‹ De l'instruction publique en FranceChapitre 98 sur 110 · L.N HtA.NCE. m · texte numérisé non relu

L.N HtA.NCE. m

vice militaire est telle qu'il n'y a pas lieu d'avoir peur de l'afTaiblir. L'armée y gagnerait tous les remplaçants qu'elle perdrait.

Et puis une autre considération : — pense-t-on (juc telle qu'elle est constituée, l'armée soit tout ce qu'elle peut, tout ce qu'elle doit être? Pense-t-on qu'arracher violemment tous les ans à leurs familles et à leurs travaux quarante mille hommes laborieux choisis parmi les plus robustes et les mieux faits, pour les rompre péniblement à l'habitude du désœuvrement et les envoyer se corrompre d'esprit et de corps dans les faubourgs des villes, tout cela dans l'éventualité de guerres qui deviennent chaque année moins possibles, pense-t-on que ce soit là le dernier mot de la civilisation? •

Non , assurément non ; une armée qui enlève au sol trois cent mille hommes et trois cent millions ne saurait être le dernier mot de la science économique. Nous avons fait connaître ailleurs nos idées sur ce sujet'. Ici nous nous bornerons, dans la prévision de leur application, à insister sur l'avantage de soumettre les écoles et les collèges au régime militaire, tout à la fois comme moyen de discipline et d'instruction , comme exercice de récréation, enfin comme principe d'émulation , car il n'y aurait pas de motif pour priver l'élève du droit dont jouit la garde nationale, celui d'élire ses chefs.

Les anciens, chez lesquels la puissance paternelle était sans limites et le frein religieux tout-puissant, qui n'avaient pas à vaincre la difficulté de gouverner et d'administrer des nations de trente millions d'hommes, mettaient cependant à l'éducation du peuple la plus haute importance. Ils prenaient le citoyen à sa naissance, le façonnaient de gré ou de force, et disposaient absolument de l'instruction qu'il convenait de lui donner pour que

' Eludes politiques. — Vues nouvelles sur l'upplicciliuii de l'année aux fjïunds travaux d'utilité publique.

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ses sentiments, ses idées et ses mœurs fussent toujours en harmonie avec l'esprit des institutions sous l'empire desquelles il devait vivre. — Pourquoi, de nos jours, en serait-il autrement?

L'instruction publique, connue moyen d'éducation nationale et de régénération politique, serait-elle donc jugée de notre temps moins utile, moins efficace, moins importante?

Loin de là, le gouvernement représentatif, qui, selon la définition de M. Royer-Collard, n'est que « la moMlilé organisée,» use si vite les hommes politiques qu'il fait surgir, qu'il importe d'en tenir la production toujours en rapport exact avec la consommation, car un manque d'équilibre, même passager, pourrait devenir la cause des perturbations les plus graves. On est donc coupable d'imprévoyance lorsqu'on tarde un jour de trop à s'emparer de l'enfance; les soins qu'on lui donne sont la première condition de la moralité, du bien-être et de la gloire des nations.

Le nombre des enfants en âge d'apprendre à lire est dans la proportion du cinquième environ du chiffre total de la population ; cela fait près de six millions d'enfants de l'éducation et de l'instruction desquels le gouvernement pourrait, s'il le voulait, devenir le maître". C'est plus

' Sur 5 millions 8co mille cnfanls qui composent la populalion de cinq à douze ans , on n'en compte pas tout à fait 2 millions qui vont aux écoles, l! y en a 2 millions 8ii mille qui n'y vont pas , c'est-à-dire les sept douzièmes de la génération de cinq à douze ans. 33,099 communes sont actuellement pourvues d'écoles; il reste encore 4,196 communes qui n'en pas d'écoles. Le nombre des garçons recevant l'instruction primaire est de 1,641,407: celui des filles est de 1.240,272. En tout, il y a près de deux millions d'élèves primaires de plus qu'avant 1830. Les écoles supérieures se multiplient. En 1834 on n'en comptait que 51 , aujourd'hui elles sont au nombre de 455 , et reçoivent 15,285 élèves; 79 écoles normales primaires préparent à cet utile ijrofessoral 2,684 élèves. Un progrès sensible se fait aussi remarquer dans les écoles d'adultes. Il y en a 3,403 qui reçoivent 68,5oo élèves. Les salles d'asile sont au nombre de 555, réparties

