‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 17 sur 112 · D. Stewart, Philosophie de l'esprit humain, I · texte numérisé non relu

D. Stewart, Philosophie de l'esprit humain, I

CIIAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'LMAGE. 93

« l'objet qui les occupe.... 11 y a très-peu d'iiom- « mes qui puissent regarder en bas du haut « d'une tour très-élevée sans éprouver un sentice meut de crainte. Et cependant leur raison les « convainc qu'ils ne courent pas plus de risque « que s'ils étaient à terre sur leurs pieds, » En effet quand le regard plonge tout d'un coup jusqu'au sol, nous nous imaginons subitement transportés et précipités jusqu'en bas, et cette seule image nous glace, parce que, pour un instant imperceptible, elle est croyance ; nous nous rejetons instinctivement en arrière, comme si nous nous sentions tomber en effet. Il faut donc admettre « que les objets imaginaires, lorsqu'ils absorbent a l'attention, produisent, pendant ce temps-là, « la persuasion de leur existence réelle. » C'est pourquoi les personnes qui ont des images trèsvives emploient, pour les exprimer, les mêmes mots que pour désigner les sensations ellesmêmes, et, pendant quelques secondes, prennent leurs images pour des sensations. « J'entendis « une fois, dit Lieber, un prédicateur, homme « de couleur, décrire les tourments de l'enfer. « Avec une certaine éloquence, il passait de la « description d'une torture à celle d'une autre; « à la fin, emporté par une émotion insurmoncc table, il ne put émettre, pendant plus d'une mice nute , qu'une succession de cris ou sons inar-

« ticulcs'. » Évidemment, pendant cette minute, sa vision mentale avait tous les caractères d'une vision physique; il avait devant lui son enfer imaginaire comme un enfer réel et il croyait à ses fantômes du dedans comme à des objets du dehors. « Mes personnages imaginaires, m'écrit « le plus exact et le plus lucide des romanciers <c modernes, m'affectent, me poursuivent, ou « plutôt, c'est moi qui suis en eux. Quand j'é- (( crivais l'empoisonnement d'Emma Bovary, j'a- « vais si bien le goût (V arsenic dans la bouche, a j'étais si bien empoisonné moi-même, que je « me suis donné deux indigestions coup sur « coup, deux indigestions très-réelles, car j'ai « vomi tout mon dîner. »

Un peintre anglais ^, dont la célérité était merveilleuse, expliquait de même son procédé : « Lorsqu'un modèle se présentait, je le regar- « dais attentivement pendant une demi-heure , a esquissant de temps en temps ses traits sur la « toile. Je n'avais pas besoin d'une plus longue ce séance; j'enlevais la toile et je passais à une « autre personne. Lorsque je voulais continuer « le premier portrait, je prenais l'homme dans « mon esprit, je le mettais sur la chaise, où je « l'apercevais aussi distinctement que s'il y eût

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