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en degré , mais le même en nature ^ ; ce que nous appelons la vie est une action chimique plus délicate d'éléments chimiques plus composés. — Ainsi, en poursuivant l'analyse, depuis les plus hautes opérations des lobes cérébraux jusqu'aux phénomènes les plus élémentaires de la physique, on ne trouve que des mouvements mécaniques d'atomes, transmissibles sans perte d'un système à l'autre, et d'autant plus compliqués que les systèmes sont plus complexes. Par contrecoup la même dégradation et la même réduction s'opèrent dans les événements moraux ; au plus haut degré de complication, ils constituent les images, les sensations proprement dites et ces sensations rudimentaires que dénote l'action réflexe ; aux degrés suivants, ils sont encore des événements de la même espèce, mais moins composés, et ainsi de suite, leur complication diminuant avec celle du mouvement moléculaire, tant qu'enfln, au degré le plus simple de l'événement physique, correspond le degré le plus simple de l'événement moral.
V. La nature a donc deux faces, et les événements successifs et simultanés qui la constituent peuvent être conçus et connus de deux façons, par le dedans et en eux-mêmes, par le dehors et l'impression qu'ils produisent sur nos sens. Les deux faces sont parallèles, et toute ligne qui coupe l'une coupe l'autre à la même hauteur. Vue d'un côté, la nature a pour éléments des événements que nous ne pouvons connaître qu'à l'état de complication extrême, 9t qu'en cet état
1. Berthelot, Chimie organique. Tome II. Conclusion. Bônird et Robin, Eléments de physiologie. IF, n.'î. Saigey, De l'unité dea phénomènes physiques, paaim.
nous nommons sensations. Vue de l'autre côté, elle a pour éléments des événements que nous ne concevons clairement qu'à l'état de simplicité extrême, et qu'en cet état nous nommons mouvements moléculaires. Au premier point de vue, elle est une échelle d'événements moraux, successifs et simultanés, dont la complication va décroissant, si l'on part du sommet dont nous avons conscience, pour descendre jusqu'à la base dont nous n'avons pas conscience. Au second point de vue, elle est une échelle d'événements physiques, successifs et simultanés, dont la complication va croissant, si l'on part de la base que nous concevons clairement, pour aller jusqu'au sommet dont nous n'avons aucune idée précise. Tout degré de complication d'un côté de l'échelle indique de l'autre côté un degré de complication égal. Des deux côtés, à labase de l'échelle, les événements sont infinitésimaux ; on a vu dans les sensations dont on peut pousser un peu loin l'analyse, celles de l'ouïe et de la vue, que l'événement moral, comme l'événement physique, passe dans un temps très-court par une série rigoureusement infinie de degrés. D'un côté à l'autre, depuis la base jusqu'au sommet, la correspondance est parfaite. Phrase à phrase, mot à mot , l'événement physique, tel que nous le représentons, traduit l'événement moral.
Que le lecteur suive la comparaison jusqu'au bout ; elle exprime la chose dans tous ses détails. Supposez un livre écrit dans une langue originelle et muni d'une traduction interlkiéaire ; le livre est la nature, la langue originale est l'événement moral, la traduction interlinéaire est l'événement physique, et l'ordre des chapitres est l'ordre des êtres. — Au commencement
du livre, la traduction est imprimée en caractères trèslisibles et tous bien nets. Mais, à mesure que nous avançons dans le livre, ils le sont moins, et, de chapitre en chapitre, il s'y glisse quelques caractères nouveaux qu'on a peine à ramener aux premiers. A la fm, surtout au dernier chapitre, l'impression devient indéchiffrable; cependant quantité d'indices montrent que c'est toujours la même langue et le même livre. — Tout au rebours pour le texte original. Il est trèslisible au dernier chapitre ; à l'avant-dernier, l'encre pâlit; aux précédents, on devine encore qu'il y a là de l'impression, mais on n'en peut rien lire ; plus avant encore, toute trace d'encre disparaît.
Tel est le livre que les philosophes tâchent d'entendre ; devant le barbouillage final de la première écriture, et devant les lacunes énormes de la seconde, ils s'arrêtent embarrassés, et chacun d'eux décide, non d'après les faits constatés, mais d'après les habitudes de son esprit et les besoins de son cœur. — Les savants proprement dits, les physiciens, les physiologistes, qui ont commencé le livre par le commencement, disent qu'il n'y a là qu'une langue, celle de l'écriture interlinéaire, et que l'autre se ramène à celle-ci; supposition énorme, puisque les deux langues sont tout à fait différentes. — Les moralistes, les psychologues, les esprits religieux qui ont commencé le livre par la fin et sont pourtant forcés d'avouer que le gros de l'ouvrage est écrit dans un autre idiome, trouvent un mystère inexplicable dans cet assemblage de deux langues, et disent communément qu'il y a là deux livres juxtaposés et bout à bout. Bref les matérialistes nient le texte, et les spiritualistes regardent comme incompréhensible le lien du texte et de la tra-
duction. — Nous n'avons point procédé de même, et notre minutieuse analyse nous a conduit à une solution nouvelle. Nous avons d'abord étudié longuement l'idiome original, et montré que les pages du dernier chapitre, écrites en apparence avec des caractères de diverses sortes, sont toutes écrites avec les mêmes caractères. Profitant de cette réduction, nous avons alors déchiffré plusieurs lignes demi - effacées de l'avant- dernier chapitre ; puis d'après les traces vagues laissées sur les pages antérieures, nous avons soupçonné que le texte pouvait se continuer beaucoup plus haut, même sur les pages où il n'y en a plus trace. Alors nous avons établi que l'écriture interlinéaire est une traduction, que l'autre est un texte original; et de leur dépendance nous avons conclu que la première est la traduction de la seconde. Sur cette indication, nous avons admis que le texte, quoique invisible à nos yeux, doit se continuer sur les pages antérieures, et que, sur les pages finales, l'écriture interlinéaire, quoique indéchiffrable, est encore une traduction. De cette façon, l'unité du livre a été prouvée, et les deux idiomes se sont complétés ou éclairés l'un par l'autre. Nous savons maintenant lequel des deux est le témoignage primitif et mérite toute confiance, dans quelle mesure et avec quelle assurance on peut consulter l'autre. Grâce à leur dépendance mutuelle et à la présence continue de l'un ou de l'autre, chacun d'eux peut suppléer l'autre. Quand l'un est pour nos yeux effacé ou indéchiffrable, nous sommes autorisés à conclure, de celui que nous lisons, à celui que nous ne lisons pas K
l. Voir, pour compléter celte théorie, la note finale du § VII, ch .1, livre II, deuxième partie.