaux et le eanonnage. Ces examens se font dans chacun des cinq grands ports , devant une commission désignée par le préfet maritime; ils doivent avoir lieu dans le mois qui suit l'arrivée des élèves dans le port. Les élèves qui ont répondu d'une manière satisfaisante sont maintenus à leur rang sur la liste générale de la marine, et leur nomination au grade d'élève de première classe date du jour ot'i ils ont accompli leurs deux années de navigation , quelle que soit l'époque à laquelle ils se présentent à l'examen. Quatre emplois au moins d'élèves de la marine de première classe sont donnés chaque année à un même nombre d'élèves de l'Ecole Polytecl.uiique ayant complété leurs deux années d'études et ayant satisfait aux examens de soriie de cette École. Mais, pour être promus au grade de lieu-
tenant de frégate , ils doivent subir un nouvel examen , semblable, quant aux dispositions et à ses conséquences, à celui auquel sont soumis les élèves de la marine pour passer de la seconde classe à la première.
ÉCOLE GRATUITE DE NOVICES ET DE MOUSSES, Fondée à Bordeaux j par SIM. Lapone frères '.
Une École gratuite de novices et de mousses a été fondée à Bordeaux, par MiM. Laporte frères. Ce n'est pas là seulement un service rendu au département de la Gironde, c'est un bon exemple donné que nous aimons à signaler et que le succès qu'il obtient généralisera. Il faut à la France de nombreuses écoles de matelotage ; tous les hommes qui ont quelque connaissance de l'état de notre marine sentent profondément ce besoin. Le nombre des matelots n'est point en rapport suffisant avec le nombre des ofliciers. La France, pour être une grande puissance maritime, a d'abord un obstacle naturel à vaincre. Le développement de ses côtes est immense, elle a d'excellents ports, mais la grande navigation ne remonte pas dans l'intérieur par les fleuves. De là l'infériorité de notre population maritime à l'égard de celles de l'Angleterre, des États-Unis et même de la Hollande. Quand on s'éloigne chez nous à quelques lieues de la mer, on ne trouve plus que des bateliers. Le gouvernement se plaint de cette disposition des choses; mais il ne sait pas la combattre ; loin de là, grâces aux mesures dans lesquelles il s'opiniâtre, on voit chaque année s'éclaircir les rangs des marins inscrits. C'est un triste aveu que les rapporteurs du budget de la marine sont forcés de répéter à toutes les sessions ;
* L'absence de renseignements précis sur les conditions d'admission à VÊcole gratuite de novices et mousses n'a pas permis de suivre ici le classement que nous avons adopté pour les autres établissements publics ou privés.
118 1)E L'i.NSrRLCTlON PLCLIQLE
cependant, le mal n'est pas sans remède, et la preuve^ c'est que deux officiers de la marine marchande, MM. La-î porte frères, ont fondé à Bordeaux un établissement donf les excellents résultats ont dépassé toutes les espérances.^
Le chef du service de la marine, à Bordeaux, n'a pas cru pouvoir se dispenser d'adresser au ministre un rapport sur cette institution. Ce rapport fournit des renseignements dont l'authenticité ne peut être contestée, et sur lesquels il est permis d'appuyer d'instantes demandes pour que des écoles de novices et de mousses semblables à celles de la Gironde soient promptement établies dans tous nos ports de quelque importance. Quand on a vu ce qui a été fait, il n'est plus permis d'hésiter. I/École de MM. Laporte frères peut être proposée comme école modèle pour les jeunes gens qui se destinent au matelofage.
11 est de notoriété, dit le rapport, qu'avant l'existence de l'École des novices et des mousses à Bordeaux, lorsqu'un enfant se présentait pour s'embarquer, les capitaines se bornaient à cette question vitale : «As-tu navigué?» Et malheur à celui dont la réponse était négative ou qui ne pouvait administrer la preuve d'un noviciat dans les bateaux, car il était sur-le-champ impitoyablement repoussé; et, le croirait-on ? il fallait même de véritables protections pour faire admettre des mousses : aussi ne voyait-on assez généralement embarquer pour la première fois que ceux appartenant à des familles aisées.
Ce n'était donc plus une pépinière de matelots que l'on formait, mais une addition nouvelle à la classe déjà si considérable des officiers.
