‹ De l'instruction publique en HollandeChapitre 1 sur 59 · DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DE SEPTEMBRE

(10—15 SEPTBHBHE 1836.)

Je me proposais depuis quelque temps de faire on Toyage en Hollande pour y suivre mes études sur les divers systèmes d'instruction publique chez les grandes nations civilisées. J'étais plein du rapport de M. Cuvier ^. Les communications bienveillantes du gouvernement de Sa Majesté le roi des Pays-Bas m'avaient mis en possession des principaux documents relatifs à

> Rapport sur les établissements dMnstruction publique en Hollande , lu au Conseil de ^université , en octobre et novembre 1811.

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rinstraction du peuple et à Tinstruction supérieure. J*ayais rassemblé une collection complète des rapports que , conformément à là loi fondamentale , le gouvernement fait chaque année aux états généraux sur les diverses parties de l'instruction publique. Avec toutes ces pièces et quelque habitude des matières d'éducation, j'espérais qu'une Cotirse rapide me suffirait pour vérifier par moi-même les principaux traits du système hollandais. Mon plan était d'aller droite la Haye, siège du gouvernement , et là , d'étudier auprès du ministère l'organisation générale de l'instruction publique; d'obtenir , des personnes compétentes , toutes les explications dont j'avais besoin ; puis , d'entrer dans le cœur de la Hollande , de parcourir Harlem , Amsterdam, Utrécht, Leyde, Rotterdam, et partout sur mon passage d'examiner les écoles du peuple , les écoles latines et les universités. J'étais bien aise aussi de faire visite à quelques-uns de mes compagnons d'études dans l'histoire de la philosophie grecque , et d'aller demander Thospitalité à l'école platonicienne de Wyttenbach. Je nourrissais quelque espérance de rencontrer à Amsterdam , dans l'ancienne librairie Blaeu^ et à Leyde, dans les papiers de Huygens, des fragments inédits de Descartes. Le dirai -je enfin? une secrète reconnaissance m'attirait vers cette terre qui , depuis deux siècles, est l'asile de tous les philosophes persécutés, et où moi-même, à une autre époque de ma vie, j'avais pu trouver un abri ^

1 En 1826, après mes aventures de Berlin, Sa Majesté le roi des Pays-Bas m^avait fait offrir de passer à son service.

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Parti de Paris le 10 septembre 1856, avec moo fidèle compagnon de voyage, M* Viguier, conseiller référendaire à la cour des comptes, arrivé à Bruxelles le 11 au soir , j*étais le lendemain , à siiL heures du matii^, sur le chemin de fer , qui , e^ une heure un quart , nous conduisit de Bruxelles à Anvers. Nous soipmes restés à Anvers deux jours entiers , absorbés daris la contemplation des chefs-d'œuvre de tout gepre que renferme le Musée, les églises, et surtout la cathé^drale. Je ne veux pas faire ici le touriste. Je dirai seulement qu'il faut venir à Anvers pour se faire une idée vraie et complète de Técole flamande : pour connaître Rubens, qui remplit toute la ville; son meilleur disciple , Van Dyck ; son maître > Otto Venins ; et le maître de celui-là, Pourbu; et ce Quentin Ifetsis, qui remonte jusqu'au xv« siècle et se rattache ainsi à la vieille école des Van Ëyck , dont il a la naïveté et la vigueur ^ C'est encore à Anvers que je (is la décou-

^ Q. Metsis, né à Anvers vers 1450. On a de lui, au Musée d'Anvers, un admirable tableau avec volets , représentant l'inhumation de Jésus- Christ. Les amis de Jésus, après avoir descendu son corps de la croix , lui rendent les derniers devoirs. La Vierge est prosternée devant les restes inanimés de son fils : saint Jean la soutient. Deux vieillards soulèvent, Tuu le chef, Tautre la partie supérieure du corps du Sauveur, pendant que les saintes femmes en embaument les plaies. On voit à droite, sur le second plan, le sépulcre qu'on prépare pour recevoir le corps , le Calvaire sur un plan plus élevé , et à gauche Jérusalem. Volet de droite : la tète de çaint Jean-Baptiste sur la table d'Hérode. Volet de gauche : saint Jean dans Teau bouillante.

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verte d*un genre de sculpture qui m'était à peu près inconnu , la sculpture en bois. J'avais vu dans plusieurs églises de France, surtout à Amiens, des ornements de chœur, des stalles en bois , travaillées avec délicatesse. Mais je n'avais vu nulle part ni en France, ni en Allemagne, ni dans le nord de l'Italie, la seule partie de l'Italie que. Je connaisse, de la grande sculpture en bois et des statues de grandeur naturelle. Il y a à Anvers, à la cathédrale, et surtout à Saint- Jacques, une multitude de statues de ce genre attachées aux chaires et aux confessionnaux , et qui forment des groupes admirables. Pourquoi , en effet , le bois ne se prêteraitil pas aussi bien que le marbre et la pierre à l'expression de la pensée? Le ton grisâtre de cette sculpture prend , comme le marbre , avec le temps , un poli , une teinte brillante , qui , sur un fond un peu sombre, ajoute au pathétique de la sculpture chrétienne. Tout est dit sur la cathédrale elle-même. Elle n'a point cette richesse d'ornements extérieurs et ce luxe de détails que l'on admire dans plusieurs autres cathédrales, et, par exemple, dans la Notre-Dame de Paris. Mais la Notre- Dame d'Anvers a un clocher incomparable , presque aussi haut et plus élégant que celui de Strasbourg. La flèche de Strasbourg est un tour de force, ce qui nuit à l'effet d'art, du moins à mes yeux. Le clocher d'Anvers est d'une mesure et d'une grâce parfaite; il s'élance avec assurance et légèreté , et l'impression qu'il produit est à la fois grande et sereine. Sans doute , les vieilles tours de notre cathédrale, sorties de la nuit du xii° siècle, ont une msyesté que personne ne ressent plus que moi, baptisé à Notre-Dame et élevé à l'ombre de ses

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