‹ De l'intelligence (volume 2)Chapitre 26 sur 87 · Maciiish, Philosophy of Sleep · texte numérisé non relu

Maciiish, Philosophy of Sleep

2. Brierre de Boismont, ibid., 200. Récits de plusieurs personnes qui avaient pris du haschich. — Ibid., 374.

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arrive. Très-souvent, les malades, après avoir admis plus ou moins longtemps que leurs fantômes n'étaient que des fantômes, finissent par les croire réels, au même titre que les personnes et les objets qui les entourent, avec une conviction absolue, sans qu'aucune expérience personnelle ou aucun témoignage étranger puisse les arracher à leur erreur. Dès lors^ les réducteurs du second ordre sont annulés aussi bien que le réducteur spécial ; l'image prépondérante, après avoir paralysé la sensation contradictoire des autres images normales, provoque les idées délirantes et les impulsions déraisonnables. L'halluciné est fou ; la perte d'équilibre locale a peu à peu entraîné une perte d'équilibre générale et croissante, comme la paralysie des muscles à droite, après avoir provoqué la rétraction et la difformité du visage à gauche, peut, par contagion, altérer les fonctions attenantes et porter la maladie dans tout le corps.

Là-dessus, les exemples abondent; j'en choisis un rapporté par le D*" Lhomme, qui montre avec détail tous les stades de cette transformation spontanée et jette de grandes lumières sur le mécanisme de l'esprit.

Au mois de mars 1862, le gendarme S.... est de service pour une exécution capitale. Il est de garde pendant une partie de la nuit auprès du condamné, assiste à la toilette, et, au moment de l'exécution, se trouve à quelques pas de l'échafaud. La tête tombée, il voit l'exécuteur la prendre pour la mettre dans le panier... Il déclare qu'il a eu alors une émotion très-profonde; au moment où il a vu arriver le condamné, le cou nu et dépouillé de ses vêtements, il a été pris d'un tremblement nerveux qu'il n'a pu maîtriser, et, longtemps

après rexéculion, l'image de cette tête sanglante qu'il a vu jeter dans le panier le poursuivait sans cesse.

Quelque temps après, causant avec son maréchal des logis, il lui dit qu'il n'a pas bonne opinion des protestants. « Celui-ci me répondit que j'avais tort, qu'il y avait parmi eux de très-honnêtes gens et même des personnes d'un rang élevé, et il me cita le ministre de la guerre lui-même. Je restai préoccupé de cette conversation, et il me vint à la pensée que mon maréchal des logis pourrait bien faire un rapport contre moi au ministre de la guerre. Quelques jours après y je rêvais qu'en effet j'étais condamné à mort par ordre du ministre, sans avoir passé en jugement. Dans mon rêve, je me voyais tout garrotté, et Von me poussait vers la guillotine en me roulant comme un tonneau. Je fus très-vivement impressionné de ce rêve. Je le racontai à un de mes camarades, qui se moqua de moi, mais il me revenait très-souvent à l'esprit. »

Le 1er août, allant de Sancerre à Sancergues, il s'enivre, arrive trop tard, trouve la gendarmerie fermée. Le lendemain, le maréchal des logis lui dit qu'il fera un rapport au lieutenant sur ce retard. — Le 2 août, il est « un peu triste, sans être malade ». Le 3 août, dit-il, ce quoique j'eusse bien dormi, je ne me sentais pas comme à l'ordinaire, je pensais à mon rêve...., et, en me rendant à la porte pour faire mon service de planton, il me semblait que tout le monde me regardait d'un air singulier, et que j'entendais mes camarades et d'autres personnes chuchoter que j'allais être guillothié. »

Ce soir-là, il se couche à onze heures, après avoir nettoyé ses effets pour la manœuvre du lendemain. « Il y avait peut-être vingt minutes que j'étais couche,

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je ne dormais pas encore, quand j'entendis du bruit dans la pendule placée sur ma cheminée, puis une voix qui en sortait et qui me disait : « Tu 'partiras, tu partiras ; dans deux jours, on te coupera le cou; \. c'est ta tète, c'est ta tète qu'il nous faut. » Il se lève précipitamment, regarde dans la pendule, n'y trouve rien, croit que c'est une plaisanterie de ses camarades, il cherche une partie de la nuit; à quatre leures du matin, il se lève, n'ayant pas dormi, et >art pour la manœuvre, sans parler à personne de la roix qu'il avait entendue, « et croyant toujours que 5'était une farce de ses camarades. » De retour, il jst fatigué et pourtant ne peut manger, nettoie ses jffets ; le soir, il ne sent aucune envie de dormir, et