Aujourd'hui, fort heureusement, il n'en est déjà plus ainsi. Les capitaines qui ont besoin de mousses les prennent à l'École, et le personnel qui la compose ne peut, à tous égards, qu'accroître la classe des matelots : 1" Parce que les parents souscrivent de prime abord l'engagement de les faire marins et donnent leur consentement pour qu'ils servent aussi bien sur les bâîiments de guerre que
sur les navires du commorco ; 2" que peu de temps après cet acte de leur part, l'enregistrement est opéré dans les bureaux de l'inscription maritime ; que les caboteurs, qui parfois parvenaient à éluder le vœu des règlements maritimes, en ne prenant pas toujours un enfant, qu'ils assuraient ne pouvoir trouver, n'ont déjà plus un pareil motif à mettre en avant ; car deux mousses établis ici journellement vont, lorsqu'il manque des sujets, chercher dans les établissements les élèves désignés par leur numéro pour être embarqués les premiers, et ceux-ci, dont le sac est constamment tenu prêt, se présentent sur l'heure et sont enrôlés.
Une considération très-puissante pour mettre un frein à de fatales migrations à l'étranger, toujours fréquentes chez nos matelots, a été l'objet des méditations de MM. Laporte, qui, pour les prévenir, ont cherché à attacher au sol, par des liens d'intérêt, cette jeunesse nouvelle ; et à cet efTet, ils se sont arrêtés à cette pensée d'obliger ces enfants à déposer à la caisse d'épargne leurs économies, même les plus légères. En les habituant ainsi de bonne lieure à des idées d'ordre et d'économie, on parviendra à détruire cette déplorable habitude introduite dans leurs mœurs de dépenser en peu de jours, et sans fruit, le pécule de longues et pénibles campagnes.
Durant les trois premières années, cette École a reçu près de deux cents élèves; déjà, sur ce nombre, cent vingtneuf ont pris la mer; savoir : soixante-deux embarqués au long cours; soixante-sept au cabotage : cinquante-cinq sont dans l'établissement, où ils suivent les instructions journalières, et finalement plus de cinquante candidats se sont fait inscrire pour y être admis au fur et à mesure des vacances.
Une ancienne église (celle de Saint-Siméon), qui jadis servait de magasin, a été louée par MM. Laporte, qui ont passé un long bail pour jouir de ce vaste local, dans lequel ils ont fait installer à leurs frais :
1° La mâture d'un bâtiment de 300 tonneaux; 2" un atelier de garniture ; 5° un pont à roulis ; 4" une vergue mobile ; 5» un matériel d'armes ; 6° des instruments de pêche, etc.
Dès le matin à cinq heures, suivant la saison, commencent les exercices : un contre-maître, armé du sifflet de bord, donne le signal, et aussitôt, vêtus d'une vareuse fermée par une ceinture en cuir, et coifl"és d'un chapeau ciré , les enfants se mettent en mouvement dans le plus grand ordre, et se rendent par escouades aux points désignés. Au commandement donné par MM. les directeurs, les uns se placent à la mâture, déploient les voiles, les sirrent, tandis que d'autres prennent des ris sur une vergue mobile aux deux extrémités de laquelle sont fixées des drisses, qui, balancées parles élèves, produisent tout l'effet d'un fort roulis. Pendant que ces opérations s'exécutent, il en est qui sont employés à faire du bitord, à commettre du cordage ; plus loin , et sous la conduite d'un ancien sous-officier, un groupe fait l'exercice du mousquet, d'autres entendent la lecture de la. vie des marins célèbres, pendant que quelques-uns s'efforcent de conserver leur équilibre sur le pont à roulis, et que les plus jeunes s'étudient à la gymnastique appropriée au matelotage. Enfin, des éléments d'écriture et de calcul sont donnés aux élèves.
J'ai assisté, dit le rapporteur, à une des séances, et j'ai été surpris de l'ensemble des mouvements et du zèle qui anime ces enfants , qui prennent le plus vif plaisir à ces exercices, se stimulant sans cesse les uns les autres. Dans la soirée, les élèves se rendent, à tour de rôle, en rade, où ils arment de grands bateaux avec lesquels ils vont au bas de la rivière, et apprennent de la sorte à nager (ramer) en mesure, sous, la surveillance d'un des directeurs.
La natation faisant partie obligée de l'éducation nautique, les mousses vont pour s'y livrer, trois fois la semaine, dans le bassin du chantier du Roi.
Les capitaines qui arrivent de la mer en emploient aujourd'hui bon nombre au dégréement de leurs navires; plusieurs sont également assez fréquemment occupés aux travaux préliminaires d'armement, et la légère rétribution (lu'ils reçoivent vient en aide à l'établissement.
Dans l'hiver de 1857, lorsque les glaces mirent en danger quelques navires de la rade, ces intrépides enfants déployèrent la plus grande activité, et ce fut même à leur i^énéreux concours que l'on dut de voir bientôt ces navires amarrés en lieu de sûreté. Aussi le commerce, pénétré de l'immense avantage que l'on peut retirer de ce philanthropique établissement, y porte-t-il le plus vif intérêt.