Ibid., 440. Et Brierre de Boismont, ouvrage cité
« Ces apparitions nocturnes que, le jour, je nommais de sottes illusions, le soir redevenaient pour moi d'effrayantes réalités. »
242. « Constamment l'entrée de la servante la débarrassait de la présence de ses fantômes. »
CHAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'iMAGE 103
salle et de voisins ; mais cette suspension ne durait guère que quelques jours; l'halluciné, habitué bientôt aux conditions nouvelles dans lesquelles il se trouvait, retombait dans ses fausses perceptions... Chez tel halluciné, il faut des impressions très-vives et qui se succèdent sans interruption, pour tenir quelques instants les hallucinations suspendues. A peine le malade est-il abandonné à lui-même, à peine a-t-on cessé de l'exciter, que le phénomène se reproduit. Chez d'autres, au contraire, la seule arrivée du médecin dans la salle suffit pour produire une assez longue suspension. 2) — Quand M. Baillarger vit les objets se couvrir de gaze, « c'était, dit-il, surtout dans l'obscurité et quand je cessais d'appliquer mon esprit *. » Le même observateur, ayant pris du haschich, ne pouvait faire disparaître ses hallucinations s'il restait dans l'obscurité ; il était obligé d'allumer une lumière. — Divers malades, qui dans les ténèbres voient des figures effrayantes, des agonisants, des cadavres, sont délivrés de leurs visions sitôt qu'on allume un flambeau dans leur chambre. Une dame qui est dans ce cas est obligée depuis vingt ans d'avoir chez elle de la lumière, quand elle s'endort. Une ancienne domestique, la fille G..., « sitôt qu'elle ferme les yeux, voit des animaux, des prairies, des maisons, etc. Il m'est arrivé plusieurs fois de lui abaisser moi-même les paupières, et aussitôt elle me nommait une foule d'objets qui lui apparaissaient. » Il suffit à certaines personnes d'être dans une chambre obscure pour avoir des hallucinafions. c II n'est pas rare, dit Mueller ''j qu'on se sur-
i. Ifnd., 445-446, 328-329-330, 2. Mucller, iùid., I, 547.
prenne ayant alors dans les yeux des images claires de paysages ou d'autres objets semblables. J'ai été fort sujet à ce phénomène, mais j'ai contracté l'habitude, toutes les fois qu'il se représente, d'ouvrir les yeux sur-lechamp et de les diriger sur la muraille. Les images persistent encore quelque temps et ne tardent pas à pâlir; on les voit là où l'on tourne la tête. » Ici le remède est visible : c'est l'éveil d'une sensation contradictoire ; le fantôme pâlit et perd son extériorité, à mesure que la sensation de couleur excitée par le mur devient plus nette et plus prépondérante. — Et le remède est général ; toute secousse reporte l'attention sur les sensations réelles ; un bain froid, une douche, l'arrivée d'un personnage imposant ou inattendu les tire de leur effacement et de leur nullité, les rétablit plus ou moins et pour un temps plus ou moins long, et par suite ranime avec elles la sensation particulière qui est le réducteur spécial de l'illusion.
Dans l'été de 1832, « un gentleman de Glascow, d'habitudes dissipées * , fut saisi du choléra , mais guérit. La guérison ne fut accompagnée de rien de particulier, excepté la présence de fantômes de trois pieds de haut environ, proprement habillés de jaquettes couleur de pois verts et de culottes de la même couleur. Cette personne, étant d'un esprit supérieur et connaissant la cause des illusions, n'en prit aucune inquiétude, quoiqu'elle en fût souvent hantée. A mesure que ses forces revenaient, les fantômes apparaissaient moins fréquemment et diminuaient de grandeur, jusqu'à ce que, à lafm, ils ne furent pas plus grands que son doigt. Une nuit qu'il était assis seul,