^ne se couche qu'à une heure du matin. A peine au lit, il entend la même voix et les mêmes paroles sortir de la pendule. « Alors je me suis levé et n'ai

'cessé de me promener, hien convaincu qu'on m'exécuterait le lendemain matin et que c'était pour cela que le lieutenant était attendu à Sancergues. »

Il se lève de bonne heure, descend. « Après s'être ïtonné de ce que j'étais déjà prêt, le maréchal des logis a parlé à voix basse à mes camarades, et il m'a

hemhlé entendre qu'il leur disait : Vos carabines sont bien chargées, veillez sur lui et ne le laissez pas se sauver. »

Là-dessus, il va chercher son cheval et se sauve au galop sans savoir où, finit par trouver un bois, descend, se cache dans un fourré, charge ses armes pour se défendre, puis se résout à se tuer, ôte ses bottes pour faire partir avec son pied la détente de son mousqueton, se met à genoux, afin de faire d'abord une prière, t Je fus aussitôt interrompu par l'apj^iri-

tion d'une figure à grande barbe qui disparut aussitôt que je la mis en joue, et, à trois reprises différentes, je fus interrompu par la même apparition ou par des figures de polichinelle qui disparaissaient quand je voulais tirer dessus. Je voyais aussi des demoiselles avec des crinolines danser sur les arbres au-dessus de ma tête. » •

Les autres gendarmes arrivent; il les menace de tirer sur eux, essaye d'ôter son pantalon blanc pour mieux se cacher, entend ses camarades revenir, tire sur le premier qui se présente et tente de se sauver ; il est pris. « Bien convaincu qu'ils allaient me conduire au supplice, je criais à l'assassin; il m'a même semblé à plusieurs reprises voir un gendarme tirer son couteau de sa poche pour me l'enfoncer dans le ventre, et mes cris redoublaient. » Attaché et gardé à vue, il ne dort pas de toute la nuit. « J'entendais constamment des voix de femmes qui disaient : Est-ce malheureux, ce pauvre garçon ! Il faut qu'il soit guillotiné dans deux heures. Il faut que sa tête soit rendue à Paris à six heures. Le maréchal des logis a reçu le panier pour la mettre. Toute la journée et toute la nuit du 6 se sont passées dans les mêmes idées, sans que je pusse prendre un instant de repos ni aucune espèce de nourriture. Ce n'est que dans la journée du 7 que, m'étant jeté sur mon lit, j'ai pu dormir quelques instants. A mon réveil, je me suis senti la tête complètement débarrassée, tout en me rappelant parfaitement ce qui s'était passé. J'ai témoigné à mes camarades tous mes regrets de ce que j'avais fait et me suis informé tout de suite de l'état de celui que j'avais blessé. » A partir de ce moment, les hallucinations ont cessé, la raison de S.... est intacte; aucun

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trouble ne s'y produit, il est calme et sérieux pendant tout son séjour à l'asile des aliénés; ensuite il est réintégré dans la brigade de gendarmerie, et, depuis ce moment, il fait très-régulièrement son service.

Peu d'exemples sont plus instructifs; on y suit l'hallucination depuis sa première origine jusqu'à son achèvement et sa guérison. L'abcès mental commence par une image terrible accompagnée d'une émotion extrême. — L'image renaît incessamment et devient obsédante. — Elle s'accroche à l'idée du moi, et S... imagine un cas où il pourrait bien être lui-même en danger. — Cet accroc devient définitif, et, en rêve, il se voit conduit à la guillotine. Le rêve lui revient pendant la veille. A la suite d'une faute, il surgit plus fort. — Les paroles mentales par lesquelles il l'exprime deviennent un chuchotement de ses camarades, puis une voix de la pendule. — La voix recommence, et la conviction se fait. — Des hallucinations désordonnées de la vue, puis du toucher, se surajoutent. — Pendant trente heures, les voix continuent, et l'hallucination auditive est au maximum. — Puis il est soudain débarrassé, comme si l'abcès mental, arrivé à maturité, s'était de lui-même ouvert K

VL On peut, d'après ces exemples, se former une idée de notre machine intellectuelle. Il faut laisser de côté les mots de raison, d'intelligence, de volonté, de pouvoir personnel, et même de moi, comme on laisse de côté les mots de force vitale, de force médicatrice, d'âme végétative ; ce sont des métaphores littéraires ; elles sont tout au plus commodes à titre d'expressions abréviatives et sommaires, pour exprimer des états

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