‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 16 sur 112 · Brierre de Boismont. Des hallucinations · texte numérisé non relu

Brierre de Boismont. Des hallucinations

3. Maury, La magie, r astrologie, etc., 2« partie, cliap. m , passim.

CIIAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'IMAGE. 91

elle est prise pour une sensation, et l'illusion est complète. Des enfants et même des hommes sont tombés évanouis en présence d'un mannequin ou même d'un drap qu'ils croyaient un fantôme. Revenus à eux, ils affirmaient qu'ils avaient vu des yeux flamboyants, une gueule ouverte.— Dans tous ces cas, du moins pendant un instant, l'image n'a pas différé de la sensation correspondante , et c'est seulement au bout d'un temps long ou court, que, dans l'apaisement du souvenir, par l'examen des circonstances, l'homme trompé a reconnu qu'il s'était trompé.

III. Jusqu'ici nous avons vu l'image se rapprocher de la sensation, acquérir la même netteté, la même abondance de détails minutieux et circonstanciés, la même énergie, parfois aussi la même persistance, fournir la même base aux combinaisons supérieures et aux raisonnements ultérieurs, provoquer les mêmes impressions et les mêmes actions instinctives, organiques et musculaires, bref avoir les mêmes propriétés, les mêmes accompagnements et les mêmes suites que la sensation, sans pourtant être confondue tout à fait et définitivement avec elle. En effet, il reste un caractère qui l'en distingue : nous la reconnaissons promptement comme intérieure; nous nous disons, du moins au bout d'un instant,

que la chose ainsi vue ou sentie n'est qu'un fantôme, que notre ouïe, notre vue, notre goût, notre odorat n'éprouvent aucune sensation réelle. Nous ne sommes pas hallucinés; nous ne disons pas comme les malades' : « J'ai vu, j'ai entendu aussi distinctement que je vous vois, que je vous entends.... Je vous assure que ce que j'ai vu est aussi clair que le jour; il faut (si j'en doute) que je doute que je vois et que je vous entends. »

Pour expliquer une différence si grave, il faut observer de près en quoi consiste la reconnaissance d'une illusion . Il y a deux moments dans la présence de l'image : l'un affirmatif, l'autre négatif, le second restreignant en partie ce qui a été posé dans le premier. Si l'image est trèsprécise et très-intense, ces deux moments sont très-distincts : au premier moment, elle semble extérieure, située à telle distance de nous quand il s'agit d'un son ou d'un objet visible, située dans notre palais, notre nez, nos membres quand il s'agit d'une sensation d'odeur, de saveur, de douleur ou de plaisir local. «Les actes de conception « et d'imagination^, dit très-bien Dugald Stewart, « sont toujours accompagnés d'une croyance (au « moins momentanée) à l'existence réelle de

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