ES FRANCE. iil)

qu'il n'en laiidrait pour conquérir sûrement l'avenir et consolider nos institutions!

Que désormais aucun enfant ne naisse donc plus qu'il n'apprenne à lire dans le double catéchisme de la foi religieuse et de la foi politique.

Pourquoi n'imiterions-nous pas en France ce qui se fait en Danemarck ' ?

Si nous voulons enfin que l'instruction publique devienne ce qu'elle doit toujours être, un moyen d'éducation nationale, d'ordre public, de hiérarchie sociale, de progrès industriel, d'action gouvernementale, pourquoi ne fixerions-nous pas une année à partir de laquelle tous les contribuables ne pourraient jouir des droits de citoyens, conséquemment exercer les fonctions d'électeur et de juré, qu'après avoir justifié préalablement de la

dans 352 communes, et elles reçoivent 50,786 cnranls. Les centimes additionnels des conseils généraux donnent 3,957,000 fr. à l'instruction primaire : les centimes facuilalifs, 200,000 fr. Les encouragements que lui donne l'Iîlat se montent à la somme de 1,000,000 fr.; ils se distribuent en proporlioii des fonds volés pour cet objet par les conseils généraux.

' En Danemarck, il ne sufTit pas d'être jwajciir pour être citoyen. .Nul ne peut jouir des droits de citoyen s'il n'a reçu la coiifiriiicilioii ; nul ne peut être admis à la recevoir qu'autant qu'il sait le catéchisme religieux (de la religion à laquelle il appartient) et le catéchisme politique (compprenanl les lois fondamentales du pajs) , et en outre lire, écrire et compter; en un mot , toiU ce qui est enseigné dans les écoles élémentaires.

.Mnsi la confirmation est , en Danemarck , à la fois un acte religieux et un acte politique.

Si , à réi)0()U8 fixée pour recevoir la confirmalion ( 16 à 18 ans) , le jeune homme n'est pas suffisamment instruit, on lui accorde un délai; s'il est trop ignorant , les autorites font faire une enquête pour reconnaître si l'ignorance du jeune homme provient de son incapacité ou de la négligence des parents à lui faire suivre les écoles.

Si son ignorance provient d'incai)acilé, on en réfère à un conseil supérieur qui décide si on doit passer outre et autoriser la conltnnalion ou la refuser : la confirmation est refusée lorsque l'individu est reconnu idiot , et dés lors il reste en tutelle sa vie durant.

si son ignorance provient de la négligence de ses parents, ceux-ci sont mis à l'amende , cl l'on accorde un délai au jeune homme.

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possession diiu diplôme qui leur serait gratuitement délivré , après examen , à leur sortie de l'école conmiunale?

Supposons un instant que ces idées fussent adoptées.

L'ne ou deux fois par an , à jours fixes, tous les instituteurs de Tarrondissement seraient convoqués par le souspréfet ; ils se réuniraient sous la présidence de l'instituteur du chef-lieu et formeraient un jury d'examen ayant pour fonctions d'accorder ou de refuser aux élèves aspirants le diidùme dont il vient d'être parlé, selon le degré d'aptitude dont ils auraient fait preuve.

Les instituteurs des chefs-lieux de cantons rempliraient les fonctions d'examinateurs.

Les admissions auraient lieu au scrutin secret et à la majorité des voix.

