‹ De l'intelligence (volume 2)Chapitre 16 sur 87 · Brierre de Boismoni, ibid · texte numérisé non relu

Brierre de Boismoni, ibid

eu. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'IMAGE 9d

la pose, absolument comme si l'original eût été devant moi. Toutes les fois que je jetais les yeux sur la chaise, je voyais l'homme. 5) Il est clair que, pendant plusieurs minutes de suite, il prenait la figure imaginaire pour une figure réelle. En effet, l'erreur qui d'abord était passagère devint durable, ce Peu à peu, dit-il, je commençai à perdre la distinction de la figure imaginaire et de la figure réelle, et quelquefois je soutenais aux modèles qu'ils avaient déjà posé la veille. A la fin, j'en fus persuadé ; puis tout devint confusion... Je perdis l'esprit, et je demeurai trente ans dans un asile. » Au sortir de l'asile, il avait conservé la même faculté de peindre un portrait d'après l'image intérieure du modèle ; mais on l'empêcha de travailler, par crainte du même accident.

Le joueur d'échecs dont j'ai parlé m'écrit encore : « Je ne songe jamais à établir une différence entre l'échiquier qui est dans mon esprit et l'autre. Pour moi, c'est tout un; ce serait par un autre effort de raisonnement, dont l'utilité ne se fait jamais sentir, que j'arriverais à établir une différence. y> Ainsi, tant qu'il joue, l'échiquier mental est pris par lui pour l'échiquier extérieur. — En d'autres cas, ceux-ci maladifs ou presque maladifs, on voit aussi l'image acquérir l'extériorité complète et définitive. « Dernièrement, dit M. Maury *, mes yeux avaient été frappés par un plat de cerises les plus vermeilles et qui étaient servies sur ma table. Quelques instants après mon dîner, le temps étant devenu orageux et l'atmosphère fort oppressive, je sentis que le sommeil allait me gagner, mes yeux se fermaient; j'avais alors les cerises à la

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