‹ De l'instruction publique en HollandeChapitre 2 sur 59 · ENTRÉE EU HOLLANDE · texte numérisé non relu

ENTRÉE EU HOLLANDE

murs; mais, quant à l'art, il n^y a aucune comparaison entre les deux basiliques : Tune accable de sa masse et comme du poids de Tinfini la chétive créature agenouillée sous ses voûtes ; l'autre la relève et la fait monter avec elle, sur les ailes de la Prière et de l'Espérance» par des degrés harmonieux, jusqu'à la région de la Paix. C'est du haut de ce clocher qu'il faut se donner le spectacle d'Anvers, et contempler ses ports, son bassin creusé par Napoléon, la bourse , les Oosterlingen , toutes les églises qui se pressent autour de la cathédrale comme des filles autour de leur mère, et le cours majestueux de l'Escaut, qui conduit à la mer du Nord , par où naguère Anvers était un des plus grands entrepôts du monde. Mais le temps presse : hâtons -nous de passer de Belgique en Hollande.

Nous quittons Anvers le 14 septembre, pour aller à Rotterdam, où nous arrivons le soir, en passant par Breda et par Dordrecht. A Breda est le mausolée d'Engelbert II et de sa femme, donjt les quatre statues sont attribuées à Michel -Ange ^ Je ne vois guère conmient

^ Extrait de la notice qui se distribue à Breda : a Ce tombeau a été construit d*albâtre ou de marbre transparent d'Orient , par le célèbre artiste et statuaire Michel ^Jnge BwmaroH» Il consiste en deux statues , un homme et une femme (le eomte et son épouse), le dos couché sur une tombe élevée de pierre de touche ; au-dessus d^eux il y a une table également de pierre de touche, soutenue par quatre atlantes, tous agenouillés du genou droit, et sur la table est Tarmure du comte, faite de marbre. Les inscriptions des quatre atlantes sont au-dessous d^eux, sur des plaques carrées d*albâtre , dont il ne reste que deux. Le

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des ouvrages da grand artiste florentin se seraient égarés jusqu'à Breda, et la force un peu lourde de ces statues me rend suspecte leur authenticité. £n trayersant la ville , je ne puis m'empécher de me dire : Là peut^tre, au coin de cette rue, était affichée, vers 1617, l'annonce d'un problème de mathématiques qu'un petit officier français , au service de Hollande et en garnison dans la place , se ût lire par son voisin , et qu'il résolut sur-le-champ. Ce petit officier était le futur auteur de l'application de Talgèbre à la géométrie. La pensée de Descartes me saisit à mon entrée en Hollande et ne me quitte plus.

Passage du Moerdijk à Willemsdorp par un temps affreux. Nous arrivons la nuit à Dordrecht, la ville du fameux synode. Quelques lieues plus loin , vers onze heures du soir, nous prenons encore un bateau , qui nous conduit à Rotterdam. Nous avons quelque peine à trouver ce bateau, à cette heure, par ce mauvais temps , et la traversée est un peu plus longue et plus pénible qu'elle ne l'est ordinairement. Nos deux mariniers parlent entre eux la langue du pays , à laquelle

premier des atlantes représente Jules César, dans une armure martiale k la romaine , avec Tinscription suivante : C. JULIUS CAESAR, virtute bellica imperavi, fortitddo. Le second atlante représepte Jlégulus , de qui la partie supérieure du corps est entièrement nue ; au-dessous se trouve rinscription suivante : M. ATTILIUS REGULUS, /?<2em »»fractus servavi, uagnanimitas. Les deux autres atlantes, dont les inscriptions sont détruites , représentent (on le suppose) deux héros grecs. On reconnaît encore des traces de dorure à Parmure de ces deux statues.

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aovs ae comprenons pas un seul mot. Je me rappelle en souriant cette aventure de Descartes , qui , traversant aussi en bateau je ne sais quelle rivière â^ la Hollande, mais entendant le hollandais, comprit à la conversation des mariniers qu'ils voulaient lui faire un mauvais parti et le jeteràTeau. Descartes tire son épée, va droit aux mariniers , et les menace de les percer, s'ils font mine de lui chercher querelle. Une aventure à peu près semblable arriva à Leibnitz , en Italie, sur FÂdriatique. Ayant été assailli par une tempête , il entendit les matelots italiens qui le conduisaient lui attribuer cette tempête, à lui hérétique, et délibérer entre eux s'ils le jetteraient à la mer. Leibnitz , sans faire semblant de les avoir entendus , tira de sa poche un chapelet dont il s'était pourvu , et , en les rassurant ainsi sur son orthodoxie , sauva des passions et de la folie des hommes l'aujteur de la Théodicée. Dans cette différente conduite de ces deux grands hommes est tout entière la différence de leur caractère , et celle de leur philosophie et de leur mission. A l'un, cet instinct intrépide , cette furia francese, qui commence les révolutions ; à l'autre la sagesse qui les termine , et qui s'élève au-dessus de toutes les opinions en sachant les comprendre et en leur faisant une juste part. £t moi , que ferais-je à cette heure, si ces deox paisibles mariniers , qui marmottent entre eux , voulaient me jouer le même tour? Il y a quinze ans , j'aurais fait comme Descartes: je ferais aujourd'hui comme Leibnitz. Mais, grâce à Dieu, il n'est pas question de tout cela; et pendant que je fais ces réflexions , nous avons atteint la grève de Rotterdam et ses ports magnifiques. Je tra-

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verse la moitié de cette grande ville, qui dort dans une nuit profonde, et me rends sur la place du Marché, à rhôtel d*Ângleterre , vis à vis la statue d*Érasme, que je salue avant de m^aller coucher.

Le lendemain , jeudi 15 septembre au matin, nous quittons Rotterdam sans y voir personne, et nous nous rendons à la Haye , en passant par Delft , charmante ville où naquit Grotius et où le premier Stathouder est enterré. A dix heures , nous arrivons à la Haye.

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La ville et le Musée. — M. Falck. — M. Finspecteur Wynbeek. — Écoles primaires. — École latine. — M. Schreuder.

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