Ainsi, partout nous aurions soin d'appliquer les formes et les garanties voulues pour l'élection , afin que l'usage , en les rendant plus familières et plus générales , les rendit aussi moins mensongères.

A ce concours nécessairement se présenteraient des enfants appartenant aux conditions sociales les plus diverses et les plus inégales.

?.Iaintenant examinons ce que deviendraient ceux qui auraient mérité et obtenu le diplôme attestant qu'ils possèdent les connaissances formant les deux degrés de l'instruction nationale '.

L'enseignement complémentaire qu'ils devraient suivre leur serait tout naturellement prescrit, car ce serait celui qui les conduirait par le trajet le plus court à la profession que chacun d'eux aurait choisie ou acceptée.

Suivons-les donc à leur sortie de l'école communale, afin de nous rendre exactement compte du nombre des carrières qui leur sont ouvertes, de ce que l'État a déjà fait pour l'enseignement professionnel, et de ce qui reste encore à désirer à cet égard.

' Voir page 26.

Améliorer ce qui est et compléter ce qui marjque , tel a été notre unique but dans ce livre, d'où nous avons pris soin d'écarter la critique stérile qui dénigre tout sans jamais proposer rien. La critique est une liberté dont il serait fait un abus inoins fréquent si le droit pouvait être soumis à l'obligation, — au-devant de laquelle on nous trouvera toujours empressé d'aller, — de ne relever le mal que sous la réserve expresse d'indiquer le mieux, ou du moins ce qu'on suppose tel dans son amour du bien.

Alors on s'interdirait la critique inconsidérée par la crainte de l'encourir soi-même.

Nous faisons à l'enseignement secondaire et supérieur deux reproches :

D'abord d'être mal dénommé ;

lùisuite d'être incomplet.

Pourquoi ces deux noms secondaire et supérieur ? C'est exposer les familles et la jeunesse à de déplorables méprises; c'est leur faire supposer que l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur sont deux choses distinctes et complètes par elles-mêmes, ce qui n'est pas exact.

L'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur ne doivent jamais apparaître isolément; ce sont deux fractions d'un tout , mais ce ne sont point deux unités complètes, deux enseignements distincts.

L'instruction secondaire n'a de valeur constatée que celle qu'elle reçoit de l'instruction supérieure par le fait de la délivrance du diplôme de bachelier es lettres, toutes les fois que l'instruction secondaire n'aboutit point à cette issue, elle est un non-sens déplorable, une dangereuse impasse.

Ce qui fait, à nos yeux, l'importance sociale et la valeur hiérarchique du grade de bachelier es lettres, c'est le nombre des professions auxquelles on ne saurait prétendre sans l'avoir préalablement obtenu.

Le grade de bachelier es lettres est obligatoire :

io'2 ItE L I.NSriaCllO.N l'LliLlylL

Pour l'étude du droit et de la médecine -,

Pour rexerclcc des fonctions judiciaires et de la profession d'avocat ';

Pour l'admission à \ école normale;

Pour l'obtention du diplôme de bachelier es sciences, qui est nécessaire à l'exercice légal de la médecine et de la chirurgie ".

En réalité donc, l'enseignement supérieur n'est autre que l'enseignement professionnel restreint à certaines carrières; l'étendre à toutes judicieusement, donner aux établissements d'instruction spéciale déjà fondés par l'État le lien qui leur manque , les compléter enfin , voilà ce que nous demandons.

De ce point de vue, les collèges et les séminaires ne seraient plus aux facultés établies que ce que sont certaines écoles préparatoires aux écoles spéciales entretenues par le gouvernement.

Nous le répétons une dernière fois, le meilleur système d'instruction publique est. à notre avis, celui qui s'adapte le plus utilement au plus grand nondire possible de professions diverses.

Voyons donc ce qui existe et ce qui manque.

Les professions , considérées dans leur rapport avec l'enseignement professionnel , peuvent se réduire aux suivantes et se classer ainsi :

il. Tln'ologie.

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